LES CONQUISTADORES et CHRISTOPHE COLOMB.

(1°) : les conquêtes portugaises.

Après des siècles de lutte,
l'Islam a effacé de la carte l'orgueilleux Empire Byzantin.
Maîtres de la Méditerranée, les Turcs contrôlent l'Orient, c'est-à-dire la route de la Soie et des épices.

Bientôt cependant, des navigateurs espagnols et portugais révèlent aux autres Européens
les véritables dimensions de la planète.
Les premiers découvrent l'Amérique indienne, à la civilisation si originale,
tandis que les seconds trouvent la nouvelle route des Indes en contournant l'Afrique.

 

Ces deux puissances fondent les premiers comptoirs outre-mer
et y jettent les fondements de la civilisation européenne.
Leurs galions et caravelles regagnent la péninsule ibérique chargés de richesses.
D'autres nations vont suivre.

Par son dynamisme et son audace, l'Europe occidentale va imposer sa puissance sur tous les océans
et dominer l'Inde et le Sud-Est asiatique, à la civilisation pourtant millénaire.

Les conquêtes portugaises.

On nomme découvertes portugaises l'ensemble des voyages et des explorations maritimes réalisés
par les Portugais ou à l'initiative du Portugal entre le début du XV° siècle et le milieu du XVI° siècle.
Ces explorations qui marquent le début des Grandes découvertes ont donné lieu
à l'expansion portugaise et contribué à dessiner la carte du monde.

 

Planisphère de Cantino (vers 1502), la plus ancienne carte de navigation portugaise connue,
dévoilant le résultat des voyages de Vasco de Gama aux Indes, de Christophe Colomb en Amérique centrale,
de Gaspar Corte-Real à Terre Neuve et de Pedro Álvares Cabral au Brésil,
ainsi que le méridien du Tordesillas, (Bibliothèque universitaire de Modène).

 

À l'origine de ces voyages, il y avait d'abord l'idée de poursuivre la "reconquista" en terre africaine, mais aussi la volonté de trouver une alternative au commerce méditerranéen qui avait été bloqué par l'Empire ottoman. Avec ces découvertes les portugais inauguraient l'ère des grandes découvertes européennes qui s'étend du XV° au XVII° siècle et qui s'accompagne de progrès technologiques et scientifiques dans les domaines de la navigation, de la cartographie et de l'astronomie. Le Portugal met au point les premiers navires capables de naviguer en toute sécurité en pleine mer.

 

Au milieu du XV° siècle, deux faits importants semblent se répondre :
▪ Les Turcs et les Ottomans s'emparent de Constantinople, effaçant de la carte l'Empire byzantin,
et se rendent maîtres de la Méditerranée orientale.
▪ Au moment, les marins et explorateurs de la petite nation portugaise remportent des succès
beaucoup moins spectaculaires, mais lourds de conséquences :
ils contournent le cap de l'Afrique occidentale et pénètrent dans le golfe de Guinée.

La route est ouverte pour Barthélémy Dias et pour Vasco de Gama
qui implantera la domination portugaise sur les côtes de l'Inde.

Triomphant en Méditerranée, l'Islam subit de graves revers en mer Rouge,
dans la vallée du golfe Persique et l'Océan Indien.
La fin de Byzance et les débuts des conquêtes européennes en Asie marquent la fin du Moyen Age.

 

Bataille de Ceuta, 1415, Henri le Navigateur lors de la prise de Ceuta, azulejos de Jorge Colaço.
L'aventure portugaise commença par la prise de Ceuta, sur la côte marocaine, en 1415.

 

La bataille de Ceuta est une bataille opposant le sultanat du Maroc au royaume de Portugal et qui marque le début de l'expansion portugaise, mais aussi le début de la période des grandes découvertes maritimes. En effet, jusque-là, les découvertes de nouveaux territoires étaient le fait d'aventuriers ; à partir de Ceuta, les voyages sont organisés et réalisés pour le compte d'un État.


Ceuta est l'endroit idéal pour cela : point stratégique à l'entrée du Détroit de Gibraltar permettant de contrôler le trafic maritime et de lutter contre les Génois et la piraterie barbaresque. C'est aussi là qu'aboutissent les caravanes chargées d'or venu du Soudan. Il s'agit donc de doubler les espagnols sur le territoire africain.

 

La date de 1415 avec la conquête de Ceuta est traditionnellement choisie pour fixer
le début des découvertes réalisées sous l'impulsion de l'état portugais. Bien que Denis Ier et Alphonse IV aient joué un rôle dans ces découvertes avec le développement de la forêt de Leiria
et les expéditions aux îles Canaries, ce n'est qu'à partir de 1415 sous l'impulsion de Jean Ier (1385-1433)
que les portugais décident l'exploration systématique de la côte africaine.
Ce règne marque aussi l'apogée du royaume.

 

Jean 1er Roi du Portugal et de l'Algarve (1357-1433).
Mariage de Jean Ier, roi du Portugal, avec Philippa de Lancastre, à Porto, le 11 février 1387.

 

Depuis la victoire d'Aljubarrota contre les Castillans, trente ans plus tôt, les Portugais avaient définitivement assuré leur indépendance. Sous le règne de Jean 1er, fondateur de la dynastie d'Aviz, une bourgeoisie active s'enrichit par le commerce du vin et des céréales ; des armateurs hardis construisirent des navires, et l'industrie se développa.

 

Jean 1er eut cinq fils : le 3°, Enrique, devait mériter le surnom d'Henri le Navigateur. Impatients de combattre les jeunes gens persuadèrent leur père de continuer en Afrique  la croisade contre les infidèles ; un corps expéditionnaire traversa la mer et ne tarda pas à s'emparer de Ceuta.

 

Port de Lisbonne au XVI° siècle.

Après avoir navigué à la découverte du Nouveau Monde, ces caravelles sont présentées

sur le décor d’un mur fait d’Azulejos.

 

Issu d’un matériau aussi simple qu’un carreau de faïence émaillée, l’azulejo, mot qui à son origine arabe signifiait “petite pierre”, est un héritage que la culture islamique a laissé aux peuples de la Péninsule Ibérique après la Reconquête, et il est devenu au Portugal un exemple réussi de création artistique de par les nombreuses fresques murales que l'on peut voir dans ce pays.

