LES SALLES-LAVAUGUYON  (Haute-Vienne)
Arrondissement de Rochechouart - Canton de Rochechouart.

Région Nouvelle Aquitaine
 Population : 144 Habitants en 2016.

 

D'une superficie de 1.232 hectares, et d'une altitude de 194 à 301 mètres,

le village est traversé par la rivière la Tardoire, et les ruisseaux Puissenet et de Suchés.

Il est situé dans le Parc Naturel Régional Périgord-Limousin, sur la route historique Richard Coeur-de-Lion.

 

Avant 1970, le village, l'église Saint Eutrope et les vestiges du prieuré.

La commune des Salles Lavauguyon se trouve dans le périmètre du « Pays de la Météorite »

où, voici 214 millions d’années, le paysage fut bouleversé par l’impact d’une énorme météorite.

 

 

Eglise romane  Saint Eutrope,

et l'ancien prieuré.

 

 

L'église est dédiée à Saint Eutrope, évêque de Saintes à la fin du III° siècle.

Elle est l'un des édifices majeurs de l'art roman limousin, tant par son architecture que par ses fresques.

 

Les façades Nord et Ouest, avant 1970.

 

Sur ordre du Vicomte Aymeric III de Rochechouart, commence en l’an 1075 la construction de l'édifice. Les bâtisseurs l’ayant édifiée à proximité d’une source, elle souffrit pendant le millénaire consécutif de sérieux problèmes liés à l’humidité du sol, ce qui entraîna la prolifération d’algues microscopiques, de champignons et de moisissures. Le terrain également propice aux glissements, fit se tasser les sols en terre battue, devenus au fil du temps durs et glissants en raison de l’humidité déjà mentionnée.

 

La façade Ouest, du début du XII° siècle,

a subi des influences charentaises sensibles dans la finesse de la sculpture des chapiteaux.

 

De part et d'autre du portail en granite de type limousin, deux personnages en calcaire,

sans doute la Vierge et Saint Jean, se font face.

Sur les fragments de frise qui les accompagnent, on reconnaît des lions,

des scènes de chasse ou de combat et des entrelacs.

Dans l'arcature aveugle centrale, un Christ en majesté présente une hostie.

 

Corniche sur modillons romans.

 

L'église, le prieuré et bâtiment transformé en bureau postal, puis en habitation privée.

 

Le clocher, de souche carrée, finit en octogone. Chaque face est percée d'une baie en plein cintre.

 

Chevet de l'église.

 

Cadran solaire sculpté.

 

Sur le mur de la photo de droite, vestiges de la litre funéraire.

 

Sur le mur Nord, les deux premières baies sont ornées de chapiteaux en calcaire finement sculptés

à la manière charentaise de feuillages,

d'animaux affrontés à tête commune et d'oiseaux luttant contre des reptiles.

 

La nef, sans doute du XI° siècle, est la partie la plus ancienne.

 

Chacune des quatre travées est éclairée par une fenêtre en plein cintre où des éléments décoratifs limousins

(boudins) se mêlent à ceux de type charentais (chapiteaux calcaires sculptés d'entrelacs et de feuillages).

Les chapiteaux de calcaire de la première travée,

sans tailloir, sont sculptés de palmettes, de rinceaux et d'animaux.

 

 

La nef romane se compose de quatre travées voûtées en berceau

élevées avec doubleaux, reposant sur des colonnes engagées.

 

 

Fresques du revers de la façade occidentale.

 

Cinq bandeaux couvrant appro-ximativement 80m² sur la face intérieure ouest présentent des scènes de l’Ancien et du Nou-veau Testament, telles que la création d’Adam et Eve, la Nativité mais aussi des vices tels que l’avarice, la violence, la vanité et la luxure.

 

Au revers de la façade occidentale sont représentés la Création d'Adam et Eve en présence de la Trinité (exemple unique dans l'iconographie romane), l'Annonciation, la Nativité, l'Annonce aux bergers, l'Adoration des mages, l'illustration des Vices et des Vertus, ainsi que des scènes du martyre d'Eutrope premier évêque de Saintes, inspirées de l’iconographie de saint Étienne, et la mise au tombeau du saint homme dont l'église des Salles porte le nom.

 

 

Chapelle des fonts baptismaux et bénitier circulaire en granit, mouluré de tores.

 

L’espace de la nef baignait dans une ambiance colorée, chatoyante, digne de la maison de Dieu. L’ornementation se déployait sur les parties basses des murs avec des motifs de rideaux, sur les écoinçons, sur l’intrados des baies avec des oiseaux et autres animaux pleins de vie tandis que les vastes surfaces planes laissaient se dérouler des cycles narratifs ou accueillaient de grandes figures. Il subsiste ainsi un cycle de la Genèse (de la Création d’Adam et Ève à la Chute), un cycle de l’Enfance du Christ, une scène de donation, une scène infernale, des cycles hagiographiques (six sur neuf ont été préservés), des effigies de prophètes et de deux chanoines.

 

 

Les bas-côtés, moins élevés,

seraient plutôt de profondes arcades communiquant entre elles par un étroit passage.

 

Une fenêtre en plein cintre éclaire chaque travée des collatéraux.

 

Les fragments de peinture noire avec blasons sont des éléments de plusieurs litres funéraires.

