LA MARINE, AU FIL DES SIÈCLES.

 

(3) - La guerre sur mer.

 

En 1626, un des subordonnés de Richelieu qui avait une grande envie de donner une flotte à la France

écrivait : "Quiconque est maître de la mer a un grand pouvoir sur terre. Voyez le roi d'Espagne.

Depuis qu'il a conquis la mer, il a tant conquis de royaumes que jamais le soleil ne se couche sur ces terres !"

 

L'Espagne, à la suite du Portugal, avait montré le chemin de la maîtrise des mers,

mais les Hollandais portèrent le coup de grâce à la puissance navale des Espagnols

lors de la bataille des Dunes en 1639, et par la suite, la lutte pour l'hégémonie maritime

dégénéra en une même mêlée confuse entre les grandes puissances d'Europe.

 

"Avant la bataille des Dunes, 21 octobre 1639, montrant le vaisseau amiral de Tromp "Amelia".
(National Maritime Museum, Grennewich).

 

La bataille des Dunes est la bataille décisive de la guerre franco-espagnole (1635–1659). Elle a lieu le 14 juin 1658, et s'est conclue par une victoire des armées française et anglaise, alors alliées depuis peu, sous le commandement du vicomte de Turenne sur l’armée espagnole des Flandres commandée par le prince de Condé, passé au service des Espagnols après l'épisode de la Fronde, et Don Juan José d'Autriche.

 

▪ "La bataille des Dunes", par Charles-Philippe Larivière, 1837,

huile sur toile,  (Galerie des Batailles, château de Versailles).

▪ "La Bataille des Dunes vue de l'arrière des lignes espagnoles", huile sur toile de Siméon Fort, XIX° siècle.

 

Au cours des XVII° et XVIII° siècles, on se battit presque continuellement sur mer

sans ménager le sang, ni les atrocités et d'une manière apparemment démentielle.

 

Les livres d'histoire nous présentent un véritable imbroglio de rencontres navales sur toutes les mers d'Europe et des pays coloniaux, digne pendant de cet autre imbroglio de guerres terrestres porteuses de noms étranges : guerre de Succession d'Autriche, guerre de la Ligue d'Augsbourg, guerre de la Succession d'Espagne. Ces conflits auraient eu pour origine des rivalités dynastiques, des différents religieux ou, tout simplement, la passion du pouvoir, mais ceci explique mal la fréquence et leur férocité.

 

Vers la fin du XVIII° siècle, le pot au noir s'éclaircit un peu avec l'émergence de deux grands Etats :

l'Angleterre sur mer et, sur terre, la France de Napoléon.

Ce fut l'Angleterre qui gagna grâce à la maîtrise des mers.

Et alors on commence à comprendre ! La puissance maritime, au cours de ces siècles,

était le facteur vital commandant l'expansion européenne.

L'exilé de Sainte Hélène l'avoua un jour : "Ah ! l'entendit-on murmurer, si j'avais été maître de la mer !".

 

Carte de la première mondialisation (XV° - XVI° siècles).

La puissance navale impliquait bien plus de choses que la possession d'une flotte de guerre.

Elle sous-entendait l'existence d'une forte marine marchande, d'un commerce actif, de colonies florissantes,

d'un cordon de bases stratégiques tout autour du monde et, enfin,

d'une marine qui maintiendrait ouvertes les routes maritimes et protégerait les colonies et la patrie.

 

C'était là ce que convoitaient tous les pays, et puisque colonisation

et commerce dépendaient du premier et plus fort occupant, les conflits étaient inévitables.

 

"Le chantier naval de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales à Amsterdam" (gravure de 1726

par Joseph Mulder). Au début du XVII° siècle, les chantiers navals produisent de nombreux bateaux

à partir de schémas standards, permettant la division du travail, ce qui réduit les coûts. Ainsi, le quartier

de construction navale de Zaan, près d'Amsterdam, est devenu la première zone industrielle connue du monde,

avec environ 900 scieries dont l'énergie est fournie par des moulins à vent, à la fin du XVII° siècle.

 

Les Hollandais furent les premiers à profiter du déclin de l'Espagne et du Portugal. Instance gouvernementale, la Compagnie hollandaise des Indes orientales évinça rapidement les Portugais des Indes, colonisa le cap de Bonne Espérance en tant que base maritime et repoussa les Anglais dans l'océan Indien.  Partant de leurs établissements dans les îles aux Epices, les Hollandais poussèrent vers le Japon où, pendant des années, ils furent seuls à jouir de privilèges commerciaux.

 

Baleiniers hollandais.

Dès 1625, les Pays-Bas commerçaient avec la France, l'Angleterre, Venise, la côte Barbaresque et le Levant.

Chaque année, 16 baleiniers partaient pour le Groenland, 8 navires de commerce pour la Russie,

20 pour la Guinée et 60 pour les Indes.

 

Baleinier Hollandais et Flûte de 1669, navire marchand à trois mats, construit à Amsterdam en 1669

pour la pêche à la baleine. Navire armé pour résister aux pirates, nombreux à cette époque.

 

Dès le XVI° siècle, les Basques, décrétés champions de la chasse à la baleine, sont engagés par les Anglais et les Hollandais à des postes clés : maîtres à dépecer, harponneurs, … On estime que chaque été, 1000 à 2000 baleines étaient tuées par 50 à 150 hommes, essentiellement pour la graisse que l’on pouvait tirer de ces mammifères. C’est majoritairement pour se lancer dans le commerce que les Basques avaient voyagé dans des régions reculées comme jusqu’à l’île du Spitzberg.

Ce commerce est tellement lucratif que les pays se sont lancés dans une compétition féroce pour obtenir une part de cette richesse arctique. Des combats éclatent rapidement un peu partout au Spitzberg, entraînant des problèmes politiques concernant la revendication de l’archipel. On cherche aussi à recruter pour hiverner et protéger les établissements baleiniers abandonnés en hiver.

À ce rythme effréné, à peine cinquante ans après le début de la ruée vers l’huile de baleine, presque toutes les baleines franches vivant dans les eaux du Spitzberg avaient été massacrées. Cette baleine était la préférée des baleiniers. Elle était aussi appelée baleine du Groenland ou la "bonne" baleine puisque elle était facile à chasser : elle nage lentement et ne coule pas une fois blessée. Ses 100 tonnes de viande, riche en graisse, et ses 700 fanons ont aussi de quoi attirer les baleiniers.

 

¬ Piet Heyn est né à Delfshaven (aujourd'hui devenue un quartier de Rotterdam). Fils d'un capitaine, il devient marin pendant son adolescence. Vers 20 ans, il est capturé par les Espagnols et leur servira de galérien pendant au moins 4 ans, avant d'être échangé contre des prisonniers espagnols.

En 1607, il rejoint la Compagnie néerlandaise des Indes orientales et part pour l'Asie, d'où il reviendra avec le grade de capitaine 5 ans plus tard. Il s'installe alors à Rotterdam et devient membre du gouvernement local. En 1623, il devient vice-amiral.

 

Après la fondation de la Compagnie hollandaise des Indes occidentales en 1621, l'amiral Piet Heyn fit des incursions au Brésil, captura en 1628, la plus riche flotte aux trésors qu'eussent armée les Espagnols, s'empara des Antilles et implanta des colonies sur la côte nord-américaine. Parmi celles-ci se trouvait la Nouvelle-Amsterdam (New York) achetée aux Indiens en 1626 pour 60 florins, soit 24 dollars.

 

Une telle prospérité excita la jalousie des rivaux de la Hollande.

Il fallait, coûte que coûte, obtenir la maîtrise des mers. Cela devenait une obsession.

 

Le Vasa est un navire de guerre construit pour le roi Gustave II Adolphe de Suède, de la dynastie Vasa,

entre 1626 et 1628. Le navire sombra après une navigation d'à peine un mille marin

lors de son voyage inaugural, le 10 août 1628.

 

Impressionnantes sculptures sur la poupe du Vasa. Les deux lions entourent les armoiries de la Suède.

Sous Gustave Adolphe II, la Suède, soi-disant menacée par l'Allemagne, se donnait une flotte

comprenant le fameux Vasa de 1627, aujourd'hui renfloué et en voie de reconstruction.

 

Il faut attendre l’arrivée au pouvoir de Pierre Alexeïevitch 1er, plus connu sous le nom de Pierre le Grand,

dont le règne effectif commence en 1694 et se prolonge jusqu’à sa mort en 1725,

pour que la Russie s’intéresse véritablement à la conception d’une marine de guerre.

 

L’histoire de la marine russe aurait commencé ainsi : en 1695, pendant qu’il assiégeait la forteresse russe d’Azof, le tsar s’aperçut qu’il serait impossible de la réduire sans une force navale. Il donna aussitôt l’ordre de construire plusieurs navires armés à l’aide desquels il recommença le siège l’année suivante. Enfin les Turcs furent vaincus et la forteresse prise ! Pour célébrer cet important succès, Pierre fit frapper une médaille où il était inscrit : "Vainqueur par la foudre et les vagues".

 

Dès 1637, les Anglais, émules des Hollandais dans l'art des constructions navales,

lançaient leur gigantesque trois-ponts, "Sovereign of the Seas", le plus richement orné des navires de ce temps,

si en avance sur son époque qu'il servit encore de modèle au début du XIX° siècle.

 

Vue latérale bâbord et vue tribord château arrière.
Le mât de beaupré avec tout le gréement préfixé est posé le long de la coque pour éviter tout risque d’endommagement. Il se remonte en quelques minutes, sans outillage particulier.
 

La maquette du "Sovereign of the Seas" restitue avec fidélité l’extraordinaire richesse décorative

du plus grand vaisseau du XVII° siècle, avec des finitions de peinture réalisées à la main à l’aide de pinceaux

très fins. De même, les quelque cents canons de cette forteresse flottante sont des pièces métalliques

fabriquées une à une par une technique de bijouterie.

 

Le Sovereign of the Seas fut le plus puissant navire de la Royal Navy et prit part au XVII° siècle à de nombreuses batailles dans les trois guerres navales qui opposèrent l’Angleterre aux Pays-Bas. Symbole de la couronne britannique, il se distinguait par la beauté et la richesse de ses décorations. Il était surnommé à l’époque le Diable d’Or. Lancé en 1637, sous le règle du roi Charles 1er, il a coûté si cher que le pouvoir de l’époque avait levé pour le financer une taxe spéciale, la Ship money, équivalant à plus de 10 millions d’euros d’aujourd’hui.

Il a navigué jusqu’en 1696. Sa carrière s’est achevée dans le port anglais de Chatam, où il a été entièrement détruit par un incendie. La légende dit qu’un cuisinier distrait aurait quitté le bord en laissant une bougie allumée…

 

Du temps de Cromwell, l'Angleterre disposait d'une marine puissante bien qu'elle fût encore

à la remorque des Hollandais en ce qui concerne la flotte marchande.

En même temps, ses colonies nord-américaines commençaient à prospérer.

 

Les treize colonies américaines.

 

Fondées entre 1607 (Virginie) et 1732 (Géorgie), les treize colonies britanniques d'Amérique connaissent une croissance démographique fulgurante au cours du XVIII° siècle : de 250.000 vers 1700, la population totale atteint 2,5 millions d'habitants en 1775. Cette croissance est liée à une émigration très importante et une démographie nettement plus dynamique qu'en Europe (mortalité plus faible, 30 ‰ et natalité plus élevée, 50 ‰).

Le régime politique adopté par les colonies est souvent le même : un gouverneur anglais est nommé par le roi ou par les grands propriétaires terriens, il est aidé par un conseil d'administration. Au temps des premières fondations, ce gouverneur dirige la colonisation et l'organisation du territoire. Ses pouvoirs vont s'élargir progressivement : il apporte son approbation à chaque loi, nomme les juges, commande la milice et peut dissoudre l'assemblée. Chaque colonie a une assemblée représentative qui vote les lois, le budget et les impôts. Seuls les propriétaires terriens ont le droit de vote. Le pouvoir législatif des colonies, confirmé par le roi, reste inférieur à celui de la métropole : les lois anglaises priment sur les lois "américaines".

 

Le 14 mai 1607, une poignée d'Anglais débarquent sur la côte nord-américaine et fonde un établissement

permanent sur une terre que de précédents explorateurs ont baptisé Virginie (Virginia)

en l'honneur de la reine d'Angleterre Elizabeth 1ère. Ainsi naît la première colonie anglaise d'Amérique.

 

Dans Nord, Plymouth (1620), et Massachusetts Bay, qui, après 1630, attira des milliers de colons,

la Pensylvanie enfin, dont William Penn fondait la capitale, Philadelphie en 1682,

New York fut arrachée aux Hollandais en 1664.

 

"Le Mayflower dans le port de Plymouth", peint par William Halsall (1882).

Le Mayflower (ou "Fleur de mai") est un vaisseau marchand de 90 pieds (27,4 mètres) et 180 tonneaux

du XVII° siècle qui partit de Plymouth, en Angleterre.

Ses passagers furent à l’origine de la fondation de la colonie de Plymouth, dans le Massachusetts.

 

Le navire  de type Flûte, comptait 102 passagers dont environ 30 membres d'équipage. Parmi eux se trouvaient trente-cinq dissidents anglais, des Pères pèlerins, très pieux, fuyant les persécutions de Jacques Ier et à la recherche d'un lieu pour pratiquer librement leur religion ; ainsi que d'autres Européens de diverses nationalités. La plupart des passagers venaient de milieux modestes (petits fermiers, artisans…) et adhéraient aux principes puritains. Ces Européens furent les premiers colons à s'établir durablement en Nouvelle-Angleterre, où ils fondèrent la ville de Plymouth.

 

Portrait de Guillaume Penn et Benjamin West, La Signature du traité entre Penn et les Indiens.

William Penn (14 octobre 1644 - 30 juillet 1718) est un homme politique et un réformateur religieux,

promoteur en Amérique du quakerisme, fondateur de la ville de Philadelphie

et de la Province de Pennsylvanie qui est devenue l'État américain de Pennsylvanie.

 

En 1682, William Penn y fonde la ville de Philadelphie, en y appliquant les préceptes de gouvernement d'une société libérale idéale. La jeune colonie quaker devient rapidement prospère. Il souhaitait que cette cité servît de port et de centre politique. Même si Charles II lui en avait donné la propriété, William Penn acheta la terre aux Amérindiens afin d’établir avec eux des relations pacifiques.

 

En Orient, l'Angleterre acquérait Bombay en 1661 et prenait la succession des Hollandais.

On conçoit l'âpre concurrence que se faisaient les deux nations !

 

Vue panoramique de la ville de Bombay, passée sous domination anglaise en 1661.

A cette époque, Bombay était située sur une île du même nom, aujourd'hui rattachée au continent.

 

Les grandes batailles navales.

 

Ces grandes batailles navales entre les deux rivaux commencèrent en 1652

et durèrent plus de vingt années. C'étaient là des conflits sanglants à l'échelle

de ces deux grandes nations qui se disputaient l'empire des mers.

 

Ils étaient dirigés par des amiraux aussi énergiques qu'impitoyables : Marteen Tromp et son fils Cornélis, le grand Michel de Ruyter et, du côté anglais, le fameux amiral Blake. Peu de ces engagements furent décisifs encore que les Anglais se fussent trouvés en bien mauvais point en 1667.

 

▪ "L'amiral Michiel de Ruyter, et la capture du vaisseau amiral le Royal-Charles".

De Ruyter pénétra dans l'estuaire de la Tamise, semant la panique à Londres et incendiant

presque toute la flotte britannique dont il captura le vaisseau amiral le Royal-Charles.

Le HMS Royal Charles, Naseby avant son renommage le 23 mai 1660, est un vaisseau de ligne de 80 canons

lancé en 1655 et en service dans l'ancêtre de la Royal Navy jusqu'à sa capture par l'ancêtre

de la marine royale néerlandaise le 12 juin 1667, laquelle démantèlera le navire en 1673.

 

▪ "Samuel Pepys", portrait de John Hayls (1666), (National Portrait Gallery, Londres).

 

Albion eût succombé sous les coups des néerlandais sans l'effort inlassable de Samuel Pepys qui, en tant que secrétaire de l'Amirauté trouva les capitaux destinés à construire les unités nécessaires, mais réforma toute l'administration de la marine royale qui lui doit ainsi sa future grandeur.

 

Albion est l'ancien nom de la Grande-Bretagne. Albion est le dieu tutélaire original de la Grande-Bretagne. C'est un Géant, fils de Poséidon et frère d'Atlas. Il a aidé Atlas et Iberius (dieu de l'Irlande) à barrer à Hercule l'accès à l'Occident. Aujourd'hui, Albion est devenu le nom alternatif à connotation poétique de la Grande-Bretagne ou de l'Angleterre. C'est une hellénisation renaissante du nom antique de la Grande-Bretagne, Alba. Ce nom d'Alba désigne toujours (en Irlande, en Bretagne, en Galles) le tiers nord de l'île (c'est-à-dire l'Écosse), et sa signification, en passant à la forme "Albion", a été étendue à l'ensemble de l'île.

 

La France, pour sa part, avait eu de grands succès sur la mer, mais divisée par des dissensions intestines,

elle ne pouvait maintenir cette continuité de dessein qui porta au pinacle la puissance maritime de l'Angleterre.

Dans la 1° moitié du XVII° siècle,

le cardinal Richelieu avait essayé de donner une flotte à son pays mais sans résultat.

 

Un vaisseau de guerre commandé en 1626 à des chantiers hollandais,

Peinture de Jacob Gerritz, (The Rijksmuseum, Amsterdam).

La France n'ayant aucune expérience navale, les premiers vaisseaux doivent être achetés à l'étranger.

 

Dès 1624, Richelieu décide de doter le royaume de France d'une véritable marine militaire d'État et crée les trois premières escadres françaises basées à Brouage, Brest et au Havre. En 1637, la flotte compte une quarantaine de vaisseaux mais les carences de cette marine royale sont nombreuses : le corps des officiers, peu discipliné, doit être renouvelé à chaque campagne militaire. Le recrutement des équipages reste très sommaire : les matelots sont raflés dans les ports pour être embarqués de force, c'est le système de la "presse" pratiqué également en Angleterre. Dans les années 1640, Mazarin est contraint de réduire le budget de la marine : pour la monarchie française, l'engagement maritime reste secondaire, la priorité budgétaire allant aux opérations militaires terrestres. En 1661, la marine royale se limite à une trentaine de bâtiments mal équipés et naviguant peu.

 

Lorsque Colbert accéda au pouvoir, en 1660, il se trouva devant une marine presque inexistante, et pourtant,

lorsqu'il mourut en 1683, il avait accompli des miracles.

Empruntant son inspiration aux Hollandais et aux Anglais, important même des spécialistes,

il avait fait de la construction navale française la première et la plus belle du monde.

 

Colbert créa une flotte puissante, comprenant de nombreuses galères,

améliora le sort des matelots, réorganisa le corps des officiers, et fortifia les ports.

Quant à la flotte marchande, elle comportait quelque 4.000 unités.

 

La série des ports de France témoigne de l’intérêt de la monarchie pour les horizons maritimes et de ses ambitions en la matière, alors que Louis XV et Louis XVI connaissent en fait très peu la mer, le premier s’est seulement rendu au Havre, le second à Cherbourg. Face à la redoutable puissance navale, commerciale et coloniale de la Grande-Bretagne, dont la démonstration de force est éclatante pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), le pouvoir royal veut faire la preuve du dynamisme de sa marine et de ses ports. C’est particulièrement vrai dans le cas d’un port militaire comme Toulon. La commande royale fait également écho à la volonté des Lumières techniciennes (Contrôle général des finances, inspecteurs des manufactures, corps des Ponts et Chaussées) de mesurer l’ensemble du territoire, d’en développer les infrastructures et les potentialités économiques. Tous ces tableaux sont à leur manière des manifestations du goût du XVIII° siècle pour les enquêtes de terrain et la mise en série des connaissances.

 

Toulon, le port et le parc d'artillerie, peinture de Joseph Vernet,

du XVIII° siècle, (Photo RMN-Grand Palais).

Vauban est appelé à Toulon en 1679 par Colbert qui, dès 1671, veut transformer et agrandir l'arsenal

pour qu'une flotte de 50 à 60 vaisseaux puisse y mouiller.

Vauban synthétise en 1679 les projets de ses prédécesseurs (Puget, Arnoul, Gombert et Clerville).

 

Port de Rochefort, vers 1760, (gravure anglaise),
et le magasin des colonies, d'après Joseph Vernet.
La ville nouvelle de Rochefort créée par Colbert, le nouveau port et l'arsenal sont à partir de 1666

des éléments majeurs de la stratégie militaire du XVII° siècle.

L’embouchure de la Charente doit être défendue contre les attaques des flottes anglaise et hollandaise.

 

Entrée au Havre d'un trois-mâts américain, devant la Tour François 1er,

huile sur toile, 1880, du Peintre de Marine havrais Edouard Adam.
Fondé en 1517 par le roi de France François 1er, à la fois comme forteresse à l'entrée de la Seine,

port de pêche et port de commerce afin d'établir des relations commerciales avec le Nouveau Monde

récemment révélé aux Européens, le port du Havre est situé au cœur de la façade maritime

entre la Manche et la Mer du Nord, à l'entrée de l'estuaire de la Seine, sur la rive droite.

 

▪ Le bassin du commerce du port du Havre, par Eugène Boudin (1892).
▪ Peinture de Claude Monet : Bateaux de pêche quittant Le Havre.

C'est notamment au Havre que s'effectue le transbordement des cargaisons destinées à l'approvisionnement

des régions intérieures sur les précieuses allèges fluviales remontant jusqu'à Paris.

Ensuite, la vocation commerciale du port du Havre prend véritablement son essor au cours du XVIII° siècle

avec le développement des importations coloniales de sucre, de café, de coton et d'épices

et la pratique du commerce triangulaire par les négociants havrais.

 

Principal port morutier normand au XVII° siècle, second port négrier français au XVIII° siècle, après la fermeture définitive de l'arsenal (au début du XIX° siècle) qui livra des bâtiments militaires aux ports de guerre : Brest, Lorient, Rochefort, Toulon, puis Cherbourg, le port du Havre, totalement livré au commerce, bénéficie alors d'une extraordinaire période d'expansion.

 

Port de Brest, Gravure anglaise du milieu du XVIII° siècle.
En 1661, la nomination de Colbert comme ministre des Finances entraîne les premiers grands investissements

pour le port de Brest. En 1667, le chevalier de Clerville, commissaire général des fortifications,

établit un projet d’agrandissement du port. Ce projet prévoit entre autres : la construction de logements

et bâtiments afin d’attirer à Brest de la main d’œuvre spécialisée, des commerçants, des marins

et de nouveaux habitants civils, de créer une milice urbaine,

de construire de nouveaux quais, une place d’armes et un arsenal.

 

▪ Vue du port de Dunkerque, XVIII° siècle, gravure ancienne aquarellée.

En arrière plan la ville avec détails et légendes

et au premier plan une flottille de dix navires hollandais et chaloupes.
Bien avant que Dunkerque ne devienne le principal port militaire des conquêtes de Louis XIV,

la situation privilégiée de la cité n'avait pas échappé aux conquérants espagnols, anglais et français.

Chacun savait que le site pouvait devenir un point défensif important de la Flandre méridionale

et l'efficacité des corsaires dunkerquois, dès la domination espagnole, vient conforter cette observation.

C'est pourquoi les gouverneurs de la cité en renforcèrent régulièrement les défenses militaires.

 

Au début du XVII° siècle, Dunkerque n'est défendue que par les anciens remparts bourguignons de 1405 et le fort de Mardyck (1622) qui protège le port et la passe de Mardyck, celle-ci servant d'abri ou de rade. En 1640, conscients des visées des Français sur Dunkerque, les Espagnols renforcent ce maigre système défensif en érigeant une nouvelle ligne de fortifications (dix bastions aux larges fossés remplis d'eau). Quatre ans plus tard, ils construisent le fort Leon (du nom du gouverneur de Dunkerque en 1643, Don Pedro de Leon). Bâti sur les dunes à l'ouest du port, il est palissadé et garni d'une batterie d'artillerie.

Mais il faut aussi lutter contre un redoutable ennemi naturel : l'ensablement du chenal et des fossés, qui risque d'obstruer le havre. Ce sont les Anglais qui remettent la ville en état de défense et remplacent le fort Léon par une citadelle revêtue de maçonnerie et reliée à la ville par un pont en bois. Les Anglais rasent également les dunes pour créer l'esplanade de Nieuport mais n'améliorent pas le port, faute de moyens ! Louis XIV et ses ministres Colbert et Louvois se rendent compte du danger que représente cette forteresse anglaise aux portes du royaume.

La politique financière désastreuse de Charles II d'Angleterre leur donne l'occasion de racheter Dunkerque en 1662. Mais avant d'en prendre possession, le roi envoie un ingénieur militaire, Pierre Chastillon de Louvigny, pour dresser le plan de la ville, évaluer les transformations à y effectuer et se renseigner sur sa valeur auprès d'un ingénieur hollandais, Rénier Janssen.

 

Colbert encouragea aussi la colonisation aux Indes, en Guyane et à Madagascar,

tandis que soutenu par lui, Robert Cavelier La Salle

étendait les frontières de la Nouvelle-France jusqu'au Mississippi.

 

Depuis le déclin de la Hollande,

la France était devenue la seconde puissance navale du monde, après l'Angleterre.

 

Carte de la Nouvelle-France vers 1754-1755, version française.

 

¬ René-Robert Cavelier de La Salle.


La Salle est né le 21 novembre 1643 à Rouen, dans une famille riche et bourgeoise. Entré au noviciat des Jésuites de Rouen, à l’âge de 15 ans, il prononce ses voeux en 1660. Cinq ans plus tard, il exprime le désir d’être envoyé en mission. Mal dans sa peau, il invoque ses "infirmités morales", pour demander d’être relevé de ses voeux. Le 27 mars 1667, La Salle est libre. C’est sur cette note que débute la carrière de celui qui découvrira l’embouchure du fleuve Mississippi, le "Père des eaux".

 

L’expédition qui se met en branle à partir du fort Crèvecoeur, au mois de janvier 1682, comprend 23 Français et 18 Amérindiens. Ils se dirigent vers le sud par les rivières Chicago, des Renards (Fox River) et Illinois. En février, ils atteignent le Mississippi (près de Memphis), où La Salle fait ériger le petit fort Prud’homme.

 

Le 6 avril, enfin, le delta du Mississippi est en vue. Trois jours plus tard, près de l’actuelle Venice, l’explorateur revêt un manteau écarlate galonné d’or et fait dresser une croix sous laquelle est enterrée une plaque portant l’inscription suivante : "Au nom de Louis XIV, roi de France et de Navarre, le 9 avril 1682".

 

Les mois qui suivent ne vont pas être faciles, la petite colonie est harcelée par les indiens Karankawa. Les explorations de la région par La Salle et ses hommes sont difficiles et sur mer, les tempêtes tropicales rendent la navigation périlleuse si bien que le "La Belle" finit par s’échouer et couler. La mort frappe de tous cotés et les désertions sont fréquentes parmi les colons.

 

▪ Expédition de Robert Cavelier de La Salle à la Louisiane en 1684, peint en 1844 par Théodore Gudin.

La Belle est sur la gauche, Le Joly au centre et L'Aimable est échoué à droite.

 

▪ Prise de possession de la Louisiane par La Salle au nom du roi de France.
Explorateur-voyageur, il a parcouru la région des Grands Lacs des États-Unis et du Canada actuels, puis le fleuve Mississippi, et a ainsi découvert les territoires situés entre la vallée du Saint-Laurent et le delta du Mississippi.

 

Devant ce désastre, La Salle décide de diviser le groupe en deux. Entre trente et quarante colons resteront dans le fort tandis que lui même et environ une quinzaine hommes tenteront de rejoindre les forts du Michigan par voie terrestre. Finalement, le 19 mars 1687, une mutinerie éclate parmi les membres du groupe qui tentent de rejoindre le Michigan. Trois hommes sont tués et on pense que La Salle, voulant mettre fin à la tuerie, est lui-même tiré à bout portant alors que la bataille fait rage entre les comploteurs qui finissent par s’entretuer.

En ce qui concerne le fort Saint Louis, il est à la même époque attaqué par les Espagnols qui revendiquent ce territoire et les colons qui réussissent à s’échapper sont finalement massacrés par les indiens Karankawa pendant l’hiver 1688-89.

 

La nouvelle flotte de Colbert triompha des Hollandais en Méditerranée en 1676.

L'amiral Duquesne s'attaqua au grand de Ruyter qui fut tué dans le combat.

 

Bataille de Stromboli (8 janvier 1676). La flotte française, commandée par Duquesne, contre la flotte hollandaise, toujours sous les ordres de Ruyter. Bataille gagnée par les Français.
La bataille navale d'Alicudi aussi connue sous les noms de seconde bataille du Stromboli et bataille de Milazzo

a lieu le 8 janvier 1676, dans la mer Tyrrhénienne au large de l'île d'Alicudi, une petite île volcanique

appartenant à l'archipel des îles Éoliennes, situé au nord des côtes de la Sicile.

Elle oppose une flotte française commandée par Abraham Duquesne à une flotte hollandaise commandée

par Michiel de Ruyter. Le résultat est indécis, même si les deux camps revendiquent la victoire.

 

¬ Portrait d'Abraham Duquesne (1610-1688),
Huile sur toile par Antoine Graincourt, Cercle militaire de Versailles.


Abraham Duquesne, Né en 1610 à Dieppe, Abraham Duquesne exerce son premier commandement à dix-huit ans. Recommandé à Richelieu, il commande le Neptune dans l'escadre de Sourdis (1636) et fait campagne en Méditerranée, combat aux îles de Lérins, à Guétaria, à Tarragone (1641) et à Carthagène (1643). En 1644, il passe au service de la Suède, remporte plusieurs victoires sur les Danois et est promu vice-amiral de Suède.

Revenu en France, il est nommé Chef d'escadre en 1647. Il réprime la fronde bordelaise, pénètre dans la Gironde et fait capituler Bordeaux. Lieutenant-général en 1669, il croise sur les côtes de Barbarie et d'Afrique et sert sous d'Estrées à la bataille de Solebay (1672).

 

Envoyé en Méditerranée en 1675 lors du soulèvement de la Sicile contre les Espagnols, il y accomplit des actions d'un rare éclat en 1676 : il remporte alors les trois victoires de Stromboli (8 janvier), Agosta (22 avril) et Palerme (2 juin) sur les escadres hispano-hollandaises commandées par Ruyter.

 

▪ La bataille d'Alicudi au large de Stromboli, le 8 Janvier 1676,
(Tableau du Baron Jean Antoine Théodore Gudin, 1845).

La bataille navale d'Alicudi aussi connue sous les noms de seconde bataille du Stromboli et bataille de Milazzo

 a lieu le 8 janvier 1676, dans la mer Tyrrhénienne au large de l'île d'Alicudi, une petite île volcanique

appartenant à l'archipel des îles Éoliennes, situé au nord des côtes de la Sicile. Elle oppose une flotte française

commandée par Abraham Duquesne à une flotte hollandaise commandée par Michiel de Ruyter.

Le résultat est indécis, même si les deux camps revendiquent la victoire.

 

▪ La bataille d'Agosta, d'Ambroise-Louis_Garneray.

C'est une bataille navale qui a lieu le 22 avril 1676, à proximité d'Agosta, au large des côtes siciliennes.

Elle oppose, dans le cadre de la guerre de Hollande une flotte française commandée par Abraham Duquesne

à une flotte combinée, espagnole et hollandaise, commandée par don Francisco de la Cerda et Michiel de Ruyter.

Elle est connue aussi sous les noms de bataille du Mont-Gibel et bataille de Famagouste.

Le port d'Agosta, connu actuellement comme Augusta, est situé

à une vingtaine de kilomètres au nord de Syracuse, sur la côte est de la Sicile.

 

Après une campagne au Levant (1680-1681), Duquesne reçoit l'ordre de bombarder Alger pour réprimer la hardiesse des pirates barbaresques (1682-1683). Le même sort est réservé en 1684 à Gênes qui fournissait des navires et des munitions aux ennemis du Roi. C'est là sa dernière campagne. Il refuse d'abjurer le protestantisme et se prive ainsi de la nomination à la dignité de Maréchal de France que le Roi lui aurait certainement conférée. Il meurt à Paris le 2 février 1688.

 

En 1690, une flotte commandée par Tourville battait les Anglais au cap Beveziers,

mais ne pouvait réaliser le dessein de Louis XIV

qui avait ambitionné de restaurer Jacques II sur le trône d'Angleterre.

 

¬ Portrait du comte de Tourville, (Musée national de la Marine, Paris).


