ROCHECHOUART  (Haute-Vienne)
Arrondissement et canton de Rochechouart.

Région Nouvelle Aquitaine.
 Population : 3.781 Rochechouartais en 2017.

 

D'une superficie de 5.388 hectares, et d'une altitude de 159 à 313 mètres,

la ville est traversée par la rivière la Vayres, un affluent de la Grêne

La ville est surnommée la "Cité du canon".

 

Vues aériennes avant 1970, et l'église romane Saint Sauveur.

La petite ville est dominée par son château, qui, sous ses tours massives,

cache l'un des cinq centres d'art contemporain du Limousin.

Elle est également bâtie près du point d'impact d'une énorme météorite qui a bouleversé la région,

il y a 160 millions d'années. Cette météorite de 600 m de diamètre

et d'un milliard de tonnes a creusé un cratère de 7 à 8 km de profondeur et de 23 km de diamètre.

 

L'hôtel de ville (anciens communs du château) et le monument aux morts.

(Les réfugiés de Schilticheim (Bas-Rhin) aux enfants de Rochechouart morts pour la patrie, 1914-1918,

en reconnaissance du bon accueil reçu le 11 novembre 1939).

 

Le canon de l'artillerie du château, du XV° siècle.

 

La municipalité conserve un petit canon, vestige de l'artillerie du château et qui servait autrefois à tirer des salves pendant les grandes occasions, et qui donne à Rochechouart le surnom de Cité du canon. Le canon faisait partie des quatre pièces d'artilleries dont était pourvu le château au début du XIX° siècle. Deux pièces servirent à reconstituer l'artillerie impériale après la retraite de Russie. Des deux pièces restantes, l'une éclata en tirant des salves d'honneur au cours du XIX° siècle. Le dernier canon se vit doter d'un affût moderne en 1870, pour célébrer les futures victoires françaises. Il ne sert plus aujourd'hui en raison de sa fragilité.

 

 

Château des XII° et XV° siècles

 

 

Transformé en Musée contemporain de la Haute-Vienne, depuis 1987.

Le château donne sur une vaste place plantée de tilleuls

qui fut en fait la première cour, jadis enclose, du château. Les communs sont aujourd'hui occupés par la mairie.

 

Vingt-huit vicomtes et plus de cinquante sous-préfets se sont succédé dans ses murs. Le château fut en effet racheté par le département de la Haute-Vienne en 1836. Il abrita longtemps la justice de paix du canton et la mairie. Il est dévolu désormais, depuis 1987, à un Musée départemental d'art contemporain qui partage les bâtiments avec la sous-préfecture.

 

A gauche, la tour dite du lion, présente à mi-hauteur,

une niche où repose un animal tenant une femme au seins nus entre ses pattes.

Le châtelet d'entrée à pont-levis conserve une des tours du XIII° siècle.

 

La légende raconte qu'au XIII° siècle, le vicomte Aymeric VII aurait fait jeter au lion, dans la tour même, sa femme séduite, lui disait-on par son maître d'hôtel. Trois jours après, la dame fut retrouvée vivante, le lion lui léchait les mains : ce jugement de Dieu prouva son innocence. L'intendant calomniateur prit sa place et fut aussitôt dévoré.

 

Au-delà d'un profond fossé à sec, se dresse l'imposante façade nord-est à quatre rangs de trois fenêtres :

les lucarnes du toit comportent un pignon à gâble et deux pinacles.

 

L'histoire du château commence vers l'an 1000 par la fortification par les vicomtes de Limoges d'un éperon rocheux dominant la Graine. Jusqu'en 1470, la châtellenie est le fief d’une branche cadette des vicomtes de Limoges. Au milieu du XVIII° siècle, l'intérieur du château est délabré. L'heureux mariage, en 1757, de François-Louis de Rochechouart (fils de François-Bertrand, baron des Bâtiments et vicomte de Rochechouart décédé en 1742), avec Marie-Victoire Boucher, fille et héritière d’un riche trésorier général des colonies, permet de restaurer le château.