 

Les litres étaient des bandeaux noirs, complétés de loin en loin du blason du défunt, qui entouraient totalement l’intérieur et l’extérieur de l’église de la paroisse dont le défunt était le seigneur. Ces litres datent des XVI° et XVIII° siècles.

 

Le niveau de la nef s'élève lentement vers le choeur et des marches ont été  installées  au XIX° siècle.

 

 

Fresques : Saint Laurent et le martyre de Saint Laurent.

 

 

 

Le pavement actuel de l’église fut créé au milieu du XIX° siècle. Avant, la terre battue

recouvrait de nombreuses sépultures et des dalles de pierre signalaient celles des notables.

 

A l'entrée du chœur deux fresques, datées également de la seconde moitié du XII° siècle,

représentent Boson de Rochechouart, premier prieur des Salles, et le prieur Bernard, commanditaire des fresques.

 

 

Plus large que la nef, le choeur a été reconstruit au XIII° siècle.

 

Les peintures murales de l’église Saint-Eutrope (entre 1150-1170).

 

Découvertes à partir de 1986, ces fresques font partie des plus belles de France. Leur thématique, les scènes qu’elles représentent et leur qualité générale, la richesse des couleurs utilisées, les rendent uniques en Europe. Les sujets, inspirés de la thématique du mystère de la Rédemption du genre humain, juxtaposent des épisodes bibliques à des tableaux de la vie des saints.

 

Le martyre de Saint Eutrope et le martyre de Sainte Agathe.

 

Bernardus, 2° prieur des Salles - L'Annonciation - Ménétrix, la prostituée, assise sur une tour de Babylone.

 

Le registre inférieur est réservé à la mort brutale de Saint Eutrope. D’autres fresques sur les murs Sud et Nord poursuivent sur ce dernier thème en se focalisant sur des saints martyrs, hommes et femmes. Deux prieurs, accueillent le visiteur à l’entrée du chœur.

 

Le martyre de Sainte Valérie : à gauche, la décapitation, et à droite, Sainte Valérie porte sa tête à Saint Martial.

 

Au collatéral sud, fresque du XII° siècle, représentation de Boson, premier prieur des Salles. Sur les murs des collatéraux de la nef et dans le chœur du sanctuaire, les travaux de restauration en cours ont révélés les illustrations des vies de plusieurs saints et saintes, comme Valérie martyrisée à Limoges, figurée avec Martial premier évêque de la capitale limousine.

 

La création et la Tentation.

 

Le martyre de Saint Laurent.

 

D'après leur style, ses fresques appartiennent à l'école picturale des Pays de l'Ouest, dont elle utilisent la palette des couleurs, certaines caractéristiques de découpage des scènes et certains éléments de décor, avec l'intensité des bleus, les rehauts et les cernes de couleurs.

 

Le prieuré du XIII° siècle.

 

Le prieuré était de l'ordre des Augustins et dépendait féodalement et religieusement depuis l’origine

au chapitre de Saint-Junien. Alors que les chanoines de Saint-Junien étaient séculiers,

ceux des Salles étaient réguliers, ce qui veut dire qu’ils étaient soumis à la règle monastique

et qu’ils devaient résider dans leur prieuré.

Il fut utilisé comme presbytère et vendu à un particulier au cours de la Révolution.

 

Le prieuré jouxtant l’église au sud comportait initialement deux pièces, avec un dortoir

au-dessus d’une salle commune où les chanoines se rassemblaient pour les repas

ou les discussions en rapport avec leurs travaux et activités.

 

Les moines recevaient aussi le pèlerin ou le voyageur recherchant un abri temporaire. Les hivers rigoureux du XV° siècle forcèrent les résidents du prieuré à en réaménager l’intérieur afin de mieux produire et préserver la chaleur. Le dortoir fut divisé en deux par un mur dans lequel une grande cheminée, chauffait les deux sections. Au rez-de-chaussée, le même type de division fut opéré mais une seule des pièces disposait d’une cheminée, l’autre étant chauffée par le four à pain.

L’accès à l’église, pour la célébration des cinq messes quotidiennes, se faisait soit par l’escalier qui reliait le dortoir à l’église, soit par le passage au sol qui partait de la salle capitulaire et qui est encore utilisé de nos jours. En 1998, le prieuré fit l’objet d’une restauration de grande envergure, restituant une partie de sa splendeur passée.

 

Arcades de la salle capitulaire.

Le prieuré fut construit au XII° siècle afin de subvenir aux besoins des chanoines, un groupe de douze religieux.

 

Les bâtiments conventuels, datent pour leur majeure partie du début du XII° siècle, mais ils ont subit d'importants remaniements au XV° siècle. La façade ouest présente une série d'arcades romanes et une porte en arc brisé qui donnait accès à l'ancienne salle capitulaire. L'intérieur de l'ancien bâtiment des chanoines abrite un programme original de peintures murales religieuses datant du début de la renaissance, caractérisé par une illustration de la crucifixion d'inspiration hispanique.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.lessalleslavauguyon.com/

Fiche Mérimée : PA00100499-http://www2.culture.gouv.fr/

Dictionnaire des églises de France, Auvergne, Limousin, Bourbonnais,

Volume IIb, Editions Robert Laffont, 1966

Dépliant 4 pages "Fresques de l'église", disponible à l'entrée de l'édifice

Panneaux explicatifs présentés sur le site

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 2 juillet 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville