SAINT SAVIN-SUR-GARTEMPE   (Vienne)

(communément appelée Saint-Savin).
Arrondissement de Montmorillon - Canton de Montmorillon.
Région Nouvelle Aquitaine
 Population : 889 Saint-Savinois en 2014.

 

D'une superficie de 1.880 hectares, et d'une altitude de 72 à 142 mètres,

le village est situé à la limite des départements de l'Indre et de l'Indre-et-Loire,

et arrosé par la rivière Gartempe.

 

Vues aériennes avant 1970 : le village, l'abbaye, et les ponts sur la Gartempe.

 

Face à l'entrée de l'abbaye, l'hôtel de ville.

 

 

Abbaye bénédictine romane Saint Savin, du XI° siècle

 

 

L'abbatiale est inscrite au Patrimoine Mondiale de l'UNESCO en 1983,

car elle abrite un ensemble de peintures murales romanes très complet, bien conservé et unique en Europe.

 

Plan de l'abbaye en 1688, et l'abbaye, vue depuis un pont de la Gartempe, avant 1970.

Depuis sa découverte par Prosper Mérimée en 1840, de nombreuses campagnes de restauration

se sont succédées pour sauvegarder son décor peint exécuté aux alentours de l'an 1000.

 

Au Moyen Age, l'écriture et la lecture sont l'apanage des nobles et des clercs. Images et paroles mettent à la portée de tous le message chrétien. Une fois le sermon terminé, restent les images, cadre de la méditation des fidèles. Ecrin de la maison de Dieu, support du catéchisme et des moments forts de l'année liturgique, les images sont omniprésentes dans les églises. L'église abbatiale de Saint Savin est le témoin miraculé d'un de ces supports de l'iconographie chrétienne, la peinture murale.

 

L'église abbatiale.

 

Construite au XII° siècle,  l’église est longue de près de 42 mètres et large d’environ 30 mètres,

elle est orientée comme la plupart des édifices romans. Son plan en croix latine est composé d’une nef courte,

d’un transept développé et de trois absides accolées voûtées en cul-de-four.

 

D'après la tradition au V° siècle de notre ère, deux frères, Savin et Cyprien, fuient la péninsule italienne pour échapper aux Romains qui leur reprochent leur croyance chrétienne. Ils sont finalement rejoints et martyrisés près de la Gartempe. Les reliques des deux saints seraient retrouvées sur les lieux du martyre aux alentours de l'an 800. Baidilus, clerc palatin à la cour de Charlemagne, abbé de Marmoutier, fonderait ainsi une église dotée de quelques clercs pour abriter les précieuses reliques.

 

L'abbatiale est précédée d'un clocher-porche-plaqué sur la première façade.

Le clocher carré, décoré d'arcatures, a été couronné au XII° siècle, de deux étages percés de baies.

Il est surmonté d'une haute flèche à crochets, (77 mètres) pinacles et parapet,

datée du XIV° siècle et très restaurée au XIX° siècle.

 

Louis le Pieux, fils de Charlemagne, roi d'Aquitaine depuis 781, puis empereur en 814, est à l'origine de la réforme de la communauté des moines de Saint Savin. Il est aidé par Benoît d'Aniane qui assure le renouveau de nombreuses abbayes bénédictines et codifie la règle de Saint Benoît de Nurcie : la règle est alors appliquée à Saint Savin. Benoît d'Aniane aurait ainsi doté Saint Savin d'un abbé puissant, Dodon et d'une communauté d'une vingtaine de moines.

 

Au-dessus de la croisée s'élève une tour carrée d'un étage.

 

Lors des invasions normandes au sein du IX° siècle, les moines ont la chance d'être protégés par le "castrum" érigé sous Charlemagne. En 1010, Aumode, comtesse de Poitou et duchesse d'Aquitaine, effectue un don important qui permettra la construction et décoration qui s'échelonnent entre 1040 et 1100, sous l'égide des abbés Odon et Gervais. Au XIII° siècle, le comte Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis et une dame de Toiré permettent par leurs donations la construction de bâtiments conventuels.

 

Façade est, et chevet de l'église abbatiale.

 

L'âge d'or de l'abbaye est interrompu par une longue période de troubles. A la fin du XIV° siècle, la guerre de Cent Ans sonne le glas de la prospérité. Le monastère passe successivement aux mains des Anglais, des Français, puis des troupes du Prince Noir. Dans la 2° moitié du XVI° siècle, les guerres de religion ne font que prolonger cet état de fait. En 1562, les réformés pillent les bâtiments abbatiaux. En 1568, le mobilier liturgique, les reliques et les archives sont détruites par les protestants. Les catholiques s'installent après les avoir à leur tour malmenés.

 

Les trois absides accolées voûtées en cul-de-four.

L'étagement des volumes du chevet : les chapelles rayonnantes greffées sur le déambulatoire à la base,

le choeur et la tour de croisée.

 

Vers 1600, un des abbés commendataires fait démanteler les bâtiments pour vendre les pierres. Disparaissent ainsi une grande partie du cloître et les bâtiments conventuels bâtis aux XII° et XIII° siècles. Un autre abbé vers 1911, Henri de Neuchèze, baron des Francs, fait régler la terreur dans l'abbatiale où il a installé son logis et chasse les moines. Ce dernier sera chassé de l'abbaye sur les ordres du roi Louis XIII. Des religieux de la congrégation de Saint Maur venus de l'abbaye de Nouaillé réinvestissent la discipline.

 

 

Entre 1640 et 1682, des restaurations sont entreprises dans l'abbatiale et la construction de nouveaux bâtiments conventuels est décidée. Suite à la Révolution, ces nouveaux bâtiments conventuels sont affectés : logement d'instituteur, puis gendarmerie. L'église abbatiale devient église paroissiale en 1792. Les quatre derniers moines quittent alors l'abbaye.

 

La nef a trois vaisseaux qui comporte neuf travées.

Le transept vient dans la continuité, long et étroit. Le bras sud est plus court que le bras nord

car les bâtiments monastiques y étaient accolés. Des chapelles orientées sont jointes sur chacun des bras.

À l'origine, les murs des collatéraux étaient peints eux aussi.

 

Le voutement de la nef est caractéristique du système poitevin : le berceau du vaisseau central, haut de 21 m, est contrebuté par les voûtes d'arêtes des collatéraux. Les piliers de la nef, cruciformes dans les 3 premières travées (séparées par des doubleaux) et cylindriques dans les 6 autres (sans doubleau) montent presque à la hauteur des voûtes latérales pour permettre au vaisseau central de recevoir la lumière des bas-côtés.

 

Les chapiteaux des premiers piliers sont ornés de simples volutes d'angles,

tandis que ceux des colonnes offrent de riche décor de feuillages et d'entrelacs.

 

La voûte du vaisseau central est en berceau et couvre une superficie de 412 m². Elle est entièrement peinte.

Elle est épaulée par les voûtes d'arêtes des collatéraux.

Ces voûtes reposent à la fois sur les colonnes et les demi colonnes engagées dans le mur.

 

Les peintures sont adroitement réparties dans les différentes parties de l'église.

Ainsi forment-elles un langage formulé à l'adresse des fidèles - moines, pèlerins ou simples paroissiens.

 

L'intérieur est orné de peintures murales datant des XII° et XIII° siècles qui font la célébrité du lieu.

Elles ont été peintes directement sur les murs par un procédé intermédiaire entre la fresque et la détrempe.

Les couleurs employées sont peu nombreuses, ocre jaune, ocre rouge et le vert, mélangées au blanc et au noir

(et peu de bleu dont les pigments étaient très coûteux à l'époque).

 

Les peintures murales représentent uniquement des scènes de l'Ancien Testament issues des deux premiers livres du Pentateuque : la Genèse et de l'Exode. Elles se lisent comme un grand livre. Deux registres de peinture se déploient de chaque côté d'une frise qui divise la voûte dans toute sa longueur.

 

L'arche de Noé - Construction de la Tour de Babel.

 

Le musée des monuments français, à la Cité de l'architecture et du patrimoine, possède une reproduction des peintures murales de la voûte dans ses collections. Elle est présentée au plafond de la bibliothèque de la Cité de l'architecture et du patrimoine à Paris au palais de Chaillot.

 

Au revers de la porte qui la relie au porche, une Vierge en majesté, accompagnée d'anges et de saints abbés.

Cinq marches conduisent du narthex à la nef.

 

La tribune est située au-dessus du porche auquel elle est reliée par un escalier assez étroit. C'est une salle qui fait le double de la hauteur du rez-de-chaussée. Cette salle présente la même couverture en voûte que pour le narthex. Une grande fenêtre ouvre sur la nef.

 

 

La Vierge est peinte à la manière byzantine, hiératique et frontale.

 

Statue de Saint Joseph

Dalle funéraire de l'abbé Odon, 2° abbé de Saint Savin, mort en 820.

 

Le porche

 

Entrée de la crypte et le choeur.

 

Les cryptes.

 

 

L'une est dédiée à Saint Marin. Elle a une courte nef voûtée en berceau.
La seconde crypte, dédiée aux saints Savin et Cyprien est située sous l'abside. Elle est couverte de peintures.

 

La crypte est voûtée en berceau surbaissé. Au fond, on trouve une niche contenant un autel et une ouverture à l'est communiquant avec le déambulatoire. La crypte a été le lieu de la conservation des reliques des saints Savin et Cyprien. Toutes ont disparu.

 

Le choeur surélevé domine de sa hauteur, et est aménagé sur la crypte principale à demi enterrée.

 

Il est délimité par une colonnade dont les chapiteaux reçoivent alternativement des motifs sculptés

de lionnes affrontées ou des feuilles d'acanthe stylisées.

 

 

Cette colonnade soutient une voûte en cul-de-four éclairée par une rangée de baies.

L'éclairage n'a pas ici pour seule source les fenêtres des chapelles rayonnantes. Il se fait aussi par le haut.

La voûte a été repeinte d'un semis d'étoiles au XIX° siècle.

 

La fresque représente une scène d'inhumation.

Les vitraux du chœur, des chapelles et des baies du déambulatoire sont au nombre de 14.

Ils ont été commandés à l'atelier Lobin de Tours en 1873.

 

Les saints patrons de l'église sont représentés à deux reprises aux places d'honneur : de part et d'autre du Christ dans le chœur, de la Vierge dans la chapelle absidiale. Ces grands personnages en pied sont imposants. Leurs noms sont écrits en latin dans un style médiéval, imitant celui des inscriptions des peintures murales romanes de l'église. Ils sont, également, représentés sous des architectures semblables à celles servant de cadre aux scènes des peintures médiévales de la crypte.

 

 

Le chœur est entouré par un étroit déambulatoire de deux mètres de large,

avec une voute à pénétration divisée en onze travées.

 

Le déambulatoire. Tous les piliers ont été peints au XIX° siècle.

 

Le transept, à nef unique, donne à l'église son plan en croix latine.

Il est étroit avec une croisée couverte par une charpente.

Les bras abritent des stalles qui datent du XVIII° siècle.

La croisée du transept est supportée par quatre massifs importants qui bouchent le déambulatoire du chœur.

Le transept était autrefois peint comme la nef.

 

Chapelles : Saint Joseph, Saint Hilaire et Sainte Anne.

 

Saints repeints au XIX° siècle.

L'harmonie des volumes et la finesse des peintures font du choeur un haut lieu de l'art roman.

 

Malgré la place d'honneur réservée à l'autel majeur, la vie liturgique s'étend au-delà,

dans les chapelles rayonnantes. Elles sont desservies par le déambulatoire.

Il permet aussi d'apercevoir la crypte sans y pénétrer.

 

Les chapelles rayonnantes abritent des tables d'autel. Sur la tranche des dalles de pierre, des inscriptions romanes permettent de les dater des environs 1050. Elles sont dédiées aux archanges dans le bras nord du transept, aux apôtres dans le bras sud. Puis du nord au sud dans les absidioles aux Vierges, martyrs, Saint Marin et Saint Herménegilde dans la chapelle d'axe, aux évêques confesseurs Martin, Hilaire, Martial et aux martyrs, dont Saint Romard.

 

Les stalles sont en bois de chêne. Elles datent des années 1665-1670.

Elles étaient destinées au chœur des moines mauristes.

Elles étaient probablement disposées initialement dans les trois travées orientales de la nef.

 

Les bâtiments conventuels du XVII° siècle.

 

Dans l'alignement du bras sud du transept se développe un grand bâtiment d'allure classique

édifié sur les plans de l'architecte normand François Leduc, dit Toscane, à partir de 1682,

à la place de l'ensemble monastique médiéval endommagé au XVI° siècle.