Présenté à l'âge de quatre ans dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte, Tourville mène très jeune plusieurs campagnes en mer Méditerranée contre les Barbaresques et les Turcs. En 1666, il intègre la Marine royale et est nommé capitaine de vaisseau l'année suivante. C'est pendant la guerre de Hollande que Tourville se distingue pour la première fois pendant la campagne de Sicile, aux batailles d'Alicudi, d'Agosta et de Palerme en 1676.

"Statue de l'amiral", par Joseph-Charles Marin à  Tourville-sur-Sienne (Manche) ®

 

La paix revenue, Tourville commande une escadre de quatre vaisseaux, en 1679, lorsqu'il est pris

dans une tempête au large de Belle-Isle. Son vaisseau Le Sans-Pareil coule.

Promu lieutenant-général des armées navales en 1682, il est nommé vice-amiral du Levant en 1689,

un an après la mort du "grand Duquesne". Pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, il se distingue à nouveau

lors de la bataille du cap Béveziers en 1690 et lors de la bataille de Lagos en 1693.

Fait maréchal de France, il se retire à la fin de la guerre. Il meurt à Paris en 1701, à l'âge de 59 ans.

 

Gravures de 1691 mettant en scène "la bataille navale de Béveziers" le 10 juillet 1690 dans la Manche.

(Détail d'un almanach d'époque).
La bataille du cap Béveziers ou bataille de Beachy Head (pour les Anglais) est une bataille navale qui oppose

une flotte française à une flotte anglo-hollandaise, pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg.

 

Cette bataille est la principale victoire sur mer des Français sur leurs ennemis anglais et hollandais pendant ce conflit. La flotte ennemie perd entre 7 et 11 vaisseaux au total (les sources varient), alors que les Français n'ont aucune perte à déplorer. Toutefois, bien que le contrôle de la Manche soit tombé temporairement entre les mains des Français, l'amiral de Tourville échoue à poursuivre la flotte alliée avec suffisamment de détermination, lui permettant de se réfugier dans la Tamise.

Tourville est sévèrement blâmé de ne pas avoir su pousser son avantage et est relevé de son commandement. L'amiral britannique, le comte de Torrington, qui s'était prononcé contre le fait d'attaquer une flotte française supérieure, est lui aussi critiqué par la reine Mary et ses ministres, et passe en cour martiale. Bien qu'il ait été acquitté, Guillaume III lui fait quitter le service actif.

 

▪ "Bataille de Barfleur-La Hougue". Au centre, le Soleil Royal français entre un vaisseau hollandais

et un vaisseau anglais. (Tableau de 1693, Royal Museums Greenwich).

 

▪ "Le Soleil Royal en feu la bataille de la Hougue", Huile sur toile,

par Adriaen van Diest, (Royal Museums Greenwich).
La flotte française, commandée par Tourville, en présence de la flotte anglo-batave, commandée par l'amiral Russel. Bataille indécise, mais désastre des Français à "la Hougue" quelques jours après.

 

Au début de 1692, Jacques II était à Cherbourg, se préparant à ré-envahir l'Angleterre avec l'aide française. Le 17 mai, la flotte française partit de Brest et fut attaquée par une force anglo-néerlandaise supérieure sous l'amiral Russell, au large du cap Barfleur. Les Français se sont échappés mais quelques jours plus tard, les alliés ont brûlé trois de leurs navires dont leur vaisseau amiral le "Soleil Royal", 104 canons, dans la baie de Cherbourg.

 

Les 23 et 24 mai, James II a vu 12 autres navires français et la plupart de ses transports incendiés dans la baie de La Hougue. Cela a mis fin à tout espoir réel de regagner son trône. Le commandant français au large de Barfleur était le comte de Tourville. Avec une force deux fois plus petite que la flotte anglo-hollandaise et entravée par le brouillard, a mené un combat courageux.

 

"Bataille de Lagos", peinture de Théodore Gudin, (château de Versailles).
La bataille navale de Lagos a eu lieu pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, en 1693 près de Lagos en Algarve.

Elle oppose une flotte française, commandée par Tourville, à l'escorte anglo-hollandaise d'un important convoi

à destination du Levant et commandée par l'amiral anglais George Rooke et l'amiral hollandais Philips Van der Goes.

 

Tourville reçoit mission d'intercepter le convoi de plusieurs centaines de bateaux qui transportent, une fois par an, de riches cargaisons de toute l’Europe du Nord depuis l'Angleterre vers Smyrne. L'amiral britannique Rooke, chargé de sa protection, n'a pas connaissance de la position de Tourville qui l’attend en baie de Lagos avec près de 100 navires. L'attaque, puis la poursuite de la flotte éparpillée en Atlantique et en Méditerranée permettent la capture de plusieurs vaisseaux de ligne et la saisie, ou la perte, de 90 navires marchands. Le désastre financier qui s’ensuit provoque de nombreuses faillites à Londres.

 

Au début du XVIII° siècle, la marine française étant en déclin, l'Angleterre conquit la maîtrise des mers

à la suite d'une série de guerres contre la France et l'Espagne, au cours desquelles elle perfectionna

l'art de bloquer les vaisseaux de ses adversaires tout en s'emparant de leurs colonies les unes après les autres.

 

Ouverture du Congrès d'Utrecht, 29 janvier 1712.

Les traités d’Utrecht sont deux traités de paix signés en 1713, qui mirent fin à la guerre de Succession d'Espagne.

Le premier fut signé à Utrecht le 11 avril entre le royaume de France et le royaume de Grande-Bretagne,

et le second fut signé dans la même ville le 13 juillet entre l'Espagne et la Grande-Bretagne.

 

Avec ce traité, l'Angleterre annexait Gibraltar, Terre-Neuve et l'Acadie. A la fin de la guerre de Sept-Ans, en 1763, les Français étaient totalement battus et l'Angleterre héritait de la plus grande part de leurs colonies nord-américaines. En même temps, ces mêmes Français étaient chassés de l'Inde. L'Angleterre (Albion), maîtresse des mers, était devenue la plus grande des puissances coloniales et avait triomphé en envoyant guerroyer ses vaisseaux tout autour du monde.

 

Aux XVIII° siècle, les batailles navales étaient devenues si formalistes qu'une victoire décisive s'obtenait rarement.

Les flottes adverses se faisaient face en formant des lignes longues parfois de 7 km, attendant le moment

de lâcher une bordée qui briserait le dispositif ennemi.

Des jours et des jours de manœuvres précédaient l'engagement afin de s'assurer la position la plus avantageuse.

Un ensemble complexe de signaux par pavillons ou par feux guidait, du vaisseau amiral, les diverses unités.

 

 

La conception des navires n'avait guère changé. Les gaillards d'avant et d'arrière avait été surbaissés pour s'accommoder aux lignes fuyantes des deux et des trois-ponts ; les unités s'étaient faites plus lourdes et leur tirant d'eau plus considérable afin de donner aux canons une assise stable. Les poupes du XVII° siècle, surchargées de décorations et présentant même des fenêtres pour le quartier des officiers, s'étaient simplifiées. Plusieurs de ces vaisseaux eurent une vie incroyablement longue.

 

Le navire français "Etats-de-Bourgogne, construit en 1752,

était toujours en service en 1848.

 

Vaisseau de 74 canons du même type que le Bourgogne.

Offert par les États de Bourgogne, sa construction est ordonnée le 19 juin 1786 sous le nom États de Bourgogne, suivant un plan de l'architecte naval français Jacques-Noël Sané.


Le Bourgogne était un bâtiment de 74 canons à deux ponts de la marine royale, lancé le 9 juin 1766 en France.

Il fut construit pendant la période de sursaut patriotique qui suivit les défaites de la guerre de Sept Ans.

Il participa à la guerre d'Indépendance américaine où il fut perdu par naufrage en 1783.

 

▪ "L’Océan", les sabords ouverts, (Musée national de la Marine, Paris).
L'Océan est un navire de guerre français, un vaisseau de ligne de 118 canons, en service de 1790 à 1855.

D'abord baptisé les États de Bourgogne (1786-1793), puis la Côte d'Or (1793), la Montagne (1793-1795)

et le Peuple (1795), il est finalement renommé l'Océan en juin 1795.

 

▪  "la Montagne aux prises avec le HMS Queen Charlotte", Louthebourg, 1795, (Queen's House, Greenwich).

 

"La bataille de la Chesapeake", à laquelle a participé le Bourgogne.
La bataille de la baie de Chesapeake, aussi connue sous le nom de bataille des caps de Virginie.

C'est une bataille navale décisive de la guerre d'indépendance des États-Unis qui eut lieu près de l'embouchure

de la baie de Chesapeake le 5 septembre 1781 entre la flotte du Rear admiral britannique Thomas Graves

et celle du lieutenant-général des armées navales François Joseph Paul de Grasse.

La précision du tir français endommage suffisamment six vaisseaux britanniques

pour forcer Graves à rompre le combat et à s’esquiver.

 

Du 3 juin au 14 septembre 1779, le Bourgogne participe à l’imposante armée navale franco-espagnole massée dans la Manche afin de couvrir une tentative (vaine) de débarquement en Angleterre. Le Bourgogne stationne à Brest jusqu’en mars 1781, date à laquelle il est intégré à l’armée navale du comte de Grasse chargée d’escorter un grand convoi vers les Antilles. Il traverse l’Atlantique sur l’arrière-garde de la flotte. Le 22 avril 1781, il participe au combat devant Fort Royal pour forcer l’escadre anglaise à lever le blocus de la Martinique. En mai, le vaisseau est présent à la prise de Tobago puis fait relâche à Saint-Domingue. Le 4 août, l’armée navale lève l’encre avec de gros renforts pour attaquer les forces anglaises retranchées dans Yorktown. Le Bourgogne, qui a manqué le vent, n’appareille que le 6 août et rejoint la flotte le lendemain. Le 5 septembre 1781, le vaisseau est engagé dans l’avant-garde qui combat victorieusement à l’entrée de la baie de la Chesapeake, bataille décisive pour l’indépendance des États-Unis.

 

Le navire est désarmé le 2 août 1850, et est transformé en batterie flottante à Brest à partir de mai 1851. La commission navale le condamne le 10 octobre 1851, et il est désarmé définitivement le 11 janvier 1854. Le navire sera rayé des listes le 25 avril 1855. Par un curieux hasard, il sera démantelé dans la cale même où il fut construit quelque 50 ans avant.

 

Le Victory de Nelson avait déjà presque un demi-siècle d'âge lors de la bataille de Trafalgar.

C'était est un navire de ligne de 1er rang britannique à trois-mâts voiles carrées.
Il est principalement connu comme le vaisseau de l'amiral Nelson lors de la bataille de Trafalgar

(vaisseau amiral en second de l'état-major de la Marine, commandant en chef de l'amirauté).

Il connut une succession de victoires à la tête de la flotte britannique entre 1778 et 1812.

 

Lancé en 1765 et désormais préservé en cale sèche, Le Victory est le plus ancien navire de guerre intact au monde.