Il joue non seulement un rôle utilitaire comme élément décoratif (Fresques Murales) de par sa longévité et facilité d’application mais, et surtout, d’expression artistique, d’affirmation originelle du génie portugais dans le contexte international de la création, de l’innovation et de la rénovation des tendances et de l’imaginaire propre à l’expression artistique. On peut très bien considérer l’azulejo, les fresques murales comme véhicule de divulgation de la culture portugaise tout au long des siècles. (Seul château découvert en France lors de mes nombreuses visites patrimoniales, décoré de superbes fresques d'azulejos, (en Charente),

 http://www.chantony.fr/patrimoine_et_histoire/16_magnac_lavalette_chateau_19s_neo_renaissance.html

 

Henri le Navigateur, (1394-1460).

 

Par son activité incessante, son aide matérielle, ses initiatives et ses encouragements aux navigateurs

de son pays, Henri le Navigateur jeta les bases du futur empire colonial lusitanien.

 

¬ Statue Henri le Navigateur, à Lagos.

Henri le Navigateur ne s'est jamais marié et n'a pas eu de descendance.

 

Au lendemain de la prise de Ceuta, au cours de laquelle il s'était distingué, Henri se consacra à sa mission : le lancement de grandes entreprises maritimes. Il se retira sur la côte du pays, à Sagres, près du cap Saint-Vincent, où il aurait fondé une véritable académie de navigation, de cartographie, de pilotage ainsi qu'un chantier naval.

 

Henri commença son oeuvre en créant un petit empire colonial dans l'Atlantique. Vers 1424, Perestrello, futur beau-père de Christophe Colomb, reconnut Madère. Bientôt, les îles Açores produisirent du blé, du vin, du bois, de la résine. Mais Henri le Navigateur s'impatientait : l'on n'avait pas encore doublé le cap Bojador (Nord-Ouest Afrique). Les marins croyaient que plus au sud, la mer était bouillante et infestée de montres. En 1434, Gil Eannes, de Lagos, franchit l'obstacle et, l'année suivante, poursuivant son avance, découvrit une immense baie qui fut baptisée Rio de Oro (Sud du Maroc). Les légendes médiévales s'évanouissaient : on avait prouvé qu'il était désormais possible d'aller bien au-delà du tropique.

 

Les buts et moyens.

 

L'Europe manquait d'or depuis les Croisades et ce précieux métal provenait surtout d'Afrique,

du Soudan d'où les intermédiaires arabes l'apportaient dans les ports du Maghreb.

Autre motif aussi puissant : l'accès aux épices de l'océan Indien.

Le poivre était si précieux qu'il servait de monnaie de compte !

 

Calicut en Inde dans l'atlas de Georg Braun et Frans Hogenberg Civitates orbis terrarum, 1572.

Le commerce depuis l'Inde attira l'attention des Ptolémées, puis de l'Empire romain.

 

Au XVI° siècle, les configurations commerciales héritées de la fin du Moyen Âge sont bouleversées

par une nouvelle structure du commerce des épices : Avec le contournement de l'Afrique par les Portugais,

Venise perd son monopole, et la découverte des richesses de l'Amérique, le centre des échanges

se déplace de la Méditerranée à l'Atlantique, c'est pourquoi on peut parler d'une première mondialisation,

avec la mise en place progressive d'un maillage planétaire.

 

¬ L'arrivée des navigateurs ibériques sur les rivages africains fut une révélation de plantes et d'animaux étranges. Ces marins portugais viennent de débarquer à l'île Maurice, dans l'océan Indien. (Gravure de Théodore de Bry, Académie des Sciences de Lisbonne)

 

L’Espagne et le Portugal sont les deux grandes puissances européennes exportatrices d’épices au XVI° siècle, et au siècle suivant, ce sont les Hollandais qui prennent le relais.

 

Les îles de la Sonde, les côtes de l'Inde étaient les principaux fournisseurs. Là encore, les intermédiaires arabes et persans les acheminaient vers les ports de la Méditerranée, où les Italiens venaient acheter.

 

Mais il n'y avait pas que des motifs économiques : explorer le Sud, c'était s'implanter sur les arrières de l'Islam. On était toujours hanté par la recherche du mystérieux royaume chrétien du prêtre Jean, que l'on plaçait tantôt en Asie, à cause des Mongols, chrétiens nestoriens, tantôt en Afrique. De plus, les conditions matérielles étaient propices :

▪ une classe de marchands, aux besoins d'or, de blé, d'épices,

▪ des moyens techniques adaptés aux nouvelles exigences de la navigation :

  - la boussole, sans doute inventée par les Chinois et transmise par les Arabes aux Italiens, étaient utilisée depuis le XII° siècle.

  - Les cartes et mappemondes italiennes, catalanes, Majorcaines gardaient des contours fantaisistes, mais tendaient à prouver que l'Océan Atlantique communiquaient avec l'Océan Indien.

  - L'astrolabe, muni d'un viseur qui fixait l'étoile Polaire, permettait de déterminer la latitude.

  - Les navires restaient toutefois fragiles : petits, assemblés essentiellement à l'aide de chevilles de bois, ils se brisaient facilement.

 

Les portugais inventent un nouveau type de bateau, la caravelle. Elle a deux voiles carrées

pour les allures au vent arrière et des voiles latines pour naviguer vent debout.

Le gouvernail d’étambot permet au capitaine de diriger plus facilement le navire.

(A droite), Construction d'une caravelle : la construction navale se perfectionne à la fin du Moyen Age,

combinaison des principaux progrès, elle est l'instrument principal des grandes découvertes.

 

Avant, on utilisait comme sur les galères de grands avirons de queue fixés sur un seul côté, parfois deux gouvernails, un de chaque bord qui quelquefois ne manœuvraient pas ensemble et se contrariaient. Avec le gouvernail, fixé solidement par des charnières sur l'étambot dans l'axe à l'arrière, on pouvait mettre plusieurs hommes, les timoniers, manœuvrant avec force le timon, bras de levier horizontal pour orienter un safran de plus grande surface et agir d'une manière coordonnée avec l'action des voiles.

 

La boussole, et l’astrolabe, inventé par les Grecs avant la naissance de Jésus Christ,

mais perfectionné par les Arabes, se fait connaitre en l’Occident après la conquête de la péninsule ibère

par ces derniers. Cela aide à donner les angles en degrés pour pouvoir mesurer la hauteur du soleil,

le point en mer, et les distances à terre.

 

A bord des bateaux, les hommes installés dans des réduits nauséabonds ne pouvaient pas dormir. Faute de légumes frais, le scorbut faisait rage et les mutineries étaient fréquentes. Equipés de ce nouveau gouvernail vers la fin du XIII° siècle, ces bateaux nés dans les ports de Biscaye et de Galice,  permirent la mise au point des premières expéditions avant les "caravelles-reines" à 2 ou 3 mâts, qu'utiliseront Christophe Colomb et Vasco de Gama.

