SAINT MARTIN-L'ARS   (Vienne)
Arrondissement de Montmorillon - Canton de Civray.
Région Nouvelle Aquitaine.
 Population : 378 Saint-Martinois en 2014.

 

D'une superficie de 4.176 hectares, et d'une altitude de 132 à 169 mètres,

le village est traversé par les rivières le Clain et la Clouère, et le Ruisseau le Pargue.
 

Etymologie : le nom du village proviendrait du saint éponyme, apôtre des Gaules et évangélisateur du Poitou

au IV° siècle. Le suffixe "ars" aurait pour origine le souvenir d'un incendie qui aurait "ardé" le village.

 

Avant 1970, vue aérienne sur le village et le château.

Au fond, à droite, l'ancienne abbaye royale de la Réau.

 

 

Abbaye royale Augustine Notre-Dame de la Réau

 

 

Collégiale de chanoines de Saint Augustin fondée au XII° siècle à la suite d'une donation royale

comme le rappelle son nom. Elle se développa et s'adjoignit de nombreuses filiales.

 

Vues aériennes avant 1970.

Fondée sous la protection d'Aliénor d'Aquitaine, l'abbaye est située aux confins du Poitou et de la Marche,

dans un lieu assez reculé, où l'on entend chuchoté le petit cours d'eau du Clain, pour qu'une communauté

de chanoines puisse y vivre conformément à la règle établie par Saint Augustin.

 

Incendiée par les Anglais en 1372, l'abbaye fut rebâtie et munie de fortifications pendant la guerre de Cent Ans. Vers 1550, La Réau passa au calvinisme sous l'influence de l'abbé Aufort, mais celui-ci se rétracta vers la fin de sa vie et l'abbaye revint alors à l'obédience romaine. Les guerres de religion et la Commende amorcent déclin et décadence.

 

Les bâtiments monastiques.

 

Après les grands travaux d'aménagements réalisés par le prieur Henin au XVIII° siècle, les bâtiments conventuels sont amputés des différentes parties nécessaires à la vie religieuse, la disposition des salles est modifiée. Ainsi, l'ancienne grande salle des moines et le parloir qui jouxtait la salle capitulaire forment à présent le vestibule, le salon et la grande bibliothèque.

 

Vue d'ensemble sur les bâtiments monastiques, depuis les bâtiments d'accueil.

La façade sud est restaurée au XVIII° siècle, son ordonnance est très classique.

Des grandes fenêtres sont percées et remplacent les petites baies romanes qui éclairaient le dortoir des moines.

 

La grosse tour du XV° siècle restée intacte baigne dans le Clain canalisé par les moines.

Elle a gardé ses mâchicoulis et ses créneaux.

 

Ruines de l'église et bâtiments conventuels vues sud.

 

Le vestibule et le salon.

 

 

Le décor en stuc peint est du XIX° siècle.

Les murs sont revêtus de lambris d'époque Louis XV.

 

La bibliothèque.

 

La bibliothèque est décorée de staff peint en faux bois au XIX° siècle.

 

 

Les 1864 volumes qui composaient la bibliothèque furent malheureusement à jamais dispersés à la Révolution.

 

La salle capitulaire romane,

date de l'époque de la construction de l'abbaye (XII° siècle).

 

Cette salle servait à l'assemblée quotidienne des moines et de l'abbé.

 

Deux robustes colonnes décorées de chapiteaux à larges feuilles plates supportent 6 compartiments

de voûte d'arêtes qui reposent sur des encorbellements engagés, dans le mur.

 

Transformée en cuisine au XVIII° siècle,

son sol est rehaussé enterrant la base de deux colonnes et le banc du pourtour.

Une cheminée et un four à pain y sont aménagés dans les murs.

 

Les cul-de-lampe des doubleaux sont sculptés de masques humains pleins de fantaisie.

 

Les consoles sculptées et les chapiteaux évoquent tout à la fois des sujets profanes, sacrés, réels et fantastiques. Les animaux illustrent ce monde médiéval peuplé de bêtes, et de monstres, une faune à la mesure de l'homme mais sauvage, et également inquiétante, ou bien totalement fantaisiste comme ces faces humaines.