La frégate américaine "USS Constitution", lancée en 1797,

est quant à elle le plus ancien navire de guerre encore à flot.

 

Le Victory dans la bataille d'Ouessant en 1778
Le Victory en 1797 (Bataille du Cap St Vincent)

 

Le Victory sur un tableau de 1822 représentant la bataille de Trafalgar
21 octobre 1805, la Bataille de Trafalgar offre une victoire britannique décisive sur la flotte franco-espagnole

et devient une des batailles navales les plus importantes de l'histoire tant sur le plan historique

et ses conséquences sur l'épopée napoléonienne,

que sur le nombre de navires engagés. Nelson est tué par un franc-tireur français.

 

"HMS Victory" en 1900, Type Vaisseau de ligne de 1er rang (104 canons)
"Le Victory" en 2017.

 

De 1808 à 1812, le navire effectue diverses campagnes en Mer Baltique. Après 1824, il est retiré du service actif et positionné à Portsmouth où il reçoit le titre symbolique de navire amiral de Portsmouth. Le 12 janvier 1922, il est placé en cale sèche à Portsmouth pour être préservé. En 1928, le navire est ouvert au public par le roi George V. En 1941, il est endommagé par une bombe allemande tombée entre la coque et le quai. Aujourd'hui le HMS Victory est la pièce maitresse du Royal Naval Museum à Portsmouth.

 

La galère méditerranéenne française, célébrée dans "les Misérables",

représente un type bien spécial de navire de guerre. Les lignes basses, gracieuses,

les ornements et les dorures des galères cachaient la misère qui régnait à l'intérieur.

Incapable de concurrencer les voiliers de guerre, la galère disparut à la fin du XVIII° siècle.

 

"La Réale" retournant au port, (vers 1694), peinture anonyme, (Musée national de la Marine, Paris).
La Réale (« la Royale ») était une galère de la marine française,

et le navire amiral des galères de France sous Louis XIV.
Elle était qualifiée de «"galère extraordinaire ",

car elle avait un équipage plus nombreux que celui des galères normales.

 

Les galériens, condamnés de droit commun, esclaves ou prisonniers de guerre, étaient en général enchaînés cinq par rame, et l'eau leur montait parfois jusqu'à la ceinture. Bagnards à vie, ils étaient couverts de vermine, fouettés pour leur donner du coeur et, finalement, jetés par-dessus bord lorsqu'ils mourraient à la tâche.

 

Les galères ordinaires avaient 26 rames et 260 hommes pour les actionner, tandis que les galériens étaient au nombre de 472 sur les réales. Par contraste, leurs fiers officiers venaient des plus nobles familles de Provence et connaissaient à fond les règles du combat individuel.

 

Le corsaire.

 

C'est une personne qui est (le plus souvent l'armateur, le capitaine ou le membre de l'équipage

d'un navire civil armé) autorisée par une lettre de marque (également appelée "lettre de commission" ou "lettre de course") à attaquer en temps de guerre, tout navire battant pavillon d'États ennemis

(notamment l'Angleterre à l'époque), et particulièrement son trafic marchand, laissant à la flotte de guerre

le soin de s'attaquer aux objectifs militaires.

Les corsaires ne doivent donc pas être confondus avec les pirates puisqu'ils exercent leur activité

selon les lois de la guerre, uniquement en temps de guerre et avec l'autorisation de leur gouvernement.

Capturés, ils ont droit au statut de prisonnier de guerre.

 

Portrait de Robert Surcouf, et statue à Saint Malo.

Né le 12 décembre 1773 à Saint-Malo et mort le 8 juillet 1827 à Saint-Servan.

Il était corsaire et officier sur un navire négrier français.

 

Embarqué dès l'âge de treize ans, il devient ensuite capitaine corsaire. Il harcèle les marines marchandes et militaires britanniques, non seulement sur les mers de l'Europe, mais aussi sur celles des Indes. Ses activités le font reconnaître. Il est nommé membre de la Légion d'honneur le 26 prairial an XII (14 juin 1804), et l'enrichissent. Il devient l'un des plus riches et puissants armateurs de Saint-Malo et un prospère propriétaire de huit cents hectares de terrain.

 

▪ René Duguay-Trouin par Antoine Graincourt, XVIII°siècle.

 

▪ "Le coup de canon", tableau de Van de Velde le Jeune, 1707.

Ce type de navire d'une soixantaine de canons correspond à ce que commande Duguay-Trouin

à la fin de la guerre de la Ligue d'Augsbourg.

 

René Trouin, sieur du Gué, dit Duguay-Trouin, né le 10 juin 1673 à Saint-Malo et mort le 27 septembre 1736 à Paris, est un corsaire et amiral français. Né dans une famille d'armateurs malouins, il commence sa carrière en 1689 et reçoit, dès 1691, le commandement d'un navire. Son courage, le respect qu'il a gagné auprès de ses hommes, ainsi que ses victoires contre les Anglais et les Hollandais au cours des deux dernières guerres de Louis XIV lui ont assuré une ascension très rapide dans la hiérarchie maritime.

 

▪ Jean Bart, peint par Jean-Léon Gérôme (1862).

 

▪ "Bataille du Texel", Tableau de Willem van de Velde, le jeune.
Sa plus célèbre mission fut de sauver les Dunkerquois de la famine en 1694.

Jean Bart était allé reprendre le blé que les Hollandais avaient dérobé aux Français.

C'est la bataille du Texel, exploit qui lui valut d'être anobli par Louis XIV en 1694.


Jean Bart, né le 21 octobre 1650 à Dunkerque (comté de Flandre) et mort le 27 avril 1702

dans cette même ville (Flandre française),

est un corsaire célèbre pour ses exploits au service de la France durant les guerres de Louis XIV.

 

Jean Bart commence à naviguer à quinze ans sous les ordres de Michiel de Ruyter et participe en 1667 à la campagne de la Tamise. Pendant la guerre de Hollande, il est corsaire pour le compte de la France et accumule les prises (plus de cinquante entre 1674 et 1678). Admis dans la Marine royale avec le grade de lieutenant de vaisseau en janvier 1679, il croise en Méditerranée contre les Barbaresques et est promu capitaine de frégate en août 1686. En 1689, il est chargé, en compagnie de Claude de Forbin de conduire un convoi de Dunkerque à Brest, il est fait prisonnier par les Anglais, s'évade et revient à Saint-Malo en traversant la Manche à la rame. Promu capitaine de vaisseau en juin 1689, il met au point une tactique de guerre fondée sur l'utilisation de divisions de frégates rapides et maniables, sorte de "préfiguration des meutes de sous-marins de la Seconde Guerre mondiale".

 

La piraterie :

 

désigne une forme de banditisme pratiquée sur mer par des marins appelés pirates.

Cependant, les pirates ne se limitent pas seulement aux pillages de navire,

mais attaquent parfois de petites villes côtières.

La piraterie existait déjà dans l'Antiquité. Toutes les civilisations anciennes ayant possédé une marine

l'ont connue, les Phéniciens comme les Mycéniens, la mer étant considérée comme un espace libre

où règne la "loi du plus fort". Lorsque les États deviennent plus puissants, à la piraterie s'ajoute la guerre de course.
 

Si la piraterie est un phénomène remontant à l’Antiquité,

elle a connu son âge d’or entre la moitié du XVII° et le début du XVIII° siècle.

 

"Le Duel entre le pirate Barbe-Noire et le lieutenant Maynard à Ocracoke",

peinture de Jean Léon Jérôme Ferris (1863-1930).
 

Quelques corsaires peu scrupuleux profitaient de ce papier officiel pour piller

et tuer les marchands comme les pirates.
La piraterie est vieille comme le monde et existe toujours,

tandis que les corsaires ont sévit durant trois siècles (du XVI° au XIX° siècles).

 

▪ "Edward Teach dit "Barbe Noire".
Il est certainement le pirate le plus emblématique de l’Histoire, devant son surnom à son épaisse barbe noire

qui servait à son charisme et sa réputation. Il était aussi connu pour son habitude de mettre des mèches

à canon allumées dans ses cheveux lors des combats. Avisé et calculateur,

il est resté dans l’imaginaire collectif et a inspiré de nombreuses œuvres de fictions sur les pirates.
 

▪ Bartholomew Roberts alias «"Bart le Noir".
C'est l’un des pirates les plus célèbres de son époque. La raison ? Il aurait réussi tout simplement

la carrière la plus réussie de l’Histoire, capturant plus de 400 navires en seulement deux ans.

 

Le boucanier :

 

Dérivé du Caraïbe "boucan", le boucanier est à l'origine des chasseurs d'animaux sauvages.

Il traite la viande par un procédé de fumage appelé boucanage appris des Indiens Arawak,

et fait du commerce avec les peaux.

 

Les boucaniers étaient des hommes qui vivaient de la chasse du cochon et du boeuf sauvage,

ils en faisaient fumer la viande sur le boucan (d'où leur nom). Ils vivaient principalement à Saint Domingue

et sur l'île de la Tortue et étaient soit des marins déserteurs, des naufragés, des esclaves en fuite,

de renégats ou encore de flibustiers lassés de parcourir la mer,

en somme, des personnes qui ne peuvent s'intégrer aux colons européens.

 

Les pirates qui sévissaient dans la mer des Caraïbes étaient parfois appelés abusivement boucaniers. À l'origine soit aventuriers, soit déserteurs des différentes nations européennes, les boucaniers vivaient sans chef, et s'occupaient surtout du ravitaillement en viande fumée (« boucanées », d'où leur nom) des équipages de passage quels qu'ils soient. À l'occasion, ils leur arrivaient de se mêler à une expédition, mais ce n'était pas leur activité principale.

 

▪ François l'Olonnais, né aux Sables-d'Olonne, fut un boucanier réputé pour sa cruauté. Il développa une haine

sans limite envers les Espagnols. Après plusieurs années de chasse, il décide de prendre la mer comme flibustier.

Devenu pirate, il fait preuve de tant de courage qu'après la mort du capitaine, l'équipage l'élit capitaine.
Après plusieurs raids dans les Antilles, il échoua son navire sur un banc de sable. Il se fit capturer,

découper en morceaux et griller sur les feux par des indigènes qui le dévorèrent ensuite.
 

▪ Edward Mansvelt (Mansfield) Mort en 1666 à Curaçao.

Boucanier hollandais au service de l'Angleterre. Amiral des "Frères de la côte",

Mansvelt fut le mentor d'Henry Morgan qui lui succéda après sa mort.

 

Les flibustiers :

 

le mot "flibustier" est dérivé du néerlandais vrijbuiter ("qui fait du butin librement).

Le mot apparaît lorsque les Hollandais révoltés contre la domination espagnole avaient armé des navires corsaires

pour lutter contre l'Espagne. Mais les Pays-Bas n'existant pas en tant qu'État indépendant reconnu avant 1648,

leur statut de corsaire n'était pas reconnu. Les Espagnols les considéraient comme pirates pendant que les alliés

des Hollandais les voyaient comme des corsaires.

Toute une population va naître à mi-chemin entre piraterie, aventure, guerre de course.

Le flibustier est un aventurier qui peut se louer en tant que corsaire au plus offrant en temps de guerre,

qui peut naviguer comme marin de commerce, comme s'adonner à la piraterie.

 

▪ Alexandre-Olivier Exquemelin, né en 1645 à Honfleur, décès à Harfleur en 1707) était un flibustier français

qui laissa de nombreuses traces sur les coutumes de la piraterie, notamment avec Histoire d'aventuriers

qui se sont signalées dans les Indes (1678).

Ses récits sont suivis de ceux de Basil Ringrose, Lionel Wafer, William Dampier et Raveneau de Lussan.

 

▪ Parmi les flibustiers vivants sur l'île de la Tortue se trouvait un Français originaire de Dieppe nommé Pierre Legrand. Il se fit un nom en 1602 en capturant, avec un petit bâtiment et 28 hommes d'équipage au large de la pointe occidentale d'Hispaniola, le Cape del Tibron, le vice-amiral de la flotte espagnole.

Il aurait disparu au Canada, à Montreal en 1653.

 

▪ Portrait d'Henry Morgan, vers 1680, (National Trust, Tredegar House).

De tous les pirates, Henry Morgan fut probablement le plus célèbre. Anobli par un souverain britannique et doué de ce courage spectaculaire qui fascine les foules, c'était, en réalité, un scélérat sans foi ni loi, cruel, perfide, traître et sans scrupules. Flibustier prospère autant qu'audacieux, sa réputation était déjà bien établie quand, en 1668, il fit son entrée dans la ville pirate de Port Royal, à la Jamaïque, à la tête de 6 bateaux chargés d'un butin considérable qu'il venait d'enlever aux Espagnols.


Les Espagnols n'avaient pas encore découvert alors le Canal de Bahama, si bien qu'ils devaient traverser l'archipel des Caicos (groupe d'îles au sud-est des Bahamas). Le navire de guerre espagnol, qui s'était laissé distancer par le reste de la flotte et qui ne parvenait pas à la rejoindre, était armé de huit bouches à feu et comptait quatre-vingts hommes à bord. Les flibustiers approchèrent du navire à la rame dans le crépuscule, grimpèrent à bord, s'emparèrent de la soute à poudre et atteignirent le château avant, où ils trouvèrent le capitaine et le vice-amiral qui jouaient aux cartes. Ils les forcèrent, sous la menace de leurs pistolets, à se rendre. Legrand laissa l'équipage et l'amiral sur la côte d'Hispaniola et rentra en France à bord de sa prise ". En apprenant cette nouvelle, tous les boucaniers prirent la mer et en l'espace d'un mois, 4 bateaux espagnols furent capturés.

 

Malgré l'incessante guerre navale, le commerce océanique, au cours du XVIII° siècle,

atteignit un nouvel apogée révolutionnant les us et coutumes d'Europe.

L'Anglais se mit à boire du thé, et le Français du café.

On commença à porter de confortables chemises de coton et les femmes se vêtirent des beaux tissus multicolores

venus d'Orient tandis que, pour la première fois, les deux sexes dormaient dans des chemises de nuit.

 

Le Retour de la flotte de la Compagnie des Indes néerlandaises, en 1677, par Ludolf Backhuysen.

Le XVII° siècle avant transporté ses cargaisons dans de petits voiliers de 150 à 200 tonnes de jauge,

appartenant à de minces groupements d'aventuriers privés.

 

Dorénavant, les grands bateaux des Compagnies des Indes orientales, dont certains jaugeaient 1000 tonnes et disposaient d'une artillerie redoutable, firent la navette entre l'Asie et l'Europe. Leurs puissants affréteurs formaient un Etat dans l'Etat. En France, où le goût des choses maritimes avait beaucoup varié, les compagnies ne firent jamais de gros progrès. Par contre, en Angleterre et en Hollande, l'histoire fut tout autre.

 

Durant le XVIII° siècle, la Com-pagnies anglaise des Indes orientales s'était, en fait, emparée du gouvernement de l'Inde. Elle avait sa propre armée, sa propre marine de guerre, son pavillon personnel, une flotte de plus de 100 vaisseaux dont certains étaient les plus pros du monde. Des actions furent émises, permettant au petit épargnant de participer aux affaires aux profits. Ainsi stimulée, la construction navale devint une science.

 

Les fabriques de cordages et les fonderies proliféraient, les navires étaient conçus par les indigènes

avec un soin méticuleux, tandis que les meilleures plantations d'arbres étaient nationalisées

pour fournir le bois et les mâts nécessaires à la marine de guerre.

 

Deux commerces les plus lucratifs du temps furent : la traite des Noirs et la pêche.

Le premier de ces trafics, peu honorable, était un sous-produit du temps des explorations.

 

Intérieur d’un navire négrier transportant du bois d’ébène.

Effrayante la mortalité sur les navires négriers, puissamment armés pour réprimer les mutineries.

Appelé par euphémisme le commerce du bois d'ébène, la traite, inaugurée par les Portugais,

fut reprise par les Espagnols, les Français et les Anglais pour ne disparaître graduellement

qu'à la fin du XVIII° siècle, la plupart des pays l'ayant mise hors la loi.

 

Quant à la pêche, c'était celle à la baleine, pratiquée par les nations septentrionales,

qui rapportait les plus gros bénéfices. Pendant cinq siècles, la rude race des matelots basques disposa,

en cette affaire, d'un monopole de fait. A la fin du XVII° siècle, Hollandais et Anglais le lui arrachèrent

pour se faire évincer par les Américains une centaine d'années plus tard.

 

"La pêche à la baleine", par J. Stewart, 1837, (New Bedford Whaling Museum).
Dans les tableaux et croquis d’autrefois, il est fréquent de voir les braves chasseurs de baleine

lançant leurs harpons depuis leurs embarcations ouvertes, ballotés sur les hautes vagues de la mer.

On y comptait les Japonais, les Basques, les Britanniques dans les mers du Sud, les Norvégiens, les Yankees

et les Groenlandais ; la liste est longue. Ces lanceurs lilliputiens encerclaient le gigantesque mammifère

à l’aide de leurs skiffs agiles, pendant que des navires à trois, quatre ou cinq mâts

attendaient derrière eux pour les aider à transporter le butin à terre.

 

Dès le début, ou peut-être avant Christophe Colomb, les baleiniers avaient exploré les mers arctiques à la recherche de leur proie. Mais, au XVIII° siècle, des explorateurs mieux organisés, soutenus par leurs gouvernements, effacèrent les derniers "blancs" sur la carte du Pacifique.

 

▪ Louis Antoine de Bougainville, par Ducreux, (Château de Versailles),

qui découvrit plusieurs îles australes.
 

▪ Arrivée de Bougainville à Tahiti, ou Arrivée de "La Boudeuse" à Tahiti, 1768,

huile sur toile de Gustave Alaux (1887-1965), Paris, musée national de la Marine.

Le comte Louis-Antoine de Bougainville, né le 12 novembre 1729 à Paris (paroisse Saint-Merry)

et mort le 31 août 1811 à Paris, est un officier de marine, navigateur et explorateur français.

Il a mené en tant que capitaine, de 1766 à 1769, le premier tour du monde officiel français.

Les bougainvilliers et leurs fleurs, devenus de nos jours très communs en France et en Europe ont été nommés

en son honneur à la suite de spécimens

collectés au Brésil par le botaniste Philibert Commerson lors de cette circumnavigation autour du monde.
 

James Cook, avigateur, explorateur et cartographe anglais,

né le 27 octobre 1728 à Marton (Middlesbrough, Angleterre) et mort assassiné le 14 février 1779 à Hawaï.

C'est l'un des plus grands marins de l'Angleterre qui, au cours de ses trois voyages accomplis après 1768, reconnaissait la majeure partie de la côte australienne, la Nouvelle-Zélande,

les îles du Pacifique et le littoral nord-ouest de l'Amérique.

 

▪ James Cook par Nathaniel Dance-Holland (1776), (maritime museum in Greenwich, London).
Né de parents paysans dans le nord du York (Angleterre), il travaille dans le port de Whitby dès l'âge de 13 ans.

Puis, entre 1741 et 1754, il navigue sur des charbonniers en mer du Nord. En 1755, il s'engage dans la Royal Navy ;

il est nommé capitaine en 1768. Ce marin est connu pour avoir dressé des cartes très précises.
 

▪ L’Endeavour du capitaine Cook,
C’est un fameux trois-mâts qui fascine les passionnés de l’histoire maritime.

L’Endeavour du capitaine Cook, dont une sublime réplique est amarrée en baie de Syndey.

 

Bien loin des eaux du Pacifique, des scientifiques pensent avoir retrouvé l’épave du bateau mythique qui a permis à la couronne britannique de prendre possession de l’Australie en 1770. Ce qui reste de l’Endeavour se situerait au large de la côte est des États-Unis, non loin de Boston. On savait que la navire avait coulé ici en 1778, alors qu’il été engagé dans la guerre d’indépendance américaine. Mais son épave se trouvait au fond de l’Atlantique au milieu d’une multitude d’autres bateaux, ce qui rendait l’identification très difficile.

 

Au milieu du XVIII° siècle, après cent ans de guerre sur mer, le triomphe d'Albion semblait assuré.

Mais, quand les colonies d'Amérique se soulevèrent en 1775, une nouvelle période d'adversité commença.

Sous la conduite des Français dont la marine passait à nouveau par son apogée,

les vieux ennemis de l'Angleterre se jetèrent sur elle, Français et Hollandais,

surtout, la harcelant à la fois en Europe et dans les Antilles.

 

"Embarquement au port de Brest, le bassin de Toulon",

de Nicolas-Marie Ozanne (1728-1811). (Musée des beaux-arts de Brest métropole).
Brest a joué un rôle fondamental dans le Royaume de France au tournant du XVII° et du XVIII° siècle.

La marine royale française, qui remonte à Richelieu (1585–1642),

y est très fortement implantée et bouleverse considérablement le visage de la ville.

 

En 1781, deux flottes françaises partirent de Brest :

 

▪ L'une, sous les ordres du bailli de Suffren, cingla vers l'est, battit les Anglais à plusieurs reprises et se serait peut-être emparée des Indes, si la paix n'était pas intervenue.

▪ L'autre, battant pavillon de l'amiral de Grasse, pénétra dans la baie de Chesapeake et, avec l'appui des Espagnols, y bloqua les forces britanniques, ce qui contraignit Cornwallis à se rendre , à Yorktown.

 

Pierre André de Suffren.

 

Aussi appelé le bailli de Suffren ou encore Suffren de Saint-Tropez est un marin français,

né le 17 juillet 1729 près d'Aix-en-Provence et mort le 8 décembre 1788 à Paris.
Il est le descendant d'une famille de parlementaires établie en Provence depuis le XIV° siècle.

Son père, Paul de Suffren de Saint-Tropez, marquis de Saint-Cannat (1679-1756) est Premier procureur de Provence.

Son frère Louis-Jérôme de Suffren est évêque de Sisteron de 1764 à 1789 puis évêque de Nevers.
Pierre André de Suffren est admis dès l'âge de 8 ans comme Chevalier de minorité de l'Ordre de Malte, dont il deviendra adulte bailli. Il poursuit les Barbaresques.

 

▪  "Suffren en grand uniforme d'officier général de la Marine",

portrait réalisé probablement lors du voyage du bailli en Italie, vers1785, (Château de Versailles).
 

▪ La bataille de Trinquemalay, le 3 septembre 1782, vue par le peintre Dominique Serres (1719-1793).
 

Suffren traverse trois guerres navales franco-anglaises au milieu de la "Seconde guerre de Cent Ans". ...

Les deux premières lui permettent de mener une double carrière en gravissant peu à peu tous les échelons

de la Marine royale et ceux de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Suffren entre dans les gardes-marine en 1743 et est Lieutenant général des armées navales

et vice-amiral de France. Il est fait prisonnier par les Anglais à la bataille de Lagos.
En 1775 le roi le nomme Lieutenant du roy de la ville de Saint-Tropez et gouverneur de la citadelle de Saint-Tropez.

 

Suffren arrive par surprise devant Trinquemalay, le 25. Les troupes sont débarquées, de nuit, à une heure du matin sur les plages, hors de portée des batteries du fort. Suffren prend le commandement. M. d’Agout, le lieutenant-colonel de la 3° Légion de volontaires étrangers de la marine, est responsable de l’infanterie et de quelques éléments de cavalerie, Duvis, du génie, M. Fontaine, de l’artillerie. Le 30 août 1782, la batterie d’André de Rambaud ouvre le feu. Les boulets font effet sur les murs note Suffren dans son Journal de bord, du 1er septembre 1782. Avec ses 1.272 soldats, il prend Trinquemalay. Mais, il doit fuir après avoir subi de lourdes pertes. Après cet échec, il envoie six de ses capitaines comme prisonniers à l’Ile de France. La mousson se profilant à l'horizon, Suffren décide, après une nouvelle courte escale à Gondelour, où il laisse les troupes aller hiverner dans la vaste baie de Achem, à Sumatra.


François Joseph Paul, marquis de Grasse Tilly, comte de Grasse.

 

Né au château des Valettes du Bar (actuellement Le Bar-sur-Loup, Alpes-Maritimes) le 13 septembre 1722,

et mort le 11 janvier 1788 au château de Tilly (dans les actuelles Yvelines).

C'est un officier de marine français qui sert la Marine royale française.

Il assume divers commandements lors des guerres de Succession d'Autriche et de Sept Ans

avant de terminer sa carrière comme lieutenant-général lors de la guerre d'indépendance américaine.

▪ "François Joseph Paul de Grasse" Jean-Baptiste Mauzaisse,  (1843), château de Versailles.

 

▪ "Bataille de Chesapeake", le 5 septembre 1781, tableau de V. Zveg, 1962,

(Norfolk, Hampton Roads Naval Museum).
 

Nommé en 1781 commandant de la principale escadre française, son action résolue dans la baie de la Chesapeake

permet la victoire décisive de Yorktown. Lourdement battu et capturé en 1782 à la bataille des Saintes,

il connaît la disgrâce royale jusqu'à sa mort, même si ce combat est sans conséquence sur la suite de la guerre.

Les historiens l'ont réhabilité et les marines américaines et françaises donnent régulièrement son nom

à de grosses unités de guerre.

 

La bataille de la baie de Chesapeake, aussi connue sous le nom de bataille des caps de Virginie, est une bataille navale décisive de la guerre d'indépendance des États-Unis qui eut lieu près de l'embouchure de la baie de Chesapeake le 5 septembre 1781 entre la flotte du rear admiral britannique Thomas Graves et celle du lieutenant-général des armées navales François Joseph Paul de Grasse. La précision du tir français endommage suffisamment six vaisseaux britanniques pour forcer Graves à rompre le combat et à s’esquiver.

 

La victoire de la flotte française empêche la Royal Navy de secourir les forces du général Charles Cornwallis

à Yorktown. Elle évite également toute interférence britannique avec les renforts et provisions envoyés

depuis Newport et les Antilles françaises aux armées coalisées de George Washington, Rochambeau et La Fayette.

Cette bataille amène ainsi la chute de Yorktown, puis l'indépendance des États-Unis. Par cette victoire,

la France a pu récupérer certaines de ses colonies perdues en 1763 dont Sainte-Lucie et Tobago.

Un premier combat, moins important, avait eu lieu le 16 mars 1781. Ce premier engagement,

qui se solda par une victoire britannique, est connu sous les noms de première bataille de Chesapeake,

combat de Chesapeake ou encore bataille du cap Henry.

 

Charles Cornwallis, 1er marquis Cornwallis.

Charles Cornwallis, est né le 31 décembre 1738 à Londres (à Grosvenor Square) et décédé le 5 octobre 1805

à Gauspur près de Ghazipur dans le Nord de l'Inde.

C'est un général britannique connu comme commandant des troupes britanniques lors du siège de Yorktown

pendant la guerre d'indépendance des États-Unis. Par la suite, il fut gouverneur général de l'Inde (1786–1793)

et Lord lieutenant d'Irlande (1798–1801) avant d'être le principal négociateur britannique du traité d'Amiens (1802).

 

▪ "Charles Cornwallis", tableau de John Singleton Copley, 1795 (Guildhall Art Gallery, Londres).

 

▪ Ce tableau dépeint la reddition de l'armée du général britannique Charles Cornwallis, aux forces françaises

et américaines après le siège de Yorktown durant la guerre d'indépendance américaine.

Les hommes centraux sont le général britannique Charles O'Hara et le général américain Benjamin Lincoln.

Cette peinture à l'huile sur toile fut exécutée par l'artiste américain John Trumbull en 1817.

Il fut acheté par le gouvernement américain en 1820.

 

▪ Capitulation de Cornwallis, à "York-town" en 1781, par Nathaniel Currier. Quoique Cornwallis soit représenté

sur cette gravure, il refusa de se présenter, prétextant être malade. Malgré sa défaite,

il fut nommé commandant en chef en Inde et gouverneur général du Bengale et publia une série

de réglementations connue sous le nom de Code Cornwallis.

Il défit les troupes du sultan Tippu lors de la troisième des quatre guerres du Mysore.

 

Bataille des Saintes, 12 avril 1782.
A droite, le vaisseau amiral français Ville de Paris au combat contre le HMS Barfleur.
La bataille des Saintes se déroule du 9 avril au 12 avril 1782, pendant la guerre franco-anglaise,

entre une flotte britannique dirigée par George Rodney et une flotte française dirigée par le comte de Grasse.

La flotte britannique en sort victorieuse. L'affrontement fut baptisé du nom des îles des Saintes,

un archipel séparé de la Basse-Terre en Guadeloupe par le canal des Saintes.

 

La Grande Bretagne avait perdu ses colonies américaines

et le Canada y aurait passé si Rodney, s'attaquant à de Grasse en 1789

n'avait pas brisé la ligne de défense française à la bataille des Saints dans les Antilles.

 

¬ Amiral George Brydges Rodney, par Jean-Laurent Mosnier, peint en 1791.

Baptisé le 13 février 1718 à Walton-on-Thames et mort le 24 mai 1792 à Hanover Square, Londres, 1er baron Rodney, est un officier de marine britannique du XVIII° siècle. Il fait toute sa carrière dans la Royal Navy et la termine avec le grade d'amiral.

 

Peu après, la Révolution française transformait la situation, laissant l'Angleterre, avec sa flotte puissante,

s'opposer aux forces navales et terrestres de l'Europe entière.

Mais alors les marines espagnole et néerlandaise, n'étaient plus dans l'ombre de ce qu'elles avaient été

tandis que l'orgueilleuse flotte française, avec la plupart de ses cadres dispersés par l'exil

ou la guillotine, commençait à péricliter.

 

¬ République des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, 1581–1795, Provinces et dépendances.

Provinces-Unies est le nom usuel donné à la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, formée par la sécession en 1581 des sept provinces septentrionales des Pays-Bas espagnols (en néerlandais).

De 1581 (proclamation d'indépendance du 15 juillet) à 1795 (création de la République batave), ces sept provinces sont réunies en un État fédéral dirigé par "Leurs Hautes Puissances Mes seigneurs les États généraux des Provinces Unies des Pays-Bas".

 

Sous l'influence de la philosophie des Lumières, une première révolution se déroule entre 1780 et 1787 au cours de laquelle le pouvoir du stathouder Guillaume V d'Orange est contesté par les « patriotes ». En 1785, Guillaume V est contraint de fuir la Hollande pour s'installer en Gueldre. La révolution est matée par l'intervention de l'armée prussienne en septembre 1787 qui rétablit le stathouder dans ses pouvoirs.


Une seconde révolution éclate en janvier 1795, lorsque les armées révolutionnaires françaises envahissent les Provinces-Unies à qui la France avait déclaré la guerre deux ans plus tôt. Le 18 janvier, Guillaume V s'enfuit en Grande-Bretagne. Les patriotes bataves se soulèvent dans les grandes villes et épurent les administrations municipales. Ils fondent la République batave. Alliée à la France dans la guerre contre l'Angleterre, la République batave devient rapidement un de ses satellites. L'influence française sur le pays s'exerce jusqu'en 1813.

La première Assemblée nationale se réunit le 1er mai 1796 et travaille à l'élaboration d'une constitution. Un premier projet est rejeté par référendum en août 1797. Le 22 janvier 1798, un coup d'État épure l'Assemblée qui rédige un nouveau projet inspiré par la constitution française de l'an III qui est adopté en avril. Le 12 juin, un nouveau coup d'État chasse du pouvoir les rédacteurs de la constitution et met place un gouvernement de modérés, le Directoire batave.

 

▪ Portrait de John Jervis, à la fin des années 1770, huile sur toile par Sir William Beechey.
▪ La bataille du cap Saint Vincent, le 14 février 1797 par Robert Cleveley.

Bien que démoralisée par des mutineries, la marine anglaise, commandée par sir John Jervis,

remporta une facile victoire sur les Espagnols au cap Saint Vincent, en 1797.

 

"Napoléon à Boulogne", peint par Maurice Orange.
 

C'est alors que pendant, plusieurs années, Napoléon avait envisagé d'envahir la Grande-Bretagne

en traversant la Manche, constitué une armada de péniches à Boulogne,

mais, finalement, il se rendit compte de la vanité de ses projets.

 

Suite à la rupture de la paix d’Amiens, le 12 mai 1803, Napoléon Bonaparte, encore Premier Consul mais bientôt Empereur des Français, décide de rassembler au camp de Boulogne une armée destinée à envahir le sud de l’Angleterre. Pour permettre le débarquement des troupes sur les cotes anglaises, il est toutefois nécessaire d’éloigner la Royal Navy, bien plus forte que la flotte française, de la Manche. L’entrée en guerre de l’Espagne au coté de la France va permettre la mise en place d’un plan imaginé sous l’Ancien Régime : réunir toutes les escadres françaises et espagnoles afin d’obtenir, du moins en théorie, la supériorité quantitative des alliés sur les Anglais dans la Manche.

 

Napoléon accéda au pourvoir et s'aperçut que la puissance maritime anglaise était son réel ennemi.

La résistance britannique, pensait Napoléon, serait peut-être minée par une menace effective contre les Indes

et le commerce oriental. Le résultat fut la désastreuse campagne d'Egypte

qui causa l'ascension du grand amiral anglais Nelson.

 

L'Egypte fut occupée en 1798, mais ce qui restait de la flotte française

fut totalement dispersé par Nelson à la bataille d'Aboukir.

 

Le 1er août 1798, l'amiral anglais Horatio Nelson surprend en rade d'Aboukir, dans le delta du Nil,

la flotte française qui a transporté en Égypte le corps expéditionnaire du général Napoléon Bonaparte.

 

"La destruction de l'Orient au cours de la Bataille du Nil", tableau de George Arnald, 1827,

"La bataille du Nil", peint par Thomas Luny, 1830, National Maritime Museum.


Les navires français se sont ancrés en ligne au plus près du rivage, en vue d'empêcher tout navire ennemi

de les prendre à revers. Sur ordre de l'amiral Brueys, ils ont même dû s'enchaîner les uns aux autres

et c'est immobiles, à l'ancre, qu'ils vont devoir affronter l'ennemi. Jouant d'audace,

 

La bataille d'Aboukir (également appelée "Battle of the Nile" en anglais fut une importante bataille navale qui opposa les flottes britannique et française dans la baie d'Aboukir, près d'Alexandrie en Égypte entre le 1er et le 2 août 1798. (National Maritime Museum, Londres).

 

Les armées françaises étaient coincées en Egypte où elles furent finalement vaincues.

"Sans vous autres Anglais, avoua plus tard Napoléon", j'aurais pu devenir empereur d'Orient".

La situation était nette. La France, puissance terrestre, s'opposait à l'Angleterre, puissance maritime.

 

Nelson voit d'un coup d'oeil un étroit passage entre le rivage et les navires ennemis. Une partie de sa flotte s'engage dans l'étroit conduit et prend les navires français à revers. Les canonniers français, déboussolés, n'ont pas le temps de retourner leurs canons vers la côte. Leurs navires sont l'un après l'autre réduits à merci.

L'un des héros du jour est le commandant du Tonnant, Aristide du Petit Thouars (38 ans). Il contraint le Bellérophon à amener son pavillon avant que son navire ne soit lui-même assailli. Les deux bras et une jambe emportés par un boulet, il se fait placer dans un baril de son afin de continuer à donner des ordres jusqu'à son dernier souffle.

François de Brueys saute avec son navire-amiral L'Orient (118 canons) tandis que Villeneuve, celui-là même qui sera défait à Trafalgar, s'échappe avec quelques vaisseaux. Bonaparte se trouve ainsi prisonnier de sa conquête...

 

En septembre la Turquie déclare la guerre à la France. Pour empêcher une invasion de l'Égypte par le nord-Est, Bonaparte entreprend la conquête de la Syrie au printemps 1799. Le 7 mars les Français sont à Jaffa, le 23 mars ils atteignent Saint-Jean-d'Acre qu'ils vont assiéger pendant deux mois. Ses communiqués militaires visent à impressionner les Français, par les noms des villes où passe l'armée (Jérusalem, Nazareth...). Cependant la situation militaire est moins favorable. Bonaparte ne peut prendre la ville de Saint-Jean-d'Acre. La peste frappe l'armée française. Bonaparte doit revenir au Caire.
Le 25 juillet 1799, il rejette à la mer une armée turque qui vient de débarquer à Aboukir.

 

▪ Arrivée en France de Bonaparte au retour d'Egypte le 9 octobre 1799, (château de Versailles).
▪ Débarquement en France du général Bonaparte à son retour d'Egypte, Johan Hendrik Meyer

La perte de l'Égypte
La guerre avait repris en Europe depuis mars 1799. Les souverains s'étant coalisés contre la France

dont la politique expansionniste couvrait le continent de républiques-sœurs.

Les armées françaises étaient en difficultés.

 

La situation étant sans avenir pour lui en Égypte, Bonaparte abandonne son armée en août 1799, il n'a pas demandé l'autorisation au gouvernement. Il rentre en France (débarquement à Fréjus le 9 octobre). Comme la situation militaire est rétablie par les victoires françaises de septembre, Bonaparte et ses amis préparent le coup d'État du 18 brumaire afin de renverser le gouvernement et d'établir un régime fort. Le commandement de l'armée restée en Égypte est assuré par le général Kléber.

Kléber négociera avec les Anglais, une convention d'évacuation en janvier 1800. La convention est rompue. En mars 1800, Kléber bat les Turcs à Héliopolis, il parvient à reprendre le Caire, mais il est assassiné par un musulman le 14 juin 1800. En 1801, l'Égypte est perdue. Une partie de l'armée est faite prisonnière.

 

¬ Horatio Nelson, peint par William Beechey (1753-1839).

L'amiral Horatio Nelson est né le 29 septembre 1758 à Burnham Thorpe, en Angleterre. Il participa à de grandes batailles navales entre 1794 et 1805. Il mourut en 1805, lors de la bataille de Trafalgar. Il est enterré dans la cathédrale Saint-Paul, à Londres. Son navire, le Victory, est conservé à Portsmouth.

À l'âge de 12 ans, Nelson apprit la navigation et s'engagea dans la Royal Navy. Il débuta le 1er janvier 1771, comme aspirant sur le navire "Reasonable" et, en 1777, il devint lieutenant et partit pour les Caraïbes. Il fit la guerre d'indépendance des États-Unis du côté britannique.

 

En 1779, Nelson devint capitaine d'une frégate (un navire de guerre) nommée Hitchenbroke. Le 10 août 1794, il perdit son œil droit lors du siège de Clavi. Le 14 février 1797, lors de la bataille du cap Saint-Vincent contre les Espagnols, il battit le navire Saint-Nicolas. La même année, il perdit son bras droit lors du siège de Ténérife.

Le 1er août 1798 à Aboukir, la flotte de la campagne d'Égypte de Napoléon est attaquée par Nelson. Malgré la supériorité en nombre des Français, Nelson gagna la bataille. Le 2 avril 1801, il battit la flotte danoise à Copenhague.

En 1805, le 21 octobre, Nelson gagna la bataille de Trafalgar contre la flotte franco-espagnole de Napoléon. Au cours de la bataille, il fut gravement touché par une balle et dut quitter le pont de son navire. À la fin de la bataille, les proches de Nelson vinrent dans sa cabine, où il était allongé. Il demanda que l'on ne jette pas son corps à la mer et prononça ses dernières paroles : « Dieu merci, j'ai fait mon devoir ». Son corps, plongé dans un tonneau d'eau-de-vie, fut ramené en Angleterre.

 

La bataille de Trafalgar au milieu de la journée, par Nicholas Pocock (1840-1821).

 

La bataille de Trafalgar a eu lieu le 21 octobre 1805 au large du cap de Trafalgar, près de Cadix, lorsque la flotte de Méditerranée (aussi nommé flotte du Levant), formée de 33 navires de ligne de 5 frégates, et de 2 bricks franco-espagnols et conduite par l'amiral français De Villeneuve, se heurta à celle des 27 navires de la Royal Navy, menée par l'amiral Horatio Nelson (qui mourra dans la bataille, touché par une balle française venu des hunes du vaisseau français le Redoutable). La flotte britannique fut victorieuse.

 

Les Franco-Espagnols n'avaient jamais navigué ensemble. Ils s'alignèrent en forme de croissant. Nelson s'enfonça dans la ligne franco-espagnole et sépara les bateaux en deux groupes désorganisés. La bataille fut effroyable. Le HMS Victory, navire de Nelson, mena une lutte sans merci contre le Redoutable, commandé par Jean Jacques Étienne Lucas. Le Redoutable perdit ses trois mâts, et le HMS Victory perdit son mât de misaine.

Au cours de la bataille, Nelson reçut une balle de fusil dans l'épaule. Cette balle lui fit une blessure mortelle ; il dut quitter le pont de son navire. Sur son lit de mort, il demanda des nouvelles de la bataille, et les réponses furent positives. Après plus de cinq heures, la Royal Navy gagna. Du côté franco-espagnol, 17 navires furent perdus ou capturés et quelques-uns coulés, 1 400 marins tués, 2 550 blessés et 7 000 faits prisonniers (dont l'amiral De Villeneuve et le capitaine de vaisseau, le capitaine Lucas). Du côté britannique, aucun navire ne fut perdu, mais il y eut beaucoup de dégâts : 450 marins tués et 1 250 blessés.

 

En 1801, Nelson bombardait Copenhague et, finalement, c'était la bataille de Trafalgar en 1805,

au terme de laquelle il mettait en déroute les forces franco-espagnoles,

reprenait la maîtrise des mers, mais tombait au champ d'honneur.

La guerre se poursuivit encore pendant dix ans.

 

▪ Le Redoutable (centre) combat le HMS Victory (à sa gauche) et le HMS Temeraire (à sa droite),

tableau peint par Louis-Philippe Crépin en 1807.
Le Redoutable est un navire de guerre français en service de 1791 à 1805.

C'est un vaisseau de 74 canons de Classe Téméraire. D'abord baptisé le Suffren,

il est renommé le Redoutable en 1794. Capturé à la bataille de Trafalgar, il fait naufrage le lendemain.

 

▪ "Combat naval remporté par le vaisseau français "Wagram" contre plusieurs vaisseaux anglais
en rade de Toulon, 5 mai 1813" par Mayer Auguste-Etienne-François (1805-1890)
Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon.

 

Le 5 novembre 1813, une escadre française de douze vaisseaux et six frégates, commandée par le vice-amiral Emeriau sur le vaisseau de 118 canons l’Austerlitz, sort de Toulon afin d’effectuer des évolutions en dehors de la rade. Ils refoulent vers le large quatre vaisseaux anglais, commandés par le capitaine Henry Heathcote, placés en observation et appartenant à l’escadre de blocus du vice-amiral Pellew.

 

L'Angleterre entreprenait le blocus du continent, s'emparait des colonies d'Espagne et de Hollande

alliées à Napoléon malgré elles.

Après l'exil de Napoléon à Saint Hélène,

une nouvelle période s'instaura, la longue Pax Britannica,

paix basée sur la prédominance de la marine britannique à travers tout le monde connu.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_batailles_navales
http://expositions.bnf.fr/
https://museearcheo.montpellier3m.fr/

https://gallica.bnf.fr/

"Histoire de la Marine", Editions Rencontre, 1962

"Histoire de la Marine, Tome 1, P. Joubert, Editions Lavauzellle, 1992

"Histoire de la Piraterie", Robert de la Croix, Ed. l'Ancre marine

"5000 ans d'histoire de la marine", Sélection du Reader's Digest, 2011

Fondation des Etats américains, Cours donnés par l'Université Inter Ages :

1°) Cours histoire des religions, antenne de Granville

2°) Cours géopolitique, Antenne de Coutances

Photos et montage, Chantal Guyon, le 18 septembre 2020

 

 

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