LA MARINE, AU FIL DES SIÈCLES.

 

(1) - L'ancien monde,

et les vaisseaux d'Orient et d'Occident.

 

Si le marin et son bateau firent l'histoire de la marine,

le terrien en fit de même, de sa manière modeste, prosaïque !

Le poète Lucrèce écrit : "Qu'il est agréable, lorsque souffle la tempête, de rester sur le rivage

et d'assister aux efforts de ceux qui luttent contre les flots".

Une fois seulement, le terrien a eu son mot à dire et ce ne fut qu'au XVIII° siècle,

lorsqu'il inventa le bateau à vapeur. Dans cette circonstance, pourtant, il œuvra à la façon d'un mécanicien,

plus intéressé par la machine que par la coque qui la portait.

 

Finalement, le steamer se développera, gagna les océans et fut pris en charge par le marin qui le dota, comme il l'avait fait pour le voilier, d'un  idiome spécial, d'une légende, d'un esprit de corps typique de sa vocation. Entre ses mains, le bateau à vapeur entrera à son tour dans l'histoire.

 

 Un vapeur de petites dimensions, s'apprête à passer sous le pont en abaissant sa cheminée,

un autre est amarré le long du quai. Trois grands voiliers apparaissent et,

au premier plan, de petites toues seulement bâchées, à défaut d'être cabanées.

 

Néanmoins, c'est la voile qui domine presque toute l'histoire des hommes. N'étant pas une invention, telle la machine à vapeur, mais le fruit d'une lente évolution, elle présente une remarquable continuité dans son développement. Certes, le navire et la navigation ne changèrent que très peu au cours des millénaires et, qu'il s'agisse du commerce, de l'exploration ou de la guerre, fonctions principales du navire dans la réalité historique, on trouve de frappants parallèles entre les diverses périodes.

 

Avec leurs embarcations, les marins ont fait l'histoire, depuis le temps où les premiers mariniers

montèrent sur un tronc d'arbre et se mirent dans l'idée de franchir une rivière.

Dès les débuts de l'histoire jusqu'à l'avènement de l'avion transocéanique, le navire était le seul moyen

d'aller d'un continent à l'autre, de contrée en contrée et souvent d'un coin de pays au prochain,

soit en suivant les côtes, soit en montant ou descendant les fleuves.

 

Port de Montréal, Gravure coloriée à la main,1830, (Bibliothèque et Archives Canada).
Au début du XIX° siècle, le commerce du bois remplaça le commerce de la fourrure dans la province du Bas-Canada. L'Angleterre avait un urgent besoin de bois pour ses chantiers maritimes car elle ne pouvait plus,

à cause du blocus continental imposé en 1806 par Napoléon 1er, s'approvisionner auprès de la Russie,

de la Norvège et de la Prusse. Les Britanniques se tournèrent donc vers leur colonie d'Amérique du Nord

très riche en vastes forêts de pins et de chênes. Durant la première moitié du XIX° siècle,

les exportations canadiennes de bois occupèrent le premier rang. De grands voiliers effectuaient le transport.

 

Le navire transportait des denrées, des idées, des coutumes, des richesses,  des outils, des expressions et des êtres humains d'une nation à une autre ; il emportait des explorateurs et des conquérants. Ce fut un facteur essentiel dans la propagation de la civilisation, autour de la planète. Ainsi, l'histoire de la marine est associée à celle du genre humain.

 

Bateau viking représenté sur la tapisserie de Bayeux (Musée de Bayeux, Calvados).

Du 1° millénaire avant Jésus Christ, à l'instar des Vikings de deux mille ans plus tard, les "Peuples de la mer",

étaient des pirates, de superbes matelots qui se ruaient sur les côtes étrangères d'abord pour brûler et piller,

puis pour s'y installer et contribuer à enrichir cultures et civilisations.

 

▪ Navire phénicien sculpté sur le visage d'un sarcophage. 2° siècle après Jésus Christ.
 

▪ Navire phénicien. Ce bas-relief décorant le petit côté d’un sarcophage de Sidon. Sa qualité,

l’élégance du navire et la sensation de mouvement qu’il procure, en font une oeuvre de qualité.


Dès le début du 1er millénaire, les Phéniciens introduisent des progrès techniques décisifs fournissant

de meilleures chances à la navigation au long cours : l'usage du bitume pour l'étanchéité des carènes

et le façonnage de coques à membrures. Les navires ont dès lors la robustesse nécessaire pour affronter couramment

la haute mer, permettant ainsi la fondation de comptoirs en Méditerranée occidentale (civilisation carthaginoise).

 

Les Grecs et les Phéniciens explorèrent la Méditerranée occidentale et ensuite, l'Atlantique, tout de même que, deux mille ans plus tard, les Portugais, les Espagnols, le Hollandais, les Français et les Anglais découvraient un nouveau monde plus loin encore à l'Ouest.

 

Navires de commerce romains : sarcophage du III° siècle,

(Exposition au Musée de la Navigation antique, Mayence).

La domination romaine de la Méditerranée, période d'un commerce riche et paisible,

fut précédée par une ère de rivalités nationales et de guerres maritimes sous les successeurs d'Alexandre.

Ainsi en fut-il de la Pax Britannia du XIX° siècle que précéda une longue série de rivalités nationales sur les flots.

 

La Pax Britannica (sur le modèle de Pax Romana) a été une période de paix relative en Europe lorsque l'Empire britannique possédait la suprématie sur les routes maritimes. En général, on considère que la période correspondante commence après la bataille de Waterloo et le traité issu du congrès de Vienne (1815) et va jusqu'à la seconde moitié du XIX° siècle. La Pax Britannica, déjà très affaiblie à l'issue de la guerre de Crimée (1856), ne résiste pas à l'industrialisation de l'Allemagne, à la guerre franco-prussienne (1870), et à l'émergence des États-Unis et du Japon sur la scène internationale.

 

1° - L'Ancien monde.

 

L'homme est né sur terre, mais les eaux, les rivières et les mers nourrirent cette plante fragile

qu'est la civilisation et contribuèrent finalement à la répandre autour du monde.

L'homme craignait et aimait les eaux, toujours fasciné par elles.

Inondations, tempêtes et noyades le terrorisaient tout en défiant son audace.

 

Des milliers d'ans s'écoulèrent avant que nos ancêtres apprissent à utiliser le cours des fleuves, puis les vagues des océans. Les premières cultures apparurent, il y a cinq mille ans à peine, dans la vallée du Nil, de l'Indus et de la Mésopotamie dont les fleuves apportèrent à l'homme non seulement la bénédiction de l'eau sur ses récoltes ainsi que les ressources de la pêche, mais encore des voies de communication permettant ces échanges réciproques de populations, d'idées et de techniques qui hâtèrent la croissance des civilisations. Tous les fleuves menant à la mer, l'être humain fut bientôt tenté de s'aventurer sur cet élément dangereux à la recherche de richesses étrangères. Il apportait sa culture avec lui.

 

Le Nil était la voie de communication qui reliait les différentes parties du pays. Jusqu'au XIX° siècle,

les déplacements par voie terrestre furent pratiquement inconnus.

Navires et bateaux étaient les principaux moyens de transport des personnes et des marchandises à travers le pays.

Les bateaux égyptiens avaient une poupe et une proue élevées, et sous le Nouvel Empire,

on y trouvait des cabines aux deux extrémités. Les vents dominants soufflaient du nord,

poussant les bateaux se dirigeant vers le sud,

les bateaux allant vers le nord comptant sur le courant et la force des rames pour se déplacer.

 

Les premiers bateaux réalisés dans des troncs d’arbre creusés par des outils en pierre étaient utilisés

par l’homme pour se déplacer sur l’eau afin de chasser et pêcher dans le seul but de se nourrir

remonteraient dans la période néolithique, et la récente découverte en Crète de dessins de radeaux

laisse supposer que des bateaux naviguaient depuis au moins 120.000 ans.

Les bateaux égyptiens, fait de balles de papyrus, de blocs d'acacia ou de sycomore,

n'avaient pas de quilles et ne purent jamais s'aventurer en mer.

Cependant la vallée du Nil finit par être le si (intense trafic), allant de minuscules barques à rames

au yacht royal et aux immenses péniches pour le transport des obélisques.

 

L'art nautique, cependant, devait attendre maints progrès techniques :

construction en planches, avirons, gouvernail, mât et voile. Ces éléments apparurent en Egypte

et en Mésopotamie à l'aube de la civilisation au IV° millénaire avant Jésus Christ.

 

Privée d'arbres, l'Egypte appréciait le bois de cèdre venu du Liban et négociait avec la Byblos phénicienne. Ils descendirent aussi la mer Rouge en direction de la basse Afrique, en quête de myrrhe et d'encens. Vers 2000 avant Jésus Christ, un canal fut creusé du Nil à la mer Rouge pour faciliter ces importations.

 

Modèle de bateau polychrome (Moyen Empire) (vers -2000).

 

L'expédition de la reine Hatshepsout vers le Pount, Peinture moderne sur papyrus.

Les Égyptiens envoyaient des missions commerciales au Pount, région de l'est de l'Afrique riche en or, en résines,

en ébène, en bois d'amourette, en ivoire et en animaux sauvages, y compris des singes et des babouins.

Ils allaient également y chercher des esclaves.

 

Les grands navires en bois étaient munis de voiles carrées et de rames. Leurs planches, maintenues ensemble avec de la corde, se dilataient dans l'eau, ce qui rendait le vaisseau étanche. Le bois d'acacia était utilisé en Basse-Nubie pour construire les navires qui transportaient les massifs blocs de pierre de la région d'Assouan vers les chantiers de construction des pyramides, des temples et des villes le long du Nil. Les navires circulaient aisément sur le Nil, de la région du delta à la première cataracte, à Assouan. De Mésopotamie, également, des navires descendaient le golfe Persique, à la recherche de cuivre, de pierres précieuses, d'ivoire et de bois rare.

 

▪ Plusieurs types de navires crétois

dont la propulsion est assurée par des rames ou par des voiles : fresque d'Akrotiri.
La Crète fut la 1° puissance maritime de la Méditerranée. Gouvernés par leur fabuleux roi Minos,

les crétois furent baptisés par les Egyptiens : "Le peuple des îles du milieu de la Mer".

Puis, vers 1450 avant Jésus Christ, la situation se renversa. Les Grecs du continent attaquèrent

et envahirent leurs anciens maîtres. Dès lors, et pour plusieurs siècles, Grecs et Crétois ne firent plus qu'un.

 

Puis ce fut le déclin. Des bandes de pillards venus des pays du Nord descendirent vers les régions méditerranéennes par mer, et les cités surpeuplées, en butte à l'adversité s'affrontèrent. Nombre de citadins émigrèrent à l'étranger. Finalement l'invasion dorienne porta le coup de grâce à la civilisation mycénienne. En quelques siècles, la culture raffinée des peuples de l'âge du bronze, en Méditerranée orientale, fut littéralement balayée.

 

Après la chute de Mycènes, les Phéniciens étaient bien préparés pour s'assurer la maîtrise des mers.

Héritiers des Cananéens bibliques, ils occupaient une suite de port ; Tyr, Sidon et Byblos

qui monopolisaient le commerce de l'hinterland. Comme Homère le chantait dans l'Odyssée :

"Voici venir les Phéniciens, hommes fameux pour leurs navires, brigands cupides, apportant d'innombrables babioles dans leur bateau noir". Parmi ces babioles, importées en Grèce, fut le 1° alphabet.

 

Modèle d'un bateau de commerce phénicien ayant une tête de cheval ou d'hippocampe en proue.

 

S'aventurant vers l'ouest en direction de Malte, de la Sicile, de la Sardaigne, de l'Afrique du Nord et de l'Espagne, les Phéniciens rapportèrent de ces pays l'argent, le plomb et le fer. Mandatés par le pharaon Nechao, des équipages phéniciens effectuèrent le tour de l'Afrique, d'est en ouest, vers 600 avant Jésus Christ. Un siècle environ plus tard, le Carthaginois Hannon conduisit une expédition autour du continent noir, fondant plusieurs colonies et rapportant des peaux. Au cours de leurs explorations, les Phéniciens fondaient des comptoirs, plus tard des colonies telles Cadix en Espagne, Utique et Carthage en Afrique du Nord. Carthage, colonie Tyrienne, devait devenir une grande cité et, en 700 avant Jésus Christ, elle implantait ses colons en Sicile, en Sardaigne et à Malte, ainsi que sur la côte méditerranéenne d'Espagne.

 

Vers 800 avant Jésus Christ, les cités grecques, émergeant de leur moyen âge, se mirent à fonder

leurs propres colonies. Entre 750 et 500 avant Jésus Christ, poussé par la surpopulation de leur pays,

les Grecs en constituèrent 250, de Constantinople à Marseille.

 

 

Grands amateurs de voyages, les Grecs se déplaçaient en groupes organisés, s'embarquant sous la conduite d'un chef oéciste, à destination leur nouvelle patrie. La mer Noire était ceinturée de colonies fondées par Milet. Corinthe créa Syracuse en Sicile. La colonisation fonctionna si bien que tout le littoral sicilien et celui de l'Italie du Sud se garnirent d'avant-postes de la culture grecque. Au nord de Naples, les Hellènes furent arrêtés par les redoutables Etrusques qui, avant les Romains, dominaient presque toute l'Italie. Ligués avec les Carthaginois, les Etrusques maintinrent l'équilibre des forces à l'encontre des colonies grecques dans les mers occidentales.

 

Contrairement aux Grecs, les Phocéens d'Asie Mineure, gagnèrent l'occident sur des flottilles de bateaux de guerre

plutôt que sur des unités commerciales, atteignant la côte cantabrique, jusqu'alors fief des Phéniciens,

et implantant des colonies, parmi lesquelles Marseille, le long des côtes méditerranéennes de France et d'Espagne.

 

La birème Kybele, réplique des navires antiques qui croisaient en Méditerranée, avec 20 rameurs à son bord.

La coque étroite en bois a une vingtaine de mètres de longueur, compte tenu de l'éperon

qui prolonge l'étrave, rappelant que ces embarcations étaient aussi des navires de combat,

où les rameurs se transformaient en guerriers.

Plusieurs fois les Phocéens rencontrèrent les Carthaginois en mer et ce fut l'occasion de batailles rangées

qui obligèrent la marine punique à fermer à ses rivaux le détroit de Gibraltar.

 

Au IV° siècle, Pythéas de Marseille, un savant, astronome et navigateur grec

est considéré comme l'un des plus anciens explorateurs scientifiques ayant laissé une trace dans l'Histoire.

Il a introduit l'idée de Thulé lointain dans l'imagination géographique,

et son explication des marées est le récit le plus ancien connu qui suggère la lune comme leur cause.

 

▪ Statue de Pythéas réalisée par Auguste Ottin (1811-1890)

et placée sur la façade du palais de la Bourse à Marseille.

 

▪ Navire marchand grec au temps de Pythéas. Celui-ci peut embarquer une quarantaine de rameurs.
Celui de Pythéas était sans doute plus petit.

 

Pythéas de Marseille s'insinua à travers les Colonnes d'Hercule et fit voile vers le nord, contournant l'Angleterre et atteignant l'estuaire de l'Elbe, voire la Scandinavie. Pendant des siècles, le récit de son voyage fit seul autorité en ce qui a trait aux mers septentrionales.

 

Au VI° siècle avant Jésus Christ, la période de colonisation prit fin, laissant la Méditerranée sillonnée

de routes commerciales. Des navires de commerce ventrus, voguant à allure réduite sous une seule voile carrée,

transportaient du vin, de l'huile, du grain et des denrées d'échange de cité en cité, tandis que des flottes

de bateaux de guerre, bas sur l'eau, écartaient les pirates et les concurrents des voies commerciales.

 

La Trirème Romaine (300 avant Jésus Christ - 400 après Jésus Christ).
La Dière était le nom Grec de ce navire traditionnel, qui assura la domination des Grecs

et en particulier d'Athènes sur la méditerranée durant des siècles,

jusqu'à ce que Rhodes se mette à innover en créant la tétrère vers 300 avant Jésus Christ.

 

Des trirèmes combattirent  à Salamine, en 480 avant Jésus Christ, tant du côté des Perses que de celui des Grecs.  Les armées de Xerxès, roi des Perses, avaient envahi la Grèce ; elles s'étaient déjà emparées d'Athènes et la flotte du roi, faite d'unités venues du Levant, d'Egypte et d'Asie Mineure, se préparait à l'assaut final. Le grand chef athénien Thémistocle, à qui l'oracle avait conseillé de se défendre par des "murailles de bois", attira l'armada ennemie dans le détroit de Salamine et, avec deux fois moins de navires, il la mit en pièces.

 

Cette illustration montre le Pirée, le port d'Athènes, au moment de la bataille de Salamis.

 

Grâce à sa marine, l'Occident avait gagné la partie. Dès lors et pour un siècle,

Athènes jouit de l'hégémonie sur les mers orientales.

La marine athénienne, forte de 400 unités, était la plus belle connue, tandis que le Pirée, port d'Athènes,

devenait un centre commercial des plus actifs dans le bassin méditerranéen.

Mais les guerres du Péloponnèse survinrent et, au cours de ces 27 ans de combats,

la puissance et la marine athéniennes s'épuisèrent.

 

La désastreuse tentative de capturer Syracuse, en 415 avant Jésus Christ,

coûta 200 vaisseaux et 50.000 hommes à l'ambitieuse Athènes.

 

Pendant ce temps, l'ennemi avait appris à renforcer ses navires contre le redoutable éperon athénien. De nouveaux modèles apparaissent qui réduisirent l'importance de la trirème.  Les successeurs d'Alexandre le Grand mirent le point final à l'hégémonie maritime des Athéniens en 322 avant Jésus Christ.

 

La quadrirème et la quinquérème romaines.

Au IV° siècle avant Jésus Christ, après la Guerre du Péloponnèse, Denys de Syracuse avait inventé

la quadrirème et la quinquérème. Il ne s'agissait pas de galères à 4 ou 5 étages,

mais d'embarcations où chaque rame était desservie par 4 ou 5 hommes.

 

A l'Ouest, terriens dans l'âme, les Romains devaient se heurter aux Carthaginois sur les flots dès qu'ils s'emparèrent des cités de la Grande Grèce et, quand la 1° guerre punique éclata en 264 avant Jésus Christ, il leur fallut construire une marine à la hâte. 23 ans après, ils triomphaient de leurs adversaires et obtenaient la maîtrise des mers et possédaient une des plus belles flottes.

 

Les troupes embarquées sur les bâtiments doivent pouvoir aborder le bateau ennemi et y combattre

comme elles le feraient sur la terre ferme, le Corvus ou corbeau fut mis au point.

 

 Ce dispositif attribué à Caius Duellius, consiste en un pont mobile articulé à partir du mât d’un navire romain, doté à l’autre extrémité de crocs métalliques qui viennent se ficher sur le pont adverse.


Une fois planté le navire ennemi est immobilisé. Cette tactique prive les Carthaginois de leur supériorité de manœuvre en entravant la tactique usuelle d’éperon-nage. Les romains retrouvent ainsi leur puissance et peuvent transposer les tech-niques terrestres du combat d’infanterie.

 

La deuxième et terrible guerre punique se déroula sur terre, les Romains contrôlant toujours les détroits.

Annibal fut contraint d'envahir l'Italie à l'aide de ses fameux éléphants.

De cette épreuve, Rome sortit grande puissance maritime.

 

En Orient, la postérité d'Antigone et celle de Ptolémée s'étaient épuisées en un affrontement infructueux.

Les deux grands ports d'alors étaient Alexandrie, avec sa rade magnifique et son phare monumental, le Pharos,

et Rhodes, centre commercial et bancaire, fléau de la balance entre les deux blocs rivaux.

 

Plan d'Alexandrie montrant le phare Pharos à l'entrée du port dans les années 1500.

(À la main, gravure sur bois).

 

Quand Rhodes appela Rome à son secours, en 201 avant Jésus Christ, un processus d'infiltration graduelle

se mit en branle qui, au bout de 170 ans, fit de la Méditerranée un lac romain.

Préférant utiliser les vaisseaux de ses alliés, Rome livra plusieurs guerres aux roitelets de Grèce

et attira de plus en plus vers sa vorace capitale l'opulent trafic de L'orient.

 

En 67 avant Jésus Christ, Pompée débarrassa la Méditerranée

de ses pirates après une brillante opération de trois mois.

 

La bataille navale d'Actium, où Marc-Antoine et Cléopâtre s'enfuirent lâchement devant Auguste,

eut lieu 36 ans après et mit fin aux proscriptions et aux guerres civiles.

Pour la 1° fois dans l'histoire, l'ordre général régnait en Méditerranée.

 

 ▪ "La bataille d'Actium", 1672, Lorenzo A. Castro, (National Maritime Museum,Greenwich).
Ce tableau ne nous présente pas un conflit entre Octave et Antoine, mais entre Rome et l'Egypte.

En effet, on ne peut distinguer les navires d'Octave de ceux d'Antoine. En revanche, nous pouvons voir

le bateau d'une Cléopâtre défaillante fuyant face à la puissance de Rome. De plus, pour insister sur la puissance

de la Ville éternelle et sur l'infériorité de l'Egypte,

les navires romains sont bien plus grands que le navire amiral de Cléopâtre.
Le peintre nous montre aussi les pertes dramatiques subies au cours de cette bataille navale,

en représentant au premier plan un bâtiment romain en train de sombrer avec tout son équipage.

▪ "Antoine et Cléopâtre à la bataille d'Actium, Johann Georg Platzer, Huile sur cuivre

format 52 x 80 cm, (The Wellington Collection, Apsley House).

 

"Antoine et Cléopâtre fuient la bataille d'Actium, vers 1897, Agnes Pringle, (Laing art gallery).
Ce tableau représente Antoine et un de ses généraux sur le navire amiral de Cléopâtre,

et la fuite des deux amants après le carnage que fut la bataille d'Actium. On peut observer que les deux perdants

de la bataille sont placés aux extrémités du bateau. Antoine est abattu et honteux, alors que Cléopâtre,

au contraire, sous son baldaquin, est digne, fière et reste altière quelles que soient les circonstances.

 

Auguste créa une marine de premier plan avec des équipages expérimentés de Grecs, de Phéniciens

et d'Egyptiens (Aucun de ces matelots n'était esclave).

Il fit la police des mers romaines de la Manche à la mer Noire.

 

Le port d'Ostie ou port d'Auguste, est le grand port artificiel de Rome, à l'époque antique. Il est situé

sur la rive nord de l'embouchure du Tibre, sur la côte tyrrhénienne. Il a été établi par l'empereur Claude

dans les années 40 après Jésus Christ, puis agrandi par Trajan dans les années 100,

en complément du port d'Ostie voisin situé à 4 km au sud.

Grand port de commerce et de voyageurs, il assurait le ravitaillement de Rome, notamment en blé,

en minerai (or, argent, plomb) provenant par exemple du nord du continent africain,

et permettait d’abriter les plus imposants bateaux de toute la Méditerranée.

 

Les marchands de Rome firent le tour de la péninsule indienne pour commercer avec la Malaisie, Sumatra et Java, et atteignirent même le littoral de Chine. De grands navires à grains circulaient entre Alexandrie et Rome. Certains avaient 60 m de long et pouvaient transporter 1300 tonnes de marchandise ainsi que des passagers. Pendant 4 siècles, Rome fut la maîtresse des mers. Il faudra attendre plus de mille ans avant de retrouver pareil état de fait.

 

2° - Vaisseaux d'Orient et d'Occident.

 

Bien que la navigation se fût développée dans le bassin méditerranéen,

les hommes ne tardèrent pas à affronter l'élément liquide dans les autres parties du monde.

Partout où se trouvait un étang, un fleuve,  un lac ou une rive océane,

les âmes les plus hardies se lançaient à l'aventure à bord de toutes espèces d'embarcations,

à la recherche d'horizons nouveaux. Les uns y perdaient la vie, mais d'autres parvenaient au rivage opposé.

 

Le goût de naviguer fut soit originaire de la Méditerranée,

soit déclenché par une idée nouvelle découlant de besoins locaux.

En exemple, les Polynésiens furent chassés du continent asiatique vers le III° siècle

et se déplacèrent vers l'est à travers le pacifique, passant d'île en île et y laissant des populations

jusqu'à ce que, mille ans après leur migration les eût entraînés aussi loin que le Pacifique central.

 

Ces polynésiens voyageaient dans de grandes pirogues double, voguant à la voile ou sous l'impulsion d'une cinquantaine de rameurs. Certaines de ces embarcations étaient munies, au centre, d'une plate-forme pour les femmes, les enfants, les animaux, les plantes et les provisions de bouche.

 

Parfois, 300 pirogues partaient ensemble, couvrant un vaste front, si bien que les risques de manquer l'archipel choisi étaient minimes. Comme ce fut le cas entre les Marquises et Hawaii, les voyageurs couvraient 3700 km, sans signaler la moindre terre !

 

▪ La cité de Caitan (la ville de Zayton, qui est le port chinois de Shanghai dans la Dynastie Yuan)

à partir d'un XV° siècle (manuscript de Marco Polo's Li livres du Graunt Caam (Les Voyages de Marco Polo).

Au temps de Marco Polo, Zayton était le port en eau profonde le plus actif du monde :

il expédiait par jonques des soies et des porcelaines dans tout l'Orient.

 

▪ En Chine, construite pour fuir la mousson, la jonque se développa à une date très ancienne

et ne subit que peu de changements au cours des millénaires.

 

▪ Les plus grandes étaient des entrepôts flottants,

comportant quatre mâts et capables de transporter des centaines de personnes.

"Elles n'ont qu'un pont, écrivait Marco Polo en 1298 et, sous celui-ci, l'espace est divisé

 en soixante petites cabines meublées chacune pour servir de logement à un marchand".

 

▪ Assez lourdes à manœuvrer, les jonques avaient des compartiments étanches, un gouvernail et une sorte

de boussole primitive bien avant que les vaisseaux européens eussent adopté ces dispositions.

 

Entre l'Extrême-Orient et l'Occident, les Arabes servirent d'intermédiaire pendant des milliers d'années.

A l'époque hellénistique, ils se partageaient avec les Hindous le commerce de l'Orient et,

pendant le Haut Moyen Age, ils utilisaient les moussons pour aller en Chine

et en revenir à bord de somptueuses embarcations marchandes copiées sur la jonque chinoise.

 

Pont de bateau,  Bagdad, Iraq, 1885, gravure sur bois.

Au VIII° siècle, les possessions des Arabes s'étendaient de l'Inde à la France, Bagdad, la capitale des Abbassides,

était un important port fluvial déployant ses docks sur des kilomètres, recevant la soie

et le musc du Céleste Empire, les épices et les teintures de l'Inde, les rubis, les fourrures, le miel

et les esclaves de l'Asie centrale, de la Russie et de la Scandinavie, l'ivoire de l'Ouest africain.

 

Les Arabes auraient éventuellement pu emprunter la boussole aux Chinois et la transmettre à l'Europe. En Méditerranée, à l'instar des anciens Perses et des Romains, les Arabes avaient acquis des vaisseaux et des marins dans les ports d'Egypte et du Levant. Au IX° siècle, ils avaient conquis Chypre, la Crète, la Sicile et menaçaient Constantinople.

 

Au cours de son expansion initiale, les Arabes s'étaient livrés à une attaque de cinq ans

contre Constantinople, capitale de l'Empire d'Orient. Mais la flotte byzantine les avaient battus.

Plus tard, et pendant des siècles, la marine byzantine maintint les Arabes et les Turcs à l'écart

de la Méditerranée septentrionale, préservant les traditions de l'ancien monde

bien longtemps après que l'Italie et l'Occident eurent été la proie des barbares.

 

Vue générale du port de Constantinople depuis les hauteurs d'Eyoub,

Dessin de Melling, (1763-1831), format 67 x 104 cm.

Constantinople devint un grand centre commercial, bien que, dans la suite,

son négoce fut de plus en plus confié aux bateaux arabes ou vénitiens.

 

Minutieusement organisée sous les ordres d'un amiral qui portait un couvre-chef en drap d'or, une dalmatique orange et or déployant le portrait de l'empereur, Constantinople tirait sa force d'un type d'embarcation dérivé de la galère antique, le dromon.

 

Le dromon est un navire léger et rapide du Moyen Age, utilisé dans l'Empire byzantin du VI° au XVe° siècle.

Il était mû à la rame, les plus importants de ces bateaux disposant d'une centaine d'avirons

et utilisant jusqu'à 250 rameurs disposés en deux bancs. Conçu pour l'abordage, le dromon était armé

d'un éperon au-dessus de la ligne de flottaison. Ce navire est l'équivalent de la trière gréco-romaine.

 

Le dromon avait un grand avantage : il était armé du feu grégeois, arme secrète,

prototype de nos engins incendiaires modernes. (Chronique de Skylitzès de Madrid (manuscrit du XII° siècle).

 

Le feu grégeois se composait d'huile de naphte, de soufre et de salpêtre et passe pour avoir été inventé par un architecte syrien, Callinicus. De longs tubes montés sur le pont du dromon le répandaient sur l'ennemi ou bien encore, on le lançait par fusée ou par projection à l'aide de catapultes.

 

Carte représentant les affrontements entre Arabes et Byzantins ainsi que leurs territoires,

du VIII° siècle au XI° siècle. (En violet : territoires byzantins ; En vert : territoires arabes).

 

Dans les fréquentes batailles navales où s'affrontèrent Byzance et les Arabes, des mercenaires scandinaves armaient souvent les navires byzantins contre les combattants égyptiens de l'Islam. Ces Vikings ou "roi de la mer" étaient partout. En 911, un de leurs chefs, Rollon, forçait le roi de France à lui abandonner la Normandie. En l'an 1000, Leif Ericsson partit pour le Groenland déjà colonisé par les Vikings.

 

Leif Erikson découvre l'Amérique par Christian Krohg (1893). Explorateur islandais,

il est né vers 970 à Eiríksstaðir en Islande et mort vers 1020 probablement au Groenland.

Déporté par la tempête, il aborda et explora pour la première fois la côte nord-américaine.

 

Quelques années plus tard, les Normands s'infiltraient en Italie du Sud, et au siècle suivant,

le Royaume normand réunissait, sous le même sceptre, la Calabre, les Pouilles et la Sicile.

 

¬ L'audacieux Roger de Hauteville et ses Normands débarquent à Messine.


C’est en 1130 qu’est créé le Royaume normand de Sicile, au bénéfice de Roger II de Hauteville , Roi de Sicile, de Calabre, et des Pouilles et Duc de Campanie, qui adopte une manière de vivre inspirée de l'Orient, sans toutefois renier ses origines chrétiennes.


L'élément normand permet une étonnante fusion entre les civilisations grecque, latine et arabe, qui constituent la base de la société sicilienne. Les Rois normands amènent l’île à un apogée économique, social, artistique et culturel jamais égalé jusqu'à présent. Aujourd'hui encore, c'est dans leurs œuvres architecturales et artistiques que survit la splendeur du royaume normand de Sicile.

 

En 1034, alors que le roi Canut régnait sur l'Angleterre, le Danemark et la Norvège,

un certain Harald Hardrada, commandait la flotte byzantine contre les pirates arabes.

En 1066, Hardrada, qui était devenu roi de Norvège, était battu à Stamford Bridge par le roi Harold d'Angleterre.

Ce dernier devait plus tard périr sous les coups d'un Viking normand, Guillaume le Conquérant.

 

▪ Né vers 1015 ou 1016, fils d'un roi norvégien et demi-frère d'Olaf le Saint,

Harald est contraint de s'exiler après la défaite d'Olaf à Stiklestad. Il se réfugie d'abord en Rus' de Kiev,

puis à Constantinople où il devient chef de la garde Varangienne.

De retour en Norvège en 1046, il s'allie avec le roi danois Sven Estridsen contre le nouveau souverain

de la Norvège, Magnus le Bon, qui accepte de partager le pouvoir avec Harald en échange de l'abandon

de l'alliance avec Sven. Magnus meurt l'année suivante, laissant Harald seul roi de Norvège.

 

▪ La bataille de Stamford Bridge et la mort d'Harald.
Harald Hardrada est roi de Norvège de 1046 à sa mort, le 25 septembre 1066.

Son surnom signifie "au commandement dur", ce qui est souvent traduit par "l'Impitoyable" ou "Le Sévère".

D'autres surnoms, plus poétiques, lui ont été donnés, tels que "l'Éclair du Nord"

ou "le dernier des Vikings". C'est également un scalde prolifique et réputé. (poète scandinave du Moyen Âge,

essentiellement du IX° au XIII° siècle. Il compose en se fondant sur l'allitération).

 

Les Vikings s'étaient répandus de l'Islande à l'Afrique du Nord, de la Russie à l'Amérique :

marins d'élite, ils avaient commencé comme pirates, pillant et incendiant pour la gloire, l'aventure et la fortune.

Ils avaient envahi l'Irlande et rançonnaient l'Angleterre, ils remontaient les grands fleuves d'Europe, mettaient à sec Nantes et Rouen, assiégeaient Paris lui-même, s'emparaient de Lisbonne et de Séville, harcelaient les côtes d'Italie.

 

L'expansion territoriale scandinave (en vert) et leurs raids (en bleu) pendant l'Âge des Vikings.

 

Plus civilisés et devenus chrétiens, ils établirent des colonies en Angleterre, en France, en Italie, en Islande, au Groenland et même, croit-on, sur le territoire nord-américain. Leurs établissements groenlandais persistèrent pendant 5 siècles, jusqu'à l'époque de Christophe Colomb.

 

Gravure d'un bateau viking, les navires de conception unique, construit par les Vikings au X° siècle.

 

Les Vikings vivaient pour leurs bateaux à bord desquels ils habitaient et dont la beauté et les qualités nautiques ont rarement été surpassées. Bordés à clins, longs et gracieux, disposant d'un faible tirant d'eau, d'une proue altière et d'un haut étambot, ils étaient de types variés.

 

▪ Navire découvert à Oseberg en 1904. Il aurait été construit en l’an 820.
▪ Bateau de Gokstad datant de 900 après Jésus-Christ

 

Le plus court et le plus rond était le knorr ou vaisseau marchand. Les fameux Oseberg et Gokstad, dégagés des tertres funéraires, passaient aux yeux des Vikings, pour des petites unités. Les plus grands et les plus illustres, les drakkars (dragons) et snekkars (serpents) dépassaient 35 m, disposaient de 60 à 80 avirons ainsi que d'une voile carrée, aux couleurs vives. Ils avaient, pour figure de proue, de terribles têtes de dragons dorés, que la loi leur ordonnait de démonter lorsqu'ils rentraient au port.

 

Vikings, Norspermes attaquant un monastère, gravure en bois, XIX° siècle.

 

Chaque district ou village avait son navire, commandé par un jarl, et lorsqu'une expédition était projetée, des centaines d'embarcations amenaient leurs équipages pour une nuit de festivités, de combats, de danses et de sacrifices à Odin, et à Thor avant qu'on ne partît ensemble pour un lointain pays. Les Vikings semblent avoir autant navigué d'instinct que par l'observation des astres ou de points de repères éventuels.

