Charles-Édouard Jeanneret-Gris, plus connu sous le pseudonyme

 

Le Corbusier.

 

C'est un architecte, urbaniste, décorateur, peintre, sculpteur

et auteur suisse naturalisé français en 1930.

Il est également l’un des premiers architectes à construire dans le monde entier.

 

Il est né le 6 octobre 1887, à La Chaux-de-Fonds (Suisse)

et mort le 27 août 1965, à Roquebrune-Cap-Martin, (Alpes-Maritimes).

 

¬ Photographie en 1964.

Cet architecte et urbaniste de talent débute une formation de graveur-ciseleur à l'Ecole d'Art de la Chaux-de-Fonds avant de se diriger vers l'architecture en 1904. Il y réalise ses premiers travaux (dont sa première villa à l'âge de 17 ans déjà), des œuvres pionnières laissant présager le "mouvement moderne" ou "purisme" qu'on lui attribue. Apôtre des lignes simples et dépouillées, il se spécialise dans la technique du béton à Paris auprès d'Auguste Perret et voyage en Europe et dans le reste du monde. Il laisse son empreinte en Inde, au Japon, en Russie ou au Brésil. Le Corbusier décède en 1964, à l'âge de 77 ans, au cours d'une baignade en Méditerranée sur les rives de Roquebrune-Cap-Martin, où il réside.

 

Charles-Edouard Jeanneret entre à 13 ans à l’Ecole d’arts appliqués de La Chaud-de-Fonds

pour suivre les traces de son père, graveur et émailleur de boîtes de montres

mais son professeur l’encourage à aller au-delà.

Sa carrière dans l’architecture commence avec le dessin des plans de la Villa Fallet

dans le quartier Pouillerel, sur les hauteurs de la ville.

 

La villa Fallet.


Cette villa bâtie en 1906 est une commande de Louis Fallet, un graveur horloger,

aux élèves du Cours Supérieur. Charles-Edouard Jeanneret est encadré, pour l’occasion,

par l’architecte René Chapallaz.

 

Le balcon et terrasse de la Villa Fallet avancent sur le jardin.

 

La façade est ornée de graffites aux motifs de sapins stylisés sous forme de triangles,

œuvre de Charles-Edouard Jeanneret.

 

 Suivent ensuite en 1908,

les Villas Stotzer et Jaquemet à La Chaux-de-Fonds, (Suisse).

 

Construites à proximité pour les beaux-frères de Louis Fallet.

▪ La villa Stotzer comportait à l'origine deux appartements ; elle a été dessinée

par Charles-Édouard Jeanneret lors de son séjour à Vienne.

Bâtie dans le même style régionaliste que la villa Fallet,

elle s'en distingue par sa façade méridionale plus dépouillée.

Une haute baie vitrée fait entrer la lumière dans la maison. Cette construction audacieuse à plus d’un égard

va être à l’origine de conflits entre le propriétaire, Anatole Schwob, un horloger, et l’architecte.

 

▪ La villa Jaquemet.

 

Les dépassements de budget, entre autres, entraîneront un procès. C’est sur cette expérience amère qui le mettra en difficulté financière et qui lui vaudra l’incompréhension de ses compatriotes qu’il part à Paris. En 1920, Charles-Edouard Jeanneret devient Le Corbusier. (Seule la Maison Blanche peut être visitée, les autres villas appartiennent à propriétaires privés ou à des entreprises).

 

1912 : Villa Jeanneret-Perret (dite aussi Maison Blanche),

La Chaux-de-Fonds, (Suisse).

 

Enfin, en 1912, Charles-Edouard Jeanneret construit sa première maison seul.

C’est la Maison Blanche qu’il destine à ses parents.

Toujours sur les hauteurs de Pouillerel, elle s’adapte aux dénivelés du terrain. Le Corbusier a mûri,

il a voyagé, cette construction marque sa rupture avec le style Sapin.

Il affirme ses différences et s’engage dans sa voie personnelle.

 

Cette maison donne sur un jardin bas délicieusement fleuri sur lequel s’ouvrait l’atelier de son père.

Il en avait abaissé les fenêtres pour que ce dernier puisse admirer le jardin sans se lever.

 

La Maison Blanche vue depuis le jardin du bas.

Sur le côté droit, l’amorce de l’escalier qui permet de descendre au jardin inférieur.

 

La Chaux-de-Fonds est un creuset de l’Art nouveau, qui adoptant les codes de la région, est devenu le style Sapin. C’est aussi dans cette ville qu’est né Le Corbusier qui y fit ses premières armes. Mais La Chaux-de-Fonds est aussi une capitale de l’horlogerie, activité qui a forgé et conditionné son histoire et son urbanisme.

 

Le Corbusier va jusqu’à dessiner le piano pour sa mère professeur de musique pour qu’il soit

en adéquation avec l’architecture. Cette maison a été rachetée par une association

qui l’a rénovée dans le plus grand respect des aménagements d’origine tant au niveau des matériaux

que des couleurs. Ainsi la chambre qu’il s’était octroyée est peinte en jaune avec des plinthes grises.

 

Les murs de l’entrée sont tendus de toile de jute. Le papier peint de la salle à manger dont un échantillon a été retrouvé derrière les radiateurs a été refait à l’identique. Malheureusement, la fresque en céramique qui était au-dessus de la cheminée du salon a été volée pendant les travaux.

 

Le jardin supérieur que l’architecte appelait la "chambre d’été" est traité dans un esprit plus strict

avec des allées qui se croisent en briques rouges, un pavillon d’angle qui surplombe le terrain

d’en bas et une pergola dont le mur du fond est peint d’un beau bleu vif qui tranche.

 

1912, Villa Favre-Jacot, Le Locle, (Suisse).
 

Architecturalement, elle présente une certaine similitude avec les réalisations

de l'architecte Peter Behrens (1868-1940), bureau au sein duquel Jeanneret fit un stage en 1911.
 

Dans ce quartier où résidait la grande bourgeoisie, la Villa Favre-Jacot de Charles-Edouard Jeanneret

deviendra en 1912 une œuvre de Le Corbusier, marquée par l’influence néoclassique.

 

Georges Favre-Jacot, un horloger, entrepreneur et industriel suisse est le Fondateur de ce qui deviendra la manufacture de montres Zenith. Montrant à nouveau sa perspicacité dans la découverte de talents et sa sensibilité aux courants artistiques de son époque, Favre-Jacot consacre une partie de sa retraite à la construction de sa villa en collaboration avec un jeune architecte prometteur, Charles-Edouard Jeanneret-Gris, qui deviendra Le Corbusier. Le projet est élaboré en 8 jours, la construction débute 12 jours après la première rencontre entre l'architecte et Georges Favre-Jacot s'installe en 1913 dans cette maison de maître qui surplombe le site de la manufacture qu'il a créé.

 

Cette luxueuse villa a été construite pour l’industriel Favre-Jacot.

De style néo-classique, elle est contemporaine de la Maison blanche

et du projet de Jeanneret pour l’Hôtel de Ville du Locle (non réalisé).

 

Pour cette réalisation, Jeanneret a progressivement développé sa vision rhétorique de l'architecture universelle. L'architecte conçoit cette demeure comme l'acropole de la famille Favre-Jacot. Surplombant alors le "vaste empire Zenith", qui englobe des fabriques, des maisons d'ouvriers, un grand hôtel, une fonderie et d'autres constructions en lien avec l'activité horlogère, la demeure impressionne par sa position dominante.

 

1916 : Villa Schwob (appelée aussi Villa Turque),

à La Chaux-de-Fonds, (Suisse).

 

Commande d'Anatole Schwob, un fabricant d’horlogerie, mais qui n'honora pas sa facture…

Elle représente bien l'esprit de Le Corbusier.

C'est sa plus célèbre et sa plus remarquable réalisation, l'une des seules créations précoces

que l'architecte revendique et la dernière érigée à la Chaux-de-Fonds ;

après cela, il quittera définitivement sa ville natale pour la France.

 

La construction est basée sur une structure de béton armé.

La construction eut lieu en 1916-1917. La villa a été acquise par la société Ebel en 1986.

 

Le living-room.

 

La salle à manger - 1er étage, et la chambre à coucher.

 

Le Corbusier y applique les principes du brevet "Dom-Ino" qu'il a déposé en 1914. L'ossature porte les planchers et l'escalier et permet ainsi de libérer le plan. L'architecte associe brique et béton dans une construction sans murs porteurs et aux toits plats. 16 piliers soutiennent 4 dalles. Si la silhouette générale de la Villa Schwob l'éloigne par son classicisme des futures villas blanches (1922-1931), l'esprit moderne est présent dans la structure du bâtiment. La villa est inscrite comme bien culturel d'importance nationale.

 

Le principe  Dom - Ino.


Dès 1914, Le Corbusier s’intéresse au problème du logement social et crée un procédé

de construction industrielle par éléments structurels combinables.

Ce système nommé Dom-ino (du latin domus, la maison, et du mot innovation)

évoque le jeu de dominos dont on associe les pièces les unes aux autres

comme on pourra articuler les uns aux autres les éléments préfabriqués du système.

 

Le concept de construction en béton dont le principe se résume à une simple trame de poteaux portant des planchers et reposant, pour toute fondation, sur de simples dés. La trame permet de composer librement façades et plans. La combinaison du système constructif Dom-ino et des principes esthétiques du purisme appliquée pour la première fois dans la villa Ozenfant) permet à Le Corbusier d’élaborer progressivement une nouvelle forme architecturale qui s’applique aussi bien au logement économique qu’à la villa de luxe. Le Corbusier plaide pour une architecture rationnelle et industrialisable et affirme que "la maison est une machine à habiter". Ces recherches se formalisent dans les projets de maison économique Citrohan (1920-1922), ainsi baptisée en hommage à l’industrie automobile, et seront finalisées en 1927 dans l’énoncé des "Cinq Points pour une architecture moderne" : plan libre, façade libre, pilotis, toit terrasse et fenêtre en longueur.

 

1916 : Cinéma Scala, à La Chaux-de-Fonds, (Suisse).

 

Cinéma la Scala, avant 1971.

 

Construit en 1916, le cinéma brûla en 1971, et il ne reste aujourd'hui que la façade arrière.

 

1917 : Château d'eau à Podensac (Gironde).

 

A l'époque, il est situé à proximité immédiate du Domaine Chavat. Il doit assurer l'alimentation en eau

de la demeure, du jardin et des fontaines. Le propriétaire confie sa conception à un jeune architecte

dont il connait le père. Ce jeune homme, c'est Charles-Edouard Jeanneret

qui se fera connaître sous le nom de Le Corbusier. C'est sa première réalisation en France.

François Thévenot, ami de la mère de Charles-Edouard Jeanneret, offre l'opportunité au jeune architecte de réaliser sa première oeuvre en béton armé en France. Il dessine pour l'alimentation en eau du domaine de Chavat un château d'eau se dressant tel un phare au coeur de Podensac. Le Corbusier réalise les croquis et les plans d'exécution de l'édifice et c'est la Société d'Application du Béton Armé (SABA), pour laquelle il est architecte conseil, qui sera chargée de sa réalisation en 1917.

 

Le château d'eau est construit en béton armé et sa silhouette évoque un fût de colonne.

Il est pourvu d'un escalier hélicoïdal qui traverse verticalement tout l'édifice, et coiffé d'un chapiteau

aménagé lui même en terrasse. La colonne est interrompue aux deux tiers de sa hauteur

par une gloriette entièrement vitrée de huit portes fenêtres cintrées, rythmée par des colonnes engagées.

Cet étage permet de bénéficier d’une vue panoramique sur Podensac,

la Garonne et les coteaux de la Rive droite.

C'est au-dessus que se trouve la réserve d'eau de 80 mètres cubes.

 

Le domaine ayant été démantelé après la seconde guerre mondiale, le château d'eau est tombé dans l'oubli jusque dans les années 80. Il est alors repris par Le Groupe des Cinq, un groupe de cinq architectes aquitains qui veulent préserver le patrimoine du XX° siècle et qui signent avec la mairie de Podensac un bail emphytéotique de 99 ans. Classé monument historique en 2006, il fait aujourd'hui l'objet d'un projet de rénovation.

 

1917 : Prototype de maison pour une cité ouvrière,

à Saint-Nicolas-d'Aliermont, (Seine-Maritime).


En Europe, au XIX° siècle, les révolutions industrielles et l’exode rural qui en découle

modifient profondément les façons de vivre et travailler.

Les villes deviennent un pôle d’attraction pour les ouvriers en quête de travail.

En France, deux courants idéologiques, révélateurs de conceptions différentes de la société

et de la famille, s’affrontent. Les deux grandes tendances sont :
• L’habitat collectif, à l’image du familistère de l’industriel Godin à Guise (Picardie),
système de logement en immeubles avec des installations collectives (crèches, magasins,
théâtres, jardins etc.)
• L’habitat individuel, sous forme de maisons individuelles entourées de jardins.

 

Dans un premier temps, ces programmes de construction sont le fruit des industriels, dans une logique paternalisme. Dans ce système, plutôt que d’être sanctionné, l’ouvrier est récompensé pour ses actions positives. Pour fixer la main-d’œuvre qualifiée, l’emploi industriel doit devenir attractif : les dirigeants investissent dans des infrastructures qui améliorent les conditions de vie des ouvriers. Les cités ouvrières en sont l’exemple le plus parlant : Le Corbusier à Saint-Nicolas-d’Aliermont.

 

Coupe de la maison type C dessinée par Le Corbusier, 1917. (Fondation Le Corbusier).

M. Duverdrey, commande à Le Corbusier des plans pour réaliser une cité ouvrière.

Le programme comprend 43 bâtiments.

L’architecte propose trois types de maisons (type A, B, C). Un traitement différent des façades

permet de distinguer les maisons des ouvriers de celles des contremaîtres.

Finalement, une seule maison jumelle de type C a été réalisée, elle est située à l’Est de la ville.

 

En mai 1917, Robert Duverdrey, directeur de l’entreprise horlogère Duverdrey & Bloquel (future Bayard) demande à Le Corbusier de réaliser les plans d'une cité ouvrière de 25 maisons. Ce travail représente une étape importante dans les recherches que mène l'architecte, autour de la maison ouvrière en série. En juin 1917, il propose une structure en béton préfabriqué mais Duverdrey opte pour une solution en brique, accentuant l'esthétique rurale des maisons, inspirée de l'architecture locale et des cités-jardins à l'anglaise. A titre expérimental, une maison jumelle est construite en 1918. Le projet est enterré en juin 1919, en raison des coûts de construction trop élevés et des difficultés d'approvisionnement.

 

La maison Jumelle Bayard
En 1914, Le Corbusier élabore la théorie du "DOM-INO", système ingénieux

permettant de construire tous types de plans, du logement ouvrier aux villas.

La maison jumelée telle qu’elle était à l’origine : un vaste jardin et de grandes ouvertures

pour faire entrer la lumière. (Fondation Le Corbusier).

 

La maison réalisée en 1917 à Saint-Nicolas d’Aliermont reste le premier prototype de Le Corbusier en matière de cité ouvrière, il développera ensuite ce modèle à Lège-Cap-Ferret en 1924 et à Pessac en 1925. Il se consacre ensuite à de grands projets urbains comme la villa Savoye Poissy, en 1931. À partir des années 50, il développe ses unités d’habitations dont la Cité Radieuse à Marseille (1952).

 

1921 : Aménagement de la villa Berque, villa de Montmorency, à Paris 16°.

 

Aménagement de la villa.

 

1922 : Villa Besnus, à Vaucresson (Hauts-de-Seine).
 

Conséquence pratique du stand d'urbanisme du Salon d'Automne de 1922.

C'est le moment où toutes les difficultés se présentent d'une fois. On avait, dans l'Esprit Nouveau,

proposé des théories, des vues assez claires pour nettoyer le terrain.

 

Dans cette toute petite maison, il s'agissait de tout créer, architecturalement : les procédés de construction, les solutions constructives efficaces des toitures, des encadrements de fenêtres, des corniches, etc. On découvrait "le plan libre" (aménagement de la salle de bains au milieu de l'étage). On définissait la forme de la fenêtre, son module (hauteur à l'échelle humaine).

 

Villa Besnus, en 1922, par Le Corbusier,

et après les importantes modifications apportées par les propriétaires au fil des ans.

 

Entre autres, voici un exemple de transes esthétiques : la cage de l'escalier arrondie dessinée perpendiculairement à la façade. Il apparut subitement que cette cage d'escalier perpendiculaire était un rythme antagoniste brisant l'unité de la composition. Et l'escalier décrivit un quart de tour et s'aligna au long de la façade, la poursuivant, l'amplifiant. Ce sont là de ces moments intenses qui donnent leur leçon pour toute la vie : on tourne le dos à l'accident ; on sacrifie le détail piquant, on recherche l'unité ; il faut employer tout son terrain ; il faut toujours exploiter la plus grande dimension, etc... On s'aperçoit qu'en architecture, on peut aussi faire de la spéculation plastique ; on peut faire de bonnes ou de mauvaises affaires "plastiques".(Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 1, 1910-1929).

 

1922 : Maison-atelier du peintre Amédée Ozenfant, à Paris 14°.
 

Amédée Ozenfant (1886-1966) est un peintre puriste. En 1919, il fonde la revue L’Esprit nouveau

avec son ami, l’architecte Le Corbusier. Le Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret

construisent pour Ozenfant une maison-atelier dans le quartier Montsouris.

C'est l’une des premières œuvres puristes de Le Corbusier,

au même titre que les villas La Roche et Jeanneret.

 

Le purisme : 1920-1927 : il s’attache à la représentation des objets de la vie quotidienne. Au début des années vingt, Léger, Le Corbusier et Ozenfant développent une nouvelle formule picturale. Ils en exposent leurs théories dans "l’Esprit nouveau", revue publiée entre 1920 et 1925. Le purisme, se référant aux arts, était un mouvement qui a eu lieu entre 1918 et 1925 qui a influencé la peinture et l’architecture française. C'est avec le peintre Ozenfant que Le Corbusier fonde le "purisme en 1918. A travers ce mouvement, les deux amis défendent une conception rigoureuse de l'art marquée par les notions d'ordre et d'harmonie, de simplicité et de pureté.

 

Ossature en ciment armé et murs en double cloisons de "cement gun" de 4 centimètres d'épaisseur chacune.

Un escalier extérieur en spirale mène au 1er étage, occupé par une chambre et une salle de bain.

Eclairé à l’origine par des sheds vitrés,

l’atelier occupe un grand volume double en hauteur situé aux 2° et 3° étages.

Les espaces intérieurs ont également été dénaturés par des cloisonnements ;

le rythme des fenêtres du rez-de-chaussée a été transformé et le garage supprimé.

 

1923 : les villas La Roche et Jeanneret, à Paris 16°.
 

Les Maisons La Roche et Jeanneret sont représentatives de l'architecture des années 20

et ont fait l'objet d'un classement, en totalité, au titre des Monuments Historiques en 1996.

Seule la Maison La Roche se visite aujourd’hui. L’originalité de cette maison est de réunir une galerie

de tableaux et les appartements du propriétaire et collectionneur : Raoul La Roche, le frère de l’architecte.

L’utilisation de matériaux de construction nouveaux tels que le béton armé permet à Le Corbusier

de mettre en œuvre les "Cinq points d’une architecture nouvelle". Il s’agit de la façade libre,

du plan libre, des fenêtres en longueur, du toit-jardin, et des pilotis.

 

Afin de satisfaire la double demande d'une maison familiale et d'une maison/galerie,

les architectes choisiront de dissocier les fonctions : ainsi les espaces d'habitation se trouvent regroupés

sur la même bande de terrain tandis que la galerie s'élève sur pilotis dans l'axe du terrain.

 

Sur un terrain étroit situé au fond d’une impasse, Le Corbusier et son collaborateur Pierre Jeanneret réalisent deux maisons mitoyennes : l’une pour le banquier suisse Raoul La Roche, l’autre pour Albert Jeanneret. Le banquier Raoul La Roche, célibataire et réputé austère, souhaite disposer d’espaces d’habitation et d’un espace pour héberger sa collection. En effet, il s’est constitué une très belle collection d’art moderne composées de peintures de Picasso, Braque, Léger, Lipchitz.

 

Le toit-jardin: cet espace est traité de manière identique dans les deux maisons :

un kiosque pour se protéger des intempéries, un banc et des dalles en ciment.

 

La maison se développe sur 3 niveaux, en comptant le toit-terrasse. A gauche en entrant dans le hall, un escalier qui dessert la galerie de tableaux dont une élégante rampe en courbe amène à la bibliothèque. À droite, l'escalier plus discret mène au lieu de vie du propriétaire. Ces deux parcours sont indépendants et sont reliés au premier étage par une passerelle dans la double hauteur du hall.

 

Les pilotis de la villa La Roche.

Raoul La Roche souhaitait une maison à l'image de son train de vie austère

(et ce alors qu'il était financièrement aisé). La maison est ainsi imprégnée d'austérité et développe

une esthétique "pauvre" où sont magnifiés les volumes et les surfaces "assemblés sous la lumière".

 

La villa La Roche, Le salon-galerie.

 

▪ Le Hall : un espace très généreux en double hauteur accueille le visiteur à son entrée dans la maison. Sans ouverture directe sur l'extérieur, le hall bénéficie tout de même d'un éclairage indirect provenant de la passerelle assurant la liaison entre les deux domaines public et privé de la villa.


▪ La galerie : un espace qui s'étire à l'horizontale, en contrepoint de la verticalité du hall. À droite en entrant, le plafond se rabaisse au-dessus de la cheminée. À gauche, une rampe vient se loger dans le creux de la façade en courbe et donne accès à la bibliothèque. L'espace de la galerie a été modifié en 1928, à la suite de dégâts occasionnés par le chauffage central.


▪ La bibliothèque : un espace en retrait auquel on accède par la rampe de la galerie. Les sources de lumière sont variées : directe via une fenêtre en redent ou par le puits de lumière, ou indirecte depuis le vide du hall.


▪ La salle à manger : cet espace s'ouvre sur l'extérieur grâce à une fenêtre tout en longueur, et se trouve du coup baigné de lumière naturelle.


▪ La chambre, dite "Puriste" : de dimensions surprenantes : juste de quoi y placer un lit double (et encore contre un mur), une table métallique et une armoire basse, la chambre bénéficie d'une double exposition nord-est/sud-ouest.

 

La Maison Jeanneret mitoyenne accueille les bureaux de la Fondation Le Corbusier ainsi qu'une bibliothèque.

La Fondation détient la plus grande partie des dessins, études et plans originaux de Le Corbusier.

Le site est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis juillet 2016.

 

Réunies en un seul et même ensemble architectural de formes géométriques pures dénuées de tout décor, les Maisons La Roche et Jeanneret constituent en 1923 une œuvre d’avant-garde unique en France et à l’échelle de la planète. L’absence de toit en pente, remplacé par un toit-terrasse accuse encore la radicalité de cette composition. Le Corbusier pose ici les bases de la nouvelle architecture moderne : formes géométriques pures, absence de décor, pilotis, toit-terrasse, fenêtre en longueur. Autant de points que Le Corbusier théorisera en 1926 dans le Manifeste des cinq points pour une architecture nouvelle.

 

1923 : Villa Le Lac, à Corseaux, (Suisse).
 

Cette villa a été construite pour ses parents à Corseaux, près de Vevey, dans le canton de Vaud, en Suisse.

Le site est inscrit, avec 16 autres œuvres architecturales de Le Corbusier,

sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2016.

 

Entrée de la villa. C'était, ici, le "Chemin Bergère", un chemin presque abandonné.

Une ancienne route romaine qui avait relié les évêques de Sion aux évêques de Lausanne et de Genève.

Les parents de Le Corbusier quittent la Maison Blanche de La Chaux-de-Fonds en 1919

et vivront dans un chalet (Les Châbles) à Blonay jusqu'à leur emménagement

à la Villa "Le Lac" la veille de Noël 1924.

 

La surface de la Villa est de 64 m² (4 x 16 mètres).

En 1931, une chambre d'amis (la fruitière) est ajoutée en hauteur dans l'angle nord-ouest.

 

La fenêtre de 11 mètres, acteur principal de la façade sud, est une innovation constructive en 1923.

Il s'agit de l'un des "Cinq points d'une architecture nouvelle"

qui trouveront un aboutissement en 1928 à la Villa Savoye.

 

Deux autres de ces points sont mis en oeuvre dans cette "machine à habiter" face au Léman : le plan libre et le toit-terrasse. Les parents de Le Corbusier Georges-Edouard et Marie-Charlotte-Amélie Jeanneret ont habité la Villa "Le Lac" jusqu'à leur mort respective en 1926 et 1960. Le frère de Le Corbusier, Albert Jeanneret, musicien, y est resté jusqu'en 1973. La Villa "Le Lac" est un monument historique culturel suisse d'importance nationale. En 2010, la Villa devient un musée selon le voeu formulé par Le Corbusier. L'Association Villa "Le Lac Le Corbusier" en assure la gestion depuis 2013.

 

 

La Villa est complétée d'un espace de verdure. Un jardin fermé, muré sur trois côtés

jouxte la Villa qui ferme le dernier côté. Le jardin, cloîtré pour limiter la vue sur le paysage,

fait contrepoint à la maison, prisme horizontal ouvert sur 11 mètres pour accueillir la lumière du sud.

Mais le mur du jardin est percé d'une unique fenêtre, écho raccourci de celle de la Villa,

qui impose un cadrage du paysage, une vision circonscrite, organisée.

 

 

"Le Lac" est une maison pour deux personnes âgées vivant sans domestiques.

Dans un espace restreint délimité par la parcelle de terrain et sa position entre le chemin

et le lac, l'architecte organise l'espace : vestibule, séjour (espace de travail pour sa mère,

professeur de piano), chambre à coucher, chambre d'amis modulable, salle de bain, penderie,

cuisine, salle de bain, W.C, et chauffage.

 

 

 

De la salle à manger, inspirée des salles communes paysannes, à la chambre,

monacale, la simplicité a guidé Le Corbusier.

L'architecte façonne une géographie "des fonctions précises avec des dimensions spécifiques pouvant atteindre un minimum utile : une machine économe et efficiente réalisant des contiguïtés efficaces".

 

La Villa est le fruit d’une recherche ergonomique et d’une analyse fonctionnaliste, exceptionnelles en 1923, visant à la réalisation d’un standard typologique : la maison étroite à travée unique. Un standard repris, depuis, dans le monde entier. Prototype de la maison minimale offrant un maximum de confort et d’espace, la Villa cristallise des idées qui auront une influence considérable au XX° siècle autour des questions fondamentales de l’habitat minimum et de l’habitat pour le plus grand nombre. Cette modeste construction de 64 m² rassemble déjà trois des futurs "cinq points d’une architecture nouvelle" : le plan libre, le toit-jardin et la fenêtre en longueur, une des premières de l’histoire de l’architecture.

 

1923 : Maisons-ateliers Miestchaninoff et Lipchitz,

à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)
 

Cette résidence atelier a été construite pour un journaliste, artiste peintre, américain.

La maison est un exemple remarquable d’application des principes des Cinq points

pour une architecture nouvelle de Le Corbusier (les pilotis, le toit-Jardin, le plan libre,

la façade libre, la fenêtre en longueur coulissant latéralement).
Le tracé régulateur est ici un "tracé automatique" fourni par les simples éléments architecturaux à échelle

humaine tels que la hauteur des étages, les dimensions des fenêtres, des portes, des balustrades.

 

L'immeuble est situé d'une part sur des parcs, d'autre part sur des rues

et jardins qui occupent les premiers plans de Boulogne.

Les deux maisons sont construites pour des Artistes-sculpteurs :
Rez-de-chaussée : les ateliers, entrées, garages.

Etage intermédiaire : les soupentes et vides. Premier étage : les appartements.

 

▪ L’Atelier Lipchitz forme avec l’Atelier Miestchaninoff voisine un ensemble cohérent, mais hélas inachevé,

puisque une troisième maison, la Maison Canale prévue en retour de parcelle, n’a pas été réalisée.

La Résidence atelier Lipchitz se trouve dans un lotissement privé non accessible.

 

▪ La résidence atelier pour le sculpteur Jacques Lipchitz (1891-1973) est d’une grande simplicité formelle.

Elle se réduit à une simple boîte, fruit d’un travail de sélection,

mais également de la modestie budgétaire du client.

 

1923 : Villa Ternisien, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine),

presque entièrement détruite en 1936.

 

Villa Ternisien de Le Corbusier (Document de la Fondation Le Corbusier).

 

▪ Maquette de la Villa Ternisien (1927-1932), architectes Le Corbusier et G. H. Pingusson,

(Musée des Années 30), Boulogne-Billancourt (92).
La villa que le Corbusier éleva sur cette partie triangulaire en 1927,

fut remplacée à la demande des propriétaires par un immeuble de rapport.

▪ Base de Le Corbusier et les étages de Henry Pingusson.

 

1924 : Lotissement de Lège, à Lège-Cap-Ferret (Gironde).

 

La cité ouvrière de Lège bourg a été réalisée en 1924 sur l’initiative de l’industriel Henri Frugès

suite à sa rencontre créative avec Le Corbusier en 1923.

Cette réalisation "révolutionnaire" pour l’époque, du fait de sa conception architecturale,

urbanistique et technique, comporte sept bâtiments dont six logements individuels et un bâtiment collectif.
Ce projet s’inscrit dans la France de l’Entre-Deux Guerres et de la reconstruction.

C’est une période de recherche de nouveaux matériaux

et notamment de la découverte du béton et des possibilités qu’il permet.

La cité ouvrière de Lège comprend :
6 maisons pour loger des familles avec 2 types (Type A et Type B dit aussi ‘petit Lège’)
1 maison dite "des célibataires" ou maison-cantine, une place avec un fronton de pelote basque,
Jardins ouverts sans barrière.

 

Cité ouvrière de dix logements (dite le quartier marocain), destinée aux ouvriers

d'une fabrique de caisses en bois pour l'emballage du sucre,

fabrique appartenant à l'industriel sucrier Henry Frugès.

 

Henry Frugès implante la scierie en 1914, sur l’actuel site de la caserne des pompiers de Lège, afin de fabriquer des caisses et palettes pour le conditionnement du sucre de canne de la raffinerie familiale. Il choisit Lège pour sa position géographique au cœur de la matière première, le pin.

 

Comme la Cité Frugès, à Pessac, le "lotissement Le Corbusier" représente une disposition urbanistique

et architecturale représentative de l’œuvre de Le Corbusier et initiateur d’une majeure partie

des idées d’urbanisme et d’architecture modernes.
L’ensemble de ces bâtiments a été protégé au titre de la législation sur les Monuments Historiques.

Ils sont inscrits à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis le 30 mai 1990.

 

La maison des célibataires maçonnée sous un autre angle.

 

Une partie du petit domaine et son point central : une pelote basque,

 

C’est une révolution à la fois sur le plan architectural mais aussi sur le plan social, ces logements à coût réduit étant les premiers de leur génération. Mais à l’époque de leur construction, les habitants refusent cette modernité et font subir de multiples transformations au lotissement, rajoutant notamment des toitures et modifiant les ouvertures. Le lotissement va finalement retrouver son modèle original grâce à la rénovation enclenchée par une société HLM. Un des pavillons devenu maison témoin est maintenant ouvert à la visite, et accueille des expositions. Sept maisons de ce lotissement sont toutes habitées et ne se visitent pas à l'intérieur.

 

1924 : Maison du Tonkin, à Bordeaux (Gironde),

détruite
 

1925, Façade du pavillon de l’Esprit Nouveau
 

(Musée des Arts Décoratifs, Fonds Edition Albert Lévy, ).
Bâtiment détruit en avril-mai 1926. Une réplique exacte a été construite en 1977 à Bologne en Italie.

Objet du pavillon : un logement-type de réalisation exclusivement industrielle

avec l’emploi systématique d’éléments standards.


Le succès de l'exposition de 1925, relayé par la presse, qui offrit une formidable vitrine aux industries

de luxe françaises, permit à l'art déco de se propager en France

et dans le monde entier (New York, Rio, Casablanca, Shangai…).

 

Face à cette écrasante domination des pavillons art déco, l'avant-garde internationale a peu de place

pour présenter ses idées modernistes. Les deux pavillons majeurs de ce mouvement sont

▪ le pavillon de l'URSS, dessiné par Constantin Melnikov

▪ et le Pavillon de l'Esprit nouveau de Le Corbusier.

En revanche, Theo van Doesburg ne parviendra pas à obtenir un pavillon pour le mouvement De Stijl,

le pavillon hollandais ayant été confié à Jan Frederik Staal (nl).

Margaret Kropholler obtient une médaille d'argent pour son travail architectural dans ce pavillon.

 

Le Corbusier illustre les concepts du Purisme décrits dans la revue Esprit nouveau fondée avec Ozenfant

en 1920. La différence avec les ensembliers art déco est notable : Le Corbusier, assisté de son cousin

Pierre Jeanneret, réalise le mobilier mais il le nomme "équipement". Ce sont des sortes de casiers standards,

incorporés aux murs ou modulables. À l'intérieur de la cellule d'habitation, aucun décor n'est toléré.

Seules de véritables œuvres d'art de Léger (La Balustre), Ozenfant, Gris, Picasso

et Le Corbusier (Nature morte de l'Esprit Nouveau) sont exposées.

 

Si, à l'époque, l'art déco atteint son apogée, symbolisée par le luxueux mobilier de Ruhlmann, et sort grand vainqueur de cette Exposition, aujourd'hui, les historiens retiennent davantage les propositions avant-gardistes de Le Corbusier, Melnikov et Mallet-Stevens, qui correspondent à la véritable révolution architecturale de la première moitié du XX° siècle.

 

1926 : Cité Frugès à Pessac, Gironde.
 

Dans le sud-ouest de la France, près de Bordeaux, se trouve la très colorée Cité Frugès,

inséparable des Quartiers Modernes Frugès.

Les lieux sont marqués par deux mots d’ordre : art et progrès social.

 

La Cité Frugès est le prototype de cité standardisée dans les années vingt,

d’une ambition inégalée à cette époque.

 

On doit cette étonnante réalisation à Henry Frugès, un industriel sucrier girondin,

passionné d’architecture moderne.

Son but était éminemment social puisqu’il voulait mettre à la portée de tous

un habitat social de qualité. En 1929 cinquante maisons sont livrées.

Le chantier débute en 1925 et s'achève en 1926, mais les maisons restent vides jusqu'en 1929.

L'adduction d'eau se fera en 1929.

 

La cité est en rupture complète avec l’architecture bordelaise. Formes géométriques strictes,

modules de cinq, béton travaillé à l’air comprimé et laissé brut, terrasses panoramiques, couleurs vives,

rien de vraiment très classique dans une ville où l’on cultive surtout l’héritage du Siècle des Lumières.

Le scandale est immédiat. Henri Frugès passe pour un aliéné.

Ces maisons sont pourtant confortables : eau courante, chauffage, fosses septiques.

 

Ici, Le Corbusier a travaillé avec un vert clair afin de faire entrer la nature dans la ville.

La construction de la Cité Frugès, qui a été conduite entre 1924 et 1926

a constitué une petite révolution dans le champ du logement social à l’époque.

 

À l’origine de ce projet remarquable : Henry Frugès. Ce sont bien des préoccupations sociales qui l’ont inspiré : il souhaitait en effet permettre à tout un chacun d’accéder à un logement, indépendamment de sa situation financière. En 1929, on comptait 50 maisons construites. Le style architectural retenu se démarquait très clairement des tendances de l’époque. La Cité Frugès est inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

 

Henri Frugès acquiert à Pessac une clairière dans les pins.

Son projet est la réalisation d’une cité-jardin de 150 à 200 maisons.

Au final, la Cité Frugès comptera 51 maisons.

 

Le Corbusier a recours à un module standard, auquel s’ajoutent une ou plusieurs travées supplémentaires, conduisant ainsi à l’élaboration de cinq types différents de maisons :

 

"Les arcades" : maisons en bande reliées entre elles par une arche.

 

4 des 8 maisons Gratte-ciel, maison double composée de 2 logements dos à dos,

surmontée d'une terrasse partiellement couverte et accessible par un escalier extérieur.

 

Les quinconces et la maison isolée.

 

Zig-Zag, regroupement de 3 maisons types accolées, mais orientées différemment.

 

"Les quinconces et zig-zag" regroupées par six, cinq ou trois, composées d’un module de base

auquel s’ajoute une travée supplémentaire, située alternativement côté jardin et côté rue,

permettant d’aménager un espace d’accueil et un chai au rez-de-chaussée,

un jardin suspendu avec pergola à l’étage.

 

Le Corbusier expérimente ainsi ses "cinq points de l’architecture moderne" : le plan libre, la façade libre, la fenêtre en longueur, le toit-terrasse et suggère le pilotis". Construites à l’économie, ces maisons modestes mais bien équipées témoignent d’un sens du confort. Les garages ou toitures-terrasses attestent d’un nouvel art de vivre. Le Corbusier, très attentif à la salubrité, fait triompher l’hygiène dans la salle d’eau avec siphon de sol et la buanderie. Le chauffage par système de conduits va permettre un progrès.

 

1926 : Maison Cook, à Boulogne-Billancourt, (Hauts-de-Seine).
 

Villa construite de 1926 à 1927 pour le journaliste et peintre américain William Cook

et son épouse française, Jeanne. Mitoyen de la maison Collinet de Rob Mallet-Stevens

l'édifice est construit en béton armé et annonce les "cinq points pour une architecture moderne"

(pilotis, toit-jardin, plan libre, fenêtre en longueur et façade libre) préfigurant ainsi la villa Savoye à Poissy.

 

Le tracé régulateur est ici un "tracé automatique" fourni par les simples éléments architecturaux

à échelle humaine tels que la hauteur des étages,

les dimensions des fenêtres, des portes, des balustrades.
Le plan classique est renversé, le dessous de la maison est libre. La réception est au sommet de la maison.

 

Le Corbusier créa une maison-atelier comprenant un espace spécial,

conçu pour l’exposition des toiles et des oeuvres d’art de ses clients.

L’activité professionnelle spécifique de ses commanditaires justifiait un besoin d’espace
différent de ce qu’offrait l’appartement d’un immeuble de rapport.

 

Le Corbusier installe sur pilotis le volume d’habitation des premiers et deuxième étages, ce dernier en duplex avec un séjour sur double hauteur pour accrocher les tableaux et termine le volume par une terrasse au troisième niveau, offrant une magnifique vue sur le bois de Boulogne.

 

1926 : Maison Guiette, à Anvers (Belgique).
 

Première commande reçue par Le Corbusier à l’étranger, la Maison Guiette fait partie, dès 1926,

de l'oeuvre architecturale de Le Corbusier dans une dimension internationale.

Elle est le signe de sa reconnaissance précoce à l’échelle européenne, et contribue fortement

à la naissance de l’architecture moderne en Belgique et aux Pays Bas.

Le maître d’ouvrage, René Guiette (1893-1976) appartient à la mouvance d’avant-garde anversoise.

 

La maison entière se résume à une boîte simple et parfaite. Le Corbusier prévoit pour les façades

un parement lisse peint couleur terre de Sienne. Comme les prescriptions urbanistiques exigent

un parachèvement de matériaux nus et visibles, c’est un revêtement de granili, couleur pierre bleue,

qui sera finalement employé. La paroi vitrée verticale, posée un peu en retrait, marque,

tant dans la façade avant qu’arrière, la travée qui comporte, pour accéder aux étages,

les deux escaliers à volées droites. La promenade architecturale aboutit à l’atelier avec mezzanine doté,

côté rue, d’une grande paroi vitrée et d’un balcon. La mezzanine donne accès à la toiture-terrasse

emmurée pourvue d’un petit balcon côté jardin et d’un oculus dans sa face latérale.

 

La Maison Guiette s’insère dans la série des demeures puristes où Le Corbusier applique dans les années 1920 les Cinq points pour une architecture nouvelle : les pilotis, le toit-jardin, le plan libre, la fenêtre en longueur, la façade libre. Son projet s’apparente aux maisons de la Weissenhof-Siedlung de Stuttgart (1927). Le Corbusier y explore déjà de manière singulière le principe de la Maison Citröhan, l’un de ses premiers modèles théoriques d’habitation, basé sur la standardisation des éléments constructifs et sur son approche morale de l’habitat réduit à l’essentiel, en tant que “machine à habiter”.

La particularité du projet de la Maison Guiette découle de divers facteurs : la forme étroite et longue de la parcelle est en fait typiquement belge. Par ailleurs, les prescriptions urbanistiques imposent une implantation mi-dégagée avec passage côté ouest. Le souhait explicite du maître d’ouvrage enfin de vivre au rez-de-chaussée avec accès immédiat au jardin, éliminera d’office les pilotis du modèle Citröhan et entraînera l’insertion peu commune de la cuisine et des toilettes côté rue. Les bandeaux de fenêtres horizontaux, le toit-terrasse, les travées verticales inégales avec escalier à volées droites et raides, l’atelier en duplex et l’entière conception spatiale qui invite à la “promenade architecturale”, comptent parmi les autres éléments spécifiques.

 

Le plan comprend au rez-de-chaussée les services tels que cuisine, office, toilettes et escalier,

tandis que le vaste séjour s’ouvre largement sur le jardin. Au premier étage les chambres à coucher

des parents à l’avant et des enfants à l’arrière s’ordonnent à partir du palier avec entre elles

la salle de bain, la lingerie et les toilettes. La nursery occupe l’arrière du deuxième étage

et un couloir incurvé mène, côté rue, à l’atelier de double hauteur.

La chambre de bonne, une remise et une chambre noire sont aménagées à gauche de ce couloir.

 

Dans cet intérieur, c’est la palette abstraite de couleurs, liée à la perception de l’espace, de l’esprit des lieux et de la lumière, qui caractérise essentiellement l’ensemble. Les coloris des murs peints contribuent soit à renforcer leur présence, soit à les faire en quelque sorte disparaître de manière à rompre le cloisonnement. Le Corbusier a lui-même conçu l’agencement des couleurs durant son unique visite à la demeure, et a suivi de près les travaux de peinture. Le choix assez limité se résume à l’utilisation de l’outremer, du bleu pâle et du bleu pervenche, de l’ombre et sienne brûlés, du rose, de l’ocre, du vert anglais et du gris dans les tonalités allant du gris perle au gris foncé et blanc.

 

1926 : Palais du Peuple de l'Armée du salut, à Paris 13°.
 

L’Armée du salut s’est implantée en France dès 1881, sous l’impulsion de Catherine,

fille du général Booth, fondateur de l’œuvre en Angleterre.

Construit en 1912, son "Palais du peuple" est un hôtel social qui accueille les hommes sans abri.

En 1926, sous l’impulsion de la princesse Edmond de Polignac,

héritière des puissants industriels américains Singer, un bâtiment sur la cour,

donnant sur les jardins des Gobelins, est ajouté par le Corbusier pour créer cent dix lits.


Le Palais du Peuple s’est construit dès 1925, en tant qu’Hôtel Social, pour accueillir prioritairement les personnes à très bas revenus. Ainsi, moyennant une somme modique, trois cents hommes étaient hébergés dans cette institution qui était très vétuste et bénéficiait d’un personnel peu nombreux et non spécialisé.

 

Le palais du peuple est construit en 1912 pour le compte de l’Armée du Salut.

L’immeuble sur rue, imitant l’architecture classique, abrite l’administration

tandis que des dortoirs sont construits à l’arrière de la parcelle par Le Corbusier.

 

Dès 1983, la capacité d’accueil passera de 300 à 120, sous forme d’accueil d’urgence.

L’établissement réalise alors une mission de premier accueil et d’assistance

pour une durée de 15 jours renouvelables. En septembre 1991, après un important programme

de réhabilitation des locaux très vétustes, un accroissement des moyens humains,

la durée de séjour des personnes accueillies dans le cadre de l’Aide Sociale passe de 15 jours à 6 mois.

 

Palais du peuple (dortoir de l'armée du salut),

Architectes: le Corbusier [1887-1965] & Pierre Jeanneret [1896-1967].

Côté Sud, les fenêtres donnent sur le square René Le Gall, un ancien jardin fréquenté depuis le Moyen-Age

par les ouvriers de la manufacture des Gobelins voisine.

L’essentiel de la solution apportée ici, consistait dans l’emploi d’un terrain

oublié derrière les corps de logis existants. En recouvrant ce terrain négligé,

on laissait libre au-devant des nouveaux dortoirs et au-devant des anciens dortoirs du Palais du Peuple,

un jardin en plein soleil et le vaste dégagement des domaines des Gobelins.

 

Fin 1997, l’hôtel social cesse son activité et transfère cette mission à la Résidence Albin Peyron (XX° arrondissement). Durant 2 ans de travaux, il accueille 120 personnes venant de la Résidence Catherine Booth (XI° arrondissement) fermée pour cause de travaux. A compter du 1er janvier 1999, le Palais du Peuple devient CHRS mais rattaché à la Cité de Refuge-Centre Espoir (XIII° arrondissement).

Le Palais du Peuple redevient, alors, uniquement, un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale accueillant cent hommes âgés de 18 à 65 ans, pour une durée de séjour de 6 mois, avec l’objectif d’une réinsertion sociale. En 2014, le Palais du Peuple se voit à nouveau séparé de la Cité de Refuge et redevient totalement autonome.

 

1926 : Villa Stein appelée aussi "Les Terrasses",

à Vaucresson (Hauts-de-Seine).
 

Avec son toit-terrasse, ses fenêtres en bandeau et sa structure en béton armé sur pilotis,

cette villa est un manifeste d’architecture puriste. Ce cube blanc, également appelé "Les Terrasses",

fut édifié entre 1926 et 1928 par l’architecte Le Corbusier (1887-1965) et son cousin Pierre Jeanneret

pour Michael et Sarah Stein, un couple de collectionneurs.

 

Elle représente une étape importante où se sont trouvés réunis les problèmes du confort,

du luxe et de l'esthétique architecturale.

La maison est entièrement supportée par des poteaux disposés à équidistance de 5 m et 2 m 5

sans souci du plan intérieur. Si l'on rassemblait côte à côte ces poteaux,

ils formeraient un faisceau de 1 m 10 X 80 cm de section.

Ainsi donc, cette vaste maison est portée entièrement par une section de béton de 1 m 10 x 80 cm.

La disposition indépendante des poteaux répand dans toute la maison une échelle constante,

un rythme, une cadence reposante.

 

Les façades sont considérées comme des apporteuses de lumière. Aucune d'elles ne repose sur le sol.

Elles sont au contraire suspendues aux planchers en porte-à-faux.

Ainsi, la façade ne porte plus les planchers ni la toiture ;

elle n'est plus qu'un voile de verre ou de maçonnerie clôturant la maison.

 

A l'intérieur, le plan est libre, chaque étage ayant des dispositions totalement indépendantes,

proportionnées rigoureusement à des fonctions particulières : les cloisons ne sont plus que des membranes.

L'impression de richesse n'est pas fournie par des matériaux de luxe, mais simplement

par la disposition intérieure et par le proportionnellement.

Toute cette maison obéit à des tracés régulateurs rigoureux qui ont conduit à modifier, à 1 cm près,

les côtes des différentes parties. La mathématique apporte ici des vérités réconfortantes :

on ne quitte son ouvrage qu'avec la certitude d'être arrivé à la chose exacte.

 

En établissant un jardin sur le toit, on met à l'abri de la dilatation, en été, la dalle de béton. En hiver, le jardin isole du froid. Le jardin est un complément logique du toit plat. On les disposera à volonté, selon les contiguïtés utiles, suivant une organisation propre : problème d'économie domestique ou de plastique, désormais débarrassé des sujétions de la statique.

 

1927 : Villa Church, à Ville-d'Avray, (Hauts-de-Seine),

pour la La Nouvelle Revue française.

 

Villa d'Henry et Barbara Church, détruite en 1963.
La disposition des pavillons dans l’important jardin permettait d’organiser d’importantes réceptions.

Une bâtisse aux murs blancs dont les lignes épurées, la forme cubique adoucie par quelques arrondis,

ont révolutionné l'image de l'habitat à la fin des années 1920.

Le Corbusier l'a dessinée à la demande des époux Church.

 

Jusqu'en 1960, le couple recevra dans sa demeure ultramoderne des musiciens, des artistes et des écrivains comme Jean Paulhan et d'autres belles plumes publiées par la Nouvelle revue française (NRF). Le Corbusier a restauré l'ancienne propriété des Church en la complétant par une construction annexe. Au rez-de-chaussée, il a placé des garages, des pièces pour le personnel de maison et un hall d'entrée. Au premier étage, les invités disposaient de chambres confortables, d'une salle à manger, d'un living-room avec soupente, d'une bibliothèque et d'un accès direct sur le toit-jardin.

 

1927 : Maison Planeix, à Paris 13°.
 

Antonin Planeix, sculpteur de monuments funéraires, se fait construire une maison par Le Corbusier.

C'est une des rares réalisations de Le Corbusier qui soit sujette aux contraintes de murs mitoyens.
Cette maison rappelle celle construite par Adolf Loos pour Tristan Tzara en 1926, avenue Junot à Paris.

Le bâtiment consiste de trois ateliers de peintre et habitation.
 

Le peintre Auguste Herbin y eut son atelier dans les années trente.

C'était alors également le siège du mouvement Abstraction-Création qu'il avait créé en 1931

avec Georges Van tongerloo, Hans Arp, Albert Gleizes, Jean Hélion, Georges Valmier et František Kupka.

 

La maison de 273 m² + Toit-terrasse de 40 m² + terrasse, est organisée autour du cube

qui jaillit du mur dans lequel est situé la salle à manger. Il est surmonté du balcon de l'atelier principal.

Le Corbusier met en oeuvre ses théories sur l'unité d'habitation aux espaces calculées

sur les proportions du corps humain. La façade sur jardin, plus ouverte, est dotée d'un escalier.

La maison, qui devait être sur pilotis, accueille au rez-de-chaussée deux logements-ateliers à usage locatif.

 

Au rez-de-chaussée deux ateliers et un garage, à l’entresol formant mezzanine avec les ateliers,

deux chambres et pièces de travail.

Au premier étage l’appartement avec un séjour à double orientation et les deux chambres coté boulevard,

dont l’une est éclairée latéralement par une avancée formant terrasse au 2° étage.

Le 2° étage reçoit le grand atelier de 4 m de haut, éclairé par 2 sheds.

 

La façade arrière visible à partir de la rue Barrault est percée de grandes baies,

en partie désormais cachée par la végétation.

 

1927 : Pavillon Nestlé d'exposition démontable pour la foire de Paris de 1928.
 

La société Nestlé commande à ses architectes un pavillon d'exposition démontable

pour la foire de Paris en 1927. C'est essentiellement Pierre Jeanneret qui s'occupe de cette étude

et adopte une ossature métallique revêtus de tôle.

 

Les façades et les aménagements intérieurs sont des plaques de verre ou en bois poncé.

Dans le pavillon est installée une salle de vente avec des vitrines.

 

1928 : Villa Baizeau, Carthage, Tunisie.
 

L’unique œuvre tunisienne de Le Corbusier.
Cette villa est en effet exceptionnelle. D’abord, elle se situe dans le périmètre du palais de Carthage

auquel elle a été intégrée et abrite actuellement l’un des services de la présidence.
 

Le Corbusier (alias Charles Edouard Jeanneret) était âgé de 41 ans

lorsqu’il conçut les plans de la villa Baizeau, Il était déjà installé à Paris depuis une dizaine d’années

et n’allait prendre la nationalité française que deux ans après avoir donné cette oeuvre.

 

Le problème consistait à fuir le soleil et à assurer la ventilation constante de la maison.

La coupe a apporté ces diverses solutions : la maison porte un parasol qui projette de l'ombre

sur les chambres. Depuis le rez-de-chaussée jusqu'en haut, les salles communiquent entre elles

établissant un courant d'air constant. Ce projet n'a pas été exécuté.

Cette villa s’inscrit dans le style moderne de Le Corbusier. Celui-ci a prévu d’y intégrer un système de ventilation naturelle, un "toit-parasol", assurant l’aération constante de la maison et épargnant la lumière excessive du soleil. Il a également prévu d’envisager la maison comme une entité globale favorisant la communication entre tous les espaces intérieurs et assurant une flexibilité fonctionnelle maximale,

et ce du rez-de-chaussée jusqu’au niveau le plus haut.

 

L’histoire commence en 1928, lorsque l’industriel Lucien Baizeau rencontre Le Corbusier à Stuttgart, en Allemagne, pendant une foire. Baizeau est un industriel réputé en Tunisie. Avec son associé Schwick, il est à la tête d’une grosse entreprise dans le domaine des matériaux de construction. Cet entrepreneur convainc l’architecte suisse d’appliquer ses nouvelles méthodes pour les plans d’une villa à Carthage.

 

Le Corbusier acceptera mais réalisera les plans en 1929 sans se rendre sur le site.

Lui et son collègue Pierre Jeanneret travailleront selon les descriptions de Lucien Baizeau

et réaliseront une œuvre qui porte clairement la griffe de l’architecte suisse.

 

Cette commande fut l’objet de deux projets successifs . En effet, Le Corbusier travaillait pour la première fois dans une contrée au climat nettement plus chaud que le Jura Suisse dont il était originaire, ou que sa région d’adoption parisienne, qui jusqu’alors avaient accueilli ses réalisations.

Le premier projet, qui ne fut pas retenu, est particulièrement intéressant car il est beaucoup plus le reflet de Le Corbusier. Il y intégrait un système passif de régulation thermo-aéraulique (ventilation naturelle) incluant notamment un toit parasol, tandis que le second projet comporte des dispositifs imposés par Baizeau. Il n’est pas démontré que Le Corbusier ait eu tort.

 

Deuxième projet (en cours d'exécution). La coupe n'a plus le même intérêt. Le principe de l'ossature

portant les divers planchers est intéressant, c'est le même principe de plan libre qu'à Garches,

mais par contre, seuls les poteaux dessinent à l'extérieur une enveloppe régulière

et chaque étage s'exprime à l'intérieur de ces poteaux sous une forme exactement conforme aux fonctions

dessinant ainsi, sous forme de noyau, des formes très variées d'étage en étage

et mises à l'abri du soleil par la projection des terrasses qui les entourent.

 

La villa de Carthage est un exercice de style réussi : usuellement Le Corbusier s’attache à appréhender la lumière, en particulier pour jouer avec ses nuances, et apporter aux volumes intérieurs de nouvelles dimensions. Ici la gageure consiste à échapper aux ardeurs du soleil avec des murs quasiment aveugles côté voie d’accès, conformément à la tradition architecturale arabe selon laquelle la demeure est focalisée sur elle même, dédaignant en quelque sorte l‘espace extérieur, souvent laissé à l’abandon, tandis que côté plage, mer, et golfe, la villa s’ouvre en grandes baies, uniquement ponctuées de piliers de béton constituant l’ossature de la demeure, permettant d’embrasser la vue spectaculaire du golfe de Carthage. Cette structure porte-dalle offre toute liberté de distribution, tant intérieure qu’extérieure, pour les volumes et des fonctionnalités, réparties sur plusieurs niveaux. On en retrouvera le principe dans de nombreuses réalisations.

Ainsi Le Corbusier démontre le fonctionnalisme qui accompagnera toute son œuvre et qui insiste avant tout sur la qualité de vie. On peut cependant émettre des réserves sur la bonne intégration de cette réalisation à son environnement, adéquation qu’accomplira plus tard bien différemment Pouillon en Algérie".

 

1928 - 1931 : Villa Savoye, à Poissy (Yvelines).
 

Chef-d'œuvre de renommée internationale, la Villa Savone dite "Les Heures Claires"

a été construite en 1930, pour la famille Savoye qui y a habité.

Elle représente les bases de l'architecture moderne.

Sur un terrain de 7 hectares, la villa et la loge du jardinier sont constitutives de la série

des villas blanches réalisées par Le Corbusier, dites « villas puristes ».

Elle est la parfaite illustration de la théorie des cinq points d’une architecture moderne,

formulée par Le Corbusier en 1927 pour théoriser les principes fondamentaux du Mouvement moderne :

les pilotis, les toits-jardins, le plan libre, la fenêtre en longueur et la façade libre.

Villa de week-end pour la famille de Pierre et Eugénie Savoye qui acceptent le projet d’une boîte sur pilotis,

Le Corbusier décrit les Savoye comme des clients

"dépourvus totalement d’idées préconçues : ni modernes, ni anciens".

 

Située à l'Ouest de la ville, au-delà du parc Meissonier, sur les hauteurs de Beauregard,

dans un parc aujourd'hui occupé par le lycée.

Elle est une des oeuvres phare de l'architecture contemporaine et de renommée internationale.

 

"Posée au milieu de l'herbe comme un objet", la villa est implantée sur un vaste terrain libre de toute contrainte. L'édifice comporte un garage pour trois automobiles, la courbe de la voie d'accès s'imprimant sur le plan du rez-de-chaussée.

 

Ce chef d'oeuvre est la parfaite application de la théorie des " 5 points d'une architecture nouvelle" :

Les pilotis, les toits-jardins, le plan libre, la façade libre et la fenêtre en longueur.

 

▪ Les pilotis : en les utilisant, Le Corbusier fait de sa construction une "boîte en l'air" dont le soubassement se fond dans l'herbe environnante.
▪ Les toits-jardins : la toiture plate devient terrasse accessible et peut-être plantée. Le bâtiment se détache nettement sur le ciel par sa ligne horizontale.
▪ Le plan libre : grâce au béton armé, la maison est libérée des murs porteurs et séparatifs. Les poteaux portent les planchers et l'agencement du plan est libre.
▪ La façade libre : les façades sont indépendantes de la structure porteuse, elles se posent librement sur les pilotis. Leur composition est dictée par les vues depuis l'intérieur.
▪ La fenêtre en longueur : non porteuses, les façades peuvent être percées largement par de longues fenêtres qui apportent lumière et transparence, deux qualités chères au Mouvement moderne. (Ce mouvement est né entre les deux guerres préconisant la pureté des lignes et le fonctionnalisme).

 

Ce modèle de construction a été présenté par Le Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret au congrès des CIAM

de 1929. Le CIAM : Congrès internationaux d'architecture moderne,

fondés en 1928 à La Sarraz en Suisse par divers architectes

et critiques soucieux de réfléchir aux nouveaux aspects de l'urbanisme et de l'architecture.

 

 

Pendant la guerre, la villa est occupée par les Allemands, puis par les Alliés et elle sera très endommagée. En 1959, la ville de Poissy achète la propriété aux Savoye pour construire un lycée, puis la cède à l'Etat en 1962. La prise de conscience de la dimension universelle de la villa aboutit à sa restauration de 1963 à 1997. Elle fut classée monument historique du vivant de son créateur.

 

1929 : Aménagement de la péniche Louise-Catherine de l'Armée du salut, Paris.
 

Conçue pour être poussée ou remorquée, l’embarcation sans moteur avait été construite en 1919

pour transporter du charbon. Elle fait alors partie d’une flottille lancée avec l’aide financière des États-Unis

pour ravitailler Paris en matières premières au sortir de la Grande Guerre.

Face à la pénurie d’acier, le béton armé est choisi par les chantiers navals et chaque barge

porte le nom d’une cité européenne sinistrée par le conflit mondial. Pour celle-ci, ce sera "Liège".

 

Une péniche réaménagée par Le Corbusier.
En 1929, une mécène de l’Armée du Salut, Winnaretta Singer (héritière des machines à coudre)

propose l’architecte Le Corbusier pour réaliser le réaménagement. Il est alors âgé de 42 ans.

 

Les travaux sont rapides. Ils sont terminés à la fin de l’automne 1929

et l’inauguration a lieu en janvier 1930. L’intérieur de la péniche, désormais appelée « Louise-Catherine », compte 128 lits surmontés de casiers, ainsi que deux chambres placées aux extrémités.

Le Corbusier divise alors la cale en trois parties et pour casser les volumes.

Il crée des soupentes et monte trente six pilotis pour soutenir le toit

pour libérer ainsi les façades de leur fonction porteuse.

 

L'exploitation cesse en 1922 et le lourd transporteur est abandonné à Rouen. À Paris, à la même époque, Albin Peyron, commandeur pour la France de l’Armée du salut, a créé avec son épouse Blanche une soupe populaire et des lieux d’hébergement pour les plus faibles dans la capitale. Le couple est alors sollicité par une artiste, Madeleine Zillhardt, qui vient de réaliser une plus-value importante en revendant un tableau déniché à petit prix aux puces. Elle propose aux Peyron de les aider à acheter le Liège pour le transformer en asile flottant. Sa seule condition ? Le rebaptiser du prénom de sa compagne Louise-Catherine Breslau, une peintre décédée en 1927.

 

La péniche Louise-Catherine est un chaland long de 78 mètres pour huit mètres de large,

construit en 1919 dans un chantier naval près de Rouen. Cette barge en béton pèse 800 tonnes.

 

La possibilité d’utiliser du béton armé pour construire des embarcations est connue depuis le XIX° siècle. Joseph-Louis Lambot, un ingénieur, a ouvert la voie en présentant des barques faites de grillage et de mortier à l’Exposition universelle de 1855.

 

D’abord amarré quai du Louvre avant de se retrouver à partir de 1950 à proximité du pont d’Austerlitz,

le Louise-Catherine va ainsi héberger des sans-abri jusqu’en 1994. Un arrêté du préfet,

inquiété par l’apparition d’eau en fond de cale, signe alors la fin de l’activité de l’Armée du salut sur ce site.

 

Salle à manger de l’asile flottant et système "Dom-Ino" avec pilotis porteurs,

et le dortoir de 160 lits. Un réfectoire, une cuisine, des douches et des toilettes sont ajoutés,

des pilotis sont dressés pour dessiner un espace aéré et des fenêtres sont découpées pour offrir

un éclairage et un ensoleillement maximum. Enfin, le toit se couvre d’un jardin.

Le Corbusier a utilisé la forme du bateau pour en faire un lieu assez convivial.

 

Pour cet admirateur de Le Corbusier, par ailleurs président de l’association actuellement gestionnaire de la péniche, cette réalisation du maître franco-suisse porte en elle "l’expression la plus épurée de ses principes architecturaux". Elle correspond aussi à ses idéaux sociaux et hygiénistes.

 

Au port d’Austerlitz, la péniche Louise-Catherine est au fond de la Seine.

Elle était en cours de réhabilitation pour en faire un musée.

 

La péniche Louise-Catherine, avant son naufrage du 10 février 2008.

classée Monument historique depuis 2008 et en cours de réhabilitation "pour devenir un musée et un lieu culturel", a sombré en 20 mn, au cours d’une opération pour la remettre à flot.

Il ne reste d’elle qu’un mât et une bouée, qui émergent des eaux.

 

Un projet de réhabilitation franco-japonais.

 

Avant même sa submersion, le Japonais Shuhei Endo, vice-président de l’ADAN, dirigeait déjà les travaux de rénovation de la barge. Cette association est en effet engagée depuis 2008 dans la sauvegarde de la structure flottante signée Le Corbusier. C’est donc naturellement qu’à la suite du sinistre, la SAS Louise-Catherine a confié le projet de réhabilitation à l’association japonaise. Pour mener à bien la remise en état, l’ADAN a organisé une levée de fonds en avril 2019, sollicitant aussi bien des acteurs publics que privés.

 

1930 : Pavillon Suisse de la Cité internationale universitaire à Paris 14°.
 

La construction de ce Pavillon a été confiée sans concours par le Comité des Universités suisses

à Le Corbusier et Pierre Jeanneret, en 1930. Ces derniers refusèrent de se charger de ce travail.

Ils avaient sur le cœur la façon dont leur cause fut accueillie par les autorités fédérales

et une grande part de l'opinion suisse ou romande lors de l'affaire du Palais des Nations.

Toutefois, sur l'insistance des Universités suisses, ils se mirent au travail et construisirent le Pavillon,

avec un budget réputé insuffisant de moitié (trois millions) par le Président de la Cité Universitaire,

le Sénateur Honnorat. Ils ignoraient qu'un projet précédent, établi par un de leurs confrères parisiens,

n'avait pu être suivi d'exécution par suite de la dépense considérable qu'il entraînait (six millions et demi).

 

La construction de ce Pavillon, créé dans des circonstances exceptionnellement difficiles

(finances et nature du sol), fut l'occasion de constituer un véritable laboratoire d'architecture moderne :

des problèmes de la plus grande urgence y furent abordés,

en particulier la construction à sec et l'insonorisation.

 

Dessiné en collaboration avec son cousin Pierre Jeanneret,

le pavillon de la Suisse de la Cité Internationale Universitaire est construit de 1931 à 1933.

Six piliers en béton armé, descendant à 19 mètres de profondeur, soutiennent le pavillon.
Cet édifice à ossature métallique présente un éventail des choix de l'architecte dans le domaine
des matériaux, des éléments standardisés et l'intégration du mobilier dans la construction.

 

Ce pavillon correspond à un programme de 42 chambres d'étudiants, avec un appartement de fonction,

une loge de concierge, un réfectoire et une bibliothèque. Il peut être considéré comme

le prototype des bâtiments d'habitation en forme de "barre".

 

En 1948, l'architecte réalise la fresque du salon-bibliothèque ; en 1953, il modifie la façade et,

en 1957,  il dessine trois banquettes et refait la polychromie des chambres, dans des teintes plus vives.

 

1930 : Villa l'Artaude, à Le Pradet, (Var).

(Plan de 1929. Finition en 1931).
 

Le premier congrès international d'architecture moderne se tient en 1928 dans le château de La Sarraz

en Suisse, propriété de la comtesse de Hélène de Mandrot, une riche mécène.

Elle y rencontre alors pour la première fois Le Corbusier. Elle lui demande à l'été 1929 de lui dessiner

une petite maison de vacances : « (…) je ne veux pas y mettre beaucoup d'argent, quelque chose

dans le genre de celle de votre mère avec deux chambres à donner, quatre lits en plus et un jardin ».


La composition est ordonnée sur le paysage. La maison occupe un petit promontoire dominant la plaine derrière Toulon, elle-même barrée par la magnifique silhouette des montagnes.

 

Le Corbusier construit une maison en L avec un sol en béton armé porté par une maçonnerie

en pierre apparente formant chevalet réalisé par un entrepreneur local en opus incertum

donnant à la villa un aspect méditerranéen qui la distingue des autres œuvres de l'architecte.

 

Des parois vitrées ferment l'ensemble. La villa est composée de 6 modules de quatre mètres sur quatre. Un bâtiment isolé constitue un pavillon d'amis. L'ensemble est protégé par une paroi coupe-vent. La villa s'ouvre au sud sur un jardin-terrasse, fermée sur 3 côtés et surplombant la pente du terrain. Au nord, la façade sur deux niveaux est lisse laissant voir une partie du sous-sol.

 

La comtesse de Mandrot y emménage en juillet 1931. Des nouveaux travaux sont engagés

immédiatement pour rendre la maison habitable : étanchéité, enduits sur les murs, pose de volets roulants,

qui altèrent quelque peu le dessin d'origine de Le Corbusier. Aujourd'hui la villa est une propriété privée.

 

Le jardin était agrémenté de deux sculptures de Jacques Lipchitz :

▪ Le Chant des voyelles, 1931, (Don d'Hélène de Mandrot 1948 installé devant le Kunsthaus Zürich).

▪ et le Nu couché avec guitare, 1928, en pierre calcaire noire, (The Museum of Modern Art, New York).

 

1930 - 1933 : Cité de refuge de l'Armée du salut, à Paris 13°.
 

Edifice destiné à abriter les services généraux sociaux de l'Armée du Salut

et un centre d'hébergement pour 500 personnes nécessiteuses.

 

La Cité de Refuge a été entreprise par l'Armée du Salut en 1929 et, après bien des difficultés vaincues,

a été inaugurée le 7 décembre 1933 par le Président Albert Lebrun sous le nom de "Refuge Singer-Polignac",

en hommage à la princesse Edmond de Polignac,

née Singer, bienfaitrice de l'oeuvre et qui avait imposé l'architecte.

 

Premier bâtiment important de Le Corbusier à Paris, il exprime ses idées en matière d'habitat social.

Sur l'ossature dalles-poteaux en béton armé,

la façade sud présente un mur rideau de verre de mille mètres carrés. En 1952, la défaillance du système

de climatisation du bâtiment entraîne le remplacement de la façade par des baies ouvrantes,

placées derrière un jeu de brise-soleil polychromes.

 

Ce bâtiment est construit en ciment armé : ossature de poteaux et planchers de béton,

avec hourdis de terre cuite. Les poteaux reposent sur des pieux de béton armé, enfoncés dans le sol

jusqu'à une profondeur de 12 à 15 m. Le sol était instable, envahi par les eaux souterraines de la Seine.

 

Le terrain était extrêmement défavorable : il ne fournissait qu'une façade de 17 m au sud, sur la rue Cantagrel, et une autre façade, à l'est de 9 m sur la rue Chevaleret. Tout le reste était en mitoyen. Si l'on avait admis de bâtir selon la coutume, à plomb sur la rue, tous les locaux se seraient trouvés sur cours et tous orientés au nord.

 

L'intérieur est muni d'un système d'air pulsé qui a donné des résultats parfaits en hiver

et largement satisfaisants en été. Cette installation d'air pulsé, qui est la clef de voûte de ce bâtiment et,

en même temps, des thèses actuelles de Le Corbusier, a été faite avec des crédits extrêmement faibles.

 

1931 - 1932 : Immeuble Clarté, à Genève, Suisse.

 

L'immeuble Clarté, aussi appelé maison de verre,

est un immeuble d'appartements à Genève conçu par Le Corbusier et Pierre Jeanneret

à partir de 1928 et construit en 1931–32.

C'est l'un des premiers projets clés de Le Corbusier dans lequel il a exploré les principes de l'architecture

moderniste dans les immeubles à appartements,

ce qui a conduit plus tard au principe de conception de l'Unité d'Habitation.

 

L'immeuble a huit étages comprenant 45 unités libres de plan de diverses configurations et tailles.

Le Corbusier expérimente pour la première fois le duplex pour un immeuble locatif.

Les logements de tailles diverses vont du studio au duplex de huit pièces.

 

Le ferronnier Edmond Wanner commande les plans aux architectes en 1928 et offre le terrain destiné à la construction. Il cherchait à promouvoir la standardisation de la construction et a fourni les éléments à assembler sur place. La façade, entièrement vitrée, possède des fenêtres coulissantes sur billes, ce qui constitue une innovation pour l'époque. La structure conçue par l'ingénieur civil Robert Maillart est faite de piliers métalliques soudés à l'arc.

 

L’immeuble Clarté, issu du prototype de l’Immeuble-villas

est le prototype de la préfabrication du logement moderne de standing.
Construit entièrement en série, sur ossature d'acier standard, soudée à l'électricité

et obéissant à un module strict de poteaux, poutraison et fenêtres.

Ce standard poussé à l'absolu ne paralyse aucune des recherches de variété à l'intérieur de la maison.

 

Après avoir échappé à la démolition dans les années 1960,

le bâtiment a été rénové pour la première fois dans les années 1970.

 

De nouveau menacé de démolition au début des années 1980, il a pu être sauvegardé grâce notamment à la mobilisation d'architectes genevois, puis des autorités qui le classent monument historique en 1986. Un projet de restauration et de remise en état a été lancé au début des années 2000. Ces travaux se sont achevés en 2009. En juillet 2016, l’immeuble Clarté a été inscrit, avec d’autres réalisations de Le Corbusier, au patrimoine mondial de l’Unesco.

 

Au IV° Congrès International d'Architecture Moderne à Athènes, Le Corbusier a affirmé que les éléments

de l'urbanisme étaient : le ciel, les arbres, l'acier et le ciment, et cela dans cet ordre et cette hiérarchie.

Il a prétendu que les habitants d'une ville classée dans ces conditions se trouveraient détenir

ce qu'il a appelé "les joies essentielles".

L'immeuble Molitor sert de témoin. Pour employer les bienfaits de la situation exceptionnelle,

les façades ont été constituées par deux pans de verre placés au-devant des planchers de béton.

 

1931 : début de construction de l'immeuble Molitor,

à la limite entre Boulogne-Billancourt et le 16° arrondissement de Paris.

 

L'immeuble Molitor est le premier immeuble d’habitation au monde à façades entièrement vitrées.

Les architectes ont tenu à s'intéresser à la construction de cet immeuble, parce que le terrain

se trouvait dans des conditions de "ville radieuse" et que des démonstrations évidentes pouvaient être faites

en faveur des thèses que Le Corbusier a développées et développe encore sous ce titre.
 

L'immeuble est situé, d'une part, sur les parcs de sport qui ont recouvert les anciens fortifs,

sur une profondeur de 200 mètres, d'autre part, sur des jardins qui occupent les premiers plans de Boulogne

et qui sont dominés par l'horizon des collines de Saint-Cloud et de Suresnes.

 

Façades rue Nungesser et Coli, et de la Rue de la Tourelle. Entrée de l'immeuble.
La façade de l'immeuble utilise des matériaux inhabituels en 1931-1934 comme le verre armé,

les briques de verre Névada

et des vitres transparentes insérées dans une structure d'acier afin d'éclairer chaque étage.

L'ossature de l'immeuble est constituée de poteaux et planchers en béton, conformément aux principes architecturaux de Le Corbusier pour le plan libre, la façade libre,

les pilotis, les fenêtres en longueur et le toit-terrasse.

 

La parcelle bénéficie d’une double orientation idéale à l’est et à l’ouest et d’un environnement exceptionnel. Ce site exceptionnel allié à l’absence de vis-à-vis permet aux architectes d’élever des façades entièrement vitrées. Après avoir espéré un temps disposer d’un terrain plus vaste pour y construire un immeuble-villas, les architectes doivent se contenter d’une parcelle plus modeste de 13 mètres de façade seulement pour 26 mètres de profondeur. À chaque niveau, ils disposent les logements dos à dos, ouverts chacun sur une seule façade

 

La cuisine.

Chaque appartement possède donc une paroi entière de verre, allant du sol an plafond.

Des moyens d'obturer la lumière ont été établis. L'immeuble est habité et les locataires déclarent

spontanément qu'une vie nouvelle a commencé pour eux,

grâce au dispositif du pan de verre et de certains services communs.

 

Au rez-de-chaussée, se trouvent la loge de la concierge et dix chambres de domestiques convenablement éclairées. Le 1° et le 2° étage comportent trois appartements. Du 3° au 6° étage, on ne trouve que deux appartements par niveau, cette répartition étant partiellement lisible en façade. Le Corbusier achète pour son usage personnel le 7° étage et le 8° étage où il édifie l’appartement-atelier qui lui servira de résidence parisienne jusqu’à son décès en 1965. Un ascenseur et un monte-charge desservent les appartements jusqu’au 6° étage. L’architecte supprime les traditionnels escaliers de maître et de service qu’il remplace par un escalier de secours unique en ciment armé.

 

Le bureau de Le Corbusier.

 

La conception des plans des appartements répond au principe du plan libre. De l’escalier, on gagne les cuisines par une passerelle de service dont les murs en verre armé filtrent la lumière naturelle tout en préservant l’intimité des pièces tournées sur la cour intérieure. Au centre de la parcelle, une courette commune et un puits de lumière éclairent les chambres, cuisines et salles de bains. Un mur rideau, en briques de verre Névada, assure l’éclairage et évite les servitudes du vis-à-vis.

 

L'appartement de Le Corbusier

Il habite avec son épouse Yvonne Gallis dès 1933 l'appartement et l'atelier privé jouxtant la terrasse.

 

Le Corbusier se réserve les deux derniers étages : dans ce penthouse de 240 m²,

il aménage son appartement et son atelier de peinture. L’atelier est voûté pour s’intégrer au gabarit parisien.

La conception des plans des appartements répond au principe du plan libre,

enrichi ici des apports de la flexibilité.

 

Balcon de l'appartement Le Corbusier, côté Boulogne, et le toit-terrasse du 8° étage.
Le Corbusier pose, sur les 120 m² du toit-terrasse, son propre appartement traversant et en duplex. L’architecte adopte une couverture voûtée en berceau qui s’inscrit tangentiellement dans la courbe du gabarit. L’atelier, où Le Corbusier peint le matin face au mur mitoyen en moellons apparents, occupe la moitié est

de l’appartement. À l’ouest, face à Boulogne, il installe sans effet particulier un séjour, une cuisine

et une chambre équipée de toilettes et d’une salle de bains inspirés des aménagements de paquebots.

 

En 1932, Le Corbusier construit son seul et unique immeuble de rapport parisien, appelé "Molitor", dans lequel il compte lui-même habiter. Dans un contexte classique d’immeubles mitoyens, l’architecte dessine des façades audacieuses abolissant l’habituel plein percé d’ouverture : les façades sont exclusivement vitrées par l’usage de pavés de verre et de panneaux de verre. Le Corbusier n’est pas le premier à recourir à ce parti pris : la maison de verre de Pierre Chareau est construite un peu avant, en 1931.

 

1934 : Maison de week-end Henfel, à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines).
 

L'établissement des plans d'une telle maison a demandé un soin extrême,

les éléments de construction étant les seuls moyens architectoniques. L'assiette architecturale

est fournie par une travée type dont l'effet s'étend jusqu'au petit kiosque situé dans le jardin.

 

L'architecture domestique grâce à l'emploi d'éléments standard peut retrouver le chemin

des attitudes essentielles qui ont toujours existé dans les époques d'équilibre.

 

Le principe imposé pour cette petite maison située derrière un rideau d'arbres

était d'être le moins visible possible.

Conséquence : hauteur réduite à moins 2 m 60 ; implantation dans l'angle du terrain ;

toiture en gazon sur voûtes surbaissées ;

choix d'un matériau très traditionnel : la maçonnerie de meulière laissée apparente.

 

Les murs sont de pierre meulière ; toiture de voûtes en ciment armé, recouvertes de terre et d'herbe ; pans de verre en briques "Nevada" ou en glace claire. Doublure intérieure du plafond en contreplaqué, murs intérieurs en maçonnerie apparente blanchie à la chaux ou doublée de contre-plaqué ; sol en carreaux de céramique blancs; cheminée et hotte en briques ordinaires apparentes.

 

1935 : villa Le Sextant, à La Palmyre

dans la commune des Mathes (Charente-Maritime).
 

Le budget était si restreint, il semblerait que Le Corbusier ne soit jamais venu pendant le chantier,

se contentant d'expédier par courrier ses directives aux artisans, parfois accompagnées de croquis.

 

Le Sextant se dresse très en retrait de la rue qui la sépare de la Villa Russe du prince Molostov.

 

Chargé de construire une villa de vacances pour un couple d'amis citadins,

Le Corbusier n'a utilisé que des matériaux locaux.

Malgré le problème budgétaire, Le Corbusier a exprimé son idéal esthétique au dépouillement novateur :

murs porteurs en moellons apparents,

charpente en bois de pin à deux pans inversés vers un collecteur central.

 

1946 - 1952 : Cité radieuse (Unité d'habitation), à Marseille, 8° arrondissement.
 

"Cité radieuse" de Marseille, ou "la Maison du fada", est une résidence construite après-guerre.

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, face au manque de logements, notamment sociaux,

le ministre de la reconstruction passe commande d’une unité d’habitation à Marseille.

Le Corbusier va proposer un projet expérimental et innovant.

Sa volonté est une tentative de renouvellement radicale de l’habitat traditionnel,

notamment en augmentant le volume des immeubles.

 

¬ Le Modulor, empreinte dans le béton, sur la façade de la cité radieuse.

Le Corbusier, pour concevoir la cité radieuse, a inventé un système de mesure original, qu’il nomme le "Modulor". Ce mot-valise qui combine module et nombre d’or (1,619, utilisé par bon nombre d’artistes pour créer des proportions parfaites) est devenu une sorte de symbole. Pour lui cette unité de mesure fondée sur la morphologie humaine (son modèle est un homme de 1,83 m) devait mener à un confort maximal dans les relations entre l'homme et son espace vital. Ainsi, la hauteur des appartements correspond au Modulor bras levé, tandis que la largeur des pièces fait deux fois 1,83. Tous les aménagements (hauteur des chaises, des tables, plans de travail) sont également conçus en fonction du Modulor. Et au vu du succès des appartements de la cité radieuse jusqu’à ce jour, le Corbusier était vraiment un visionnaire !

 

Achevé en 1952, après 5 ans de travaux, l'immeuble de 18 étages, construit en béton, sur pilotis,

mesure 56 mètres de hauteur, 137 mètres de longueur et 24 mètres de largeur,

permet à La Cité Radieuse d’accueillir 337 appartements accessibles à tout type de classes sociales.

Il est composé de logements individuels conçus à la façon d'une structure collective.

Ces loggias extérieures sont toutes colorées. Sur le même principe, certains éléments intérieurs

tels que les portes des appartements ou les boîtes aux lettres affichent les couleurs vives des façades :

bleu, vert, jaune, rouge et terre de Sienne (à l'extérieur) ou jaune orangé (à l'intérieur).

 

36 piliers de 7 m, le tout pour 2.000 habitants, des couloirs assez larges pour que les voisins puissent bavarder, commerces, école maternelle, bibliothèque, ciné club, toit-terrasse avec pataugeoire, et hôtel sont intégrés à l'immeuble.

Chaque appartement est disposé en duplex, c'est-à-dire qu'il occupe deux niveaux reliés par un escalier privatif. Un même appartement relie les deux façades opposées de l'immeuble : chaque appartement a donc deux côtés vitrés, l'un orienté à l'est, et l'autre à l'ouest.

 

L'entrée et l'intérieur.

La Cité Radieuse est équipée de plusieurs bâtiments commerciaux nécessaires à l'épanouissement

de la vie sociale. Elle possède une boulangerie et d'un concept store Design. Elle comporte également

un hôtel du nom de Le Corbusier, d'un restaurant gastronomique et d'un bar.

La cité est dotée d'une crèche destinée aux plus jeunes, d'une librairie et d'une maison d'édition.

Des bâtiments publics et des bureaux sont également présents dans la cité.

 

Le toit terrasse abrite des équipements publics : la cour de récréation de l’école maternelle,

une pataugeoire et une piste d’athlétisme. À l’époque de sa construction,

il y avait un gymnase qui a été transformé en centre culturel.

 

Les cheminées visibles sur la terrasse sont destinées à assurer l'aération de l'immeuble.

 

Si les premiers occupants de la cité radieuse étaient des familles modestes et de classe moyenne, aujourd'hui, le bâtiment attire une population de cadres supérieurs et de professions intellectuelles.

Très décriée lors de son inauguration, la cité radieuse a été la cible de nombreuses critiques politiques et architecturales (dont certaines perdurent). Mais "ce cube de béton " s'est finalement bien intégré dans la ville de Marseille et il accueille, chaque année, de très nombreux touristes.

 

1947 - 1952 : Siège des Nations unies, à New York.
 

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la ville de San Francisco a accueilli la première conférence

des Nations Unies. C'était en juin 1945 et 50 pays avaient été convoqués pour rédiger la Charte

des Nations Unies. La ville de New York a été élue siège du palais des Nations Unies.

Le palais des Nations Unies a été conçu par l'architecte brésilien Oscar Niemeyer,

puis par l'architecte franco-suisse Le Corbusier, qui a ensuite abandonné le projet.

 

Après avoir accompli une mission importante au sein de la "Commission du Site"

pour l'installation du siège des N. U. aux Etats Unis, Le Corbusier avait été dès janvier 1947 désigné

comme l'un des dix experts, chargés d'élaborer les plans de construction du palais lui-même,

celui-ci devant être élevé sur l'East River à New York.

 

Le complexe a été achevé en 1952 et se trouve dans le quartier de Turtle Bay à Manhattan. Il surplombe l'East River et borde la 1ère Avenue à l'ouest. Même s’il est situé au cœur de la ville de New York, donc du territoire américain, le territoire du siège des Nations Unies est considéré comme un territoire international mais reste soumis aux lois locales, régionales et fédérales.

 

1948 - 1951 : Usine Claude et Duval à Saint-Dié (Vosges),

sa seule création à vocation industrielle.
 

En novembre 1944, tout le centre historique de Saint-Dié est dynamité, incendié,

et une bonne part du patrimoine public et du patrimoine privé sont anéantis.

 

L’industriel Jean-Jacques Duval confie à Le Corbusier, en juillet 1946 la reconstruction de sa bonneterie, fondée en 1908, détruite aux deux tiers en novembre 1944. L’architecte saisit cette occasion pour réaliser

une "usine verte", programme issu des standards de la Ville Radieuse et de la Charte d’Athènes.

 

Le Corbusier réalise ici une construction entièrement calculée au Modulor, fonctionnelle, 20 % moins cher qu’une construction traditionnelle. La manufacture est reconstruite sur son site initial près de la cathédrale en ruine. Le Corbusier conçoit un projet qui se rattache à l’un des anciens ateliers au niveau du rez-de-chaussée.

Basée sur la théorie de la cité linéaire industrielle, elle obéit aux trois impératifs : soleil, espace, verdure. Modèle unique et exemplaire dans l'oeuvre de l'architecte, classée monument historique le 18 mai 1988, cette manufacture est étudiée dans le monde entier depuis les années 50 comme un classique de l'architecture mondiale du XX° siècle.

 

L’édifice, long de 80 mètres et large de 12,50 mètres environ, ressemble à une petite Unité d’habitation montée sur pilotis, haute de trois étages et couverte d’un toit- terrasse autonome. Le bloc d’entrée et de circulation verticale s’inscrit dans une aile rejetée en façade arrière. L’organisation interne répond aux contraintes du processus de fabrication. La circulation du tissu et des pièces de confection est indépendante de celle du personnel, elle s’effectuait par des monte-charges et des toboggans supprimés depuis.

 

Sur le toit-terrasse, Le Corbusier place les bureaux du directeur de l’usine et de l’administration ainsi qu’une salle d’archives et une salle de réunion. Techniquement et plastiquement, la manufacture réussit l’alliage d’une ossature de béton et de deux murs-pignons aveugles en grès rose de réemploi. Les plafonds sont peints de rectangles de couleurs vives. Le contraste de matériaux et de couleurs qui en résulte situe cette œuvre dans la filiation des villas des années trente, qui annonçaient déjà le Brutalisme des années d’après-guerre. Les ateliers largement vitrés sont protégés par des brise-soleil en béton qui jouent un rôle esthétique autant que fonctionnel. Ce sont les premiers réalisés en France, dans l’œuvre de Le Corbusier, quelques mois seulement avant ceux de l’Unité d’habitation de Marseille.

La Manufacture de Saint-Dié-des-Vosges, l'usine Duval est une usine textile toujours en activité aujourd’hui. La société fabrique essentiellement des produits de luxe, en maille, pour femmes. Elle collabore avec les grands noms de la haute couture française, belge et américaine.

 

1950 - 1955 : Chapelle Notre-Dame-du-Haut, à Ronchamp, (Haute-Saône).


Achevée en 1955, la chapelle est l'un des meilleurs exemples d'architecture de l'église du XX° siècle,

et l'un des rares qui seraient généralement considérées comme un succès.
 

Un temple romain se trouvait ici il y a 200 ans et au moyen âge il y avait une petite chapelle

au même endroit. Cette église a été reconstruite et agrandie en 1850 mais incendiée en 1913.

L'église fut à nouveau reconstruite mais fut détruite pendant la seconde guerre mondiale.

La chapelle Notre-Dame-du-Haut perpétue le statut religieux de ce site.

 

La Chapelle (comme d'ailleurs toutes les constructions de Le Corbusier) est tracée au Modulor.

 

L'essentiel de la construction consiste en une coque de béton de deux membranes séparées par un vide de 2,26 m constituant la toiture de l'édifice. Cette toiture imperméable et isotherme repose sur le sommet de potelets faisant partie d'un pan vertical de béton revêtu de "gunnite" ou armant les murs de vieille pierre des Vosges provenant de l'ancienne chapelle détruite par les bombardements. Ces murs sans contreforts épousent, en plan, des formes curvilignes destinées à donner de la stabilité à cette maçonnerie grossière. Un intervalle de quelques centimètres entre la coque de la toiture et cette enveloppe verticale des murs fournit une arrivée de lumière significative.

 

L'intérieur de l'une des trois chapelles est peint de rouge intense tandis qu'un peu plus loin le mur

conduisant à la sacristie est peint de violet. La porte principale des processions (9 m²),

pivotant en son milieu, est couverte sur chaque face de huit feuilles de tôle d'acier émaillé à 760° de chaleur,

de couleurs vives. C'est la première fois qu'on applique cette technique à l'architecture.

La porte ouvrant sur la plate-forme des cérémonies de plein air est en béton coulé,

la poignée étant en bronze.

 

Jean Privéa a réalisé un campanile dans les années 1970.
En 2011, Renzo Piano a conçu un monastère et un pavillon d’accueil sur la colline,

alors que Michel Corajoud a conçu des aménagements paysagers.
Ainsi est né l’ensemble harmonieux composé du monastère Sainte-Claire, de la Porterie,

du campanile et de la chapelle Notre-Dame du Haut.

 

La Colline Notre-Dame du Haut est un lieu de pèlerinage marial multiséculaire dont les deux plus importants se tiennent le 15 août et le 8 septembre. Depuis 2009 une communauté des soeurs clarisses habite la colline et y assure une présence spirituelle permanente.

 

1952 : les maisons Jaoul (A et B),à Neuilly-sur-Seine, (Hauts-de-Seine).
 

Maisons construites en association avec les architectes André Wogenscky, German Samper

et Jacques Michel. Elles étaient destinées à l'habitation de deux familles,

celles d'André Jaoul et de son fils Michel.

Leurs premiers plans ont été réalisés en 1937, mais la construction n'a démarré qu'après guerre, en 1953.

 

La structure en béton armé laisse apparaître la forme des toitures en voûte "catalane".

A l'extérieur, l'emploi de la brique, du bois et du béton brut crée des contrastes de texture et de couleur.

 

La maison "A", des parents, sur rue, protège de la vue la maison "B", des enfants. Ces maisons familiales comportent 2 étages et sont une application du modulor. Une des particularités de ces maisons est l'utilisation de voûtes et de murs porteurs, qui ne sont pas dans le langage architectural habituel de Le Corbusier.

 

Ces maisons de briques et béton, d'environ 300 mètres carrés chacune ont des expositions différentes,

mais partagent un même jardin, une terrasse en béton et un sous-sol communs.

 

Les Jaoul ont habité les maisons de nombreuses années avant de les vendre au millionnaire anglais Lord Palumbo, en 1987. Celui-ci les a restaurées en partie, puis revendues à 2 sœurs qui y vivent actuellement avec leurs familles.

 

1953 - 1955 : Cité radieuse de Rezé, appelée aussi Maison radieuse,

à Rezé, (Loire-Atlantique).
 

L'unité d'Habitation de Rezé a été construite en 1953-1955 pour le compte de "La Maison Familiale",

une société coopérative de logement fondée à Nantes en 1911, dans le cadre de la reconstruction de la ville,

très touchée par la seconde guerre mondiale.

 

Grand paquebot visible de très loin (108 m de long, 52 m de haut, 19m de large).

Sa structure en béton armé abrite six "rues intérieures" qui desservent 294 logements en duplex

(montants ou descendants) sur 17 niveaux avec double orientation est-ouest ou exposés au sud.

Ils peuvent accueillir 1.400 personnes.

Très clairs, ils bénéficient d’une vue dégagée et d’aménagements très nouveaux dans les années 50 :

cuisines à l’américaine, grandes baies, double vitrage, brise-soleil, isolation phonique

et thermique, cloisons coulissantes et nombreuses astuces conçues pour faciliter la vie au quotidien.

 

La Maison Radieuse, également appelée Cité radieuse de Rezé ou La Maison familiale, est une résidence sous forme de barre sur pilotis où Le Corbusier a tenté d'appliquer ses principes d'architecture pour une nouvelle forme de cité, un village vertical, appelé "Unité d'habitation". C'est la deuxième des quatre unités d'habitation construites en France avec Marseille, Briey et Firminy.

 

Les habitants du quartier appellent l’immeuble « Le Corbu ».
Le hall d’accueil, les locaux associatifs et le parc sont dédiés à la vie collective

et le toit terrasse accueille l’école maternelle.

 

Un bureau de poste y est implanté dans le hall de l'immeuble (mais quitte le site en 2003).

La destination de l'immeuble est exclusivement bourgeoise

et les logements ne peuvent recevoir d'autre activité que celle du logis.

 

Toit terrasse, entrée de l'école maternelle.
Ce village vertical de 294 logements accueille à son sommet une école maternelle.

 

Le Corbusier en Inde : 1951 - 1959.

 

Terre natale de Gandhi, le Gujarat n’est pas la plus touristique des régions indiennes : ses villages tribaux,

ses paysages authentiques et l’excellence de son artisanat lui confère un rôle

dans le destin du Nord-ouest indien. En partant d’Ahmedabad, dont la vieille-ville

est inscrite au patrimoine mondial, on part du centre. Les anciennes capitales, Patan, Pavagadh, Champaner,

 sont autour, Gandhi y a fondé l’ashram Satyagraha et Le Corbusier y a construit.

 

1951 : Le Palais des Filateurs, Villa Sarabhai et Villa Shodan, à Ahmedabad, (Inde).

 

Le destin des trois maisons que Le Corbusier étudie pour d'influentes familles d'Ahmedabad,

capitale de l'Etat Indien du Gujeret et surtout centre de l'industrie textile, est très différent.

 

1951 : Le Palais des Filateurs.

 

Le Palais des Filateurs est un bâtiment situé à Ahmedabad, construit en 1954,

se situe sur la rive gauche de la rivière Sabarmati.

 

Le bâtiment est destiné à être le siège social des patrons des filatures, avec bureau et salle des congrès.

Les matériaux sont la brique apparente pour les façades nord et sud; le béton brut pour les façades est et ouest avec coffrage de bois pour les brise-soleil et coffrage de tôle pour les murs.
 

On entre dans le bâtiment par une rampe droite. De là, on accède aux bureaux,

à la salle de réunion et à un jardin sur le toit pensé comme lieu de rassemblement.
Une longue rampe d'accès pour piétons relie le niveau de la direction au premier arrêt des automobiles.

Mais en temps de mousson, les autos viennent stopper directement contre les brise-soleil touchant au sol.

 

La spécificité du bâtiment réside dans l'utilisation des conditions climatiques, son remarquable contrôle de l'ensoleillement et notamment l'utilisation de la brise pour ventilation naturelle. Les brise-soleil en façade, caractéristiques du style de l'architecte, structurent la façade et les vues depuis l'intérieur du bâtiment sur le paysage environnant et les travailleurs des filatures. Le nombre d'or est utilisé comme base d'organisation des pièces.

 

Villa de Madame Manorama Sarabhai, Ahmedabad, Inde, 1951.
 

Le pays est tropical, et la mousson sévit deux mois par année et c'est un duo de déluges

et de raies de soleil alternés. Le confort c'est le froid, c'est le courant d'air, c'est l'ombre.

Et pourtant le soleil doit pénétrer aux heures favorables, aux saisons utiles.

Les moustiques sont partout et les fenêtres ne peuvent pas être ouvertes sans certains aménagements.

Qu'il s'agisse de logis, qu'il s'agisse de bureaux, qu'il s'agisse de palais, les données du problème

sont dictées par un soleil implacable avec des conditions variant d'un mois à l'autre en température,

en humidité et en sécheresse, tous facteurs contradictoires.

Jouer le rôle de l'architecte moderne dans ces conditions n'est pas facile.

 

La maison Sarabhai est implantée d'après les vents dominants (pour être traversée de courants d'air),

et ses façades munies de brise-soleil.
Une autre recherche fut poursuivie : reprendre contact avec les matériaux dignes et fondamentaux

de l'architecture : la brique amie de l'homme, le béton brut ami aussi, les enduits blancs amis de l'homme,

la présence de couleurs intenses provocatrices de joie, etc ...

 

Il y a dans cette maison beaucoup de recherches. Une des plus brillantes solutions est celle de la toiture.

 

Les demi-cylindres des voûtes, une fois l'étanchéité assurée, sont recouverts de terre et le dessus de la maison devient un magnifique jardin de gazons parfaits et de fleurs... séduisantes que l'architecte auteur des plans aimerait plutôt rares qu'abusives. L'architecte Le Corbusier déclare la guerre, en principe, aux jardiniers quels qu'ils soient qui, bien qu'étant envoyés du ciel, donnent un faux visage à la vie en imposant les plantes précisément exotiques et multipliant exagérément des plantes dénommées "rares", faussant... sous le couvert de la nature, faussant l'ambiance même.

 

1951, Villa Shodan, à Ahmedabad, (Inde).

 

Commandée en 1951 à Le Corbusier pour devenir la résidence de M. Hutheesing, secrétaire des Millowners,

sur un programme éminemment personnel, compliqué, subtil.

Au plus beau moment, les plans de construction étant achevés, M. Hutheesing les revend à M. Shodhan,

possesseur d'un autre terrain et désireux de commencer les travaux immédiatement.

Les projets indiens de Le Corbusier sont toujours dictés a priori par le soleil et les vents dominants

qui sont constants, par régions de l'Inde.

Le transfert de cette habitation sur un nouveau terrain se fit donc assez naturel.

 

Les plans révèlent une simplicité notoire de structure, mais, par contre, une plasticité étonnante dans l'implantation des locaux, leur forme, leurs dimensions, à l'ombre des brise-soleil des façades et du toit,

parasol et encore, en contact avec les jardins suspendus balayables

par une orchestration de courants d'air appropriés.

 

Le béton brut du coffrage de bois des façades est sans appareillage préconçu : le coffrage est fait de bois "tout venant". Un appareillage n'apparaît que sous le parasol de toiture

et dans les plafonds des chambres ; ces coffrages sont alors en tôle

et la surface résultante recevra des couleurs intenses magnifiant le béton brut.
Un élément caractéristique est fourni par la rampe qui conduit à l'entresol et à l'étage.

 

1952 : Haute Cour du Pendjab et de l'Haryana (Chandigarh).
 

Chandigarh est une ville et un territoire du nord de l'Inde.

Elle est la capitale des États du Pendjab et de l'Haryana.
C'est une ville nouvelle construite après l'indépendance de l'Inde en 1947.

Elle est internationalement réputée pour son urbanisme.

Le plan de la ville a été préparé par Le Corbusier à partir d'un plan précédent d'Albert Mayer.

La plupart des édifices de la ville ont été imaginés par Pierre Jeanneret, Jane Drew et Maxwell Fry.

 

Le Corbusier, a été choisi pour exécuter le projet de construction du tribunal de grande instance.

Premier Premier ministre de l'Inde, Jawaharlal Nehru, a soutenu avec enthousiasme le projet

et a un intérêt soutenu pour son exécution. Quand il a visité le projet le 2 Avril 1952, il a déclaré :

« Que ce soit une nouvelle ville symbolique de la liberté de l'Inde,

sans entrave par les traditions du passé, une expression de la foi de la nation dans l'avenir. »

 

La Haute Cour est en exploitation depuis mars 1956. La polychromie extérieure anime

en façade principale, les deux parois extrêmes gauche et droite et les brise-soleil

de chacune des Cours de Justice.

 

Les trois pylônes de la façade en béton armé de la Haute Cour de justice

attirent tous les regards par leur éclatante polychromie.

les trois pylônes du grand portique d'entrée.

Ils sont enduits au canon au ciment, peints, l'un de vert, l'autre de jaune, le troisième de rouge-orange,

le mur de gauche étant peint de noir et le mur de droite étant peint de noir également.

 

La Haute Cour du Pendjab et de l'Haryana était auparavant connue sous le nom de Haute Cour de Lahore, créée le 21 mars 1919. De 1920 à 1943, la Cour s'est vu attribuer une compétence extraterritoriale sur la partie de la Chine qui faisait alors partie du district consulaire britannique de Kashgar, auparavant sous la juridiction de la Cour suprême britannique pour la Chine. En 1943, le Traité anglo-chinois sur la renonciation aux droits extraterritoriaux en Chine y met fin. Après l’indépendance de l’Inde, le 15 août 1947, une haute cour distincte du Pendjab est créée. À partir du 17 janvier 1955, la Cour est transférée à son emplacement actuel à Chandigarh. La loi de 1956 sur la réorganisation des États mène à un nouveau nom : Haute Cour du Pendjab et de l’Haryana.

 

1952 : Musée et Galerie d'Art de Chandigarh
 

Le musée Chandigarh est situé sur le Jan Marg, dont l'entrée se trouve du côté de la vallée des loisirs.

Le Corbusier a construit des musées similaires à Ahmedabad (Inde) en 1952 et à Tokyo en 1956.

 

 

Les sources lumineuses indirectes ont été généreusement utilisées.

Une caractéristique notable ici est la peinture intensive des murs, en noir, blanc, rouge et jaune.

 

Du côté ouest, il y a une salle de conférence pour 200 personnes. L'installateur des conduits d'eau sur le toit, d'énormes gicleurs sont particulièrement intéressants. (Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 8, 1965-1969).

 

1953 : Secrétariat de Chandigarh, (Inde).
 

Ce très grand bâtiment de 254 mètres de long et de 42 mètres de haut abrite les cabinets des Ministres

et chacun de leurs Ministères. Les Ministres sont groupés dans un pavillon central, le Bloc 4,

l'un des six blocs du Ministère séparés l'un de l'autre par un joint de dilatation vertical de haut en bas.

 

La forme et l'attitude du bâtiment sont déterminés par l'orientation favorable (soleil et vents dominants );

par ses accès automobiles en tranchée, avec collines artificielles faites des déblais ;

par la circulation des piétons dans le parc à l'abri des automobiles ; par les brise-soleil divers,

tracés selon la course du soleil ;

enfin par le rôle paysagiste que doit assumer sa silhouette architecturale dans l'ensemble du Capitol.


La coupe de ce vaste bâtiment de bureaux est fournie par la lutte contre le soleil : brise-soleil; contre la chaleur de l'air : respiration naturelle et artificielle ; enfin par une modulation rigoureuse fournie par le Modulor, proportionnant toutes choses à la stature humaine.

La circulation à l'intérieur comme à l'extérieur du bâtiment est ponctuelle. Les circulations horizontales sont assurées pour les automobiles par la voie d'accès et le parking creusés à cinq mètres de profondeur et dégageant un étage entier de pilotis formant hall d'entrée et garage de vélos. Les voitures particulières seront rares; comme déjà dit, le transport sera assuré par l'emploi massif d'autocars bien coordonnés. Les voitures des Ministres et du Gouverneur possèdent ici une entrée spéciale.
Un poste de contrôle est établi dans le parc de stationnement au pied du bâtiment ;

de là, les employés se rendront aux rampes, aux escaliers ou aux ascenseurs.

 

Les trois mille employés du Secrétariat arrivant en autobus, en vélo ou à pied, ont des accès différenciés et des routes qui seront attribués à chacun des employés arrivant de la ville soit par le Boulevard des Eaux soit par la Vallée des Loisirs. On sait que le réseau automobile se trouve situé en tranchée dans tout le parc du Capitol, tout véhicule échappant ainsi au champ visuel du promeneur dans le parc.

 

L'extérieur est de béton brut, c'est-à-dire les brise-soleil verticaux, les parapets et les brise-soleil horizontaux, l'acrotère qui se détache sur le ciel tout en laissant apparaître les aménagements de toiture destinés

au Club et aux réceptions. Les deux grandes rampes devant et derrière le bâtiment,

desservant tous les étages, sont également en béton brut. Elles offrent aux trois mille employés

une solution bien séduisante de circulation (matin et soir). La circulation mécanique verticale

est assurée par des batteries d'ascenseurs doublés par un escalier à deux rampants encastrés

dans une épine verticale montant du sol au sommet de l'édifice.

Le béton brut recouvre également les deux murs pignons accusant les coffrages de tôle standards.

 

Le Modulor a dicté la coupe fondamentale des bureaux types de ce bâtiment (3 m 66 de hauteur sous les sommiers) et il a permis d'harmoniser les hauteurs des cabinets des Ministres par un doublage des cotes et de donner aux blocs 5 et 6, qui reposent sur pilotis à niveau du parc, des jeux de hauteur d'une éloquence véritable (niveau d'entrée du pavillon des Ministres, niveau des bureaux des Ministres et pilotis des blocs 5 et 6).(Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 6, 1952-1957).

 

1955 : Assemblée de Chandigarh.

Ce projet frappera par le classement de ses ossatures-types qui sont de deux natures :

▪ 1. ossature des bureaux semblable à celle du Secrétariat: brise-soleil, portique, béton, etc ...

▪ 2. ossature de l'espace dénommé : "Forum" au milieu duquel baignent la grande Salle des Députés

(Lower House) et la Salle des Sénateurs (Upper House). Cette immense aire de promenade

assure aux Députés la possibilité de toutes les rencontres favorables aux explications individuelles

ou aux arrangements, aux concessions, hors des séances, etc ...
(Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 6, 1952-1957).

 

Cette Salle d'assemblée est faite d'une coque hyperboloïde d'une épaisseur moyenne de quinze centimètres

constante dans tous ses points et, par conséquent, d'un poids minimum (c'est ici appliqué

à des intentions architecturales, le principe des tours de refroidissement employées dans l'industrie).

Cette tour ne se termine pas par une section horizontale, mais par une section oblique

qui reçoit un bouchon en charpente métallique (aluminium).

 

Le vide au-dessus de l'espace appelé "Forum" correspond à trois étages de bureaux superposés.

La toiture faisant plafond du Forum est soutenue par de hautes colonnes de béton d'un jet.

 

L'écoulement des eaux des terrasses (la mousson) est assurée par ce que Le Corbusier a appelé deux "rivières" : L'une en forme de large canal de béton séparant le Forum et le grand portique ; l'autre séparant le Forum et le corps des bureaux où se trouvent le Président et les Ministres.

La toiture est accessible, servant à des fêtes le soir ou la nuit. L'ensemble des organes faisant relief fournit une composition définitivement mise au point en mars dernier à Chandigarh et exprimée ici par un dessin à la plume de Le Corbusier.

 

Le palais de l’Assemblée, accueillant dans deux hémicycles les députés du Pendjab et de l’Haryana.

 

Tout comme les autres assemblées provinciales, les députés du Pendjab sont élus au suffrage universel direct uninominal majoritaire à un tour pour un mandat de cinq ans. C'est-à-dire que le candidat gagnant est celui qui remporte le plus de voix dans sa circonscription, à l'issue d'un unique tour, sans avoir donc à remporter de majorité absolue. Les sièges réservés sont élus par les autres membres élus, par scrutin de liste avec représentation proportionnelle. La Constitution prévoit qu'en cas de vacance d'un siège, pour des causes de mort, démission ou disqualification d'un élu, des élections partielles doivent être tenues dans la circonscription concernée dans un délai de soixante jours.

Le mandat des députés du Pendjab est de cinq ans à compter de la première réunion. Les assemblées peuvent être dissoutes par les gouverneurs, sur le conseil du ministre en chef de chaque province. Le gouverneur peut aussi toutefois dissoudre l'Assemblée à sa discrétion si une motion de censure est passée contre le ministre en chef et que l'Assemblée est incapable d'élire un autre de ses membres en remplacement.

 

1959 : École d'Art de Chandigarh, (1950 - 1965).

 

Les deux écoles sont disposées d'une manière semblable. Les ateliers et les classes sont groupés

sur des cours intérieures. Les bâtiments sont orientés strictement nord-sud,

afin de bénéficier de l'éclairage au nord. Les salles sont subdivisées au moyen de parois basses.

Le Corbusier a ordonné que ces écoles et le musée soient construits en briques brun-rouge,

habituelles aux Indes, et que, pour le moins, les façades soient revêtues de ces briques ;

il voulait éviter ainsi que les constructions érigées à proximité du Capitole

ne prennent trop d'importance par rapport aux grands édifices représentatifs en béton.
(Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 8, 1965-1969).

 

1954 : Pavillon du Brésil à la Cité internationale universitaire à Paris 14°
 

Le premier projet provient de Lucio Costa, architecte, à Rio de Janeiro,

et l'Atelier Le Corbusier a par la suite réalisé le projet d'exécution.

 

Fondée en 1959, l'école accueille des étudiants, professeurs et chercheurs brésiliens qui viennent à Paris dans le cadre d'un programme universitaire, notamment pour des études doctorales ou post-doctorales, ou encore des artistes et des professionnels brésiliens en stage de perfectionnement. Au long de ces années elle a été la résidence temporaire de Joaquim Pedro de Andrade, Jaime Lerner, Zuenir Ventura, Sebastião Salgado, Arthur Moreira Lima, Zózimo Barroso do Amaral, Antônio Abujamra, Francisco Rezek et d'autres. (Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 6, 1952-1957).

 

Les chambres des étudiants et des étudiantes sont situées vers l'ouest et sont pourvues de brise-soleil.

 

Aux logements de la résidence s'ajoutent un théâtre, un hall d'expositions, une bibliothèque de 12.500

ouvrages en portugais et en français, une vidéothèque de 1.500 titres, et une salle de cours/réunions.

 

Au-delà d'une simple résidence universitaire, la Maison du Brésil représente un patrimoine de grande valeur architecturale et culturelle. Issu d'un projet moderne et original de deux architectes mondialement reconnus, Lucio Costa et Le Corbusier, le bâtiment a été inscrit en 1985 aux Monuments historiques français et reçoit régulièrement des centaines de visiteurs de toutes les nationalités, professionnels, étudiants et amateurs de l'architecture. Elle fut entièrement restaurée en 2000.

 

1957 : Unité d'habitation de Berlin.


A l'occasion de sa grande exposition internationale, dans le Parc du Tiergarten, la ville de Berlin

a décidé d'offrir la démonstration d'une Unité d'habitation de grandeur conforme.

Pour cela elle a donné son plus beau terrain, sur la colline olympique à Charlottenburg.

Une Unité de grandeur conforme de 400 logements, de près de 2000 personnes, couronnera la colline.

L'Unité de Charlottenburg bénéficie des expériences précédentes,

tant dans le fonctionnement que proportionnellement.

 

La construction commence le 10 janvier 1957 et s'achève le 6 décembre de la même année.

Les logements sont mis en location en 1958.

L'ensemble mesure 157 m de long pour 23 m de large et 53 m de haut.

 

Malgré les interventions et protestations énergiques de Le Corbusier,

ses plans de construction de l'Unité ne furent pas respectés.

 

Dans ces fonctions évidemment, l'édifice correspond à une Unité d'habitation de grandeur conforme Le Corbusier, mais en ce qui concerne l'exécution et l'interprétation esthétique Le Corbusier se distance avec indignation et le bâtiment a été renié par l'architecte. Elle est pourtant classée monument historique depuis 1993. (Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 6, 1952-1957).

 

1958 : Pavillon du groupe électroménager Philips

à l'exposition universelle de Bruxelles.
 

La société hollandaise d’électronique Philips participe à la grande Exposition Universelle de Bruxelles, en 1958.

Inaugurée par le roi Baudoin le 17 avril, cette première Exposition Universelle

depuis la Seconde Guerre Mondiale est surtout l’occasion de rassembler sur un même forum

les dernières expériences et progrès de la science d’une part, et de l’art contemporain d’autre part.

 

C’est dans cette optique que Philips invite l’architecte français de renommée internationale

à construire un bâtiment de son imagination. Le Corbusier accepte, mais ne s’intéresse que très peu

à l’élaboration architecturale d’une nouvelle structure. En effet, il imagine un concept nouveau

qui mêle technologie de pointe, architecture, art pictural et musique : le Poème électronique.
Le Corbusier devient dès lors le créateur des sons et lumières

que l’on peut voir dans les salles modernes d’aujourd’hui.

 

Son idée est de projeter sur les parois du Pavillon Philips des couleurs, des dessins et des photos

en mouvement sur une œuvre musicale originale d’Edgard Varèse.

L’intérieur du Pavillon Philips servirait essentiellement d’écrans.

 

Le bâtiment fait état de voiles "paraboles-hyperboles" qui, jusqu'ici, n'avaient pas eu à répondre

à des tâches de cette nature. Les parois sont constituées de dalles gauches coulées sur sable au sol

d'une dimension approximative de 1 m 50 de côté. Ces dalles ont 5 cm d'épaisseur ; elles ont été montées

au moyen d'un échafaudage volant intérieur et sont soutenues par un double réseau de câbles

de 8 mm d'épaisseur tendus sur des directrices cylindriques de béton fortement armé.

 

Le poème électronique de Le Corbusier au Pavillon Philips est la première manifestation d'un art nouveau : "Les Jeux électroniques", synthèse illimitée de la couleur, de l'image, de la musique, de la parole, du rythme.

 

L’architecture du Pavillon n’est pas la priorité de Le Corbusier. Impliqué dans un gigantesque projet, notamment dans la construction d'une ville entière en Chandigargh, en Inde, sa participation à l’architecture même du Pavillon n’aura été qu’une idée générale en forme de coque. C’est son jeune assistant, grand compositeur par ailleurs, Iannis Xenakis qui imagine la structure paraboloïde-hyperbolique et qui se charge du dossier.

 

1959 : Monastère Sainte-Marie de La Tourette, à  Éveux (Rhône).
 

Au milieu du siècle dernier, les dominicains de la Province de Lyon avaient dans la région de Chambéry

leur centre d’études destiné à la formation des jeunes dominicains. Ils décidèrent de se rapprocher de Lyon.

En 1952, le Père Couturier propose à Le Corbusier de construire ce nouveau couvent

destiné à recevoir une centaine de religieux.

 

C'est en 1959 que les frères occupent les lieux. De cette date jusqu’en 1970, le couvent,

peuplé de 75 frères, n’est pas ouvert aux visiteurs. Après 1970, il deviendra un lieu d’accueil largement

ouvert aux différentes recherches effectuées dans la société et dans l’Eglise.

Aujourd’hui, une communauté dominicaine d’une dizaine de frères forme le couvent de La Tourette

et anime les lieux désormais ouverts à toute personne ou groupe qui souhaite venir y réfléchir,

prier, échanger. Le couvent a été classé Monument Historique en 1979,

et le cimetière des frères a été inclus dans le classement en 2011.

 

Entouré de bois et de prairies, le monastère de La Tourette est situé sur une colline en pente

qui s’ouvre sur la vallée. À la fin des années 1960, le lieu est devenu un établissement d’enseignement.

 

Le monastère a été construit entre 1954 et 1960 par le célèbre architecte Le Corbusier. Le bâtiment du monastère, aujourd’hui considéré comme un ouvrage central du mouvement désigné sous le nom de brutalisme. Il s’agit d’une synthèse magistrale de toutes les réussites du mouvement moderne,

une combinaison de lignes épurées, de surfaces brutes et de solutions de construction hors du commun.

Le bâtiment dégage une beauté austère et a été bâti en suivant les principes du Modulor.

Il a été pensé pour fonctionner comme un monde replié sur soi,

pour une communauté de moines silencieux, l’idée étant de refléter leur mode de vie spécifique.

 

Le couvent ne cherche pas à se fondre dans la campagne environnante : c'est un bloc de béton à flanc de colline, que l'on voit de loin. Face à la vallée, il dresse sa façade monumentale de cinq étages, flanquée du volume massif de l'église qui le protège des vents du Nord. A l'arrière, une façade modeste lui donne l'apparence d'un petit immeuble de trois niveaux avec une entrée discrète, adaptée à une vie de réclusion.

 

Matériau mal-aimé, réservé aux usines et aux H.L.M.

le béton est le matériau privilégié de l'architecte et le moins cher.

Dans la cour intérieure, le clocher et les "morceaux de sucre", parallélépipèdes de béton

disposés régulièrement à l'horizontale et qui semblent traverser la paroi.

 

Jardin intérieur et le cloître - Couloir menant au cloître. Pans ondulatoires et carrés.

Les couloirs de la Tourette reçoivent la lumière du jour par de longues meurtrières horizontales

qui donnent sur la cour intérieure. Ces volumes sont nommés "les morceaux de verre".

 

Les couloirs ou "conduits" du cloître sont rythmés par les "pans ondulatoires"

que forment l'alternance des meneaux de béton et de pans de verre.

 

Face à face, les pans ondulatoires et les carrés "Mondrian",

grands carrés de béton et de verre qui doivent leur nom au peintre Piet Mondrian.

 

Le cloître, un toit-terrasse entouré d'un haut mur qui permet de marcher et de méditer entre ciel et terre. Là où l'on attendait un couloir ouvert autour d'un jardin carré, il y a une croix, formée par les couloirs ou 'conduits" du cloître. Ceux-ci organisent les grandes circulations du couvent comme une pompe qui, pour permettre les trajets les plus directs, aspirerait par le bas. Le grand conduit se termine à la porte de l'église, dont il est l'unique accès.

 

 L'église : dans l'univers fermé du couvent, l'église occupe une place à part

et se trouve séparée du bâtiment principal par un grand vide : ses murs sont nus.

Elle n'a ni vitraux, ni rosace, seulement des fentes horizontales peintes de couleurs vives.

 

▪ Dans la crypte et dans l'église, une pénombre rythmée par le jeu des couleurs primaires.

Deux petits bâtiments, la crypte et la sacristie, sont accolées de part et d'autre du grand volume.

Dépassant de la crypte en forme d'oreille, les "canons à lumière" captent la lumière du Nord.

 

▪  A la croisée du transept et de la grand nef, se trouve l'autel,

dont un côté donne sur la sacristie, l'autre sur la crypte en contrebas.

Celle-ci est séparée du volume central par une demi-paroi qui permet d'y faire circuler le son et la lumière,

tout en la protégeant des regards.

 

▪ Dans le réfectoire, la mise en oeuvre du système constructif.

Tout repose sur les poteaux et les poutres : les façades ne portent rien.

 

▪ La cellule Le Corbusier : le rêve monacal, version "Modulor"

système de mesure basé sur les proportions du corps humain.

Aujourd’hui, les cellules individuelles, qui présentent toutes une hauteur de 226 cm et une largeur de 183 cm, peuvent être louées pour la nuit par les visiteurs. Les cellules occupent les deux derniers étages du couvent.

 

Depuis 2006, le monastère de La Tourette est classé. Deux ans plus tard, son nom était soumis pour une inscription au Patrimoine mondial de l’UNESCO. À l’été 2016, le Couvent Sainte-Marie de la Tourette a été enfin classé au Patrimoine mondial, en même temps que 16 autres bâtiments Le Corbusier.

 

L'ancienne ferme et la glacière.

L’organisation de l’espace originel du domaine de La Tourette a été profondément bouleversée

par l’implantation du couvent de Le Corbusier et ce n’est qu’en prenant le temps de flâner

que l’on retrouve la cohérence de ce parc anglo-chinois abritant des fabriques

et des installations paysagères (théâtre de verdure, terrasse, fausse grotte, alignements de pierre,

glacière, ancien temple grec, bassins, etc…). La forêt, exploitée en futaie irrégulière,

constitue dans l’ouest lyonnais un lieu de promenade recherché en même temps

qu’un site naturel riche d’une grande diversité d’espèces végétales et animales.

 

Dès son inauguration le 19 octobre 1960 le couvent va se trouver à la convergence de deux grandes crises de l'Eglise catholique qui essaye de se moderniser avec Vatican II et la révolte de la jeunesse étudiante qui culminera en mai 1968.

En 1970, il n'y aura plus, à la Tourette, un seul étudiant. L'ordre des dominicains envisagera de vendre le couvent déserté, se heurtant à la résistance d'une vingtaine de frères pour qui l'architecture du lieu incarne de façon unique la quête spirituelle de leur ordre. Le couvent changera de fonction en devenant un centre de colloques, mais il restera dominicain, sauvé par l'architecture.

 

1959 : Musée national d'art occidental de Tokyo, (Japon).
 

Le Corbusier a été choisi pour la conception de ce nouveau musée,

assisté des architectes Junzo Sakakura, Kunio Mayekawa, et Takamasa Yoshizaka.

Le démarrage du chantier eut lieu au mois de mars 1958 et l’achèvement en mars 1959.

Il s’agit d’une construction à deux niveaux et un sous-sol.

La structure du bâtiment est en béton armé avec un toit terrasse.

 

Le parvis et le bâtiment du musée national d'art occidental et le penseur de Rodin.

La forme du plan dessinée par les six travées de poteaux est un carré de 6 m x 6 m.

 

Le centre du bâtiment est occupé par un vide sur toute la hauteur éclairé par des lanterneaux : c’est la grande salle du XIX° siècle. Autour de cet espace, on trouve : en rez-de-chaussée le hall d’entrée et les zones de services et au 1er étage des salles d’exposition dont les mezzanines reçoivent, sur leur parties supérieures la lumière zénithale et jouent ainsi le rôle de lanterneaux.

 

 

On entre dans le musée au niveau du rez-de-chaussée, entre les pilotis, et on se dirige ensuite

vers la grande salle du XIX° inondée de lumière naturelle. La rampe située au nord dans la grande salle,

permet d’accéder, au 1er étage, à une autre salle d’exposition. On poursuit la visite au 1er étage,

de salle en salle, en tournant autour du vide de la grande salle du XIX° dans le sens des aiguilles d’une montre, guidé par la lumière des mezzanines-lanterneaux. La visite se termine par la rampe ou la sortie qui se trouve au niveau du 1er étage et qui débouche sur une terrasse et un escalier extérieur.

 

La collection de Matsukata a été constituée dans les années 1920 à Paris.

Elle comprend des tableaux, des sculptures mais aussi des objets d’art décoratifs, des estampes Ukyoe.

 

La collection, d’abord considérée comme prise de guerre et confisquée à son propriétaire par l’Etat français, a été restituée en 1953 au Japon à l’occasion du traité de paix de San Francisco. La condition de ce retour était la mise en exposition de ces 370 œuvres (peintures, dessins et sculptures) dans un musée dédié.

 

1960 : Cité radieuse de Briey, (Meurthe-et-Moselle)

(non identique, mais sur le modèle et le même principe de celle de Marseille).
 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Briey repense son plan d’urbanisme

et ouvre des perspectives d’extension. Par l'entremise du ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme

Eugène Claudius-Petit et du conseiller général Philippe Serre,

Le Corbusier est impliqué dans ce projet dès 1950.

Cependant, c’est l’architecte parisien Georges-Henri Pingusson qui est chargé du plan d’ensemble en 1952.

 

L'Unité d'habitation de Briey-en-Forêt est la troisième application d'un type architectural

et urbain inventé par Le Corbusier. Le concept consiste à rassembler dans une même grande barre

des services et des centaines de logements, en libérant le rez-de-chaussée ouvert

sur de vastes espaces verts et en offrant de larges vues sur le paysage, depuis les étages.

La révolution est aussi esthétique puisque désormais,

Le Corbusier laisse le béton brut de décoffrage et le marie à des couleurs primaires chatoyantes.

 

Cette tour de 50 m de long a été envisagée dans un ensemble architectural,

Le Corbusier ayant prévu d’y associer comme pour les autre unités d’habitation écoles, commerces, église…
 

Déjà auteur de deux premières unités d’habitation à Marseille (1945-1952)

et à Rezé près de Nantes (1948-1955),

Le Corbusier parvient à convaincre le maire de Briey, Pierre Giry, d’en construire une 3° sur son sol.

Entre 1954 et 1956, Le Corbusier mène toutes les études nécessaires. Le chantier ne commencera qu’en 1959 pour s’achever en 1961 ; il sera conduit par le célèbre collaborateur de Le Corbusier, André Wogenscky.

 

Aujourd’hui : Le site accueille l’école d’infirmières 1ère et 2ème rues ainsi qu’une association : "La Première Rue" qui propose des visites guidées (Un appartement témoin est proposé à la visite) et des expositions autour de l’architecture dans la galerie blanche. Juste à côté de l'Unité se trouvent une école maternelle et une école primaire construites par G.H. Pingusson. Désertée et menacée de démolition, elle est sauvée à la fin des années 1980 par la ville de Briey et l’Etat. Les abords sont réaménagés, la façade est rénovée.

 

1961 : Écluse de Kembs-Niffer (Haut-Rhin)
 

Cette écluse est située entre Bâle et Mulhouse sur le canal du Rhône au Rhin,

au point de raccordement de celui-ci sur le canal du Rhin.
 

Cette écluse permet aux bateaux du Rhin de passer sur le Rhône en direction de Marseille.

Ici, on ne discute plus s'il s'agit d'architecture ou d'ingénierie. Il s'agit d'une "œuvre construite".

"Les administrateurs et les ingénieurs m'ont demandé de participer à leur entreprise." Le Corbusier.
(Extrait de Le Corbusier, Oeuvre complète, volume 8, 1965-1969).

 

Le Corbusier n'a pas pris part aux travaux de l'écluse proprement dite. Il n'a réalisé que les deux bâtiments,

le premier, la tour, abrite le poste de l'éclusier ainsi que les équipements mécaniques,

le second est réservé aux bureaux des douanes et de la navigation.

Il comprend également au sous-sol les locaux du personnel, le garage et la chaufferie.

 

1961-1963 : Carpenter Center for the Visual Arts,

Harvard, Cambridge, Massachusetts, (U.S.A.).
 

Le Visual Arts Center de l'Université de Harvard est situé dans un terrain très exigu

au milieu de bâtiments, de style géorgien.

C'est le seul bâtiment réellement conçu par Le Corbusier aux États-Unis, et l'un des deux

dans les Amériques (l'autre est la Maison Curutchet à La Plata , Argentine).

 

Le Corbusier l'a conçu avec la collaboration de l'architecte chilien Guillermo Jullian de la Fuente

dans son atelier du 35 rue de Sèvres ; la préparation sur place des plans de construction a été assurée

par le bureau de José Luís Sert, alors doyen de la Harvard Graduate School of Design.

Il avait auparavant travaillé dans l'atelier de Le Corbusier

et avait contribué à lui gagner la commande. Le bâtiment a été achevé en 1962.

 

Le programme était la création complète sur des données nouvelles : établir un lieu où les élèves de l'Université pourraient, en traversant ce chemin essentiel, voir du dehors, entrer éventuellement et s'inscrire pour travailler : art à deux dimensions, art à trois dimensions, maquettes, sculptures, etc., modelage, carton et papiers découpés, etc...

 

La construction de béton et de verre est une démonstration des théories de Le Corbusier

et de nombreuses idées directrices qui lui sont propres s'y retrouvent : la pénétration réciproque

de l'extérieur et de l'intérieur, l'emploi de béton brut, la rampe qui relie deux rues par le troisième étage,

les pilotis pour chacun des cinq étages, les brise-soleil.

 

Ce Visual Arts Center est mis à disposition de n'importe quel élève de l'Université, indépendamment des disciplines pratiquées, avec le seul objectif d'apporter aux générations actuelles le goût et le besoin de conjuguer le travail des mains et de la tête, ce qui est le vœu social le plus important de Le Corbusier. II s'agissait donc de créer des circulations, des lieux de travail, de trouver les surfaces et les éclairages et, le plus difficile, il s'agissait de s'insérer dans si peu de place.

Le bâtiment abrite désormais le département des arts, du cinéma et des études visuelles (anciennement études visuelles et environnementales) de l'Université, et est le lieu de projection par les archives du film de Harvard. Le Corbusier n'a jamais vu le bâtiment. Il a été invité à la cérémonie d'ouverture, mais il a décliné l'invitation en raison de sa mauvaise santé.

 

1964 -1969 : Firminy-Vert, (Loire)
 

Firminy est une ville au fort passé minier, qui voit sa population s’accroître aux XIX° et XX°siècles

grâce à l’essor de l’industrie sidérurgique et métallurgique. En 1953, le maire Eugène Claudius-Petit

fait réaliser dans sa ville un bilan social, économique et humain afin de déterminer les besoins

de la population. La pauvreté des logis, le manque d’hygiène et de confort sont prédominants.

 

Dans ce contexte, Eugène Claudius-Petit envisage, dans un premier plan d’urbanisme, la réhabilitation

du centre-ville et la création d’un nouveau quartier : Firminy-Vert. Ce nouveau quartier,

réalisé par quatre architectes (Charles Delfante pour l’urbanisme, Jean Kling, Marcel Roux et André Sive),

propose un urbanisme radicalement différent de l’ancienne "Firminy la Noire". Ces architectes travaillent

selon les principes de la "Charte d’Athènes" (rédigée en 1933 lors du 4° Congrès International

d’Architecture Moderne) qui reprend les grandes idées de l’architecte Le Corbusier.

 

Vues aériennes du nouveau quartier vert.

La charte prévoit de réserver aux espaces verts un pourcentage important de l’espace foncier.

Les quatre fonctions fondamentales sont : "habiter, travailler, se récréer, circuler".

L’homme doit pouvoir s’épanouir dans un cadre où "soleil, espace, verdure" prédominent.

 

À partir de 1957, 1.070 logements sociaux voient le jour, agrémentés de services collectifs tels que des écoles, centres sociaux et commerciaux. Les voies de communication sont hiérarchisées, du chemin piétonnier aux différents axes routiers. Cet ensemble reçoit le Grand Prix d’Urbanisme en 1961 et est aujourd’hui protégé par une Aire de mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine (AVAP). Le Corbusier travaille à partir de 1954 sur le "Centre de recréation du corps et de l’esprit" composé de 3 bâtiments : Maison de la Culture, stade et église Saint-Pierre.

 

1965 : Maison de la culture de Firminy-Vert, (nom actuel de l'édifice : Espace Le Corbusier).
 

Construite de 1961 à 1965, la Maison de la Culture est le seul bâtiment réalisé

du vivant de l’architecte à Firminy. Son concept, issu du programme d’André Malraux,

vise à rendre "les oeuvres du génie humain" accessibles à tous.

 

L’édifice, de 112 mètres de long, est implanté sur une ancienne carrière de grès houiller

et présente un profil insolite : la toiture repose sur un système de câbles lui donnant l’aspect

d’une voûte renversée. L’inclinaison audacieuse de la façade Ouest est judicieusement réutilisée

à l’intérieur puisqu’elle permet l’installation de gradins.

 

Entrée et le foyer-bar.

Les pans de verre ondulatoires, présents le long des façades Est et Ouest, sont issus du travail

de Le Corbusier et de Iannis Xenakis (compositeur).

Ils entremêlent couleurs et mesures, tant musicales qu’architecturales.

Le mobilier présent dans le bâtiment est conçu par Pierre Guariche, designer travaillant avec le "Modulor,

unité de mesure instaurée par Le Corbusier

afin de créer une harmonie et des proportions adaptées à l’échelle humaine.

 

La Maison de la Culture abrite de nombreuses salles à usages différents :

auditorium, salle de spectacle, salle d’arts plastiques, salle d’expression corporelle, etc.

Classée Monument Historique depuis 1984, elle est toujours en activité

dans le respect de son programme initial : lieu de spectacles et de création artistique,

école de musique associative, centre d’interprétation, etc.

 

1967 : Unité d'habitation de Firminy-Vert
 

Parmi les 5 Unités d’Habitation bâties dans le monde (Marseille, Rezé-les-Nantes, Briey-en-Forêt, Berlin),

celle de Firminy est la dernière édifiée.

Elle est le fruit d’un second plan d’urbanisme pensé par Charles Delfante.

Ce plan, qui prévoyait la construction de 3 Unités, ne sera jamais totalement achevé.

 

Ce bâtiment de 130,35 mètres de long, 21 mètres de large et 56 mètres de haut, comporte 20 niveaux.

Sept rues intérieures desservent à l’origine 414 logements de différents types.

Les niveaux 18 et 19 abritent l’école et le niveau 20 le toit-terrasse.

 

Commencé en 1965, le bâtiment est achevé par André Wogenscky. Il correspond au concept des "cités jardin verticales" et de la "Chartreuse moderne". On y trouve certains des éléments fondamentaux de l’architecture de Le Corbusier ; notamment les pilotis, la façade libre, le brise-soleil et le toit terrasse.

 

L'unité d'habitation et le toit-terrasse.

Les pilotis permettent de libérer l’espace au sol et favorisent le contact visuel avec la nature environnante. L’orientation Est/Ouest des façades est déterminante pour un ensoleillement maximum des appartements, tous en duplex à l’exception des studios. L’ensemble est réalisé à l’échelle du "Modulor".

 

Un programme de restauration et de réhabilitation a permis notamment la réouverture du tiers Nord, fermé pendant 20 ans. Aujourd’hui ouverts à la copropriété, les appartements ont été agrandis afin de mieux convenir à la demande actuelle. Quant à la partie Sud, elle reste la propriété de l’Office Public HLM de Firminy. L’école ferme en 1998 après 30 ans d’utilisation. Des trois écoles que réalise Le Corbusier dans son oeuvre, celle-ci est la plus vaste et sans doute la plus aboutie.

 

1968 : Stade de Firminy-Vert
 

Seul stade classé Monument historique en France,

le Stade municipal de Firminy est toujours utilisé par les habitants de Firminy et les associations.

Eugène Claudius-Petit, maire et ancien ministre, commande en 1955 à Le Corbusier

un stade municipal rattaché à la Maison de la Culture pour le nouveau quartier de Firminy-Vert.

Le Corbusier ne fera que très peu d’équipements sportifs dans sa carrière :

le Stade municipal de Firminy et le gymnase de Bagdad (Irak).

 

La commande d’un équipement sportif, les dimensions et les capacités du Stade

(plus de 4000 places et une piste d’athlétisme de 400 mètres)

témoignent de la politique ambitieuse de modernisation de la ville menée à partir des années 1950.

 

Au décès de l’architecte en 1965, le Stade n’est pas encore construit :

le chantier a lieu de 1966 à 1968 sous la direction d’André Wogenscky.

 

Au décès de l’architecte en 1965, le Stade n’est pas encore construit :

le chantier a lieu de 1966 à 1968 sous la direction d’André Wogenscky.

 

Suivant les plans de Le Corbusier, le terrain de sport prend place dans l’ancienne carrière de grès des Razes.

Les tribunes qui abritent les vestiaires sont adossées au talus

et s’inspirent des gradins des amphithéâtres antiques.

Cette construction est couverte d’une "casquette" suspendue, prouesse technique du béton armé.

 

1970-2006 : Église Saint-Pierre de Firminy.

(œuvre posthume, réalisée par José Oubrerie)
 

Eugène Claudius-Petit et le Comité Paroissial commandent une église à Le Corbusier

pour le quartier de Firminy-Vert. Il travaille à l’élaboration des plans,

assisté de José Oubrerie et de José Luis Miquel, jusqu’en 1965.

Après le décès de l’architecte, l’association "Le Corbusier pour l’église de Firminy-Vert" est créée

pour récolter les fonds pour sa réalisation.

L’année 1970 voit la pose de la première pierre mais le chantier ne débute qu’en 1973 pour s’interrompre définitivement en 1978. Les parties construites (actuel espace d’exposition) sont classées Monument Historique en 1996. Ce n’est qu’à partir des années 2000 que l’achèvement de l’église est décidé.

 

L’église se présente sous la forme d’un bâtiment à base carrée de 25,50 mètres de côté

se développant en un cône tronqué culminant à 33 mètres de hauteur.
La coque, construite en béton auto-plaçant, abrite la nef. Elle est parée à l’Est de la constellation d’Orion. Tout autour de l’édifice se déroule le système de récupération de l’eau de pluie :

il couvre des meurtrières horizontales, dont le mouvement en spirale est identique à celui du sol de la nef.

Les trois "canons à lumière", installés sur le faîte et sur la façade Ouest,

constituent un dispositif spécifique à l’architecture de Le Corbusier.

 

L’église Saint-Pierre de Firminy-Vert est un bâtiment double : un socle largement ouvert à la lumière,

visant à donner de la légèreté au bâtiment, opposé à la coque en béton plein.

 

Le Corbusier destinait la partie basse aux activités paroissiales (réunions, catéchèse)

ainsi qu’à l’installation de la cure. Aujourd’hui, elle abrite un espace d’exposition.

La partie haute, quant à elle, est entièrement occupée par la nef avec deux chapelles :

une pour la semaine avec l’autel secondaire (en rentrant à gauche) et l’autre pour l’office dominical

avec le maître-autel. Ce dernier est relié au sol par un pilier blanc, indépendant de l’ossature du bâtiment.

 

Le financement en est assuré pour la majeure partie par la Communauté d’Agglomération, Saint-Étienne Métropole, qui déclare en 2002 d’intérêt communautaire l’achèvement du monument. Les travaux, terminés en novembre 2006, sont conduits par José Oubrerie dans le respect du projet original. Il est entouré par Aline Duverger, Yves Perret, Romain Chazalon ainsi que par Jean-François Grange-Chavanis, Architecte en Chef des Monuments Historiques. Le chantier est réalisé à l’aide de techniques et matériaux modernes.

 

1969-1971 : La piscine André Wogenscky de Firminy-Vert


Son emplacement est défini par Le Corbusier en 1958,

mais c’est finalement André Wogenscky qui la conçoit.

Inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 2005,

cette piscine municipale a été restaurée en 2006.

André Wogenscky (1916-2004) travaille avec Le Corbusier pendant plus de 20 ans. Il est d’ailleurs chargé de terminer les chantiers de Firminy (Stade et Unité d’Habitation) après la mort de l’architecte en 1965.

 

Pour concevoir la piscine de Firminy, André Wogenscky adopte des formes et matériaux proches

de ceux employés par Le Corbusier pour la Maison de la Culture et le Stade.
 

1980 : Gymnase Le Corbusier à Bagdad (œuvre posthume)

 

Au début des années 1950, Bagdad connaît un essor moderniste fulgurant dû aux retombées

de la manne pétrolière. Sous l'impulsion d'une génération d'architectes irakiens jeunes et brillants,

formés en Occident, l'Irak se bâtit à grande échelle et les plus grands noms de l'architecture internationale

sont invités : Gio Ponti (ministère du Plan), Werner March (musée national d'Irak),

Walter Gropius (le plus grand campus universitaire du Moyen-Orient),

Frank Lloyd Wright (opéra et plan directeur), Alvar Aalto (musée), Marinus Dudok (centre civique)...

En 1956, Le Corbusier se voit commander une cité olympique : stade de 50 000 places, gymnase,

piscine, amphithéâtre de plein air, terrains d'entraînement… Seul le gymnase, sur lequel il a travaillé

en détail jusqu'à sa mort en 1965, a été terminé selon les plans d'origine en 1980

par l'un de ses anciens collaborateurs.

 

Le bâtiment est resté en fonctionnement jusqu'à son occupation par l'armée américaine

lors de la dernière guerre d'Irak. Pour des raisons de conjoncture,

mais sans doute aussi parce que c'est une œuvre posthume,

il était jusqu'à très récemment passé inaperçu auprès de la communauté internationale.

 

e gymnase concentre pourtant une série de "signatures" du maître, comme les pans ondulatoires (mis au point par Iannis Xenakis), la rampe-promenade architecturale, l'éclairage zénithal, la "boîte à miracles"… À ce titre, il entretient plusieurs correspondances avec d'autres œuvres comme Firminy, le couvent de la Tourette…

 

Son avenir est aujourd'hui en suspens, car des projets de restauration sont en cours

et font l'objet d'une coopération entre la France et l'Irak qui a commencé en 2013 à Bagdad,

avec un colloque international :

"L'architecture de la modernité à Bagdad : de Le Corbusier aux pionniers irakiens".

 

Tout au long de sa vie, Le Corbusier voyage pour acquérir de nouvelles techniques

et parfaire ses connaissances en s’inspirant des pays visités.

C’est au cours de ses voyages qu’il trouvera l’inspiration pour les éléments artistiques,

architecturaux et urbains qui constitueront la base de son œuvre.

Représentant du mouvement moderne, il y introduit de nouvelles idées comme le fonctionnalisme,

le purisme et le lien entre nature et architecture. Pour Le Corbusier, une architecture moderne

se définit en cinq points : les pilotis, la fenêtre-bandeau, le plan libre, la façade libre

et le toit-terrasse. Principes qu’il appliquera dans ses réalisations.

Le Corbusier décède le 27 août 1965 à Roquebrune-Cap-Martin, au cours d'une baignade dans la Méditerranée.

 

Sources :
http://fr.wikipedia.org/
https://www.archi-wiki.org/
https://www.musee-horlogerie-aliermont.fr/
http://www.fondationlecorbusier.fr/
https://www.villalelac.ch/
https://www.sites-le-corbusier.org/
https://www.tempslibre.ch/
https://www.couventdelatourette.fr/
"Le Corbusier", Kenneth Frampton, Editions Fernand Hazan, 1997
"Architectures", Richard Copans / Stan Neumann, Arte Editions, 2007
"Le Corbusier", Jean-Louis Cohen, Editions Taschen, 2009
"Le Corbusier", revue Dada n° 201, Editions Arola, 2015
Dépliant 3 volets "guide du visiteur", remis à l'accueil
"La villa Savoye", Jacques Sbriglio, Editions Birkhäuser
Visite et photos, Villa Savoye, Chantal Guyon, le 10 février 2019

Montage : Chantal Guyon, le 23 août 2020

 

 

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