 

Tout du long, une bretèche à mâchicoulis s'avance sous la toiture.

 

Vue aérienne avant 1970 : façade côté jardin.

 

L'escalier d'honneur du Château, dominant la vallée de la Grêne.

 

Intérieur d'une des tours.

 

Vue aérienne avant 1970 : la cour intérieure.

 

Pendant la Révolution, on essaie de démolir le château. Les révolutionnaires ne réussirent qu'à démolir le sommet des deux tours qui encadrent la façade sud-est. Le château abritera une prison en 1793. Il est acheté par le département en 1836, pendant le règne de Louis-Philippe. Entre 1858 et 1859, le début des campagnes de restauration est mené par le service des Monuments historiques pour installer dans le château la sous-préfecture et la mairie, sous le règne de Napoléon III.

 

La cour d'honneur avec ses façades, sans doute surélevées au XIX° siècle,

sont bordées d'une galerie plafonnée du XV° siècle,

supportée par dix huit colonnes torses alternées, reliées par des arcs plein cintre.

Les angles rentrants comportent deux tourelles engagées.

 

Dans la cour du Château, cette grande structure spatiale, produite à cette occasion par Yona Friedman est composée de 200 cerceaux en aluminium, cette forme ouverte, légère et aérienne recevra, durant la durée de l’exposition, les images envoyées par le public.

 

Figure incontournable de l’architecture et de l’art contemporain, Yona Friedman défend, une conception de l’utopie réalisable. L’ensemble de ses productions, écrits, conférences n’a donc de cesse de proposer à chacun un code source. Auteur de l’ouvrage "l’Architecture mobile" en 1958, Yona Friedman prône avant tout le droit à l’autodétermination pour l’habitant de structurer son environnement en fonction de ses besoins et ressources.

 

La porte gothique.

 

Vers 1470, Anne de Rochechouart et son mari Jean de Pontville entreprennent de grands travaux dans leur château. Cette porte ornée, dont le blason qui la surmontait est perdu, conduisait par un vaste escalier à vis vers les espaces de représentation somptueusement peints. Juste à côté, une large porte cintrée donne sur l'escalier descendant dans l'immense cellier du château.

En 1512, leur fils François de Rochechouart-Pontville fait assassiner Pierre Bermondet, seigneur du Boucheron et de Saint-Laurent-sur-Gorre dont il convoitait les terres. S'ensuivit un procès retentissant qui ruina les Pontville. Par décision de justice royale, le donjon fut arasé et les bois de hautes futaies coupés. François échappa à la justice mais sa famille dut construire un monument funéraire pour la victime, à Panazol.

 

Dans la cour d'honneur, la galerie est soutenue par des colonnes torses.

Photo de droite, "Column"  (2001), de l'artiste anglais Tony Cragg.

Cette colonne tourbillonnante en grès fait écho à la colonnade torsadée de la façade du château,

Sa forme abstraite et organique jour avec le trompe-l'œil,

laissant discerner des profils, donnant l'impression que la matière tournoie.

 

En 1985, Giuseppe Penone imagine une sculpture pour la cour du château

en reprenant des éléments architecturaux comme les colonnes torses de la galerie Renaissance.

 

 L’artiste joue également sur l’interaction entre le bronze, matériau traditionnel de la sculpture, et la matière vivante d’un arbre, autour duquel s’inscrit l’élément en bronze qui, dans le temps, grandit et évolue avec elle.

 

Les deux éléments de bronze qui relient l’arbre à la colonne sont, d’une part, une forme anthropomorphique, mi-humaine mi-végétale qui enserre l’arbre et, d’autre part, une grande feuille majestueuse, formée de l’empreinte d’une multitude de feuilles plus petites, fixée au sommet de la colonne.

 

L’œuvre que Penone a réalisé à Rochechouart est toute entière faite de symboles vivants et de métaphores. L’idée directrice était de créer, là où la cour du château s’ouvre sur la pleine nature, une sculpture qui apparaisse comme un trait d’union entre l’architecture des bâtiments et la végétation environnante.

 

La sculpture se compose de trois éléments : une colonne torsadée en granit, un arbre et deux formes en bronze, qui relient entre eux. La colonne apparaît comme un rappel de la colonnade des galeries du château. Elle est la référence architecturale de la composition et constitue à la fois son point d’ancrage et un élément dynamique. L’arbre marque la présence vivante du végétal. On pense évidemment au symbole séculaire de l’arbre de vie. Et ce sont bien les notions de cycle des saisons, du temps qui passe, des différents âges de l’existence qui sont concrétisés ici.

 

Le musée d'art contemporain.

 

Le Musée s'est constitué d'une collection qui compte aujourd'hui plus de 300 œuvres d’artistes internationaux

(Gabriel Orozco, Gerhard Richter, Pierre Huyghe, Dora Garcia, Kiki smith...) et un fonds unique en Europe

dédié à l'artiste Raoul Hausmann, fondateur du mouvement Dada Berlin qui termina sa vie à Limoges.

 

Ugo Rondinone, The evening passes like any other, 1998.

Dès l’ouverture du musée en 1985, des ensembles se sont organisés autour de grands mouvements historiques nés à la fin des années 1960, particulièrement ceux qui ont exploré les liens entre nature et culture,

comme L'Arte Povera (Alighiero e Boetti, Luciano Fabro, Jannis Kounellis, Michelangelo Pistoletto,

Giuseppe Penone) ou encore le Land Art représenté dans la collection par Richard Long et Hamish Fulton.

 

Raoul Hausmann (1886-1971).

 

Les années passées en Haute-Vienne de Raoul Hausmann ont poussé

le musée départemental d'art contemporain de Rochechouart à créer un fonds dès 1986.

Cette collection comporte aujourd'hui plus de 600 oeuvres et documents.

 

Ü Raoul Hausmann - Tête mécanique 1919-1920.

 

Raoul Hausmann est né à Vienne, le 12 juillet 1886. Son père, peintre de tradition académique, est à l’origine de la première formation artistique de son fils. En 1900, la famille s’installe à Berlin où Raoul débute des études de peinture et de sculpture.

 

Raoul Hausmann se nommait lui-même le "dadasophe". Celui qui fut peintre, poète, photographe, danseur, écrivain et scientifique, exerça une influence considérable sur ses contemporains. On lui doit l'invention du photomontage. En 1923, il délaisse la peinture (qu'il ne reprendra qu'en 1945) pour se consacrer à ses collages de photographies et d'illustrations de revues, auxquelles il ajoute parfois des lettres et des poèmes. Il est aussi le père de la poésie phonétique, composée d'onomatopées. Il imprimait lui-même ses poèmes sur des affiches qu'il allait ensuite coller dans les rues. En 1919, c'est lui qui créa la célèbre revue Der Dada.

 

Après des débuts artistiques influencés par le cubisme, l'expressionnisme et le futurisme,

il est en 1918 un des fondateurs à Berlin du mouvement Dada.

Apparu deux ans plus tôt à Zürich en réaction à la première guerre mondiale, Dada redéfinit profondément

et avec iconoclasme la forme et les buts de l’art. A Berlin, Dada se fait politique, événements.

Hausmann en est un des grands animateurs.

 

De Berlin à Rochechouart.

 

Dès 1922, Hausmann cesse d'exposer et part pour la Baltique. En 1933, à l'arrivée d'Hitler au pourvoir, il part pour Ibiza où il sera rattrapé par la guerre d'Espagne. C'est le départ pour Zurich, puis Prague, et enfin la France en 1938. En juin 1940, la fuite encore, où il rencontre Marthe Prévot, sa dernière compagne. En 1944, à 58 ans, il s'installe définitivement à Limoges. Il refait surface dans les années 50 et expose ses collages à travers l'Europe. Il meurt dans la discrétion en 1971.

 

Escaliers d'accès aux étages.

 

(Photo de droite) Vers luisants de Daniel Tremblay, en caoutchouc avec incisions.

L'artiste joue sur une opposition entre le caoutchouc, matière opaque, dure et sombre

et la dimension poétique de l'image de ce personnage formé de constellations dans une ambiance nocturne.

 

Peintures murales de la salle des chasses, fin XV° siècle.

 

Fortement restaurée, cette salle relate une chasse à courre dans tous ses épisodes.

C'est un bon témoignage sur le château et ses occupants à la fin du XV° siècle.

 

 

 

La fresque des chasses se situe au 1° étage du château (étage seigneurial), dans l'aile sur cour et ville.

Cette salle était sans doute une sorte d'antichambre qui communiquait par un passage à la chambre du seigneur,

aujourd'hui disparue. Dédiée à la réception, elle ne possède pas de cheminée et n'était aménagée que lorsqu'il y

avait des invités. Elle devait par son décor symboliser les goûts, la richesse et le rang du seigneur des lieux.

 

Par deux registres séparés par un galon se développe un cycle de chasse à courre

dans la forêt de Rochechouart en contrebas des remparts du château.

 

La chasse était précédée par un banquet.

 

La galerie d'Hercule, datée aux environs de 1530.

Un rare exemple de fresques en grisaille de la Renaissance française.

 

Sur le long parquet de cette salle, la savante accumulation de pierres calcaires

déposées par Richard Long (1990) constitue un témoignage du Land Art.

 

L'Arte Povera illustre une double rupture avec la tradition : il récuse les supports conventionnels (la toile, le châssis) et les outils habituels (la palette, les couleurs, les pinceaux). Les artistes font jouer des éléments culturels avec des matériaux fort divers qui, pris isolément, n'ont aucune connotation plastique.

 

Le Land Art illustre les mêmes ruptures, mais en utilisant des surfaces qui peuvent aller jusqu'à de vastes étendues désertiques. Le corps de l'artiste peut aussi devenir un outil. Ainsi Richard Long trace à même le sol un sillon en passant et repassant entre deux points.

 

Situé à l'étage seigneurial au 1° étage, dans le logis sur cour et ville,

ce cycle a été réalisé dans la grande salle d'apparat (aula magna).

Cet ensemble, partiellement mis au jour en 1883 mais resté badigeonné, a été redécouvert en 1965.

 

L'usage de la grisaille marque le renouvellement des modes de représentation qui a cours dans la première moitié du XVI° siècle. On le retrouve également en vitrail ou dans l'art de l'émail. Ce goût pour la grisaille peut avoir trouvé son origine dans le développement des estampes, procédé du multiple qui, depuis la fin du XV° siècle, permet la diffusion à plus grande échelle des oeuvres d'art.

 

Les légendes calligraphiées en lettre gothiques qui accompagnent chaque scène sont en ancien français

(langue d'oil), hormis quelques mots) bien que la langue usuelle de Rochechouart fut la langue d'oc.

 

L'autre grande nouveauté de cet ensemble est l'inspiration antique avec un thème emprunté à la mythologie.

Ainsi chaque image est séparée par un décor de colonnes, certaines baguées, d'autres losangées. Toutefois,

les représentations des armes et des armures des protagonistes sont traitées d'une manière contemporaine.

 

Le cycle des travaux et exploits d'Hercule  est du goût des plus riches, qui emploient son effigie pour embellir leurs résidences, voire s'identifient à lui et aux vertus chevaleresques qui lui sont assignées (Hercule courtois). Hercule est un symbole du pouvoir puisqu'il est une image du roi de France. Hercule est présenté comme l'homme vertueux par excellence. Rattaché à la religion chrétienne, Hercule est alors considéré comme un nouveau Samson luttant contre les péchés. Il est aussi plus simplement cet homme qui, pour parvenir au salut éternel, accepte les épreuves de la destinée.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

https://www.musee-rochechouart.com/
https://www.dadart.com/
"Monographie du Canton De Rochechouart" d'Albert Masfrand, Editions Lacour, 2012

Dépliant 6 volets "Guide du visiteur", remis à l'accueil

Panneaux explicatifs présentés sur le site

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 30 juin 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville