LES CONQUISTADORES et CHRISTOPHE COLOMB.

 

(2°) : la chute de Constantinople.

 

 

Alors que les Portugais mettaient le pied sur le sol africain, face à l'Islam, et commençaient, vers le sud,

les explorations qui devaient leur livrer le contrôle de la mer Rouge et de l'océan Indien,

afin de prendre à revers le monde musulman par un gigantesque mouvement tournant, l'Islam assurait

sa revanche en Méditerranée et s'implantait victorieusement au sud-est de l'Europe, dans les Balkans.

 

¬ Le dernier tiers de l'histoire de l'Empire Byzantin est rempli de récits de luttes contre les Slaves des Balkans et les Turcs d'Anatolie. Ces derniers, venus des steppes du Turkestan, étaient des nomades d'origine asiatique, influencés par la civilisation persane. (Miniature de la BnF).

 

Avec les grandes découvertes portugaises et espagnoles, la conquête de l'Empire Byzantin par les Turcs ottomans est un des faits majeurs qui marquent la fin du Moyen Age.

 

Tournant majeur de l’histoire européenne,

la chute de Constantinople signe la fin de l’Empire romain d’Orient au profit de l’Empire ottoman.

Le 6 avril 1453, la ville de Constantinople subit l’attaque de Mehmet II

qui souhaite mettre fin au dernier bastion chrétien en Orient.

L’empereur Constantin XI tente de résister à l’assaut, mais après 50 jours d’attaque et de bombardement, Constantinople finit par tomber, scellant le destin des deux empires.

 

La décadence de Byzance.

 

Carte de l'Empire byzantin sous Michel VIII Paléologue en 1265.
Michel VIII Paléologue (1224-1282), est un empereur byzantin du XIII° siècle qui règne entre 1261 et 1282.
Il est co-empereur de Nicée de 1259 à 1261, puis empereur byzantin de 1261 à 1282.

Il usurpe le trône de Nicée au souverain légitime Jean IV Lascaris. Son passage au pouvoir

est souvent considéré comme le dernier grand règne de l'Empire byzantin.

Il reprend Constantinople et rénove la cité impériale.

 

A partir de l'Empire de Nicée, qui avait échappé à la conquête des Latins au lendemain de la 4° Croisade, Michel VIII Paléologue avait repris Constantinople en 1261. Mais l'Orient grec restauré n'était plus celui des Commènes : les monuments de Constantinople restaient en ruine, le territoire de Byzance ne comprenait plus que la province de Nicée, la Thrace et la Macédoine. Michel VIII parvint à rétablir sa suzeraineté sur la Morée franque ; les Vêpres siciliennes, dont il fut l'un des instigateurs en fournissant des subsides au roi d'Aragon, le sauvèrent des ambitions de Charles d'Anjou ; il essaya également de s'affranchir de l'influence vénitienne en accordant des privilèges aux Génois. Son règne brillant en apparence, acheva néanmoins d'épuiser le trésor.

 

▪ "Miniature de Michel VIII Paléologue", qui lègue à son fils un Empire affaibli.

Fresque représentant Andronic II Paléologue", située au monastère de Saint-Jean-le-Précurseur près de Serrès.
né le 25 mars 1259 et mort au mont Athos le 13 février 1332, est un empereur byzantin du 11 décembre 1282

au 23 mai 1328. Il est le fils de Michel VIII Paléologue et de Théodora Vatatzès.

▪ "Andronic III Paléologue", miniature du XIV° siècle, dit le Jeune, est un empereur byzantin de 1328 à 1341,

né le 25 mars 1297, et mort le 15 juin 1341, fils de Michel IX Paléologue,

empereur associé, et de Rita d'Arménie.
Les historiens le décrivent comme ayant plus de goût pour le combat que pour l'administration,

aimant à mener ses hommes au combat et aimant particulièrement la chasse et les joutes équestres,

divertissement importé à Constantinople par l'entourage de Jeanne de Savoie.

 

▪ "Jean VI Cantacuzène présidant le synode de 1351", (BnF).

Il est né vers 1295 à Constantinople, et mort le 15 juin 1383 à Mistra. C'est un empereur byzantin

du 13 mai 1347 au 10 décembre 1354, fils de Michel Cantacuzène (1265-1316),

gouverneur de Morée et de Théodora Paléologue Ange-Comnène (1276-1342).

En 1341, il n'hésita pas à évincer Jean V, encore mineur,

ouvrant une redoutable ère de guerres civiles appelant à son aide Slaves et Turcs.

 

Andronic II et Andronic III, exposés à la menace bulgare, furent impuissants devant les conquêtes Turcs ottomans qui s'étaient substitués aux Seldjoukides. La situation s'aggrava après la mort d'Andronic III. Son fils Jean V, se vit disputer le trône par l'usurpateur Jean VI Cantacuzène.

 

▪ "Fresque représentant l'empereur Dušan à Lesnovo", en Macédoine.
Étienne Douchan, (26 juillet 1308 – 20 décembre 1355), est le roi de Serbie de 1331 à 1346

et empereur des Serbes et des Grecs de 1346 à 1355.

Issu de la dynastie des Nemanjić, il est le fils du roi Stefan Uroš III Dečanski.
Sous son règne, la Serbie atteint son apogée territoriale ; l'Empire serbe est alors l'un des plus grands États

de l'Europe. Conquérant, il fait rédiger le Code de Dušan, un système universel de lois. Il est aussi

le seul régent de la dynastie des Nemanjić à ne pas avoir été canonisé après sa mort.

▪ "Bataille de Kosovo Polje" (Chronique illustrée d'Ivan le Terrible, XVI° siècle).
Elle est une bataille qui opposa l'Empire ottoman à une coalition de princes chrétiens des Balkans,

le 15 juin 1389, au Kosovo, sur le "champ des Merles". Les principaux contingents de la coalition étaient ceux du prince serbe Lazar Hrebeljanović et du roi de Bosnie Tvrtko 1er. Ces troupes auraient été renforcées

d'autres contingents chrétiens des Balkans, dont des Albanais, des Valaques, des Hongrois et des Croates.
Cette bataille est très importante dans l'histoire Turque car elle permet l'établissement durable

des Ottomans dans les Balkans, et serait, selon la thèse des nationalistes turcs, à l'origine du drapeau actuel.

 

Les Serbes d'Etienne Douchan parvinrent aux portes de Constantinople. Assaillie de toutes parts, Byzance, divisée par la guerre civile, était également minée par les troubles religieux : les zélotes, orthodoxes fanatiques imprégnés de mysticisme oriental, très influent dans le peuple et chez les moines, s'opposaient à tout rapprochement des empereurs avec Rome.

 

Sous Manuel II, les Turcs se rendirent maîtres de la péninsule Balkanique : l'agonie de Byzance commençait.

Cette période tragique des derniers Paléologue fut cependant accompagnée d'une civilisation

si brillante que l'on a pu parler de Renaissance Byzantine.

 

▪ "Mistra", le Palais". La cité de Mistra est une ancienne cité de Morée (Péloponnèse)

fondée par les Francs au XIII° siècle, près de l'antique Sparte,

et qui ne restera pas longtemps en leur possession. Elle est aujourd'hui en ruines.
Fait prisonnier en 1259 à la Bataille de Pélagonia, Guillaume II de Villehardouin,

alors prince d'Achaïe, doit céder Mistra en même temps que d'autres forteresses à Michel VIII Paléologue,

en guise de rançon. L'empereur fait alors de Mistra la capitale du Despotat de Morée,

statut qu'elle conserve jusqu'à la chute de l'Empire byzantin.

▪ "Mosaïque Les rois mages", Constantinople.
Les mosaïques byzantines apparaissent au V° siècle. Elles montrent essentiellement des représentations

religieuses. C'est pour cette raison qu'on les trouve surtout à l'intérieur des églises.
Leurs particularités techniques sont qu'elles ont une brillance et une vivacité des couleurs

grâce aux nouveaux matériaux, comme les smaltes vénitiens et les tesselles d'or.

 

Reconquise par les Francs, Mistra fut un centre architectural couvert d'églises et de monastères. La sculpture, les mosaïques, les ivoires de Constantinople étaient imités en Bulgarie, en Serbie, en Russie, les couvents du Mont-Athos se multipliaient. Savants, philosophes, poètes, hellénistes portaient la culture byzantine à un niveau jamais atteint. Beaucoup d'entre eux se réfugièrent en Italie après la chute de Constantinople et contribuèrent avec leurs ouvrages à l'essor de l'humanité.

 

Les Etats des Balkans : la grande Serbie d'Etienne Douchan.

 

Le relief montagneux avait facilité la division des Slaves du Sud en plusieurs groupes

qui se retrouvent dans la Yougoslavie actuelle : les Slovènes comme les Croates adoptèrent le catholicisme

et les caractères latins et furent inclus dans les limites du Saint Empire romain germanique.

▪ Les Croates, après avoir fondé un royaume indépendant, tombèrent sous la suzeraineté hongroise :

ils devaient y rester jusqu'en 1918 !

▪ Les Serbes formaient le rameau ethnique le plus important et le plus vigoureux.

Pâtres, paysans, longtemps divisés en petits clans montagnards, vassaux de l'Empire Byzantin.

 

Au XII° siècle, les chefs profitant des guerres entre Byzance, les Bulgares et les Hongrois, s'unirent pour constituer un royaume Serbe avec l'approbation du pape, bien que leur église fut de rite grec. Le royaume devait connaître son apogée avec le grand Etienne Douchan. Il conquit l'Albanie, la Thessalie, la Macédoine, l'Epire, fondant la grande Serbie, qui menaça Constantinople. En 1346, Douchan se proclama Empereur et autocrate des Serbes et des Roumains, mais, après sa mort, la construction fragile se disloqua.

▪ A l'est, les Bulgares, mélange d'asiatiques et de Slaves, qui avaient rejeté la tutelle de Byzance dès le XI° siècle et entrepris de terribles luttes contre les Grecs, dominaient :

▪ les Roumains, descendants de colons daces soumis par Trajan et fortement imprégnés d'éléments slaves.

▪ Au Nord du Danube, les Hongrois, qu'Otton le Grand avait vaincus, s'étaient vus doter par le pape de souverains issus de la maison d'Anjou après l'extinction de la dynastie nationale des Arpadiens. Comme les Grecs, tous ces peuples allaient subir le choc formidable de la conquête ottomane.

 

L'arrivée des Ottomans.

 

Comme les Seldjoukides, les Turcs Ottomans étaient originaires des steppes de l'Asie centrale.

Eleveurs, pillards, guerriers, ils avaient été chassés vers l'ouest par les Mongols.

A travers la Perse et l'Arménie, ils s'infiltrèrent sur les plateaux d'Anatolie.

 

Sultan Osman ou Othman, (1299-1326), Osman lors de son couronnement en 1281.
et Osman menant ses hommes à la bataille.
Osman 1er signifie "triomphateur, combattant de la foi" est le fondateur de la dynastie ottomane.

Il est né vers 1258 à Söğüt, et le fils d'Ertuğrul et lui succède en 1281.
Il profita de la faiblesse des empires seldjoukide et byzantin pour établir et renforcer son émirat.

 

Son chef, Osman, qui donna son nom à son peuple, fut d'abord au service des Seldjoukides. Quand ceux-ci furent affaiblis par les Croisades, et l'invasion mongole, Osman opéra pour son propre compte, agrandissant son domaine au détriment des émirs seldjoukides et des seigneurs grecs.

 

Le dirigeant turc Osman (l'homme tenant un parchemin) est considéré comme le fondateur de l'Empire ottoman. Depuis des années 1200, il consolide un petit royaume à partir de colonies situées en marge de l'Empire byzantin. Après sa mort en 1324, ses descendants ont continué à étendre le royaume jusqu'à ce qu'il devienne l'un des empires les plus puissants de l'histoire.

 

▪ Le grand sultan Ottoman Osman 1er fondateur de la dynastie avec ses gardes.
▪ Carte montrant la région de l'Empire ottoman pendant le règne d'Osman I et ses conquêtes.

 

La dernière campagne militaire d'Osman avant qu'il ne meure de vieillesse est dirigée contre la ville byzantine de Brousse. Bien qu'il n'y participe pas en personne, la prise de Brousse s'avère extrêmement importante pour les Ottomans : cette ville, dont ils en font leur capitale, constitue une base arrière contre les Byzantins pour la prise de Constantinople (les deux villes n'étant séparées que d'une centaine de kilomètres). Il augmente la taille de son beylicat jusqu'à Nicée et Brousse, portant les terres héritées de son père d'une superficie de 4 800 km² à une superficie de 16 000 km².

 

▪ "Orhan ou Orkhan", combattant de la foi ou conquérant, ou triomphateur, est un sultan ottoman.

Son père était Osman 1er auquel il succéda vers 1326. Il est mort en mars 1362.
Orhan a eu cinq épouses, et sept fils : Soliman, Mourad, Ibrahim, Halil, Kasim, Sultan et Eyüp.

C'est Mourad Ier qui lui succéda.
▪ Tableau " Le bey Orhan". (Ecole anglaise de peinture du XVIII° siècle).

 

Orkhan fonda un véritable Etat, prit le titre de sultan et réorganisa son armée avec des cavaliers d'élite,

les spahis, et des janissaires, véritables mercenaires. Dès lors, la progression fut rapide.

Il chassa les Grecs de leurs dernières grandes villes d'Asie, Nicée et Nicomédie, en 1337.

 

Ses troupes franchirent  le Bosphore à l'appel des Byzantins eux-mêmes, car l'usurpateur Cantacuzène avait marié sa fille à Orkhan pour en faire son allié contre Jean V Paléologue. En 1356, ils s'installèrent solidement en Europe après avoir pris Gallipoli. Depuis la mort d'Etienne Douchan en 1355 et le morcellement de la Grande-Serbie, il n'y avait plus, dans les Balkans, d'état capable de leur résister.

 

Le sultan Mourad Ier, (1360-1389)

et carte montrant l'expansion de l'empire ottoman lors du règne Mourad 1er.


Né à Brousse en 1326 et mort le 15 juin 1389 à la bataille de Kosovo Polje. Son père était Orhan

auquel il succéda en mars 1362. Sa mère était la princesse byzantine Holofira (Hélène)

connue sous le nom turc de Nilüfer Hatun.
Il eut une fille et cinq fils : Yakub Çelebi, Bajazet Ier, Savci Bey, Yahşi Bey et Ibrahim.

Il est mort en 1389 à la suite de la première bataille de Kosovo. C'est Bajazet qui lui succéda.

 

Mourad 1er occupa successivement la Thrace et Andrinople, écrasa les Bulgares et les Serbes du Sud, s'emparant d'une partie de la Bulgarie et de la Macédoine; tandis que Byzance, cernée de toutes parts, ne réagissait pas. En 1389, à Kosovo, le sultan anéantit la dernière résistance serbe et tomba lui-même sur le champ de bataille.

 

Le sultan Bayezid 1er, (1389-1402).


Bajazet (en français), est un sultan ottoman né vers 1360. Il succéda à son père Mourad Ier en 1389

après la mort de ce dernier à la bataille de Kosovo,

en se débarrassant immédiatement de son frère Yakub Çelebi.
Son caractère emporté et la rapidité de ses décisions lui valurent son surnom de la "Foudre".

 Fait prisonnier par Tamerlan en 1402, il mourut en captivité l'année suivante.

 

Bajazet acheva la conquête de la Bulgarie en 1694. Jean V Paléologue devait se reconnaître son vassal et lui payer tribut. L'Europe, paralysée par le conflit anglo-français, commençait à s'inquiéter : à la suite d'une trêve entre Richard II et Charles VI, la noblesse de France, commandée par Jean sans Peur,  fils du duc de Bourgogne, vint rejoindre les chevaliers allemands et hongrois sur le Danube.

 

La bataille de Nicopolis a lieu le 25 ou le 28 septembre 1396 sur la rive droite (sud) du Danube

(aujourd'hui Nikopol en Bulgarie). Le sultan ottoman Bajazet 1er bat une croisade

menée par Sigismond de Luxembourg, roi de Hongrie.
 

La bataille constitue un des tournants de la conquête des Balkans par les armées de l’Empire ottoman.

Alors que les Paléologues rivalisent avec les Cantacuzène pour le pouvoir à Constantinople,

ces derniers demandent par deux fois, en 1346 et en 1352, l’aide de l’armée ottomane pour combattre

leurs rivaux. Lors de sa dernière intervention, les Turcs, au lieu de franchir de nouveau le Bosphore,

décident de s’installer en Thrace. Les Ottomans conquièrent la Thrace et asservissent la Bulgarie et la Serbie.

 

Bataille de Nicopolis, Jean Froissart, Chroniques de Gruuthuse, vers 1470, (475. (BnF)

 

À l'annonce de l'arrivée de l'armée turque, les croisés s'affolent et se préparent en toute hâte.

Certains sont encore en train de dîner, d'autres sont saouls,

et la confusion s'installe dans plusieurs unités.

À ce moment, les prisonniers de Rachova sont tous exécutés,

un acte de barbarie dénoncé jusqu'en Europe occidentale.

 

Le basileus Manuel II Paléologue et le roi de Hongrie Sigismond 1er, relayés par le pape Boniface IX, demandent l’organisation d’une croisade qui repousserait les forces ottomanes au-delà du Bosphore. La France et l’Angleterre, qui observent à cette époque une trêve dans les combats de la guerre de Cent Ans, répondent dans un premier temps à l’appel bien qu’en définitive seule la France envoie 10 000 soldats, dont 1.000 chevaliers et écuyers, auxquels viennent s’ajouter des troupes d'Allemands, d’Alsaciens, de Tchèques, de Transylvains et de Valaques, ainsi que des Hospitaliers sous les ordres de celui qui deviendra leur grand maître, le prieur d'Aquitaine Philibert de Naillac.

 

"Bataille de Nicopolis", miniature de Jean Colombe tirée des Passages d'outremer

de Sébastien Mamerot, vers 1474, ( BNF).

 

▪ Massacre des Chrétiens à la bataille de Nicopolis, Bayezid, gravure 1850.

(miniature issue des Chroniques de Jean Froissart. (BNF).

 

▪ Mêlée entre les soldats français et la cavalerie ottomane au cours de la bataille. (Illustration de Felician Myrbach).

 

Massacre des prisonniers fait à Nicopolis : leurs corps gisent nus, décapités, tailladés ou amputés.

Le grand Turc trône devant sa tente, face à quelques captifs en chemise qu'il envoie à leur tour à la mort.

Les graciés, en retrait, ont gardé leur armure. Les Turcs affichent des costumes bigarrés aux couleurs vives.

Jean de Nevers et les chevaliers français ont exigé de constituer l'avant-garde de l'armée chrétienne,

par vanité, et ceci contre l'avis du commandement hongrois et valaque, pourtant plus familier

des stratégies turques pour les avoir affrontées sur les champs de bataille.

Sigismond alors divise ses troupes en trois parties : Nicolas de Gara au centre, à la tête des troupes hongroises, allemandes, tchèques, alsaciennes et flamandes ainsi que les Hospitaliers ;

le flanc droit de cette armée, les Transylvains menés par Stefan Lazkovitch

et les Valaques sur le flanc gauche. Sigismond commande directement la réserve.

 

En face, Bayezid aligne son avant-garde composée d'archers à pied et de janissaires, qui masque le champ de pieux destiné à briser l'assaut de la cavalerie adverse. Le gros de l'armée ottomane, en particulier sa cavalerie, et ses alliés serbes reste caché derrière les collines.

La première charge de la chevalerie française se heurte à la présence des pieux et doit poursuivre le combat sans ses chevaux. Les chevaliers, cuirassés dans leurs harnois, résistent aux volées de flèches de l'archerie ottomane et enfoncent l'infanterie adverse. Les Ottomans comptent de très nombreuses victimes et la chevalerie française entend pousser son avantage. Elle attaque et défait la cavalerie ottomane qui fuit vers l'arrière-garde.

Bien que toujours à pied, les chevaliers poursuivent les fuyards en direction des collines et finissent par tomber sur le gros de l'armée de Bayezid. Ils sont écrasés par le nombre ; de nombreux chevaliers sont tués, dont Jean de Vienne et Regnaut de Roye et les principaux chefs de guerre français sont capturés, Jean de Nevers, Enguerrand de Coucy, Boucicaut, Philippe d'Artois…

Voyant l'ost français en difficulté, Sigismond tente de rétablir l'équilibre avec l'infanterie restante. Toutefois l'entrée en jeu de la cavalerie lourde serbe de Stefan Lazarević fait pencher la balance en faveur des Ottomans et Sigismond, comprenant que l'issue de la bataille ne fait plus de doute, choisit de s'échapper. Escorté par Philibert de Naillac et quelques chevaliers hospitaliers, il rejoint les boucles du Danube sur un bateau hospitalier, d'où il embarque sur un des vaisseaux de la flotte vénitienne. La bataille est terminée et l'ost des croisés capitule.

 

En représailles de l'exécution des mille otages de Rachova, en Bulgarie, et des lourdes pertes que son armée a dû essuyer dans cette bataille, le sultan Bayezid fait massacrer la plupart des prisonniers croisés, soit environ trois mille.

Seuls les plus fortunés sont épargnés et réduits en esclavage dans l'attente du paiement de rançons très élevées : par exemple, le duc Philippe le Hardi doit payer la somme astronomique de 100 000 florins pour la libération de son fils Jean, et est obligé d'emprunter l'argent à son banquier Dino Rapondi. La somme réclamée par Bayezid pour la libération de ses 24 prisonniers de marque aurait atteint 200 000 ducats. Certains chevaliers français, tels Guy de La Trémoïlle, Philippe d'Artois ou Enguerrand de Coucy meurent néanmoins en captivité ou sur le chemin du retour.

Dans les cours française et bourguignonne, au-delà de la consternation née lorsque la nouvelle de la défaite arrive par un chevalier picard du nom de Jacques de Heilly, on fête le retour des chevaliers rançonnés comme de véritables héros et on s'empresse d'imputer la débâcle à Sigismond ou à la lâcheté de certains alliés qui auraient fui le combat les Valaques ou les Transylvains.

Pour sa part, Sigismond n'a guère à souffrir de la défaite de la croisade qu'il avait appelée de ses vœux puisqu'il sera élu "empereur romain germanique" en 1433. En Europe centrale, la bataille de Nicopolis marque le début des guerres entre la Hongrie et les Ottomans prolongées du XVI° au XVIII° siècle par les guerres austro-turques.

 

¬ Remise de la rançon de 200 000 ducats au sultan Bayezid (Bajazet) 1er pour Jean de Nevers pour Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1404–19) à Bajazet 1er.
 

La défaite de Nicopolis marque la fin des croisades pour l'Europe occidentale. Seule la France participera à la défense de Constantinople avec l’envoi d’hommes dirigés par le maréchal Boucicaut et qui resteront plusieurs années à aider le Basileus.

 

Les combats continuent à l'ouest, jusqu'à l'achèvement de la Reconquista dans la péninsule Ibérique, et en Méditerranée mais les nations des Balkans doivent désormais lutter seules face à l'avancée ottomane, avec pour conséquence la chute de Constantinople le 29 mai 1453.

 

Tandis que le Grand Schisme d'Occident déchire la Chrétienté, le sultan ottoman Bayezid 1er

(connu en français sous le nom de Bajazet) se lance dans la conquête des Balkans.

 

28 juillet 1402, Tamerlan bat le sultan Bajazet à Angora.

Tamerlan humiliant Bajazet, (Manuscrit de la première moitié du XVI° siècle).

 

Cette page enluminée datant du XVI° siècle présente Bajazet, sanglé au pied de la table lors d’un festin

de Tamerlan, condamné à picorer les miettes ou encore lui servant de marchepied

avant de se retrouver tel une bête en cage.

 

La bataille d'Ankara s'est déroulée le 20 juillet 1402 sur le champ de bataille de Çubuk, près d'Ankara, entre les forces du sultan ottoman Bayezid 1er et l'armée turco-mongole de Tamerlan, à la tête de l'Empire timouride. La bataille s'acheva sur la victoire éclatante de Tamerlan, avec la capture de Bayezid 1er, qui conduisit à une période de crise pour le sultanat ottoman. L'Empire timuride entra cependant dans sa période de déclin final après la mort de Tamerlan, moins de trois ans après la bataille, alors que l'Empire ottoman put retrouver toute sa puissance, qui continua ensuite à se développer sur plusieurs siècles.

 

Le sultan Bayezid, prisonnier de Tamerlan, toile de 1878.

(Peinture moghole censée représenter la bataille).
Tamerlan est la figure debout. Il était boiteux et on le voit marcher avec une canne.

Il est également armé d'une épée. Bayazid semble avoir un effet de dépression et n'est pas armé.
 

Tamerlan le Boiteux, (1336 - 1405)

 

Maître de l'Asie centrale, Tamerlan attaque la Russie mongole, l'Inde, la Perse, la Syrie,

l'Egypte et l'Empire ottoman, puis meurt avant de partir en campagne contre la Chine.

Mais dans sa capitale, Samarcande, ce guerrier cruel s'intéressait aux arts et aux sciences.

 

Tamerlan se présente comme un lointain descendant de l'empereur mongol Gengis Khan.
Musulman convaincu, au demeurant cultivé et épris de littérature persane,

il n'a eu de cesse de combattre, brûler et tuer tout au long de sa vie,

au point de reconstituer un empire presque aussi vaste que celui de son aïeul.

 

Timour, plus connu sous le nom de Tamerlan Lang, qui signifie littéralement "Timour le Boiteux".

Né le 9 avril 1336 à Kech, près de Chakhrisabz, dans l'actuel Ouzbékistan,

et mort le 18 février 1405 à Otrar dans l'actuel Kazakhstan, fut un guerrier turco-mongol du XIV° siècle,

conquérant d'une grande partie de l'Asie centrale et occidentale,

fondateur de la dynastie des Timourides qui a existé jusqu'en 1507.

 

Tamerlan se considéra très jeune comme l'héritier prestigieux de Gengis Khan. Il n'était cependant pas mongol, mais de race turque. Son oncle était un chef de clan dans les régions que dominaient les Mongols djagataïs, issus du démembrement de l'empire de Gengis Khan.

 

Ce portrait figure dans une fresque racontant l'histoire de sa dynastie, les Timourides, à Tashkent.

En 1396, Bajazet infligea le désastre de Nicopolis.

Il ne lui restait plus qu'à prendre Constantinople, lorsqu'elle fut sauvée

par l'intervention imprévue d'un nouveau conquérant, Tamerlan.

 

Le Turkestan, ou Transoxiane, était un pays riche et fertile qui était florissant grâce au commerce et au transit des marchandises venues par la route de la soie. Les chefs locaux s'y disputèrent le pouvoir jusqu'au jour où les armées de Toughlouk khan, chef des Mongols djagataïs, vinrent rétablir l'ordre. Tamerlan, avec d'autres seigneurs vint se prosterner aux pieds de Toughlouk khan. Celui-ci devina ses qualités et le donna comme conseiller à son fils, nommé vice-roi de Transoxiane.

 

Une peinture de la cour de Timurid sultan Baysungur Bahadir Khan, à la fin du XV° siècle.

Les Timurids étaient une dynastie musulmane sunnite d'Asie centrale d'origine turkmène-mongol

dont l'empire comprenait l'ensemble de l'Asie centrale, l'Iran, l'Afghanistan moderne, ainsi que de grandes

parties du Pakistan, de l'Inde, de la Mésopotamie, de l'Anatolie et du Caucase.

Il a été fondé par le grand conquérant Timur (Tamerlane) au XIV° siècle

à partir des vestiges de l'Empire Mongol.

 

Tarmerlan ne se contenta pas de ce poste secondaire et rompit avec le Mongol. Il partit pour la Perse, où il mena une vie d'aventurier et de mercenaire. Il devint assez puissant pour se constituer une armée et entreprendre la conquête de la Transoxiane, son pays natal. Pour cela, il s'était allié à Mir Hossein, roi de Balkh et de Kaboul. Les deux hardis guerriers mirent en déroute les armées d'Ilyas Khodja, le fils de Toughlouk Khan, en 1363.

 

Tamerlan lisant, et accordant une audience à l'occasion de son adhésion.

 

L'accord entre Mir Hossein ne pouvait pas durer, bien que ce dernier soit devenu le beau-frère de son associé. Après une courte guerre entre eux, Tamerlan s'enfuit dans le Khorassan iranien. A nouveau il mena la vie de chevalier errant, cherchant à se réconcilier avec les Mongols. En 1370, sans déclaration de guerre, Tarmerlan envahit la Bactriane, où se trouvait Mir Hossein. Celui-ci capitula, renonça au trône, mais fut tout de même assassiné par des lieutenants de Tamerlan. Il se proclama héritier de Gengis Khan et mit la couronne d'or sur sa tête.

 

Turc de race, Persan de culture, reprenant le mot d'ordre arabe de guerre sainte,

s'abritant derrière la loi et la tradition mongoles,

Tamerlan était l'aboutissement d'héritages fort différents.

De là vint la fragilité de son empire, qui ne survivra pas à son fondateur.

 

La conquête de l'Iran.

 

Tamerlan réorganisa la Transoxiane avant d'entreprendre ses incessantes campagnes :

lui qui avait toujours flatté le clergé musulman, traité avec ménagement les descendants du Prophète,

les docteurs de la Loi, les philosophes, les derviches et jusqu'aux plus humbles ermites,

il donna à son peuple l'élan vigoureux d'une mission divine contre les infidèles et ceux qui disait-il,

avaient perdu la foi et se délectaient dans le vice. La conquête pouvait commencer.

 

Tamerlan envahit la Perse en 1393.

Turco-Mongol conquérant, fondateur de l'Empire timouride en Perse et d'Asie centrale

et le premier roi de la dynastie Timouride.

 

En 1379, Tamerlan franchit l'Oxus pour soumettre la Perse. La riche province du Khwaizm fut enlevée la première. L'armée marcha ensuite sur Hérat en 1381. Le sultan offrit sa reddition, et Tamerlan pénétra dans la ville, le joyau de l'Afghanistan. Il s'empara de toutes ses richesses et fit abattre les murailles.

 

Pyramide de crânes de Tamerlan.

Deux ans plus tard, les Afghans se soulevèrent, et, selon la méthode familiale,

un fils de Tamerlan édifia des pyramides avec leurs têtes coupées.

 

Le Séistan fut la victime suivante.

Sa capitale, dont la légende attribuait la fondation à Nemrod, fut rasée

et sa population passée au fil de l'épée. Tamerlan exigea ensuite la soumission du sultan de Chiraz,

l'avertissant que trois fléaux accompagneraient ses armées en marche :

la déportation, le désert, la peste. Le sultan s'inclina et mourut peu de temps après.

 

 

Tamerlan entrant dans Samarkand.

 

Du Séistan, les hordes timourides repartirent en Afghanistan pour s'emparer de Kandahar en 1883. Après ces expéditions, où il arrivait que l'on entassât "2.000 prisonniers vivants, les uns sur les autres, avec de la boue et de la brique pour en construire des tours", le conquérant allait se reposer dans sa chère Samarkand. En 1386, il s'occupa de la Perse occidentale et il prit Tiflis. La ville, dont les maisons étaient pour la plupart en bois, fut incendiée par des pommes de pin enduites de soufre, de poix et d'étoupe lancées comme des grenades.

 

Carte présentant l'empire de Tamerlan.

La persécution s'étendit à toute la Géorgie, qui fut mise à feu et à sang.

Tamerlan poursuivit son avance, franchit le Caucase, détruisant tous les villages sur son passage ;

il pénétra en Arménie, alors aux mains des émirs turcomans, puis s'enfonça vers le sud et,

après 1500 km de route, arriva en vue d'Ispahan.

Le gouverneur se rendit auprès de Tamerlan et lui remit les clés de la cité.

 

Les conquérants, après s'être engagés à ne pas piller la ville, firent leur entrée dans celle-ci. Mais bien vite la population ne put plus supporter la vue de ces barbares et se révolta, massacrant les officiers qui levaient les impôts. Tamerlan, apprenant cette émeute, réinvestit l'agglomération et aurait ordonné à ses cavaliers de lui apporter les têtes de 70.000 habitants avec lesquelles il aurait fait édifier des pyramides sanglantes. La ville fut pillée et incendiée pendant 20 jours. Les rescapés s'enfuient dans les montages, où ils périrent pour la plupart de froid et de faim.

 

Tamerlan et la Horde d'Or.

 

Après la mort de Batou, petit fils de Gengis khan, l'immense domaine des Mongols en Asie centrale

et à l'ouest de l'Oural se morcela en deux groupes principaux :

à l'ouest, la Horde d'Or, et à l'est, la Horde blanche.

 

Les hordes d'Or et Blanche.

Un descendant gengiskhanide, Tokhtamich, soutenu par Tamerlan, s'était révolté contre son suzerain,

le khan de la Horde Blanche, au nord du Syr DariaPuyis, en 1380 il s'était rendu maître de toutes les steppes de la Russie méridionale, englobant la fameuse Horde d'Or.

En 1382, il brûla Moscou. Au fait de sa puissance, Tokhtamich oublia son ancien protecteur et,

de plus en plus insolent, n'hésita pas à attaquer la Transoxiane. En 1388, il assiégeait Boukhara.

 

Tamerlan revint en toute hâte et, à marches forcées, partit à la rencontre de son ennemi ; son retour fut si rapide qu'il força le khan à se retirer. Mais le maître de Samarkand se prépara pour la plus gigantesque de ses expéditions : la conquête du domaine de la Horde-d'Or, pour éliminer à jamais Tokhtamich. L'armée de  Tamerlan trouvait toujours devant elle que le vide, le khan refusait continuellement le combat.

 

¬  Les succès des troupes de Tamerlan le conduisirent jusqu'en Mésopotamie et en Anatolie. (Miniature extraite de l'Abrégé historique des souverains de l'Empire mogol", (BnF).

 

Après avoir traversé le fleuve Oural, Tamerlan atteignit enfin en 1391, les environs de Samara, où les 2 armées s'affrontèrent. Après 3 jours de combats acharnés, la victoire pencha en faveur de Tamerlan. Le khan blessé s'enfonça dans les steppes de Russie, attendant patiemment l'heure de revanche.

 

Tamerlan revint en Perse, où le prince de Chiraz s'était révolté, puis pénétra en Mésopotamie.

Bagdad se rendit sans combat en octobre 1393.

Las de parcourir les steppes de l'Oural, Tamerlan traversa le Caucase et attaqua son ennemi en 1395, sur les rives du Trerek, où, malgré la résistance héroïque de 30.000 cavaliers, le sort des armes lui fut favorable.

Tarmerlan parcourut les pays du Don jusqu'à Azov, où il massacra les négociants génois et vénitiens.

Pendant l'hiver, il rasa Saraï, la capitale du Qiptchaq.

 

Tarmelan avait ruiné les routes commerciales, mais le khanat de la Horde-d'Or

subsista quand même sous les successeurs de Tokhtamich.

 

Le conquérant de l'Inde.

 

Tamerlan retourna à Samarkand, distante de plus de 4.000 km où il fut reçu en 1396

comme le plus grand héros de l'humanité.

Le monde asiatique ne devait toutefois connaître la paix que pendant deux ans.

A l'âge de 62 ans, Tamerlan allait choisir une nouvelle victime, un nouveau peuple

pour le marquer au fer de sa cruauté : les Indiens.

 

Tamerlan, sur les routes de la soie.

Tamerlan savait que le sultanat de Delhi était en pleine décadence.

L'armée du conquérant se faufila à travers les défilés des montages de l'Afghanistan et,

en septembre 1398, franchit l'Indus.

 

Delhi était défendue par le sultan Mahmoud et par son ministre, Mallo Iqbal, qui avaient massé leur armée, 10.000 cavaliers, 40.000 fantassins et 120 éléphants de guerre, sur les bords de la Djemma. Avant la bataille, Tamerlan fit exterminer 100.000 prisonniers indiens qu'il avait raflés au cours de son avance. Sa cavalerie eut raison des éléphants, et, en décembre 1398, Delhi était soumise.

 

Tamerlan et les Turcs, l'agonie de Byzance.

 

Inlassable, Tamerlan lança ses armées sur le Proche-Orient.

Il affronta d'abord les mamelouks, prit Alep, Homs, Damas en 1404,

mais les villes saccagées furent aussitôt réoccupées par les Egyptiens

dès que le conquérant se retourna contre les Turcs de Bejazet.

 

La rencontre eut lieu près d'Angora, en juillet 1402, et mit aux prises, selon les chroniqueurs, près d'un million d'hommes !! Le sultan avait enrôlé des contingents serbes qui se battirent vaillamment, alors que les troupes ottomanes, qui voyaient en face d'elles d'autres Turcs, lâchaient pied. Tamerlan brûla Brousse et Smyrne.

 

Le siège de Smyrne (Décembre 1402) a été mené entre les Chevaliers de Rhodes,

qui tenaient le port et la mer château de Smyrne (aujourd'hui İzmir) dans l' ouest de l'Anatolie,

et l'armée de l'émir turco-mongol Tamerlan.

 

Le Turco-Mongol a bloqué le port et a attaqué les fortifications avec des jets de pierres, alors que les défenseurs, ne comptant que 200 chevaliers, contrés avec des flèches et des projectiles incendiaires. Après deux semaines de forte résistance contre un adversaire bien supérieur, la paroi externe a été détruite par l'exploitation minière et violée. Une partie de la garnison ont réussi à échapper par la mer, mais les habitants et la ville elle-même ont été détruits. Sa victoire allait assurer à Byzance un demi-siècle de survie.

 

Tamerlan, empereur des Tartares (XVI° siècle), BnF (Gallica).
Le dernier objectif le plus considérable du conquérant était : la Chine !

Laissant l'Anatolie morcelée entre plusieurs émirs et les trois fils de Bajazet, qui avaient pu s'échapper,

il regagna sa capitale en 1404 pour préparer sa gigantesque expédition. Le destin en décida autrement.

L'année suivante, il mourut en effet, frappé par la maladie, à l'âge de 71 ans.

 

Si Tamerlan ou Amir Timour est célèbre pour sa cruauté et ses massacres lors de ses conquêtes, il a contribué de manière significative à l’Histoire de la route de la soie. Le souvenir du conquérant, véritable fléau de son époque, est encore bien vivant dans les mémoires. Les ouzbeks sont fières de ce personnage historique qu’il refuse d’appelé Tamerlan mais plutôt Amir Timour, car plus valorisant. Comme beaucoup de conquérants des temps anciens, Tamerlan est un personnage complexe. Il est à la fois cruel et grand mécène, fléau destructeur et grand bâtisseur.

Impossible de parler de l’Histoire de la route de la soie sans évoquer ce personnage fascinant. D’abord parce que son importance, le rôle qu’il a joué le rend incontournable. Ensuite parce les traces qu’il a laissées (Samarcande) témoigne de son passage. Enfin, parce que Tamerlan est véritablement un enfant de la route de la soie. Il est en effet le fruit du mélange de la culture mongole, turque, perse et islamique. Il est aussi influencé par les cultures des territoires qu’il a conquis, à l’image de son armée composée des différents peuples de la route de la soie. En conquérant, il a également provoqué ces échanges culturels (non sans en anéantir certains). En créant son empire, Tamerlan a contribué à construire la route de la soie.

 

Samarcande (ou Samarkand).

 

Samarcande devint en 1369 la capitale de Tamerlan, qui y rapportera de Perse les restes

supposés du prophète Daniel. Les monuments édifiés par les Timourides (descendants de Tamerlan)

font la gloire de la cité. Ulugh Beg (1394-1449), petit-fils de Tamerlan, prince et astronome,

y fait construire un observatoire où il mène des travaux de grande qualité avec quelque 70 savants

dont Qadi-zadeh Roumi, al-Kachi et Ali Quchtchi. Après sa mort, la vie intellectuelle et artistique

des Timourides se concentre à Hérat en Afghanistan, en particulier chez son parent

le prince et mécène Husayn Bayqara (règne 1469-1506).

 

En 1507, les Timourides sont renversés par les Ouzbeks de la dynastie des Chaybanides. Lors du morcellement de l'actuel Ouzbékistan en trois khanats (Khiva, Boukhara et Kokand) qui interviendra par la suite, Samarcande est rattachée au khanat de Boukhara.

En 1868, cette ville persophone passe sous domination de l'Empire russe et devient une ville de garnison. Elle est le chef-lieu de l'oblast de Samarcande à partir de 1887, faisant partie du Turkestan russe. Un an après, elle est reliée au chemin de fer, par la ligne du Transcaspien. Après la révolution d'Octobre, elle fait partie de la république du Turkestan, avant de devenir, en 1925, la capitale de la république socialiste soviétique d'Ouzbékistan pendant cinq ans. Elle perdra cette place au profit de Tachkent, qui est turcophone (ouzbek), en 1930. Elle devient chef-lieu de l'oblast de Samarcande en 1938.

 

Mausolée Gur-e-Amir ou Gur-Emir.

C'est là que repose Tamerlan, alias Timur Lang, alias Timur Le Boiteux.
 

Le mausolée de Gour Emir ("le tombeau du souverain") est édifié par Tamerlan en 1404 après la mort

de l'un de ses petits-fils. À cette époque, sur ce site, il existe déjà un ensemble architectural

datant du siècle précédent, comportant une medersa et un khanaqah édifiés en vis-à-vis

et séparés par une cour carrée à iwans sur les quatre axes, avec un portail sur le troisième côté.

Il ne reste aujourd'hui de ce premier ensemble que les fondations.

L'actuel mausolée est construit sur le dernier côté, en face de l'entrée. Il a servi de sépulture à Tamerlan,

à ses enfants et petits-enfants. Il est coiffé d'un tambour sur lequel repose une coupole

avec 64 nervures de briques émaillées. L'intérieur est richement décoré avec notamment

la coupole ornée de décors en relief de papier mâché doré.

 

Le Gour Emir est un bâtiment octaédrique couronné d'un dôme d'un hauteur de 32 mètres. L'inscription "Allah est le seul Dieu et Mohammed est son prophète" en lettres de trois mètres entoure sa base. La décoration extérieure des murs est en carreaux de couleur bleue, bleu clair et blanche organisés géométriquement et épigraphiquement sur un fond de briques en terre cuite. La coupole étirée, d'un diamètre de 15 mètres et d'une hauteur de 12,5 m, est couverte de briques vernissées de couleur bleu vif avec des rosettes de profondeur et des taches blanches. La lourde cannelure nervurée donne une expressivité incroyable à la coupole.

Pendant le règne d'Ulugh Beg une porte a été ajoutée afin de fournir une entrée prestigieuse au mausolée. Intérieurement le mausolée apparaît comme une grande pièce haute richement décorée comportant des niches profondes sur les côtés. La partie inférieure des murs est couverte par des dalles d'onyx composées d'un seul tenant. Chacune de ces dalles est décorée de peintures raffinées. Au-dessus de ces panneaux court une corniche de mocárabes en marbre. Les murs sont décorés d'enduits peints. Les voûtes et la coupole intérieure sont ornés par des cartouches en papier mâché, peints et dorés.

 

La mosquée Bibi-Khanym, portail du bâtiment.
Mosquée Bibi-khanym : le lutrin de pierre, et la mosquée Bibi-Khanym.

Article détaillé : Mosquée Bibi-Khanym.
Bibi-Khanym, épouse de Tamerlan, a laissé son nom à deux monuments ou ensembles monumentaux

de Samarcande, en vis-à-vis : la "mosquée du vendredi de Tamerlan", dite mosquée Bibi Khanym (1399-1404)

et l'ensemble mausolée et medersa dit de Saray Mulk Khanum.

La mosquée fut érigée à partir de 1398 par Tamerlan au retour de sa campagne des Indes,

où il avait saccagé Delhi. Là, il avait vu la mosquée Tughluq du XII° siècle et s'en était inspiré

pour ériger sa grande mosquée de Samarcande. L'inspiration indienne est d'autant plus marquée

que la mosquée est dite en pierre d'après Babur.

 

En réalité, seuls quelques éléments et les colonnes sont en marbre, mais c'est à l'époque une grande innovation puisque la majorité des bâtiments en Asie centrale est en brique, crue ou cuite. La mosquée fut achevée en 1405. Elle était de dimensions imposantes (167 × 109 m), avec un portail d'entrée présentant une ouverture de 18 mètres, un minaret à chaque angle de la cour et une galerie de 400 coupoles supportées de 400 colonnes en marbre sculpté. Le bâtiment principal de la mosquée, situé au fond de la cour, était couronné d'une coupole et atteignait 44 mètres.

 

Au centre de la cour se trouve un immense lutrin à coran, en pierre. Elle connut vite des dégâts dus à la mauvaise répartition des charges et aux tremblements de terre fréquents dans la région. Les armées russes l'utilisèrent comme écuries et comme entrepôts avant que le régime soviétique ne commence une restauration en 1974.

De nombreuses légendes courent autour de l'architecte de la mosquée et de Bibi Khanym. On raconte que l'architecte est éperdument amoureux de la première épouse de Tamerlan mais qu'elle refuse ses avances. Pour obtenir un baiser, il retarde donc volontairement les travaux. Ce faisant, elle accepte finalement mais pose entre eux deux sa main ou un voile (ce serait depuis lors que les femmes portent le voile à Samarcande). Tamerlan de retour le découvre et condamne l'architecte. En vérité, il semble que Tamerlan ait condamné l'architecte pour abus ou mauvais travail (à son goût).

 

Juste après la mort de Tamerlan,

son Empire fut déchiré par les luttes entre ses fils et ses petits fils.

Après Byzance, les Turcs étaient sauvés.

 Mais la succession de Bajazet, mort en captivité, se révélait difficile.

L'aîné du sultan, Süleyman, tenait les territoires d'Europe : Isa possédait Brousse,

Mehmet et de Moussa se partageaient d'autres régions.

 

Mehmet I fut obligé de tuer ses frères pour s'emparer définitivement du pouvoir en 1413.

(Miniature extraite du livre des Rois, (BnF), et portrait de Mourad II.

 

En 1413, onze ans seulement après Angora, Mohammed 1er vainquit et tua ses frères. L'avance turque piétina certes avec son successeur, Mourad II. Ce dernier échoua devant Constantinople en 1422 et fit la guerre aux Hongrois. Mais leur héros national Jean Hunyadi, infligea aux Turcs de sévères  défaites après que Mourad eu assiégé en vain Belgrade en 1440.

 

Portrait de Jean Hunyadi (XVII° siècle), Musée national hongrois.
La bataille de Varna par Jan Matejko.

La bataille de Varna a eu lieu le 10 novembre 1444 entre Varna et Kaliakra dans l'Est

de ce qui est actuellement la Bulgarie. Elle oppose les forces du sultan Mourad II

aux croisés commandés par Ladislas III Jagellon, roi de Pologne et de Hongrie.

La bataille se solda par une victoire ottomane.

 

Après leur défaite à Belgrade en 1440, les Ottomans ont signé une trêve de dix ans avec la Hongrie que cette dernière ne respectait pas, puisqu'elle s'est entendue avec la république de Venise et le pape Eugène IV pour organiser une nouvelle croisade. Mourad II, rappelé au pouvoir par le Grand Vizir Çandarlı Halil Hayreddin Pacha, décida donc de mener son armée sur les terres occidentales. Des bateaux français et italiens firent traverser le Bosphore à son armée.

Après cet épisode désastreux, les chrétiens sont démoralisés, d'autant plus qu'une tempête empêche la venue de la flotte des Byzantins, des Moldaves et des Génois. L'armée chrétienne se dégage de la nasse de Kaliakra et fuit devant les musulmans. Autant d'hommes périrent au cours de la bataille que lors de la fuite. Toutefois les pertes sévères infligées aux forces du sultan par les croisés retardèrent son avancée en Europe.

 

Finalement les troupes ottomanes écrasèrent Jean près de Varna, mais ne purent venir à bout

du chef albanais Skander Beg. La résistance de ce dernier poussa Hunyadi à reprendre les armes,

mais les Hongrois furent battus à Kosovo en 1448.

Mourad s'éteignit trois ans plus tard, laissant à son fils Mahomet II, une forte armée,

des territoires bien contrôlés et le soin d'en finir avec Byzance.

 

Portrait de Mehmed II par Gentile Bellini (1479), et Mehmed II avec un jeune dignitaire.
Portrait de Manuel II Paléologue.

 

Mehmet II le Conquérant ou Mehmed II "Fatih", fut le septième sultan de l'Empire ottoman.
Il était le quatrième fils de Mourad II. Il serait né le 30 mars 1432 à Edirne de Huma Hatun.

C'est la prise de Constantinople en 1453 qui lui valut son surnom de "Fatih" (Conquérant),

en outre il s'était proclamé lui-même "Kayser-i Rum", littéralement "César des Romains".

Il régna à deux reprises (entre 1444 et 1446 puis entre 1451 et 1481) ; dans l'intervalle,

c'est son père Mourad II qui reprit le pouvoir. C'était un homme vigoureux et un chef militaire redoutable.

 

▪ Portrait de Manuel II Paléologue.

▪ Constantin XI Paléologue, dit Dragasés, né le 8 février 1405 à Constantinople, et mort le 29 mai 1453

sur les murailles de la même ville, est le dernier empereur byzantin

du 31 octobre 1448 au 29 mai 1453, et par conséquent le dernier empereur romain de l'Histoire.

▪ Jean VIII Paléologue. Il chercha une éventuelle réconciliation entre l'église grecque et le rite romain,

Tous ses efforts échouèrent (Miniature BnF).

 

Manuel II Paléologue avait tenté désespérément de sauver les débris de l'Empire : il alla à Venise, à Paris, à Londres, implorer des secours : le conflit franco-anglais et le Grand Schisme paralysaient l'Occident. La bataille d'Angora avait donné un répit, mais son fils, Jean VIII, trouva devant lui l'unificateur Mourad. A son retour, il se rendit en Occident : à Lyon, à Rome, à Florence. Il offrait de mettre fin au schisme, mais, à Constantinople, des fanatiques se révoltèrent, préférant l'alliance avec les Turcs à la réunion avec le clergé latin, détesté. Le frère et successeur de Jean, Constantin Dragasés, le dernier des Paléologue, allait soutenir l'assaut final que préparait Mehmed II.

 

Siège de Constantinople.
 

La quatrième croisade est une campagne militaire qui fut lancée de Venise en 1202.

Levée à l'origine en vue de reconquérir les lieux saints sous domination musulmane,

elle aboutit en fait à la prise et au pillage de la ville chrétienne de Constantinople par les croisés,

et à la fondation de l'Empire latin de Constantinople qui dura de 1204 à 1261.

 

Carte de la quatrième croisade (1202-1204).

 

Morcellement de l'Empire byzantin.
Les Vénitiens et les seigneurs croisés conclurent un traité, le Partitio terrarum imperii Romaniae,

pour se partager l'essentiel de l'Empire romain d'Orient :

ce fut la naissance de l'Empire latin de Constantinople.

 

Boniface ne fut pas élu empereur, bien que de nombreux croisés le considéraient comme le candidat le plus légitime ; mais les Vénitiens le pensaient trop proche des "Grecs" à cause du mariage de son frère, et préférèrent installer le "Franc" Baudouin VI de Hainaut sur le trône. On attribua à Boniface le royaume de Thessalonique, État vassal du nouvel Empire latin. Le Vénitien Marco Sanudo s'adjugea la plupart des Cyclades, en Mer Égée, où il créa le duché de Naxos avec l'aval de sa République qui, pour sa part, se constitua un vaste empire colonial le long de la voie maritime entre Venise et Constantinople, avec notamment les plus grandes et riches des îles grecques, comme la Crète, l'Eubée et les îles Ioniennes

 

Le 14 avril 1205, un an après la conquête de Constantinople, l'empereur Baudouin est vaincu et capturé à la bataille d'Andrinople par Kaloyannis, roi des Bulgares et des Valaques, tandis que le reste des troupes croisées est ramené à Constantinople par le doge de Venise. Baudoin meurt en captivité chez les Bulgaro-Valaques sans avoir été racheté par rançon (selon la coutume médiévale).

 

Siège de Constantinople.
La flotte vénitienne dans la Corne d'Or et l'assaut contre les remparts maritimes.


Tout l'Empire byzantin n'avait cependant pas été conquis par les croisés. Les familles impériales

byzantines survivantes fondèrent dans les territoires restés sous leur contrôle

leurs propres États grecs : l'Empire de Nicée dirigé par Théodore 1er Lascaris, le despotat d'Épire

dirigé par la dynastie des Anges, et l'empire de Trébizonde, déjà dirigé par la dynastie des Comnènes.

 

La quatrième croisade avait complètement échappé au contrôle de la papauté qui en était à l'origine. Le pape perdit par la suite beaucoup de son pouvoir politique au profit des monarques européens en général et de l'empereur romain germanique en particulier. La république de Venise en revanche se renforça considérablement, tirant le meilleur parti de cette quatrième croisade, aux dépens de l'Empire byzantin. Économiquement, ce dernier ne s'en releva jamais, même s'il put (à grand-peine) se restaurer (partiellement) de 1261 à 1453, mais en s'endettant vis-à-vis des Génois. Certains historiens modernes considèrent que sans le détournement de la quatrième croisade sur Constantinople, les Turcs n'auraient probablement jamais pu débarquer en Europe. Quoi qu'il en soit, les croisades suivantes seront effectuées par des monarques séculiers, et Venise elle-même finit par pâtir de l'expansion turque, qui la priva progressivement de ses possessions et entraîna son déclin économique.

 

La chute de Constantinople.

 

Pour saisir sa proie, Mehmed II avait fait édifier la puissante forteresse de Roumeli Hissar,

servant de bastion sur les rives du Bosphore qu'il tenait sous la garde de ses canons.

 

La forteresse Roumeli Hissar, sur les rives du Bosphore.

Le blocus se refermait, de plus en plus serré. Près de 200.000 hommes attendaient l'ordre de leur sultan

pour passer à l'attaque : 10.000 janissaires s'impatientaient de ne pouvoir encore abattre ces Grecs

aveugles qui ne voulaient pas embrasser la vraie foie : l'Islam.

 

Face aux ottomans chaque jour plus provocants, Byzance ne pouvait pour sa défense qu'élever vers le ciel d'interminables prières : elle espérait que jamais la flotte turque ne pourrait franchir la Corne d'Or, barrée par une énorme chaîne tendue de Galata à la pointe du sérail.

 

La Corne d'or depuis le pont de Galata.
La Corne d’Or est un estuaire commun aux rivières Alibeyköy Deresi et Kağıthane Deresi qui se jettent

dans le Bosphore à Istanbul. Cet emplacement qui forme un port naturel fut aménagé

par les colons grecs pour former la ville de Byzance. Sous l’empire byzantin, les chantiers navals y étaient

 installés et un mur d'enceinte le long de la berge protégeait la ville des attaques navales.

 

Constantin Dragasés voulut défendre la ville. Aidé par quelques centaines d'étrangers venus lui offrir leurs épées et par des Italiens comme le génois Giustiniani, il renforça les murailles de la cité, enrôla tous les hommes valides. Mais Mehmet II possédait toutes les qualités nécessaires aux grands stratèges.

 

"Le siège de Constantinople en 1453", miniature réalisée à Lille en 1455, (BnF).

Entrée des Croisés à Constantinople. Le 5 avril 1453 commença le véritable siège.

La flotte ottomane se déploya au nord de l'entrée de la Corne d'Or.

Ultime succès des Chrétiens, le 20 avril, une flottille composée de 3 bâtiments génois et un bateau grec

transportant quelques renforts parvint à forcer le blocus, semant la panique parmi les galères turques,

rendant espoir aux assiégés.

 

Mehmet II fit alors construire sur la Corne d'Or une piste en pente douce. Des glissoires y furent établies avec des planches enduites d'huile et de graisse. Les Turcs hissèrent ensuite sur cette rampe 70 de leurs meilleures galères, les tirèrent et les poussèrent jusqu'à Péra, à 41 m au-niveau de la mer ; de là, ils les firent glisser au beau milieu de la flotte grecque emprisonnée dans la rade de la Corne d'Or. Simultanément, le sultan lança à travers la rade un pont flottant permettant à son infanterie et à son artillerie de passer d'une rive à l'autre.

 

Assaut final et la chute de Constantinople en 1453.
Les unités maritimes de Byzance furent coulées ou enlevées à l'abordage. L'artillerie ottomane,

très moderne pour l'époque, pilonnait les remparts. L'assaut était donné.

 

Un mois après l'apparition des galères turques dans la Corne d'Or, Byzance tenait toujours. Alors Mehmet II proposa aux Grecs une capitulation honorable, qui, par folle témérité, fut repoussée avec dédain. Les derniers soldats de Constantin étaient pris à revers : le basileus se lança alors dans la mêlée et fut mortellement blessé. L'Islam triomphait. Byzance fut pillée durant trois jours et trois nuits. Les églises et les basiliques devinrent des mosquées.

 

L'entrée de Mehmed II dans Constantinople.

Mehmed II à la conquête de Constantinople. Tableau peint par Fausto Zonaro en 1903.
 

Le 30 mai 1453, au petit matin, Mehmet II fit son apparition triomphale dans la ville.

Celui que l'histoire appela "Fatih", le Conquérant, fit cesser les déprédations.

Impressionné par le courage des Grecs qui lui avaient ainsi résisté,

plein d'admiration pour leurs qualités viriles autant que pour leur culture, Mehmet II se montra tolérant.

 

Mehmet II permit à l'Eglise de Byzance de retrouver toutes ses prérogatives passées, ralliant ainsi à sa personne les chrétiens survivants. Mais Byzance (Constantinople) n'était plus la capitale qui avait succédé à Rome : elle devint Stamboul, la métropole du grand Empire Turc.

 

Prise de Constantinople par les croisés, tableau d'Eugène Delacroix, (Musée du Louvre).

 

La scène se déroule à la fin de la bataille, sur les hauteurs de Constantinople. A l’arrière-plan, la ville s’étend le long de la Corne d’Or. La ligne d’horizon placée très haut, l’imposante architecture avec ses colonnes à l’antique, la fumée des incendies qui obscurcit un ciel orageux, le premier plan occupé par des cavaliers hostiles, les visages des croisés plongés dans une pénombre inquiétante, tout suggère la violence des "Français". Baudouin de Flandre, monté sur un cheval encore excité par la bataille et foulant au pied casques et enseignes, domine un vieillard qui implore sa clémence : revêtu d’une pourpre dérisoire, soutenu par une jeune femme, il est placé en pleine lumière, dans un contraste saisissant avec les vainqueurs.

 

La prise de Constantinople fit une impression profonde en Occident, mais il était trop tard !

Pie II tenta certes d'organiser une croisade en 1466. Pas un prince ne vint au rendez-vous, et,

brisé de douleur, le pape mourut peu après. Les Turcs consolidèrent leurs conquêtes.

 

Jean Hunyadi parvint à sauver Belgrade en 1456. Mais Mehmet II s'empara de la Morée, de la Bosnie, des possessions génoises et vénitiennes, de la Moldavie et de la Valachie. A sa mort en 1481, la domination turque s'étendait de l'Euphrate aux Carpates, contrôlait la mer Noire et la mer Egée.

 

 

Expansion et apogée de l'Empire Ottoman, au début du XIV° siècle.

 

A la fin du siècle, la prise de Grenade et l'expédition de Vasco de Gama constituèrent

une revanche de la Chrétienté. Mais  le commerce des Portugais avec l'Inde,

ruina l'Egypte et en facilita la conquête par les Turcs,

qui devinrent les maîtres incontestés de toute la Méditerranée orientale.

Au XVI° siècle, ils allaient menacer le coeur même de l'Europe.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

"La chute de Constantinople, Kielty Bernardine, Edition Nathan, 1967
La chute de Constantinople, Edward Gibbon, Bibliothèque Fayot, 2011
"Conquistadors", Eric Vuillard, Editions Actes sud, 2015

"Christophe Colomb & les conquistadores", Histoire Universelle illustrée, (volume 10),1968

Photos et montage, Chantal Guyon, le 28 mai 2020.