 

Quelques siècles plus tard, les drakkars, qui avaient permis la conquête de la Grande Bretagne,

se transformaient graduellement en "nefs", bateaux plus ronds, plus larges,

d'un plus grand tirant d'eau, mais sans rames.

 

La nef et le cogge : au début du XIII° siècle, un autre type de voilier apparaît au nord de l'Europe, le cogge

appelé aussi Koggen. Tout comme la nef, le Cogge est un bateau de transport et de guerre

qui tire son origine du roundship britannique et du hogg frison.

Le cogge possède d'excellentes qualités nautiques grâce à son type de construction.

Des gaillards rudimentaires s'élevaient à chaque bout

et la poupe comportait un véritable gouvernail au lieu de la grande rame d'antan.

 

En Europe du Nord à cette époque, le commerce s'effectue de façon brutale et les combats entre navires de charge ne sont pas rares. En conséquence, les navires marchands ne différencient pas beaucoup des navires de guerre. Les expéditions des croisés ne nécessitent pas des navires de guerre particuliers mais surtout des navires de transport qui au besoin s'arment en bâtiments de guerre.

 

Caraque Roundship, le Matthew.
Le Cog ou Kogge pour les ligues Hanséatiques est incontestablement un navire du Nord,

une autre appellation de la Nef, mais celle-ci était construite à Clins, et non à franc-bord comme les navires latins.

 

7 et 8° croisades de Saint Louis : l'une des raisons qui engagea la multiplicité des croisades

est l'instabilité politique constante de la région. C'est à la suite d'une querelle politique entre Arabes

que Saint-Louis avait tenté une expédition et c'est suite à une autre instabilité

qu'il engage sa seconde expédition. En effet, à partir de 1258, les forces mongoles envahissent

l'Asie occidentale, s'emparent de l'Irak, de la Syrie, de l'Anatolie provoquant une guerre qui aboutit

à la chute des villes contrôlées par les Occidentaux. Ce sera la raison d'une huitième croisade.

 

À la suite d'un voeu, Saint Louis décida de reprendre aux Infidèles le tombeau du Christ. Embarqué à Aigues-Mortes le 25 août 1248, il se dirigea sur l'Égypte, dans l'intention de vaincre d'abord les musulmans du Caire et de gagner ensuite la Palestine. La flotte arriva en vue de Damiette. Sitôt débarqués, les Français entrèrent dans la ville (6 juin 1249). La marche sur Le Caire fut bientôt décidée. L'armée réussit à passer sur la rive est du Nil, à Mansourah, mais l'ennemi revint en force et les croisés durent rétrograder jusqu'à leur camp, où la famine et la dysenterie firent des ravages. Harcelés par les Arabes, ils durent entamer un combat au cours duquel ils furent décimés (5-6 avril). Le roi, épuisé par la maladie, fut capturé et dut signer un traité : en échange de Damiette, il fut libéré mais dut payer une grosse rançon pour ses compagnons (2 mai 1250). Ses vertus frappèrent les musulmans, qui le surnommèrent "le sultan juste". Une fois libre, Saint Louis gagna en simple pèlerin la Palestine où il resta jusqu'en avril 1254.

 

▪ 7° croisade (1248-1254), Louis IX en route vers l'Égypte.

▪ Prise de Constantinople par les croisés.

 

Les nefs des croisés.

 

En effet, à partir de 1258, les forces mongoles envahissent l'Asie occidentale, s'emparent de l'Irak, de la Syrie, de l'Anatolie provoquant une guerre qui aboutit à la chute des villes contrôlées par les Occidentaux. Ce sera la raison d'une huitième croisade.

 

De tels vaisseaux emmenèrent les croisés vers la Terre sainte et cela fut d'une immense importance pour Occident.

Les croisés en apprirent beaucoup des arabes et des Byzantins dont la civilisation leur était très supérieure.

 

De leur côté, les villes italiennes, Venise, Gênes et Pise, fournirent l'argent et les transports à ces expéditions mi-idéalistes, mi-intéressées, posant ainsi les fondations de leur richesse et de leur puissance au cours de la proche Renaissance. Les Génois, aidèrent à la prise de Jérusalem en 1099 ; par la suite, des flottes génoises et vénitiennes infestèrent les côtes de Syrie, et, avec Pise, participèrent à l'intense commerce du royaume chrétien de Jérusalem.

 

Les résultats les plus tangibles des croisades :

formations d'Etats latins en Méditerranée orientale, installations de templiers, d'hospitaliers

et autre ordres chevaleresques, devaient se prolonger durant quelques siècles.

 

Les grands bénéficiaires furent surtout les Etats italiens, et spécialement Venise. Après des années d'escarmouches avec Gênes, la reine de l'Adriatique émergea triomphante, au XIV° siècle. Ses possessions constellaient tout le bassin oriental de la Méditerranée, ses navires marchands se livraient à de longs voyages, protégés par les grandes galères de guerre que produisait en série son fameux arsenal.

 

▪ Navire "Henri-Grâce-à-Dieu".

Henri VIII d'Angleterre appareille pour la France en 1520 afin de rencontrer François 1er au camp du drap d'or.

Son navire décoré de voiles d'or s'appelle "Henri-Grâce-à-Dieu".

 

▪ Peinture de vitrail en provenance du Palais Jacques Coeur à Bourges.

 

Elle représente un navire marchand du XV° siècle appartenant à la flotte construite pour le grand argentier Jacques Coeur qui restaura la marine et le commerce de la France après la guerre de Cent Ans. Il encouragea le commerce à destination du Levant et dans la Méditerranée.

 

"La conquête de Constantinople (ou d'Istanbul)") est un siège historique qui aboutit, le 29 mai 1453,

à la prise de la ville par les troupes ottomanes conduites par Mehmed II. ...

Après avoir résisté à plusieurs assauts, les Byzantins finissent par céder le 29 mai 1453.

 

Les Turcs commencèrent leur ascension météorique vers 1300. En 1416, ils se heurtaient à Venise et, en 1453, ils prenaient Constantinople, mettant fin à mille années d'empire. Peu après, ils éliminaient les Génois de la mer Egée et menaçaient Venise, déclenchant une guerre qui, interruptions comptées dura deux siècles, et s'élargit bientôt en une lutte entre les forces navales de la chrétienté et celles de l'Islam pour la maitrise de la Méditerranée

 

"Bataille de Lépante de 1571", peinture à l'huile,

une mêlée féroce entre galères Turques et celles de la Sainte Ligue formée par Charles V, le pape et Venise.

Plus de 400 vaisseaux y furent engagés. Lépante, la plus grande bataille navale depuis Actium,

est le dernier engagement où figurèrent des galères. Ce fut le point culminant et la fin des croisades.

 

Après Lépante, la puissance ottomane et la puissance vénitienne se mirent à décliner, tandis que Hollandais, Français et Anglais commençaient à s'immiscer dans le trafic de la Méditerranée et de l'Orient. Les croisades avaient réveillé l'Europe. Anglais et Français pour la première fois dans l'histoire donnent le sentiment d'une unité nationale.

 

Le 24 juin 1340, lors de la bataille navale de L'Écluse (Sluis en Flandre zélandaise), le roi anglais Édouard III, prétendant à la couronne de France, anéantit la flotte de son rival, le roi de France Philippe VI de Valois,

devant l'estuaire du Zwin, ce bras de mer (de nos jours ensablé) qui mène à Bruges.
C'est la première bataille d'importance de la guerre de Cent Ans.

 

(1), Le traité de Brétigny, ou traité de Calais, conclu le 8 mai 1360,

au cours de la première partie de la Guerre de Cent Ans.
24 Octobre 1360 : ratification du traité de Brétigny scellant la libération du roi de France.

Il met un terme aux quatre années de captivité à Londres de Jean II.

 

(1), Le traité de Brétigny est négocié au nom du roi de France qui était retenu prisonnier en Angleterre par son fils Charles duc de Normandie qui est Lieutenant général du royaume et le représentant du roi d'Angleterre. Après accord, le roi Jean le Bon peut revenir en France. En octobre 1360, à Calais, alors possession anglaise, le traité est confirmé et signé par le roi de France Jean II le Bon et le roi d'Angleterre Édouard III, qui étaient accompagnés chacun de leur fils aîné.

Ce traité permet au roi Jean le Bon, prisonnier des Anglais depuis sa défaite à la bataille de Poitiers en 1356, de retrouver la liberté en échange d'une énorme rançon. Mais le traité est catastrophique pour le royaume, car le roi de France donne en toute souveraineté au roi d'Angleterre le tiers sud-ouest du royaume. En échange le roi d'Angleterre renonce à réclamer la couronne de France (ce qui était le motif officiel du déclenchement de la Guerre de Cent Ans).

 

¬ Bataille navale de La Rochelle.

 

Cette bataille efface le désastre de l’Ecluse (1340), et sonne pour les Français l’heure de la reconquête, du Poitou, de l’Aunis, de la Saintonge et de l’Angoumois. Pour les Anglais, c’est la fin de leur suprématie navale et l’interruption de liaisons faciles avec leurs possessions de Guyenne. Les lauriers, toutefois, ne sont pas français : la flotte victorieuse est celle du roi de Castille, Henri de Trastamare, qui paie ainsi sa dette à Du Guesclin mais, surtout, qui pare à la menace que fait peser sur son trône un compétiteur anglais.

 

Les Français mettaient leur confiance dans une flotte hétéroclite, faite d'éléments génois, espagnols et autres. Lors du 1° engagement au large de Sluys, en 1340, la flotte anglaise commandée par Edouard III et ses grands barons, anéantit les Français. Les arbalétriers génois n'arrivaient pas à la cheville des archers anglais et, de plus, l'un des vaisseaux britanniques possédait une bombarde. D'où la maîtrise de la Manche pour plus de trente ans et les retentissantes victoires anglaises à Crécy, Calais et Poitiers, la capture du roi Jean, les ravages exercés par le Prince Noir dans le Sud de la France et, pour finir, l'humiliant traité de Brétigny en 1360.

 

Sous l'énergique Charles V, la marine française fut réorganisée et la puissance maritime restaurée.

Tandis que le connétable Du Guesclin harcelait le Prince Noir dans le midi, la flotte française, renforcée

par des galères méditerranéennes et des nefs castillanes, reprenait la maîtrise des détroits à La Rochelle,

en 1372, et commençait à attaquer les ports de la Grande-Bretagne.

 

La phase finale de cet inepte conflit commença dès que les Anglais, sous Henri V, regagnèrent la maîtrise de la mer et mirent en déroute 3 fois leur nombre de combattants français à Azincourt en 1415. Puis ce fut la reconquête de la Normandie jusqu'au moment où la mort du roi Henry en 1422 mit fin à ce processus de destruction méthodique. Suivit une période obscure et troublée, celle de Jeanne d'Arc, du Dauphin des Armagnacs et des Bourguignons.

 

Le commerce en Europe au Moyen Âge.

La France remonta lentement des abîmes, grâce surtout aux services  de Jacques Coeur,

le prince marchand de Bourges. Il réorganisa les finances, créa une nouvelle marine, ressuscita Marseille

et Aigues-Mortes, rétablit les voies maritimes en France en direction de la Méditerranée et du Levant.

 

Jacques Coeur fut récompensé de tout cela par la disgrâce et la prison. A sa mort en 1456, Les Anglais ne possédaient plus que Calais. Peu après, Louis XI reconstruisit son royaume sous le signe de la monarchie absolue, tandis que les Anglais, un instant déchirés par la guerre des Deux-Roses, émergèrent sous les Tudors, comme une très grande et très redoutable puissance maritime.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_batailles_navales
http://expositions.bnf.fr/
https://museearcheo.montpellier3m.fr/

https://gallica.bnf.fr/

"Histoire de la Marine", Editions Rencontre, 1962

"Histoire de la Piraterie", Robert de la Croix, Ed. l'Ancre marine

"5000 ans d'histoire de la marine", Sélection du Reader's Digest, 2011

Photos et montage, Chantal Guyon, le 22 août 2020

 

 

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