 

La magnifique clé de voûte à 6 nervures ornée de la main de justice.

 

Escalier d'accès à la galerie.

 

La galerie et les cellules.

 

Au premier étage, cette galerie et les cellules remplacent l'ancien dortoir qui faisait toute la largeur du bâtiment.

Il était éclairé par de petites baies ébrasées qui laissaient passer la lumière du matin.

 

 

Le salon au XIX° siècle.

 

Peintures de dessus de porte.

 

Cabinet de travail.

 

 

Chambre à coucher.

 

La cellule d'un moine.

 

La longue journée d'un moine est rythmée par le son des cloches. Il parvient à dormir entre sept à neuf heures selon les saisons. Son temps de sommeil va se répartir entre les prières et offices de la journée, et les moments des deux repas. Les travaux d'entretien du monastère occupent le reste du temps.

 

La propreté : il est interdit à tout moine de se baigner dans les rivières

car il serait exposé nu à la vue du public.

 

Le moine pouvait prendre deux à trois bains par an ou encore à l'occasion de noël, de Pâques ou de la Pentecôte. Il devait cependant observer des horaires précis, se laver rapidement et enfiler des vêtements propres pour se rendre au cloître sous l'œil vigilant d'un frère âgé.

 

La pratique du rasage : le moine que l'on connaît porte la tonsure qui apparaît au début du Moyen Age.

 

Le dessus du crâne est rasé, les cheveux formant une couronne au-dessus de la tête évoquent la couronne de l'apôtre Pierre. La barbe et les cheveux étaient entretenus tous les quinze jours ou cinq à six fois par an. La pratique du rasage se faisait par deux, les moines se faisant face, l'un tenant le rasoir et l'autre l'eau, toujours au rythme du chant des psaumes. Quant aux ongles, on les coupait ni le dimanche, ni les jours de fête.

 

 

Chambre à coucher, au XIX° siècle.

 

 

Une chambre d'enfants du XIX° siècle.

 

Chambre à coucher, avec un lit à baldaquin.

 

 

Pour suivre l'horaire de la journée, il existe des sabliers ou horloges à eau, des clepsydres.

 

La ponctualité doit être scrupuleusement respectée car si un moine arrive en retard, il devra s'en excuser devant tous, prononcer le "mea culpa", et expliquer sa faute. Il fera ensuite pénitence. Les fautes qui relèvent des faiblesses du cœur ne sont exprimées qu'au cours de confessions privées.

 

La majeure partie de la journée du moine se déroulait dans le silence.

Il peut communiquer sur une petite tablette de bois portée à la ceinture,

recouverte d'une couche de cire en y traçant quelques mots avec un stylet de bois.

 

La chapelle.

 

 

 

La chapelle construite au XIX° siècle en remplacement de l'ancien chartrier,

ancienne salle des gardes, est voûtée sur croisée d'ogives.

 

Escalier d'accès aux autres salles.

 

Le moine infirmier : il doit prendre en charge les malades, développer le jardin des simples et des plantes

médicinales qui côtoyaient le verger où raves, légumes, comme les fèves, les choux et oignons et les fruits

avaient aussi un rôle à jouer dans une nourriture adaptée aux soins à donner aux malades.

Les malades après une confession et une prière avait droit au bouillon de poule ou encore à la viande.

Un grand feu était constamment entretenu pour son bien être. Il fallait évidemment respecter le silence à l'infirmerie.

 

Les saignées préventives : les moines doivent la subir quatre fois par an.

 

Du réfectoire, les moines se rendaient au chauffoir où l'infirmier allume du feu exprès. C'est lui qui est chargé d'enfouir le sang, de nettoyer le stylet (en fer !) et les récipients. Une fois la saignée faite, "les minuti" jouissent durant trois ou quatre jours d'un statut spécial avec du pain blanc et une pitance. En tant que convalescents, ils ne sont pas dispensés d'assister à la prière, mais seulement des vigiles.

 

Le scriptorium.

 

Le scriptorium servait de salle d'étude.

Au Moyen âge, il y avait peu de gens instruits sauf dans les abbayes.

Les moines recopiaient des oeuvres d'auteurs anciens qu'ils enluminaient. Il fallait un an pour copier la bible.

 

 

Séchage des feuilles de parchemin.

 

Le parchemin, peau animale traitée, est le support essentiel du livre du début de notre ère jusqu’au IX° siècle au Proche-Orient, et durant tout le Moyen Âge en Occident. Sa fabrication à partir de peaux, le plus souvent de mouton, de veau ou de chèvre, a été mise au point vers le II° siècle avant J.-C. à Pergame (Asie Mineure) pour remplacer le papyrus, alors monopole de l’Égypte.

 

Le grand escalier.

 

L'escalier monumental est à rampe droite et balustres de pierre.

(Architecte, François le Duc, 1682).

 

Des éléments de pierre en attente laissent supposer une volonté de poursuivre vers le niveau supérieur.

 

Couloir du niveau supérieur et le vieux dallage.

 

Le réfectoire.

 

 

 

Le réfectoire où les moines prenaient leur repas, jouxte la cuisine.

 

Le moine effectue des tâches simples et nécessaires comme faire son ménage ou surveiller le feu, travailler au jardin ou dans les champs, dans l'atelier de menuiserie, à la boulangerie ou aux cuisines, soit environ six à sept heures par jour. Il peut aussi se consacrer à des travaux artistiques comme recopier des manuscrits et les décorer d'enluminures.

 

La cuisine.

 

 

La cuisine où il y avait de l'eau courante pour la cuisine et la vaisselle.

 

La journée commençait à deux heures du matin, l'unique repas était servi 12 heures plus tard au cours duquel

ils n'avaient pas le droit de parler, sauf par signes, tandis qu'un moine faisait la lecture de la bible.

 

Le cellier.

 

Le cloître.

 

 

Le cloître, coeur du monastère a disparu.

A l'époque romane, les galeries étaient couvertes par une simple charpente.

 

Excentré, le vieux puits.

 

Le cloître fut soigneusement voûté dans un style gothique flamboyant,

avec de belles fenêtres à remplage au XIV° siècle et couvert d'un étage qui desservait directement les cellules.

Seuls, des arrachements et des traces d'arcs le long du mur nord de l'église

et des bâtiments conventuels subsistent, ainsi que les arcades géminées sur colonnettes

de la salle capitulaire partiellement bouchées qui ouvraient sur l'extérieur.

 

 

Le lavabo, excentré, servait à se laver les mains avant de passer à table.

Le lavement des pieds y avait lieu le samedi.

 

L'église abbatiale.

 

La nef et le transept sont vraisemblablement les parties les plus anciennes

 

Le portail assez large est formé d'un arc légèrement brisé.

Il est décoré de fines colonnettes et de petits chapiteaux à feuillages.

 

Le portail de l'église abbatiale, et à droite, la tour de défense.

Une fenêtre s'ouvre au-dessus entre deux échauguettes à consoles moulurées

rappelant que les moines avaient dû se protéger contre les bandes de guerre.

 

La nef témoigne de l'architecture romane et d'une sobriété inspirée de l'architecture cistercienne :

simplicité du plan en croix latine à nef unique voûtée en berceau brisé sans doubleaux.

Elle est pourvue de deux piscines et de chapiteaux à galons et palmettes.

On y relève également quelques traces de peintures.

 

 

Les baies latérales sont très ébrasées.

 

A la croisée du transept une coupole octogonale reposait sur des pendentifs plats. Deux murs furent bâtis au XVIII° siècle en vue d'étayer le clocher à huit pans aux doubles fenêtres géminées. Une flèche de charpente le couronnait. Il s'effondra au début du XIX° siècle entrainant tous les toits dans sa chute.

 

Un grand triplet à baies étroites, très ébrasées et de hauteur inégale perce le mur de fond.

Le tas de pierres rassemble les restes des maçonneries du clocher qui s'est effondré au XIX° siècle.

 

 

 

Abbatiale et tour de guet vues du nord-ouest.

Aux angles orientaux masqués par des contreforts obliques se profilent des souches d'échauguettes

à belle mouluration et à consoles de mâchicoulis comparables à celle de la façade.

La cave voûtée en coupole au rez-de-chaussée conserve ses canonnières.

 

Logis abbatial - le cloître - l'abbatiale et la tour de défense.

 

La tour de défense.

 

La tour de défense a été construite au XV° siècle après l'incendie de l'abbaye

provoqué par les Anglais.

Elle est établie sur plusieurs niveaux et était reliée aux courtines.

 

 

Elle est équipée d'archères, et de canonnières dans la partie basse.

Deux latrines sont logées dans l'épaisseur du mur, ainsi que les jambages d'une cheminée.

 

La grange aux dîmes.

 

Le corps de logis - vestiges du cloître - Eglise abbatiale - La grange à dîmes.

 

Les granges médiévales étaient épaulées de contreforts le long des murs gouttereaux et souvent sur le pignon. Elles s'ouvraient par une porte charretière en pignon ou sur le côté, et dans ce cas, elles étaient parfois coiffées d'un porche. Celles construites au XVII° siècle n'ont pas de contrefort mais des chaînages harpés de pierres de taille.

 

La dîme était un impôt prélevé par l'Eglise sur les céréales, le vin et les productions animales, et dont le montant théorique du dixième justifiait le nom. D'après les capitulaires carolingiens, elle devait servir à l'entretien de l'église paroissiale, aux besoins du prêtre qui la desservait et aux secours pour les pauvres. Elle fut rapidement détournée au profit de divers bénéficiaires. Le taux le plus fréquent pour les céréales était d'une gerbe sur 12 ou 13, ce qui conduisait lors de la moisson à déposer sur le champ les gerbes en dizeaux de 12 ou 13 gerbes dont on en prélevait une. La dîme pouvait être affermée à un agriculteur qui la récoltait contre une certaine somme d'argent, mais dans les autres cas, elle était rentrée dans une grange dite dîmière.

 

 

Intérieur de la grange.

Pour que ce bâtiment prenne une notable importance, il fallait que la paroisse ait des labours très étendus,

ou que le principal décimateur rassemble les dîmes de plusieurs paroisses voisines dans une unique grange.

 

Architecturalement, ces édifices ont pour origine les granges des abbayes cisterciennes ou prémontrés qui accompagnaient de vastes domaines agricoles d'exploitation directe, et sont inspirés des églises à nefs et bas-côtés. Les granges dîmières relevaient d'un prélèvement sur les récoltes, donc d'une exploitation agricole indirecte. Compte-tenu de la superficie des paroisses et de la pratique de la jachère triennale, les volumes de gerbes rassemblées n'étaient pas aussi considérables et ces granges avaient des dimensions plus modestes avec un seul vaisseau.

 

Le pigeonnier ou la fuie.

 

Le pigeonnier est tronqué.

 

Le pigeonnier et la grange" aux dîmes - Cadran solaire.

 

Les nichoirs (ou boulins) en pierres sèches badigeonnés de blanc logeaient des pigeons

que l'on mangeaient et dont la fiente enrichissaient les terres.

Au centre, il y avait une échelle tournante simple ou double qui permettait l'accès aux boulins.

 

Les dépendances.

 

Ces dépendances reçoivent aujourd'hui la billetterie et la librairie.

Croix avec sacré Cœur et crosse abbatiale.

 

La réforme menée par la Congrégation de génovéfains (chanoines réguliers de la Congrégation Sainte Geneviève à Paris) grâce à Louis de la Rochefoucauld au XVII° siècle entraine un nouvel essor et des travaux de rénovation. Au XVIII° siècle, des grands travaux de démolition, pour la reconstruction sont impulsés par le dernier prieur, Hénin.

 

En 1790, il n'y a plus que 5 chanoines à La Réau. La dissolution des ordres monastiques entraîne la dispersion des moines et la vente des bâtiments comme biens nationaux en 1791. En 1824, Nicolas du Verrier de Boulzac achète La Réau pour la transformer en demeure privée. Elle reste dans la même famille jusqu'en 1990. Le nouveau propriétaire, après de nombreux travaux ouvre ce domaine au public, pour notre plus grande joie.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

Dépliant 6 volets "Guide du visiteur", remis à l'accueil

Dictionnaire des églises de France "Poitou, Saintonge, Angoumois"

Editions Robert Laffont, Volume IIIc, 1967

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 25 mai 2017

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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