NOUAILLÉ-MAUPERTUIS   (Vienne)
Arrondissement de Poitiers - Canton de Vivonne.
Région Nouvelle Aquitaine
 Population : 2.748 Nobilliens en 2014.

 

D'une superficie de 2.213 hectares, et d'une altitude de 93 à 139 mètres,

la ville est située le long de la rivière le Miosson.

 

 

Ancienne abbaye fortifiée bénédictine Saint Junien

 

 

À la fin du VII° siècle, des religieux provenant de Saint-Hilaire de Poitiers

quittèrent la ville et s'installèrent près d'un cours d'eau : Le Miosson.
Au début du IX° siècle, les moines adoptèrent la vie communautaire. À partir de 808,

ils se séparèrent de l'abbaye de Saint Hilaire, en adoptant la règle de Saint Benoit.

 

Les fortifications et les douves du XIII° siècle.

 

 

L'ensemble des fortifications et des douves qui encercle le site,

fait partie des travaux effectués sous l'abbatiat de Raoul de Fou, à la fin du XV° siècle.

 

L'abbaye est ceinte de douves et de remparts (XIII° siècle) dont il reste des tours : deux encadrent encore

le pont qui permet de traverser le Miosson; ainsi que deux portes de part et d'autre de l'église.

 

A partir de la fin du XII° siècle, le monastère subit des dommages dans le cadre des révoltes contre les Plantagenêt puis de la Guerre de Cent Ans, qui oppose l'armée française aux Anglais. Le samedi 17 septembre 1356, Jean II, plus connu sous le nom de Jean le Bon, se heurte au Prince Noir, fils d'Edouard III d'Angleterre, et est fait prisonnier. Du 17 au 19 septembre 1356, les armées française et anglaise s'affrontent dans le voisinage de l'abbaye. La défaite du roi de France Jean Le Bon en 1356 en fait un haut lieu de la Guerre de Cent Ans.

 

Le logis abbatial

 

De 1468 à sa mort en 1511, Raoul de Fou fut le premier abbé commendataire de Nouaillé.

C'est-à-dire qu'il percevait le bénéfice ecclésiastique sans assurer réellement la direction de l'abbaye,

confiée au prieur.

 

 

Au cours du XIV° siècle, les moines vont entourer leur abbaye d'une enceinte fortifiée.

La régression économique au cours de cette période marquée par la guerre de Cent Ans et la lutte

entre Français et Anglais, s'accompagne d'un moindre respect de la règle monastique.

 

 

Le logis abbatial est traité comme un élément défensif,

de nature profane, il abrite de nos jours les locaux de la mairie.

 

Le gothique jette ses derniers feux en cette fin de Moyen Age et annonce l'arrivée de la Renaissance comme en témoignent l'ornementation de la porte et des fenêtres à meneaux. Les armes de Raoul du Fou sont devenues aujourd'hui celles de la commune.

 

Eglise abbatiale Saint Junien, fondée au VII° siècle, et ses vestiges médiévaux.

 

De l'importante fondation bénédictine, il subsiste à l'heure actuelle, un ensemble encore important de bâtiments.

Ces derniers entourent la vaste église romane transformée à plusieurs reprises au cours des ans.

 

Pendant longtemps, le lieu ne fut occupé que par un petit monastère dépendant de l'abbaye de Saint-Hilaire de Poitiers. L'église abbatiale prit plusieurs noms : Notre-Dame Saint Hilaire puis, depuis les transferts des restes de Saint Junien, en 830, elle prit ce dernier nom.

 

 

Le mur extérieur nord constitue la partie la plus ancienne de l'abbatiale (XI° siècle).

 

Le petit appareil cubique remonte, en effet, à l'époque carolingienne. Au-dessus des deux larges arcades très simples du rez-de-chaussée, s'élève un système d'arcatures plus petites reposant sur des pilastres ou sur des colonnettes. Quand, au XII° siècle, il a été décidé de remplacer le plafond en charpente de la nef par une voûte en pierre plus haute, le mur sud extérieur de la nef a reçu ce système d'arcatures pour le renforcer, de même qu'une série de contreforts, à l'intérieur de l'église.

 

Les douves et l'abbatiale Saint Junien.

 

A l'époque romane, le mur nord fait office de façade principale.

L'église primitivement charpentée est dotée d'une voûte de pierre, qui nécessite la mise en place

d'imposants contreforts. Ces derniers viennent rompre l'ordonnancement du décor sculpté antérieur.

Le clocher-donjon avec son chemin de ronde.

 

A l'extrémité ouest de la nef, un clocher-porche est érigé vers 1200.

 

Modillons sculptés romans.

 

La nef, trop large pour être voûtée, a été divisée en une nef et deux collatéraux

par une série de piliers recevant les retombées de la voûte en berceau.

 

Le clocher-porte est couvert d'une coupole sur trompe.

Bénitier et fonts baptismaux d'époque romane.

 

De l'oculus central situé au fait de la coupole partent huit branches de minces ogives. Elles sont reçues par des colonnettes d'angle. Un cordon mouluré ceint la base de la coupole. De beaux modillons sculptés soutiennent les tablettes triangulaires. Quatre fenêtres hautes laissent passer une abondante lumière.

 

Gisant d'époque gothique (XIII°-XV° siècles)

 

Vestiges retrouvés lors de fouilles.

 

La nef est couverte d'un berceau brisé.

 

 

Jubé en bois de chêne sculpté, aux colonnes torses.

Commandé à René Tourin, menuisier et au sculpteur Jean Girouard, de la seconde moitié du XVII° siècle.

 

Depuis le choeur, vues sur le jubé.

 

Comme le jubé, les stalles sont de la seconde moitié du XVII° siècle,

et ont été commandées à René Tourin, menuisier et au sculpteur Jean Girouard.

 

Le choeur et une partie du transept ont été reconstruits de 1683 à 1690, sous la conduite de l'architecte Béziau.

 

Le chevet roman, détruit durant les guerres de Religion, est entièrement reconstruit à la fin du XVII° siècle,

sur le modèle d'un vaste choeur à chevet plat de style classique.

L'abbé Raoul de Fou fait percer une grande baie gothique flamboyant à la fin du XV° siècle.

 

Sarcophage de Saint Junien, orné de rares peintures carolingiennes

représentant trois aigles dans des cercles perlés.

Le tombeau de Saint Junien était autrefois conservé dans la crypte (fermée au public). Il est désormais visible

dans un enfeu du choeur. Il est daté de l'an Mil  et se distingue par des peintures sur la cuve du sarcophage.

 

Au début de ce IX° siècle, l'abbé Godelin avait fait construire une nouvelle église qui a été dotée d'une crypte pour recevoir le tombeau de Saint Junien ( ou Saint Julien), fondateur du monastère poitevin de Marié-Lévescault. La translation des reliques a lieu en 830. Cette crypte aménagée sous le chœur de l'église en reprendrait probablement le plan. Elle possède un chevet plat où s'inscrivent l'abside en hémicycle et les absidioles séparées par deux petites salles rectangulaires qui s'apparentent aux "secretaria" que l'on trouve dans les basiliques orientales.

 

Lutrin en chêne sculpté.

Le transept et le chœur ont reçu alors des voûtes de type gothique à liernes et tiercerons,

mais on peut voir encore en place, au nord du transept, un tailloir sculpté d'entrelacs.

 

Armoire de sacristie en bois sculpté de la moitié du XVII° siècle.

Ecce Homo et deux anges adorateurs en terre cuite du milieu du XVII° siècle, réalisés par Faron Croulière.

 

L'intérieur de l'église révèle un bel ensemble de chapiteaux sculptés du XII° siècle.

Les chapiteaux des gros piliers portant la coupole représentent des épisodes du Nouveau Testament

et une curieuse scène qui décrit la lutte entre des hommes aux pieds entravés

et des femmes armées de lourdes massues.

 

Transept nord.

 

 

Chapiteaux sculptés de la fin du XII° siècle : portraits, scénettes, animaux, motifs végétaux.

 

Pietà en terre cuite polychrome, oeuvre de Faron Croulière, du XVII° siècle,

placée dans le collatéral sud.

 

Les collatéraux couverts d'un berceau en plein cintre

Restes de peintures murales des XII°-XIII° siècles sur les parois de la nef.

 

Le bâtiment conventuel occidental.

 

 

L'aile occidentale est la seule partie conservée des bâtiments conventuels du XII° siècle.

 

Cette aile servait peut-être d'hôtellerie. Près du clocher-porche, émerge du toit une cheminée cylindrique du XII° siècle. Derrière se développent le cloître charpenté, aujourd'hui disparu. A l'autre extrémité s'élève une tour de style roman portée par une souche carrée. Elle forme le couronnement supérieur d'un escalier à vis desservant ce bâtiment. (Cette aile occidentale est une propriété privée).

 

Le bâtiment conventuel sud.

 

L'aile sud, d'architecture classique est une construction des moines mauristes vers 1730.

 

L'abbaye en 1618 entre dans la congrégation de Saint-Maur, sous l'énergique impulsion de François de la Béraudière, abbé de 1597 à 1646, il faudra encore attendre pour que les moines reviennent à la ferveur primitive que les mauristes entendaient faire revivre.

Faute d'argent, la restauration des bâtiments endommagés va demander de longues années. La reconstruction de l'église, de la toiture et des dortoirs commence à partir de 1645. Les stalles et le jubé sont réalisés entre 1661 et 1664. Il faudra patienter jusqu'en 1690 pour voir l'achèvement des travaux du chœur.

 

 

Alors que le grand bâtiment d'habitation au sud de l'abbatiale est construit en 1731,

l'abbaye ne compte plus que 7 moines en 1734. Ils ne sont plus que 4 en 1790,

à la veille de la suppression de l'abbaye. Elle est vendue en 1792.

 

Après la Révolution, l'ancienne abbatiale devient église paroissiale, ce qu'elle est encore de nos jours. Quelques réparations ont permis l'utilisation de l'édifice alors en mauvais état. Le passage de Prosper Mérimée en 1836 sera déterminant pour son sauvetage.

 

 

 

 

Le pont de pierre.

 

 

 

Les fortifications et les douves entourant les bâtiments conventuels,

dans l'ancien méandre de la rivière Miosson.

L'enceinte fortifie du XIII° siècle a conservé deux tours qui encadrent le pont sur la Miosson,

et deux portes, de part et d'autre de l'église.

 

Le long des fortifications sont accolées des constructions modernes.

 

Le jardin d'inspiration médiévale, en bordure de la Miosson.

 

Dans les monastères les jardins comportent des allées en forme de croix

rappelant les liens unissant le ciel à la terre.

 

Une partie, le jardin de Marie, est réservé à la culture des fleurs devant décorer l'église.

Les clôtures de ces jardins sont faites de plessis (clôture de branchages ou d'osiers tressés),

de taillis de châtaignier ou de claies. Fontaines et puits représentent le point d'eau indispensable à la vie.

 

Au Moyen Age les plantes assurent le maintien de la vie en fournissant la base des remèdes et la nourriture. Le jardin médiéval est évoqué pour la première fois dans le Capitulaire de Villis, document de la fin du VIII° siècle, attribué à Charlemagne et constituant un plan d'exploitation agraire et horticole des domaines impériaux : il comporte une liste de 72 plantes et 16 arbres devant être cultivés.

 

La troisième bataille de Poitiers.

 

Bataille de Poitiers à Nouaillé-Maupertuis en 1356, Chroniques de Froissart, manuscrits de Gruuthuse/BnF.

 

On admet que la guerre de Cent Ans commence en 1346 et à la bataille de Crécy. Dix ans après, le fils aîné du roi anglais Edouard III, le Prince Noir, prince de Galles, lance à partir de la Guyenne une grande chevauchée dans le centre de la France, vers Bourges et Tours. Il tente de regagner Bordeaux par le seuil du Poitou, mais il est rejoint à Nouaillé par le roi de France Jean le Bon.

 

La bataille se déroule le 19 septembre 1356 : elle est désastreuse pour les Français. Le roi Jean et son fils furent faits prisonniers, beaucoup de grands seigneurs furent tués ou pris. Les Anglais se retirèrent par Gençay, Couhé et Ruffec, sans attaquer Poitiers. Le traité de Brétigny tire les conséquences du drame et le roi de France informe les habitants qu'il "baille à son frère le roi d'Angleterre... la cité et le château de Poitiers et la terre et le pays de Poitou". La Saintonge, l'Angoumois, le Limousin, le Périgord, le Quercy et le Rouergue sont également abandonnés à l'Angleterre.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.nouaille.com/

Dictionnaire des églises de France "Poitou, Saintonge, Angoumois"

Volume IIIc, Editions Robert Laffont, 1967

Panneaux explicatifs présentés sur le site

Dépliant 3 volets "Nouaillé-Maupertuis",Mairie de Nouaillé

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 23 mai 2017

 

 

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