ECOUEN  (Val d'Oise)
Arrondissement de Sarcelles - Canton de Fosses
Région Île-de-France
 Population : 7.196 Ecouennais en 2015.

 

D'une superficie de 759 hectares, et d'une altitude de 61 à 167 mètres.

Etymologie : Iticiniscoam, Écouen d'hier devient en 632 Iscoam.
Dès le XIII° siècle le village porte son nom actuel d'Écouen.

 

Vue aérienne : le château et la ville, avant 1970.

 

La ville est intimement liée au destin de la famille des Montmorency

qui y possédaient un donjon dès le XII° siècle.

Au XVI° siècle, il s'agit alors de l'une des plus puissantes familles seigneuriales

du Royaume de France, très proches des rois.

 

 

Château d'Ecouen,

Musée National de la Renaissance

 

 

Joyau architectural de la Renaissance, le château d'Ecouen abrite depuis 1977 le Musée national de la Renaissance.

La présentation des collections permet de se représenter l'atmosphère d'un véritable palais

de la Renaissance française, avec son mobilier et ses tapisseries, mais aussi la cohérence de son décor coloré,

comprenant les murs, le sol et le plafond, avec des fenêtres garnies de vitraux.

Il dépend donc du Ministère de la culture.

 

Dominant la plaine de France, cet ensemble architectural du milieu du XVI° siècle,

fut construit à partir de 1538 par le Connétable de France, Anne de Montmorency,

au service de François 1er, puis d'Henri II, et issu de la puissante famille des Bouchard de Montmorency.

 

Le Connétable Anne de Montmorency.

 

Anne de Montmorency, est né à Chantilly le 15 mars 1493 et mort à Paris le 12 novembre 1567, il est duc et pair de France, maréchal puis grand maître de France, baron des Baux et connétable et émule de Bayard.

 

Son père Guillaume de Montmorency (vers 1453 - 1531) est général des finances et gouverneur de plusieurs châteaux royaux. Il accompagne Charles VIII dans la première expédition d’Italie. La Maison de Montmorency est déjà à ce moment l'une des plus puissantes du Royaume : elle possède des terres très étendues, de nombreux fiefs et se trouve très proche de la famille royale. Il hérite par sa mère, Anne Pot, du château de la Rochepot, dans le sud de la Côte d'Or.

 

Anne est le filleul de la reine Anne de Bretagne, qui lui donne son prénom (Anne était un prénom épicène à cette époque). Il est élevé au château d'Amboise avec le futur roi de France François 1er.

 

Ü Anne de Montmorency, portrait par Léonard Limosin (1556), émail conservé au musée du Louvre, Paris.

 

Chef de guerre et mécène, conseiller de François 1er avec qui il avait été élevé, Anne de Montmorency fut victime d'une longue disgrâce entre 1540 et la mort du roi en 1547 et profita de ses loisirs forcés pour se consacrer à l'édification du château d'Ecouen. Henri II, puis ses fils comblèrent à nouveau le Connétable de leurs faveurs et séjournèrent au château.

 

Entrée du château.

 

Le château d'Écouen fut un des lieux de résidence des Rois de France François 1er, puis Henri II. Ce dernier promulgue au château le cruel "édit d'Écouen" en 1559 (qui condamnait à mort les luthériens), peu de temps avant les guerres de religion. Anne de Montmorency y trouve la mort, et le château d'Écouen revient à sa famille. Toutefois, lorsque le dernier Montmorency est décapité sur ordre du cardinal de Richelieu, les terres sont octroyées aux Condé. Les Condé détruisent alors une aile du château, remplacée par une construction basse (l'actuelle entrée).

 

Le plan carré du château, avec sa vaste cour intérieure et ses fausses douves,

semble directement emprunté à l'ancien ouvrage fortifié du XII° siècle,

dont on ne possède aucune représentation.

 

 

Quelques éléments d'architecture rappellent également le Moyen Age, notamment les petites tourelles

dans les rentrants des pavillons d'angles (elles abritent des escaliers à vis),

et les échauguettes sur les murs d'escarpe des douves.

 

Façade ouest, côté parc et jardin.

L'architecture du château témoigne de la puissance et des ambitions d'Anne de Montmorency.

À la fois militaire et passionné d'art, il découvrit les Palais transalpins lors des guerres d'Italie

et souhaita s'en inspirer pour bâtir sa demeure d'Écouen.

 

Le plan d'origine est dû à un architecte inconnu. En 1547, Anne de Montmorency fit appel à Jean Bullant

pour achever l'aile Nord et construire le portique de l'aile Sud qui devait abriter les deux sculptures

de Michel-Ange, l'Esclave mourant et l'Esclave rebelle, que le roi Henri II venait de lui offrir.

 

La façade principale du château d'Écouen donnant sur la Plaine de France.

 

 

Les façades sud et ouest offrent une composition plus simple,

où l'ordonnance verticale des ouvertures est soulignée par des pilastres

 

Un grand portique central, hors oeuvre,  dessiné par Jean Bullant,

masque la dissymétrie des agencements intérieurs.

Il a appliqué contre la façade quatre grandes colonnes corinthiennes montant jusqu'au comble.

(Pour ouvrir une grande salle d'apparat au premier étage, le Connétable avait dû d'écaler l'escalier).

Les lucarnes sont attribuées à Jean Goujon, fortement sculptées, sont d'inspiration antique

avec leur encadrement comportant des frises à triglyphes, à patères et à bucranes.

 

 

La cour intérieure du Château d'Écouen avec les moulages des Esclaves de Michel-Ange

dont les originaux ont été emportés au Louvre.

 

Dans l'aile nord se trouve les appartements du roi, Henri II et ceux de la reine, Catherine de Médicis, tandis qu'au sud sont situés les appartements d'Anne de Montmorency et de son épouse, Madeleine de Savoie.

 

La chapelle.

 

La construction du nouveau château implique l'édification d'un lieu de culte, témoin du prestige du Connétable

où se déploie un décor complet d'architecture, de peintures, de sculptures, d'émaux et de vitraux.

 

Après la mort d'Henri II de Montmorency, exécuté par Louis XIII en 1632,

le château passe à la famille de Condé qui le conserve jusqu'à la Révolution.

Chantilly et Ecouen sont alors confisqués par le pouvoir, et la chapelle est entièrement démantelée :

les objets d'art sont envoyés au Louvre, au Musée des Monuments Français ou dispersés.

 

En 1815, Chantilly est rendu aux Condé, ainsi qu'une partie du mobilier d'Ecouen, mais le château devient la maison des jeunes filles de la Légion d'honneur. L'héritier du dernier prince de Condé et son neveu et filleul, Henri d'Orléans, duc d'Aumale (1822-1897), fils de Louis Philippe, grand rénovateur de Chantilly à son retour d'exil, y reconstruit la chapelle idéale, à l'image de celle d'Ecouen, et y réinstalle le décor.

 

On accède à la chapelle par un arc triomphal.

Tableau de Marco d'Oggiono (élève de Vinci, et exécuté à Milan entre 1506 et 1509).

Il représente la Cène, d'après Léonard de Vinci.

 

 

Aux 4 angles de la chapelle, à la retombée des voûtes, des niches abritent les statues des pères de l'église :

Saint Jérôme, Saint Augustin, Saint Grégoire et Saint Ambroise.

La tribune en pierre supporte un orgue du XIX° siècle.

 

La chapelle est couverte d'une voûte peinte avec les emblèmes d'Anne de Montmorency, de son épouse et du roi François 1er. Elle a perdu une grande partie de son décor aujourd'hui remonté au château de Chantilly. Toutefois, elle montre la persistance des formes gothiques (voûtes nervurées, grandes fenêtres), et l'introduction en parallèle des formes antiques (colonnes).

 

Orgue positif du XVI° siècle, en bois sculpté, peint et doré.

 

La salle d'armes.

 

Cette salle est dotée d'une cheminée peinte du XVI° siècle.

La rencontre de Salomon et de la reine de Saba, dans le style caractéristique de l'école de Fontainebleau.

 

La collection d'armes et d'armures est exposée de façon thématique : chaque arme est destinée à une utilisation

précise (guerre, chasse, apparat...) et que certaines ont reçu un décor soigné parfois à la portée symbolique.

 

Parmi ces oeuvres d'art, on relève deux pièces de harnachement de provenance royale :

les étriers de François 1er et la plaque de barde de cheval de Henri II.

Seule une clientèle noble et princière pouvait s'offrir ce type de pièces richement ornées.

 

La salle d'histoire.

 

Le château abrite une maquette restituant l'état de l'édifice au milieu du XVI° siècle,

avec l'aile d'entrée disparue et le jeu de paume édifié contre la terrasse nord.

 

Les boiseries du château de Gaillon (Eure).

 

Les éléments de boiseries exposés dans cette salle proviennent de la chapelle du château de Gaillon.

 

Ce château, dont il ne reste plus que des vestiges, fut construit entre 1502 et 1510 dans un petit bourg de l’Eure, dominant la Seine, par le cardinal Georges 1er d’Amboise, archevêque de Rouen et puissant ministre de Louis XII. Un panneau présente ses armoiries sommées du chapeau de cardinal. Il s’agit du premier foyer de la Renaissance en Normandie, où sont nettement perceptibles les influences italiennes.

 

Le 1er étage

 

Le premier étage de l’aile sud du château était réservé aux appartements

du connétable Anne de Montmorency et à ceux de sa femme Madeleine de Savoie.

Ils se trouvaient ainsi en communication directe avec la chapelle, grâce à l’oratoire situé à l’étage.

Le connétable occupait la partie orientale de l’aile, originellement coupée en deux pièces

comme l’indique la poutre peinte sur les deux faces. Elle nous assure de l’existence d’une cloison.

 

Le pavillon d'Abigaïl.

 

Cette pièce porte de nom de la cheminée peinte.

 

Elle abrite les deux premières tapisseries de la prestigieuse tenture de David et Bethsabée,

tissées à Bruxelles vers 1520-1525. Sur le côté de la première pièce,

le récitant ouvre son livre pour raconter l'histoire qui commence avec l'Arche d'Alliance à Jérusalem...

 

La galerie de Psyché.

 

La suite de la tenture est exposée dans cette galerie, un espace de déambulation et de réception

et dont les fenêtres contenaient jusqu'à la Révolution des vitraux peints en grisaille dans le style de Raphaël

(se trouvant maintenant au musée Condé à Chantilly)

racontant le conte mythologique de l'histoire de la jeune Psyché, extrait de l'Âne d'or de l'écrivain antique Apulée

 

Deux cheminées de pierre sculptées provenant d'une maison de Châlons-sur-Marne représentant l'une :

le Christ et la Samaritaine au puits, l'autre, Diane et Acréon changé en cerf.

 

Une petite pièce intermédiaire présente une clôture de chapelle de l'église d'Augerolles (63).

Un petit cabinet dans la tour Ouest conserve son décor de lambris.

 

Les appartements du roi Henri II.

 

Le cabinet du Roi est desservi par la galerie.

Il est meublé de coffres car il avait l'usage de garde-robe.

Les murs sont ornés de plaques monumentales en émail peint sur cuivre de Limoges.

 

Cette petite pièce lambrissée servait aux entretiens confidentiels du souverain.

 

La chambre d'Henri II.

 

Cheminée peinte, de la scène biblique Saül en colère égorgeant deux des ses boeufs.

 

C'est la seule pièce du château à avoir conservé son plafond avec le chiffre d'Henri II et de Catherine de Médicis.

Elle expose les dernières pièces de la tenture de David et Bethsabée.

 

Escalier de la Cour des Comptes.

 

L'antichambre du Roi présente aujourd'hui cet escalier en bois dédié à Marie de Médicis et Henri IV.

Exécuté vers 1600-1610, il provient de la chambre des Comptes du Palais de la Cité à Paris,

et remplace un escalier de pierre disparu à la Révolution.

 

La Grande salle du Roi

 

C'est dans cette pièce que le Connétable y recevait l'hommage de ses vassaux.

Au sol, reconstitution d'un pavage de faïence polychrome avec des carreaux

de Masséot Abaquesne (Rouen, XVI° siècle), représentant les armes du Connétable et celles de sa femme,

et qui pavait autrefois l'ensemble de l'étage.

 

Cheminée en marbre italien, surmontée d'un manteau sans doute sculpté par un élève de Jean Goujon.

 

Panneaux à l'emblème du Connétable et de Marguerite de Savoie.

 

La salle des cuirs.

 

Cheminée peinte, le Jugement de Salomon. Sur les murs, tenture de cuir, l'Histoire de Scipion,

d'après les gravures d'Antonio Tempesta, exécutée en France au début du XVII° siècle.

 

Les vitraux du château.

 

Ces vitraux proviennent du château d'Ecouen.

Le plus ancien (1544) figure la salamandre de François 1er.

 

Les broderies de l'arsenal.

 

Cheminée peinte, le Sacrifice de Saül.

 

 

Tenture brodée de soie rehaussée d'or et d'argent provenant du palais de l'Arsenal,

aux armes de la famille de Sully (France, début XVII° siècle).

 

Propriété de la Légion d’Honneur depuis Napoléon Ier, l’édifice est transformé par la volonté d’André Malraux

en musée national de la Renaissance afin de proposer un dialogue original et fécond entre l’architecture

et son décor, d’une part, les collections d’arts décoratifs provenant du musée de Cluny à Paris, d’autre part.

 

La salle des tissus.

 

La collection de tissus comporte des pièces allant du début du XVI° siècle à la fin du XVIII° siècle.

Elle est composée de vêtements et d’ornements liturgiques, d’accessoires de costumes civils,

de fragments d’étoffes et de dentelles.

 

La salle des céramiques.

 

Dans la 1° salle, sont présentées les céramiques d'Iznik (Turquie)

et dans la 3° salle, les céramiques françaises.

 

 

La 2° salle présente des vitraux : deux proviennent de l'ancien charnier Saint Paul à Paris,

début du XVII° siècle.  Les autres, de Notre-Dame de Provins et de l'hôtel-Dieu de Provins.

 

Le banc d'orfèvre d'Auguste 1er de Saxe, en bois résineux, incrusté de diverses essences de bois,

pieds en noyer, fer gravé à l'eau-forte et doré.

Cet instrument servait à étirer le métal pour fabriquer des fils.

 

Son usage est assez complexe : il servait effectivement à étirer des fils de métaux précieux (or et argent), mais aussi des métaux non précieux (cuivre, fer ou laiton). Il disposait en outre d'un laminoir, système qui permettait notamment de fabriquer des fers de rabots pour moulurer les meubles.

 

La nef de Charles Quint, vers 1580, en laiton doré, émail et fer.

 

Objet de luxe et de prestige, l'horloge automate en forme de nef montre sur son pont arrière l'Empereur germanique salué par de grands électeurs. Il s'agit peut-être de Charles Quint dont on reconnaît les emblèmes : l'aigle bicéphale et des deux colonnes d'Hercule. Son attribution probable à Hans Schlottheim, célèbre horloger actif à Augsbourg à partir de 1573, laisse à penser qu'elle fut réalisée pour Rodolphe II, (1552-1612) petit fils de Charles Quint.

 

Les trente-deux salles abritent notamment une collection d'orfèvrerie

(issue du legs de la baronne Salomon de Rothschild, 1922, des céramiques ottomanes (Iznik),

des émaux peints de Limoges, la collection d'armes d'Édouard de Beaumont,

des terres cuites de Masséot Abaquesne,

ainsi que l'ensemble des pièces de céramique de l'atelier de Bernard Palissy exhumées lors des fouilles du Louvre.

 

Avec la Révolution française, le château est confisqué. Il sert tout à tour d'hôpital, de prison militaire et de lieu de réunion d'un club patriotique. En 1805, Napoléon y ouvre une maison d'éducation de la Légion d'honneur, accueillant les filles de personnalités s'étant vues décorées.

En 1962, la maison d'éducation quitte le château qui est alors cédé au ministère des Affaires culturelles. André Malraux cherchait alors un lieu où exposer les collections nationales de la Renaissance, dont la plupart étaient stockées dans l'hôtel de Cluny faute de place.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.ecouen.fr/
Dépliant 6 volets "Guide de visite", remis à l'accueil

Le Château d'Ecouen : Musée national de la Renaissance
d'Alain Erlande-Brandenburg (Auteur), Editions Albin Michel, 1988

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 13 septembre 2017

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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