 

Le logis abbatial.

 

Autrefois les bâtiments s'organisaient à la manière traditionnelle des abbayes.

Le cloître, cour fermée en forme carrée, était le centre autour duquel s'agençait :

un lieu de passage matériel et spirituel. Quatre galeries ouvertes permettaient de méditer

et de relier les bâtiments, sans contact avec l'extérieur, dans la clôture.

Sur le flanc est, un vaste corps de bâtiment borde la Gartempe.

On y trouve la salle capitulaire, le réfectoire, la cuisine et à l'étage, les cellules des moines.

 

Façade de l'aile nord. La cour centrale du cloître était encadrée par quatre corps de bâtiments.

Le côté nord est dévolu à l'église abbatiale.

Un peu excentré, le logis de l'abbé occupe un pavillon à l'angle extérieur sud-est du carré.

(Les ailes médiévales sud et ouest ont disparu lorsque l'abbaye est devenue carrière de pierres

aux mains des abbés laïcs au début du XVII° siècle).

 

Le logis de l'abbé et la tour Léon Edoux.

Bâtiment de style néo-médiéval, qui se tenait à l'angle sud-est du cloître.

Bâti au XVII° siècle, il est modifié au XIX° siècle par un natif de Saint Savin, Léon Edoux.

Cet ingénieur fait de ce bâtiment sa demeure. On lui doit l'intrigante tour crénelée

qui reçut un des premiers ascenseurs hydrauliques

et il s'illustrera avec cette invention à l'exposition universelle de 1867.

 

Façade nord.

 

L'aile orientale François le Duc.

 

Directement relié à l'abbatiale par une porte dans le bras sud du transept,

le seul bâtiment conventuel restant est long d'une cinquantaine de mètres.

 

Grandes baies superposées d'un étage à l'autre, occupant toute la hauteur du niveau, corps de moulures horizontaux qui donnent à la façade sa continuité, modillons à volutes qui soutiennent la corniche,

comble brisé et éclairé de lucarnes à frontons triangulaires.

 

Le réfectoire, placé au rez-de-chaussée de l'aile est.

 

De belles voûtes d'ogive de pierre rosée se déploient depuis des cul-de-lampe polygonaux.

Une chaire, accolée au milieu d'un mur et en hauteur, est prévue à cet effet. Elle est en pierre de taille,

avec un accès aménagé dans l'embrasure de la fenêtre.

Des baies de type classique donnent à l'Est et baignent la pièce de lumière.

 

Peintures murales "Le combat des Rois", du XII° siècle.

Il s'agit d'une scène majeure du cycle d'Abraham et son armée poursuivant les quatre rois de la Mésopotamie.

Elle montre également la stratégie militaire et la tenue vestimentaire à l'époque romane (XI°-XII° siècles).

 

Initialement située sur la voûte de la nef de l'église abbatiale, elle a été déplacée pour des raisons de conservation en 1979 et reposée dans le réfectoire des moines, selon la méthode "a stacco" qui consiste à détacher l'enduit de la peinture.

 

Les moines se réunissent le temps des repas

et où le silence est de règle pour favoriser le recueillement en ce moment.

 

Le grand escalier.

 

Situé à proximité de l'église, ce vaste escalier en pierre de taille dessert toute l'aile.

Des colonnes toscanes soutiennent les paliers et des balustres rampants en témoignent.

Il permettait aux moines de se rendre aisément depuis leurs cellules

placées au premier étage de l'aile aux offices du matin et du soir.

 

Le couloir et les cellules.

 

Le couloir qui dessert les cellules est placé à l'Ouest, tandis que les cellules donnent à l'Est,

comme le veut la Congrégation de Saint Maur.

 

Situées à l'étage, les cellules des moines sont individuelles et spacieuses.

 

Les cellules aujourd'hui correspondent à un espace d'exposition.

 

Au 2° étage, l'auditorium.

 

Cette salle permet de découvrir la très belle charpente en bois.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

Dictionnaire des églises de France "Poitou, Saintonge, Angoumois

Volume IIIc, Editions Robert Laffont, 1967

Brochure "Abbaye de St Savin", Emmanuelle Jeannin, 68 pages

Edition EPCC St Savin et Vallée des Fresques, 2010

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 22 mai 2017

 

 

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