SOLIGNAC  (Haute-Vienne)
Arrondissement de Limoges -  Canton de Condat-sur-Vienne.

Région Nouvelle Aquitaine.
 Population : 1.571 Solignacois en 2016.

 

D'une superficie de 1.654 hectares, et d'une altitude de 212 à 392 mètres,

la ville est située au bord de la rivière la Briance.

 

Vue aérienne avant 1970.

L'église, les bâtiments conventuels et les jardins descendent

en gradins jusqu'aux eaux vives de la rivière, qui coule à deux cents mètres du sanctuaire.

 

Le vieux pont du XII° siècle, enjambant la rivière la Briance.

 

 

Abbaye Bénédictine Saint Pierre

 

 

Vue aérienne avant 1970 : les jardins, bâtiments conventuels et l'abbatiale.

 

Le roi Dagobert, vers 630, donne à son conseiller, Eloi, orfèvre réputé, un domaine royal sis à Solemniacum, dans ce Limousin dont il est originaire. Celui-ci met en valeur le domaine et y installe des moines venus de la grande abbaye vosgienne de Luxeuil. Il impose au départ une règle inspirée à la fois des prescriptions du saint irlandais Colomban et du saint italien Benoît. La règle bénédictine est adoptée par la suite, comme dans tout le royaume.

 

Les bâtiments conventuels et le chevet de l'abbatiale, avant 1970.

 

Aux XII°-XIII° siècles, forte de la protection royale et riche de ses reliques, l'abbaye contrôle près de vingt églises paroissiales et possède des terres en Montagne limousine autant qu'en pays de vignes dans le bas-Limousin (Corrèze actuelle). Bien situé sur l'axe routier nord-sud, qui relie Périgueux à Limoges, le bourg marchand se développe hors des remparts qui ceinturent le domaine abbatial.

 

L'abbaye avant 1923.

 

Ruinée au XVI° siècle par les guerres de religion et de très dures révoltes paysannes (les Croquants), l'abbaye est aussi victime de la désaffection de ses abbés commendataires, grands prélats non-résidents, soucieux avant tout d'en tirer un revenu.

 

La cour intérieure et entrée dans l'abbaye.

 

L'abbaye est sauvée par la Contre-Réforme catholique et par le mouvement de dévotion qui marque le début du règne de Louis XIII. En 1619, imitant l'exemple donné par l'abbaye de Saint Augustin à Limoges, l'abbé fait appel à six moines de Saint Maur pour restaurer la règle stricte.

 

Plan daté 1862 (Collection Peigne-Delacourt).

(A) Porte du monastère - (B) Cour - (C) 2° Porte d'entrée - (D) Réfectoire - (E) Cuisine, (F) Cellier de l'hôpital,

(G) Infirmerie - (I) Jardin - (K) Cloître - (L) Dortoir - (M) Réfectoire des moines - (N) Latrines,

(O) Portique, galerie à colonnes - (P) Grenier - (Q) Jardinet - (R) Chapelle) - (S) Commun, officine,

((V) Cellier et commun - (AA) Porte entrée chapelle - ((BB) Cour - (CC) Jardin - (DD) Dortoir - (EE) Grenier.

 

L'abbé se heurte à l'opposition farouche des moines en place : l'abbaye est partagée et les Mauristes se contentent d'une petite chapelle jusqu'à ce que la mort emporte les récalcitrants. Remise en état, l'abbatiale retrouve sa fonction en 1635. Cent ans plus tard, on reconstruit entièrement le cloître et les bâtiments conventuels.

 

L'église abbatiale romane Saint Pierre-Saint Paul.

 

Dédiée aux apôtres Pierre et Paul,

l'église à coupoles a été construite pour l'essentiel durant le deuxième quart du XII° siècle.

 

L'église a une forme de croix latine orientée est-ouest. La longueur intérieure totale est de 70 m,

la longueur du transept, 37,4 m, la nef mesure 14,6 m de large,

et la hauteur sous coupole est de 18,4 m pour la nef et 19,1 m pour la croisée.

 

Le portail Ouest est à trois ressauts (très mutilé) et surmonté du petit clocher-mur, qui a remplacé en 1910,

le clocher d'origine, effondré en 1783. On pénètre dans la base du clocher-porche primitif,

voûté d'ogives très précoces (fin XII° ou tout début du XIII° siècle).

 

Façade latérale Nord et entrée dans le bras nord du transept.

Le portail du croisillon Nord est surmonté d'un ensemble sculpté en pierre calcaire des Charentes,

provenant d'un devant d'autel ou d'un retable.

Il représente un Christ en majesté entouré des symboles des évangélistes.

Dans des arcades aux fines colonnes torses, des restes de statues.

 

Les éléments de décoration extérieure, ainsi que les chapiteaux sculptés dans le calcaire des Charentes, témoignent de la richesse de l'abbaye : les charrois, par des chemins épuisants, étaient un luxe que seuls les plus grands pouvaient s'offrir. Le matériau de base reste un granite dur, bien appareillé.

 

Dans les parties hautes du choeur en granite,

une arcature aveugle qui se déploie d'un transept à l'autre assure l'harmonie et l'unité de l'ensemble.

Leurs toitures reposent sur une fine corniche

appuyée sur une alternance de modillons sculptés et de métopes calcaires.

 

Dix marches permettent de découvrir la nef unique

et l'enfilade des coupoles que rien ne laissait deviner de l'extérieur.

La nef comporte deux travées carrées, couvertes de deux vastes coupoles identiques de 10,5 m de diamètre.

Elle est éclairée par des baies jumelles que surmontent une coursière sans rampe.

 

Porte du porche sous la tour occidentale.

 

La nef sur file de coupoles.

Les stalles datées du XV° siècle, sont l'un des éléments majeurs du mobilier.

 

 L'abbatiale présente la particularité d'avoir des modillons et des chapiteaux strictement identiques face à face,

du début de la nef jusqu'au fond de l'abside. En outre, chaque fenêtre possède deux chapiteaux identiques.

Chaque sculpture a sa signification symbolique, tant à l'intérieur de l'édifice qu'à l'extérieur.

 

Cinquante six miséricordes, toutes différentes, aux appuie-mains sculptés

et aux images d'art populaire qui les enrichissent.

Seules les jouées à grosses volutes et les dossiers ornés de trilobes

témoignent de la remise en état du XVIII° siècle.

 

 

Les miséricordes sculptées, toutes différentes.

 Les stalles occupaient à l'origine une grande partie de la nef puis furent placées dans le choeur

et enfin mises à leur emplacement actuel après restauration en 1983.

 

L'intérieur se caractérise par la pureté de l'architecture, la sobriété de l'ornementation, la solidité

et l'équilibre de l'édifice. Il se compose d'une nef unique et d'un choeur sans déambulatoire.

Le transept sud est raccourci à cause des bâtiments conventuels existant

au moment de la construction de l'abbatiale.

 

Le choeur. À l'entrée de l'absidiole axiale se trouve un autel double face donné à l'abbaye en 1653.

Il permettait de célébrer la messe des deux côtés.

Il est orné de deux anges, l'un en attitude d'adoration, l'autre suppliant.

 

La croisée du transept.

La peinture murale de saint Christophe, du XV° siècle, à l'entrée du transept droit a été découverte en 1950

et restaurée après avoir été décollée du mur et placée sur un support inerte,

pour éviter les remontées d'humidité dans son pilier support.

 

Jusqu'en 1950, de grands panneaux en bois imitant le marbre et soutenant des autels recouvraient les murs de l'abbatiale. On décida de les enlever pour mettre à nu l'appareillage de la pierre. L'enduit à la chaux recouvrant le pilier droit laissait apparaître des traces de couleurs et une fois enlevé fit place à une peinture murale de 5 m de haut sur 3,20 m dont le bas était détruit.

 

Le choeur, dépourvu de déambulatoire, est orné de deux petits panneaux peints en grisaille, du XVII° siècle.

A gauche, la dernière Tentation du Christ. A droite, le Christ au Jardin des oliviers.

 

Toutes les fenêtres du choeur étaient ornées de vitraux du XV° siècle : endommagés par une tempête,

les images restantes ont été récupérées

et regroupées dans les trois fenêtres de l'abside lors de la restauration de 1980.

 

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Dans le bras nord du transept, une niche armoire abrite plusieurs reliquaires.

Un buste reliquaire de la fin du XIII° siècle contient des restes de Saint Théau,

Ce jeune captif saxon, racheté par saint Eloi, serait l'un des évangélisateurs des Pays-Bas.

Il aimait Solignac où il avait été formé et où il vint mourir.

 

Le crâne est recouvert d'une feuille de cuivre repoussé et argenté. Une calotte à fenêtre, du XIX° siècle, permet de voir la relique. Une autre châsse-reliquaire en bois peint du XVII° siècle, avec imitation de cabochons peints en rouge, deux bras-reliquaires d'art populaire, en bois sculpté doré du XVIII° siècle ou en bois recouvert d'une feuille de cuivre du XVII° siècle, un Christ en ivoire du XVII° siècle.

 

Dans la chapelle du transept sud, au dessus de l'autel, statue de la Vierge portant l'enfant Jésus,

en bois polychrome du XVII° siècle. Elle a été déplacée en avril 2017 dans l'angle contigu

et mise sur un socle taillé dans un cèdre couché par la tempête de 1999.

 

Les contraintes du site expliquent le traitement différent des deux bras du transept :

il est couvert d'une coupole au Nord, d'une voûte en berceau au Sud.

 

Dans la chapelle du transept nord, au dessus de l'autel

la statue de saint Michel terrassant le dragon, en bois polychrome du XVII° siècle.

 

Chapelle du bras nord du transept.

 

La crypte, accessible par l'extérieur  est la seule qui comporte une fenêtre qui supporte

le tore et les colonnettes nichées hors les piédroits, qui sont la marque du roman limousin.

 

L'abbaye qui compte encore quatorze moines à la Révolution, connaît ensuite des vicissitudes. Pensionnat de jeunes filles sous l'Empire, elle est convertie en fabrique de porcelaine sous Louis XVIII, et ce, jusqu'à la crise de 1930. Les normaliens d'Obernai (Bas-Rhin) y trouvent refuge pendant six ans, de 1939 à 1945.

 

Avec les oblats de Marie, qui en prennent possession en 1946, les bâtiments retrouvent leur vocation spirituelle, d'abord comme séminaire, ensuite comme lieu de retraites. En 1994, la congrégation cède la place à une communauté charismatique, transplantée de Corrèze.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

Dictionnaire des églises de France, Auvergne, Limousin, Bourbonnais

Volume II, Editions Robert Laffont, 1966

Dépliant 4 pages "Guide du visiteur", disponible à l'entrée de l'édifice

Dépliant 8 pages "Circuit du patrimoine, Solignac", O.T. de Limoges

"Hauts lieux du Limousin", M. Peyramaure, Editions Ouest-France, 2005

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 28 juin 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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