 

Après la mort de Jean 1er en 1433, Henri, soutenu par son frère, le régent don Pedro,

poursuivit activement son programme.

 

Nunồ Tristaồ, († 1446).

 

¬ Son nom est gravé sur des pièces portugaises de 100 escudos émises en 1987.

 

Contemporain de Perestrello et de Diniz Dias, il appartenait à la phalange de hardis marins portugais qui reconnurent les côtes de l'Afrique occidentale dans la 1° moitié du XV° siècle. Il découvrit le cap Blanc et aborda aux confins le la Mauritanie et du Sénégal, présentant à Henri le Navigateur, les premiers indigènes noirs ramenés d'outre-mer, et de la poudre d'or.

 

Les esclaves commencèrent à arriver nombreux à Lagos et à Lisbonne,

une bulle papale ayant autorisé leur "juste commerce" en 1454.

 

Il fut un des chevaliers chargé de l'exploration des côtes africaines par le prince Henri le Navigateur en 1441. La même année, il doubla le cap Blanc. On a longtemps considéré qu'en 1446, lors de son 4° voyage, il fut le premier Européen à atteindre les côtes de ce qui devint la Guinée portugaise, puis la Guinée-Bissau. En fait, succombant à des flèches empoisonnées, il est tué lors de cette expédition avec 17 de ses compagnons, alors qu'il opérait une tentative de razzia sur ces habitants dans l'embouchure d'un fleuve.

 

Eau forte représentant une caravelle portugaise, et le Cap Vert, par Caspar Schmalkalden, 1646.

En 1445, Diniz Dias s'aventura jusqu'à l'embouchure du Sénégal.

A son grand étonnement, la végétation augmentait au fur et à mesure de sa progression vers le sud,

il le baptisa "cap Vert" le grand promontoire qui marque la limite de son exploration.

 

En 1446, les côtes de Guinée furent atteintes. Les lisières de l'Afrique commençaient à s'entrouvrir.

Henri le Navigateur  mourut en 1460, mais grâce à lui, l'élan était donné.

De la côte de Guinée, les caravelles allaient désormais poursuivre victorieusement leur avance.

 

Henri le Navigateur passa les dix dernières années de sa vie à Sagres. En 1454, le pape Nicolas V confirma les droits du Portugal sur toutes les terres qui seraient découvertes depuis le cap Bojador jusqu'aux Indes. Il séjourna plusieurs semaines au Cap Vert, étudiant les villages de paillottes, les cultures de millet et de fèves.

 

L'avènement en 1481, de Jean II, sans doute le plus grand souverain qu'ait connu le Portugal,

allait donner une impulsion décisive aux explorations.

A partir d'Elmina, en Côte de l'Or (Partie du littoral de l'Afrique occidentale (Ghana aujourd'hui),

de nouvelles étapes furent franchies :

 

Diogo Cão découvrit l'embouchure du Congo, (vers 1485-1486).

 

Portrait de Diogo Cão - Padrão de Santa Maria (Angola).

Lors de son retour au Portugal, le roi Jean II le fit chevalier de la couronne. Il repartit chercher la route

des Indes, longea l’Angola et bâtit un comptoir au cap Santa-Maria, mais mourut au cap de la Croix.
La tradition fixe sa naissance à Vila Real, où une maison est signalée comme sa maison natale.

Fils de soldat, il entre dans la marine à l'âge de 14 ans. Il devient capitaine en 1480.

Il est d'abord chargé d'assurer la sécurité des comptoirs portugais dans les eaux africaines.

 

Pierre de Ielala, avec les inscriptions de Diogo Cão.

 

Il chercha à contourner le continent africain dans l’espoir de découvrir la route des Indes. Il organisa donc son premier voyage en 1482 au cours duquel il s’aperçut que l’Afrique s’étendait plus vers le Sud qu’on ne le pensait. Il découvrit l’embouchure du fleuve Congo lors de son second voyage, en 1484. Pensant qu’il s’agissait du détroit permettant d’arriver aux Indes, il commença l’exploration du fleuve et parvint au royaume du Congo, avec lequel il établit des relations commerciales dans le but de rembourser ses voyages.

 

Barthélémy Dias, (Vers 1450-1500), fils de Nunồ Tristaồ.

 

Cinq ans plus tard après Diogo Cão, avec trois navires, Dias s'aventura beaucoup plus au sud.

Pris dans une tempête, il mit le cap à l'est pour se rapprocher de la côte :

elle avait disparue ! Dias comprit qu'il avait dépassé la limite méridionale de l'Afrique.

En revenant vers l'ouest, Dias aperçut un promontoire qu'il appela cap des Tempêtes,

mais le roi préféra lui donner le nom de cap de Bonne-Espérance, car la route des Indes était ouverte.

 

 

Portrait de Bartholomeu Dias et gravure du XVIII° siècle, "le Cap d'Espérance".

Dias accompagna par la suite Vasco de Gama aux Indes, puis Cabral au Brésil.

C'est au cours de cette nouvelle expédition qu'il périt lors du naufrage de son vaisseau.

 

La même année, deux Portugais partis d'Egypte atteignirent le fameux Royaume Chrétien

du prêtre Jean : l'Ethiopie. Le négus les y reçut fort bien,

et leurs renseignements complétèrent la connaissance des côtes africaines.

 

Traité de Tordesillas.

 

Carte de 1502 du partage du monde entre Espagnols et Portugais.

 

Le 7 juin 1494, la Castille et le Portugal signent le traité de Tordesillas, qui est destiné à fixer les limites de domination respective des deux puissances coloniales dans l'Atlantique. La ligne de démarcation est établie à trois cent soixante-dix lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert (50° degré de longitude ouest). Ce qui se trouve à l'est de cette ligne revient au Portugal, ce qui est à l'ouest, à la Castille. Ce genre de partage anticipé n'est pas nouveau. Au XII° siècle, les divers royaumes de la péninsule Ibérique se sont ainsi partagé les terres à conquérir sur l'Islam : traités de Tudillén (1151), de Cazorla (1179), et d'Almizra (1244) entre Castille et Aragon, ou de Sahagún (1158) entre Castille et León. Ces traités anticipent les conquêtes et visent à les légitimer en prévenant tout conflit. L'expansion outre-Atlantique s'inscrit ainsi dans le prolongement de l'expansion occidentale des XII° et XIII° siècles. C'est en vertu du traité de Tordesillas que le Brésil est revenu au Portugal et le reste de l'Amérique du Sud aux Espagnols. Les autres puissances (France, Angleterre en particulier) contesteront évidemment ce traité qui les excluait totalement du partage. (A la suite de cela, le roi François 1er financera les expéditions de Jacques Cartier).

 

Vasco de Gama, (vers 1470-1524).

 

Considéré comme le premier Européen à arriver aux Indes par voie maritime

en contournant le cap de Bonne-Espérance, en 1498.

 

En 1497, grâce à l'appui du roi du Portugal Manuel le Fortuné,

le navigateur Vasco de Gama put réaliser un rêve depuis dix ans : contourner le continent africain par le sud.

 

Portrait de Vasco de Gama, à la Galerie des vice-rois de l'État portugais de l'Inde, à Goa.
Vasco da Gama, 1838, peinture António Manuel da Fonseca.

Portrait, 1524, par Gregório López.
 

 Noble portugais, connaissant l'astronomie, il est né dans les années 1469 à Sines, dans l'Alentejo

Il fit des études de sciences de la navigation et devint officier de la marine en 1492.

Il se révéla un chef réputé pour son caractère déterminé.

 

Vers 1480, Vasco de Gama suit son père qui rejoint l'ordre de Sant'Iago de l'Épée. Le maître de Santiago est alors le prince Jean qui va monter sur le trône en 1481 sous le nom de Jean II de Portugal. Jean II adore cet ordre, favorisant les perspectives des Gama. En 1492, Jean II envoie Vasco de Gama en mission dans le port de Setúbal et la région de l'Algarve pour saisir les navires français en représailles des dommages commis par les Français en temps de paix contre les navires portugais, une mission que Vasco de Gama effectue rapidement et efficacement.

 

Départ de Vasco da Gama pour l'Inde, par Alfredo Roque-Gameiro, peint en 1864.

Vasco de Gama quitte Lisbonne et l'embouchure du Tage le 8 juillet 1497,

avec trois lourdes nefs et une caravelle, ainsi que 160 hommes d'équipage.

Il fait escale sur l'archipel du Cap-Vert puis contourne le cap de Bonne Espérance. Remontant

le long de la côte africaine, la flotte atteint successivement les ports de Mozambique, Mogadiscio et Kilwa

où des commerçants arabes venus du nord commercent avec les Africains de l'intérieur.

Plus au nord encore, à Malinde, il sympathise avec le sultan local qui lui confie un pilote italien,

venu là par l'Égypte et l'empire ottoman.

Avec son aide, le navigateur coupe au large vers la péninsule indienne et la côte de Malabar.

 

Le 20 mai 1498, arrivée de Vasco da Gama à Calicut.

(Peint par  Roque Gameiro, vers 1900, format 42 x 57 cm).

 

Le navigateur portugais Vasco de Gama aborde à Calicut, ville du Kerala (Inde). Il devient ainsi le premier Européen à gagner l'Inde par la mer en contournant l'Afrique par le cap de Bonne Espérance, et ouvre la route des Indes. Mais l'expansion du Portugal vers les Indes sera limitée à cause du manque d'armateurs et de l'impitoyable concurrence hollandaise.

 

Les marins portugais mirent quatre-vingt-deux ans pour longer et reconnaître

le littoral Africain et l'océan Atlantique. C'est le temps qui sépare la prise de Ceuta

du doublement de Cap-Bonne-Espérance.

 

La ville de Cochin (Inde) profite, au début du XV° siècle, du déclin de Cranganore et se constitue en petit royaume. Après l'arrivée de Vasco de Gama sur la côte de Malabar, les rajas de Cochin autorisent les Portugais à installer un comptoir. En 1544, saint François Xavier y installe une mission. La période portugaise est difficile pour les juifs installés dans la région depuis très longtemps et dans la ville depuis la catastrophe de la Cranganore. Les Hollandais arrivent dans le Malabar en 1595 et prennent le contrôle de la ville en 1663, lui apportant une nouvelle période de prospérité. Les Britanniques s'en emparent en 1795, les Pays-Bas la cèderont définitivement au Royaume-Uni par le traité britannico-hollandais de 1814 en échange de l'île de Bangka.

 

Le capitaine envoie à terre un émissaire et celui-ci a la surprise d'être abordé dans un mélange d'espagnol

et d'italien par un marchand juif tunisien, Gaspar.

À son interlocuteur, il déclare tout de go être venu chercher "des chrétiens et des épices".
Le marchand le met en relations avec le seigneur local. Après que deux émissaires eussent annoncé

son arrivée, le navigateur est reçu avec tous les honneurs réservés à un grand ambassadeur. (...).

 

Néanmoins, Gama est couvert d'honneurs à son retour, et nommé "amiral des Indes" et à ce titre contrôle une partie du commerce avec l'Inde. Désormais, Vasco de Gama va utiliser sa légende (comme celle d'être le premier voyageur à atteindre l'Inde, terre nouvelle, alors que le pays est depuis longtemps traversé par des pilotes arabes, marchands vénitiens, génois, juifs, malais ou musulmans, chrétiens syriaques s'y approvisionnant en poivre) pour construire sa carrière. La cour de Manuel 1er, autoproclamé seigneur de la conquête, de la navigation et du commerce d'Éthiopie, d'Arabie, de la Perse et de l'Inde, s'entiche de Gaspar, un juif converti par Vasco de Gama sur le chemin de retour, qui raconte aux courtisans ce qu'ils ont envie d'entendre, à savoir qu'il y a en Inde de nombreux chrétiens (ils pensent encore que le royaume du prêtre Jean se situe en Inde et que les hindous sont des chrétiens).

 

La route des Indes.

 

Si le raja de Calicut était hindou, les musulmans contrôlaient les communautés marchandes

qui concentraient sur la côte occidentale de l'Inde les épices des îles de la Sonde, les soieries chinoises,

les pierres précieuses de Ceylan, les cotonnades, l'opium, les drogues.

 

Si la carte de la Mer Rouge mentionnée sur la carte de Lazarro Luis (à gauche)

présente un contour fantaisiste, celle du sud-ouest de l'Europe  et de l'Afrique occidentale, (à droite)

est remarquable de précision et d'exactitude. Elle date du XVI° siècle

et appartient au Planisphère Cantino (Musée de la Marine, Lisbonne).

 

Entre-temps, les Portugais négocièrent avec les notables indigènes.

(Gravure de Théodore de Bry, extraite des "Indes orientales" de Jean-Hugues Lintsvotani, 1628,

Académie des Arts des Sciences, Lisbonne).

 

Sitôt qu'un site favorable était retenu, des entrepôts étaient édifiés, ainsi qu'une église,

où les premiers indigènes reçoivent le baptême. (Gravure de Théodore de Bry, extraite des

"Indes orientales" de Jean Hugues Lintsvotani, 1628, Académie des Sciences de Lisbonne).

 

Des aventuriers européens, renégats pour la plupart, se trouvaient là comme spécialistes des armes à feu, indispensables à cause des luttes fréquentes entre les principautés rivales, et ils offrirent leurs services aux arrivants.

 

▪ Vasco de Gama devant le Zamorin, peinture José Maria Veloso Salgado, 1898.
▪ Rencontre de Vasco de Gama et du Samorin, gravure, 1850,

(Une gravure sur acier, avec une coloration à la main moderne).
Zamorin ou samorain (littéralement "souverain de la mer") est le titre donné par les Portugais

aux Samutiri ou râjas de la mer qui régnaient sur Calicut (Kozhikode) lorsqu'ils abordèrent la côte de Malabar.

Les Zamorin avaient étendu, au cours du XV° siècle, leur suzeraineté sur les autres royaumes,

dont Cochin, de cette partie de la côte occidentale de l'Inde.
Les Samutiri exerçaient leur pouvoir en s'appuyant sur les commerçants mappila, d'origine arabe,

et une importante flotte dirigée par leurs amiraux, les Kunjalî.

 

Le voyage est un échec : le Zamorin de Calicut, déçu par les marchandises qu'il lui propose, miel, chapeaux, pots de chambre, lui refuse les avantages commerciaux qu'il demande et l'Inde compte moins de chrétiens qu'il n'escomptait, au point qu'il doit repartir trois mois plus tard, prenant en otage des notables pour assurer ses arrières.

 

La traversée du retour fut tragique à cause du manque de brise :

il fallut 3 mois pour regagner la côte d'Afrique, et le scorbut se déclara.

Il n'y avait plus que 2 caravelles, le Saô-Gabriel et le Berrio.

Elles firent le tour de l'Afrique en sens inverse et arrivèrent à Lisbonne le 19 juillet 1499,

deux ans et deux jours après leur départ. Sur les 160 marins, 55 seulement étaient de retour !

 

Après  une réception triomphale, Gama fut nommé amiral des mers des Indes

et richement récompensé. Lisbonne venait d'arracher à Gênes et à Venise,

le monopole de l'importation des épices, que la route directe permettait de vendre à meilleur prix.

 

Pedro Alvares Cabral découvre le Brésil, (1460-1526).

 

Pedro Álvares Cabral est considéré comme "le découvreur du Brésil".

Le 22 avril 1500, les bateaux portugais ont débarqué sur la côte nord-est du Brésil.

Cabral est aujourd'hui considéré comme un personnage essentiel de l'âge des Grandes découvertes.

 

Détail de la peinture "Vaz de Caminha lit au commandant Cabral, au frère Henrique et au maître João"

la lettre qui sera envoyée au roi Dom Manuel. Il représente Pedro Álvares Cabral, chef de l'expédition

portugaise qui a découvert la terre qui sera plus tard connue sous le nom de Brésil en 1500.

 

Pedro Álvares Cabral, né à Belmonte en 1467 ou 1468 et mort à Santarém vers 1520 ou 1526,

est un navigateur portugais, commandant de flotte, chargé par le roi du Portugal Manuel 1er

d'aller aux Indes orientales et de poursuivre l'œuvre de Vasco de Gama.

 

Placé au début de 1500 à la tête de nombreuse flotte destinée à se rendre aux Indes par la voie ouverte par Vasco de Gama, ce navigateur lusitanien pensa innover en empruntant une route située beaucoup plus à l'ouest que celle de son prédécesseur.

 

Gravures de Théodore de Bry : "Départ à partir de Lisbonne pour le Brésil",
"La nau" (caraque) était un type de vaisseau qui était plus large qu'une caravelle

mais plus étroit que le galion, plus tardif.

C'est ainsi que l'expédition, ayant dérivé à travers l'Atlantique, parvint le 24 avril

en vue d'une terre que Cabral et ses compagnons supposèrent être une île.

 

A partir du Cap Vert, Cabral fit route vers l'ouest, soit pour naviguer en plein Atlantique et éviter la zone des calmes, soit, sur l'ordre royal, pour vérifier s'il y avait des terres incluses à l'ouest de la ligne de partage prévue par le Traité de Tordesillas.

 

Cabral (au centre-gauche, levant le bras) observe la côte brésilienne pour la première fois le 22 avril 1500.

Pedro Álvares Cabral a réclamé le Brésil au nom du Portugal le 22 avril 1500.

 

Cabral et ses compagnons en prirent possession au nom du roi du Portugal en la nommant la "Vera Cruz", (la Vraie Croix"), sans se douter qu'il s'agissait du littoral de l'immense continent sud-américain. Cet emplacement se trouvait à peu près à mi-chemin entre Rio de Janeiro et Bahia (Salvador). Le pays fut baptisé plus tard Brasil à cause des arbres qui fournissait la teinture rouge du même nom.

 

Cabral débarque sur le littoral (azulejos, Musée militaire de Lisbonne).

 

Peinture romantique du premier débarquement de Cabral sur l'Ilha de Vera Cruz.

On l'aperçoit sur le rivage, au centre, debout devant le soldat qui déploie une bannière de l'ordre du Christ.

 

Deux condamnés libérés de prison furent laissés sur place pour apprendre la langue, servir d'interprètes, étudier les ressources du pays, et l'escadre mit le cap vers l'est. Fin mai, une formidable tempête se déchaîna, et 4 navires furent perdus corps et biens. Sur l'un d'eux se trouvait Barthélémy Dias, qui périt ainsi au large de ce cap des Tempêtes (Bonne Espérance) qu'il avait franchit le premier.

 

12 des 13 navires de la flotte de Cabral sont reproduits. La plupart furent perdus,

comme on peut le voir sur ce dessin extrait de Memória das Armadas, vers 1568.

 

Six navires seulement parvinrent au Mozambique et à Mélinde, d'où l'escadre partit pour la traversée de l'océan Indien, parvenant à Calicut en décembre 1500. Les musulmans se voyant évincés du trafic des épices, organisèrent l'assaut des entrepôts portugais, massacrant leurs employés. Les caravelles bombardèrent la ville durant un jour entier, et le raja s'enfuit.

 

Cabral fit son plein d'épices à Cochin, rivale de Calicut, et regagna Lisbonne en juillet 1501. Les pertes restreignaient les bénéfices du voyage, qui rapportait cependant le Brésil à la Couronne et démontrait l'hostilité de Calicut. A son retour, Cabral reçut les plus grands honneurs décernés à ce hardi navigateur dont la carrière semble cependant s'être terminée sur cet exploit.

 

Port de Lisbonne au XVI° siècle (Musée de la Cidade, Académie des Sciences de Lisbonne).

Autant que Gènes, Venise, Anvers ou les ports principaux de la Ligue de la Hanse,

Lisbonne connaissait au XVI° siècle, une activité commerciale intense comme le montre cette gravure.

 

Seconde expédition de Vasco de Gama.

 

Pour assurer la présence portugaise, Vasco de Gama reçut l'ordre de repartir avec des grands moyens :

15 navires, 800 soldats, une forte artillerie. Il leva l'ancre en février 1502.

 

Vasco de Gama quittant le port de Lisbonne, Portugal.

 

Vues illustrées des principaux ports de la côte est de l'Afrique et de l'Arabie.

Importants ports de commerce de l'océan Indien initialement contrôlés par les Arabes

et ensuite par les Portugais à commencer par Vasco de Gama : Aden, Mombaza, Quiloa, Cefala.

 

En juillet, l'escadre bombarda le port de Quiloa, au sud de Zanzibar,

pour châtier le sultan, qui s'était montré hostile à Cabral et qui reçut un avertissement.

 

Le 13 octobre 1502 : Vasco de Gama met le feu à un navire musulman avec femmes et enfants, se rendant

à la Mecque, ce qui révèle sa cruauté : il préfère brûler le navire, et fait couler hommes, femmes et enfants

plutôt que d'accepter la rançon que les riches marchands musulmans lui proposent.

 

En octobre, l'escadre fut bien reçue à Cananore, puis reprit sa route vers Calicut. Gama était bien résolu à se venger des tracas et humiliations subis lors de son 1° voyage. 50 malheureux pêcheurs furent saisis au large et pendus aux vergues, pieds et mains coupés, ils furent expédiés sur un radeau vers la côte avec le message : "Tel est le présent que font les ¨Portugais au zamorin (raja) en représailles du meurtre de leurs compatriotes. Quant aux marchandises pillées, les habitants de Calicut auront à les payer au centuple". Une partie de la ville fut incendiée par les bombardements.

 

Gama alla chercher des épices à Cochin, laissant six navires pour bloquer Calicut.

Cananore et Cochin, terrorisées, et par surcroît rivales de Calicut,

conclure un traité d'alliance avec le Portugal, qui installa des forts et des garnisons.

 

À son retour en Inde, en 1502, Vasco de Gama exige du râja l'expulsion des commerçants arabes et le monopole du commerce avec le Malabar, ce qui lui est, de nouveau, refusé. Après une opération de représailles, il se rend à Kochi où règne un râja vassal des Zamorins qui fait un accueil chaleureux à ce nouvel allié contre son suzerain et un traité est signé entre les deux parties. Lorsqu'il apprend la nouvelle, le Zamorin exige l'expulsion des Portugais ce que le râja de Kochi refuse.

 

Tapisserie : Vasco est accueilli par le Zamorin de Calicut en Inde. Pendant ce temps,

on charge sur les quatre navires de l’expédition toutes sortes d’animaux, dont une licorne…

Gama ramena 60.000 quintaux d'épices, plus de l'or et le butin des navires pillés.

 

Cependant, il allait rentrer dans l'ombre, car il irrita le roi en exigeant à tout prix de recouvrer une seigneurie de sa famille confisquée par Jean II et donnée à l'Ordre de Santiago. Il s'exila dans ses terres, amer et désabusé, pour y vieillir pendant vingt ans. Son 2° voyage fit de Vasco de Gama le fondateur de l'empire colonial portugais aux Indes.

 

Le 1er mars 1503, anticipant l'attaque du Zamorin, Vasco de Gama embarque pour le voyage de retour

malgré le traité qui prévoit une entraide. L'armée du Zamorin inflige une défaite cuisante au râja de Kochi,

la ville est occupée et trois membres de la famille royale sont exécutés. Plusieurs années de guerre

suivent avec les Portugais, et ce jusqu'à la prise de contrôle de la région par les Néerlandais.

 

Conséquences économiques : ayant ouvert une nouvelle voie maritime pour le commerce des épices et établi des liens commerciaux, le royaume du Portugal ne profitera pas de l'entreprise de Vasco de Gama par manque d'armateurs, à cause de la concurrence des Pays-Bas, puis de son annexion à l'Union ibérique.

 

Mais au cours de ses vingt années d'effacement de Vasco de Gama, une autre étoile surgit :

 

Alphonse d'Albuquerque, (1453-1515).

 

Il avait fait sa première apparition sur la côte de l'Inde en 1503, pour sauver le raja de Cochin

et une poignée de Portugais assiégés par les soldats de l'indomptable zamorin de Calicut.

Depuis 1505, il porte le titre de vice-roi de Cochin, Cananore et Quiloa.

 

Né à Alhandra en 1453 et mort à Goa, le 16 décembre 1515, c'est un militaire, un navigateur, un explorateur et un politicien portugais des XV° et XVI° siècles.

 

Il est gouverneur des Indes portugaises de 1509 à 1515

et une des grandes figures de l'expansion portugaise en Orient.

 

Il a combattu contre les Turcs en 1453 à Otrante. Ami je Jean II, il était tombé en disgrâce à l'époque de Manuel le Fortuné et avait repris la dure vie des avant-postes africains quand le roi le rappela pour lui confier l'expédition qui sauva Cochin. Farouche adversaire des musulmans, il méritait son surnom de "Terrible".

 

Vêtements, mode en Espagne et au Portugal vers 1500-1540, explorateurs portugais, de gauche à droite,

Vasco de Gama, Alfonso d'Albuquerque, Tristan da Cunha et Pedro de Mascarenhas,

découvreur des îles Mascareignes, prisonniers des chaînes.

(reproduction numérique améliorée d'après un original de l'année 1900).

 

Albuquerque exposa ses projets au roi : tenir par des forteresses les principaux comptoirs des épices et couper les routes de commerce arabes dans la mer Rouge et le golfe Persique. Il fallait pour cela de gros moyens car l'Egypte, la Turquie, la Perse, l'Arabie risquaient d'entrer dans la lutte. En 1505, il part pour les Indes à la tête de 22 navires et de 1.500 soldats d'élite. Il renforce les bases d'Afrique en "châtiant" Mombasa et Quiloa, plaça sous sa souveraineté Ceylan, d'où partit le premier éléphant qui parvint au Portugal, puis anéantit la flotte de Calicut.

 

L'Egypte décida d'intervenir, sans doute conseillée secrètement par les Vénitiens,

qui voyaient sans cesse diminuer les arrivages d'épices !

 

Le sultan d'Egypte avertit le pape Alexandre VI que, si les Portugais continuaient, les lieux saints de Palestine seraient rasés. Prévenu, le roi Manuel répondit que, dans ce cas, La Mecque serait effacée de la terre et les restes du Prophète dispersés au vent !

 

 La bataille navale de Diu qui s'est déroulée les 2 et 3 février 1509 au large du port de Diu (Inde).

revêt une importance majeure dans l'histoire,

marquant le début de la domination européenne sur les mers d'Asie,

corrélée à la défaite de la puissance dominante d'alors, l'Empire ottoman. Elle marque aussi le début

de la diffusion de l'opposition en Europe et au Moyen-Orient entre le christianisme et l'islam

jusqu'à l’océan Indien qui était une zone prédominante du commerce international à l'époque

 

Carte des comptoirs européens en Inde (1501-1739).

 

La bataille navale de Diu peut être comparée à celles de Lépante en 1571, d'Aboukir en 1798, de Trafalgar

en 1805 ou de Tsushima en 1905 en termes d'impact, bien que n'ayant pas eu la même échelle.
 

Elle oppose la flotte portugaise à une force composée de navires mamelouks, ottomans, de Calicut

et du sultanat de Gujarat. La coalition reçoit aussi une assistance technique et maritime

des républiques de Venise et de Ragusa. Cette bataille est parfois appelée seconde bataille de Chaul.

 

Les Portugais tirèrent rapidement profit de cette bataille en s'emparant de zones clés

donnant sur l'océan Indien telles que Mombasa, l'archipel de Socotra, Mascate, Ormuz, Goa,

Ceylan et Malacca, leur permettant de contourner les traditionnelles routes maritimes

ou terrestres contrôlées par les Arabes et les Vénitiens, en passant par le cap de Bonne-Espérance.

 

De ce fait, ils portèrent d'un même coup atteinte aux intérêts mamelouks, ottomans, vénitiens et à ceux du sultanat du Gujarat (alors à son apogée). Le nouveau monopole portugais dura jusqu'à l'émergence de la Compagnie anglaise des Indes orientales et la bataille de Swally en 1612. Pour les Vénitiens, cet échec, conjugué avec la Ligue de Cambrai formée à leur encontre en 1508, marqua la fin de l'apogée de leur république.

La victoire portugaise est décisive. Elle force les Mamelouks et les Arabes à retraiter de l’océan Indien. Ceci donne au Portugal le contrôle du commerce mondial des épices par le chemin maritime du cap de Bonne Espérance. Le Portugal s’empare ensuite de plusieurs ports en Inde et ailleurs en Asie pour assurer ainsi la suprématie de la colonisation européenne sur cette région du monde. Ce nouvel équilibre mondial a comme corollaire la fin de la domination arabe dans le bassin de la Méditerranée.

Durant la bataille navale de Diu, la flotte portugaise compte 19 navires. Elle est commandée par le vice-roi Francisco de Almeida. Les Portugais profitent ce jour-là de vents favorables pour aborder avec force la flotte ennemie. Après la victoire, le gouverneur de Diu se rend aux Portugais et doit accepter de cesser de donner asile aux musulmans.

 

Tristan da Cunha, (1460-1540).

 

Navigateur Portugais du XVI° siècle, qui participa aux premières grandes expéditions portugaises.

 

Albuquerque avait quitté le Portugal depuis deux ans, avec une escadre commandée par Tristan da Cunha.

Les deux hommes ne s'entendaient pas : le dernier était surtout un marin passionné d'exploration,

alors qu'Albuquerque ne pensait qu'à ses objectifs militaires : éliminer les musulmans

des routes de l'océan Indien.

 

En 1506, il navigue avec Afonso de Albuquerque, au cours du voyage où celui-ci prend, pour le compte du Portugal, l'îlot de Socotora (Socotra) à l'entrée de la mer Rouge et, en 1507, Ormuz à l'entrée du golfe Persique, verrouillant ainsi les voies maritimes arabes du long de l'Afrique.

 

▪ Illustration représentant Tristan da Cunha avec l'éléphant Hanno en arrière-plan.
▪ Portrait de Tristan da Cunha, peint par Feliciano de Almeida, vers 1640.


Envoyé en Inde, par le roi Emmanuel 1er Le Fortuné, au secours de Francisco de Almeida, il a exploré

les côtes du Mozambique et de Madagascar, et naviguant du Brésil vers le cap de Bonne-Espérance,

découvert, dans l'Atlantique Sud à 2 000 km de Sainte-Hélène et 2 800 km des côtes de l'Afrique du Sud,

les îles qui portent maintenant son nom (archipel Tristan da Cunha).

Il ne put pas y aborder en raison d'une tempête.

 

En 1508, il transporta en Inde le vice-roi Albuquerque, et se signala dans cette contrée par son courage. Il fut, en 1514 choisi comme ambassadeur extraordinaire à Rome, pour faire hommage au pape Léon X des nouvelles conquêtes des Portugais, et à son retour il fut nommé membre du conseil intime de la couronne.

 

A l'entrée de la mer Rouge, où la garnison arabe fut exterminée et la mosquée convertie en église,

Tristan da Cunha partit vers les Indes et laissa Albuquerque avec six navires, qui longera les côtes d'Arabie.

Puis il se dirigea sur Ormuz, à l'entrée du golfe Persique, un des grands entrepôts du commerce oriental.

 

Ormuz, gravure couleur du livre 'Le Théâtre du monde' ou 'Nouvel Atlas', 1645.

Devenu gouverneur des possessions d'Asie, Albuquerque avait le champ libre.

Il se posa en défenseur des Hindous contre les musulmans et devint l'allié du raja Vijayanagar.

 

En février 1511, Albuquerque partit vers le golfe Persique : on lui suggéra de s'emparer de Goa,

"la ville d'or", où régnait l'anarchie, les hindous détestant la domination musulmane.

 

Goa, gravure couleur du livre 'Le Théâtre du monde' ou 'Nouvel Atlas', 1645.

Bâtie sur un îlot, centre de commerce, Goa pouvait faire une bonne capitale

pour les établissements portugais aux Indes.

Après la prise de la forteresse de Panjim, la ville se rendit sans combat.

 

Goa, port de la côte occidentale, fut longtemps le principal établissement commercial des Portugais en Asie.

Armes et métaux amenés de la métropole y étaient échangés contre les épices,

des pierres précieuses et des étoffes. (Gravure du XVI° siècle, Archives d'Outre-Mer, Lisbonne).

 

Albuquerque organisa la place, mais le roi de Bijapour, suzerain de Goa, se mit en marche sur la cité avec 50.000 hommes. Albuquerque refusa de se rendre. Après de rudes combats, les portugais durent se réfugier sur leurs vaisseaux et parvinrent avec peine à regagner Cananore. Le gouverneur voulut venger ce nouvel échec et refit des préparatifs, malgré l'opposition de certains officiers, dont Fernaồ de Magalhães. La carrière de ce dernier en fut à jamais brisée : c'est pourquoi il devait passer au service de l'Espagne et s'illustrer sous le nom de Magellan. En 1510, Albuquerque reprit Goa, la pillant de fond en comble, faisant un immense massacre.

 

Après Goa, Albuquerque songea  à repartir vers la mer Rouge, en vue d'occuper Aden, clé de la mer Rouge.

Il rassembla une flotte de 19 navires, et une série de hasards allait le lancer

vers une conquête extraordinaire encore : Malacca, la porte de l'Insulinde.

 

La prise de Malacca.

 

Les répercussions de la prise furent énormes :

le Portugal était maître de l'océan Indien et de la source des épices arrachée aux musulmans.

 

Malacca, gravures du livre "Le Théâtre du monde" ou "Nouvel Atlas", 1645.

En juillet 1511, la flotte arriva devant ce port de 100.000 habitants.

La ville fut prise avec ses trésors, on saisit les mines d'étain, on envoya des ambassadeurs en Chine,

au Siam, à Java, en Malaisie pour que les marchands ne désertent pas la place.

 

On laissa une garnison de 300 soldats : 300 hommes pour une ville de 100.000 habitants et tout un archipel ! Le premier navire chargé d'épices à Malacca parvint à Lisbonne en 1513, salué par une procession. Les espions vénitiens, amers, virent apparaître, pour couronner le défilé, un cheval d'Ormuz, une panthère de Perse et un éléphant de Goa devait s'agenouiller et asperger les assistants d'eau bénite à l'aide de sa trompe.

 

Statue à Sines, cité natale de Vasco de Gama.

Statue au palais Antoniadis à Alexandrie.
Rentré aux Indes à travers une tempête qui coula le bateau amiral,

Albuquerque trouva une situation difficile,

Goa était menacée par les intrigues de ses ennemis et les désertions.

On l'accusait de vouloir se tailler en Asie une principauté indépendante.

 

En février 1513, Gama quitta Goa avec 21 navires et 2.500 soldats. Depuis l'Antiquité, Aden, décrite par Marco Polo, était l'escale de tous les navires allant d'Asie en Egypte. Mais l'assaut échoua, car le port était bien fortifié. Albuquerque dut renoncer, non sans avoir songé à un raid sur Médine pour s'emparer de la dépouille de Mahomet !

 

Deux ans plus tard, le vieux navigateur se vengea de l'échec d'Aden en s'emparant sans combat d'Ormuz,

qui resta possession du Portugal jusqu'en 1621.

Une dure épreuve l'attendait cependant. Comme il gagnait les Indes, gravement malade,

un navire lui apprit que le mois précédent, une flotte avait amené à Goa

un nouveau gouverneur. Ses ennemis avaient triomphé !

Il expira lorsque le navire fut entré dans Goa, le 16 décembre 1515.

 

L'Abbatiale Santa Maria du Monastère des Hiéronymites à Lisbonne,

bien qu'étant une nécropole royale rend hommage au célèbre navigateur

en accueillant le cénotaphe de Vasco de Gama.

Fanatique et cruel, il dépassa tous ses contemporains par l'envergure de ses conceptions,

son audace, son désintéressement, son dévouement à la cause royale.

 

Le dernier voyage de Vasco de Gama.

 

Après la mort de Manuel, Jean III fit appel, pour rétablir la situation, au vieux Vasco de Gama,

qui repartit en 1521 avec le titre de vice-roi.

 

ll destitua ou fit arrêter des fonctionnaires, ordonna des enquêtes, réorganisa le commerce des épices, traqua les contrebandiers, avant de mourir en 1524. Son dernier voyage n'empêcha pas le déclin de l'Empire portugais. Les conquérants avaient ouvert la brèche où allaient s'engouffrer Hollandais, Anglais, Français, qui se partageront les dépouilles : l'Asie resta ainsi en partie captive de l'Europe.

 

Le vaste empire colonial :

 

▪ Autour de l'océan Indien : Sofala, Mozambique, Mobassa sur la côte d'Afrique : Mascate et Ormuz à l'entrée du golfe Persique : les portes de la côte occidentale de l'Inde : Ceylan et Malacca.

▪ Au milieu du siècle, Macao allait étendre son emprise jusqu'à la côte chinoise ; chaque année, une flotte commerciale protégée par les escadres appareillait de Lisbonne à la veille de Pâques et quittait l'Inde en décembre, chargée de marchandises.

 

Carte de l'Empire portugais à son apogée.

 

Cependant, cet empire ne subsista guère. Les successeurs d'Albuquerque n'eurent pas son énergie et son dévouement. Despotiques, corrompus, ils cherchaient surtout à s'enrichir. Les équipements étaient chers : les naufrages réduisaient les profits ; les fonctionnaires et marchands volaient le trésor royal. Patiemment, Venise prit sa revanche, car les Portugais ne pouvaient pas saisir tous les vaisseaux arabes. Le pays était trop petit pour assumer de telles charges, trop faible en hommes aussi, d'autant plus qu'à partir de 1530 le Brésil draina d'importants contingents. Il ne disposait pas non plus d'une bourgeoisie d'affaires assez puissante, face aux concurrents d'Italie, d'Allemagne ou de Flandre.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

"L'Épopée Maritime des Portugais: Vasco da Gama et le Camoëns" (Français) Broché, 2016
de José Carlos de Faria e Castro, Leopold Classic Library
"L'Empire portugais d'Asie", (1500-1700), de Sanjay Subrahmanyam, Editions Points, 2013
"L'épopée maritime des portugais , Vasco de Gama et le Camoëns", Hachette/Bnf, 2013
Magazine "GEO", n° 231 du 01.05.1998, Lisbonne, expo 98 "Vasco de Gama
"Christophe Colomb & les conquistadores", Histoire Universelle illustrée, (volume 10),1968

Photos et montage, Chantal Guyon, le 23 mai 2020.

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville