SAINT JOUIN-DE-MARNES  (Deux-Sèvres)
Arrondissement de Parthenay - Canton du Val-de-Thouet.

Région Nouvelle Aquitaine
 Population : 569 Saint-Jouinais en 2016.

 

D'une superficie de 2.277 hectares, et d'une altitude de 51 à 132 mètres,

le village est traversé par la rivière la Dive.

 

Le village et l'abbatiale, avant 1970.

Juchée sur un éperon, à la frontière du Thouarsais et du Loudunais,

l'abbatiale Saint Jouin domine la plaine et les peupliers bordant la rivière la Dive.

 

 

Abbatiale romane Saint Jouin

 

 

De grandes dimensions : 72 m de long sur 15 m de hauteur sous voûtes, l'église possède

une très belle façade présentant la décoration des édifices romans poitevins.

 

Fondée au IV° siècle, l'abbaye fut à l'origine, un ermitage où vivait Jovinus (Saint Jouin), issu d'une illustre famille gallo-romaine. Il vint se retirer au pied de la colline de l'actuelle abbatiale, au lieu-dit Ension. La petite communauté de disciples rassemblée autour de lui, donna naissance au monastère d'Ension, l'un des plus anciens foyers de vie monastique en Occident, avec Ligugé, près de Poitiers.

 

 

La frise des pèlerins où l'ultime pèlerinage de l'Humanité vers son salut.

(Illustration d'un thème original développé sur la façade de l'abbatiale).

 

Vers la fin du VI° siècle, Martin de Vertou, fondateur d'une abbaye aux portes de Nantes, devient abbé d'Ension où il semble avoir introduit la règle de Saint Benoît. La nouvelle abbaye bénédictine grandit, mais la règle se relâche et les moines font place à des chanoines.

 

Au pignon, une double procession converge vers la Vierge qui intercède, aux pieds du Christ-juge

adossé à la croix et montrant ses plaies, figuration du Jugement dernier d'un type unique dans l'art roman.

 

L'abbaye se développa au IX° siècle, quand les moines de Saint-Martin-de-Vertou, (près de Nantes) chassés de chez eux par l'arrivée des Normands, vinrent s'y réfugier. Elle fut une des plus puissantes du Poitou. Reconstruite à la fin du XI° siècle et pendant les premières décennies du XII° siècle, elle a été fortifiée aux XIV° et XV° siècles, ce qui ne l'empêcha pas d'être dévastée par les protestants en 1568.

 

Rythmée verticalement par ses faisceaux de contreforts-colonnes (portant aux angles, des lanternons octogonaux)

et horizontalement par le triple chevron que dessinent successivement les portails,

puis les fenêtres et enfin le pignon.

 

Le XVII° siècle marque la renaissance de l'abbaye qui retrouve sa puissance et son autorité spirituelle sous l'administration des abbés François et Augustin de Servien auxquels on doit l'introduction de la Réforme de Saint-Maur. L'abbaye exerce alors une grande activité intellectuelle et artistique, avec sa bibliothèque, son école de peinture, de sculpture et d'ébénisterie. Les moines enrichissent l'abbatiale de somptueux retables et d'un magnifique mobilier.

 

Côté Sud : les dix fenêtres romanes, en arc plein cintre sur colonnettes et les contreforts.

La tour d'architecture militaire.

 

L'abbatiale présente la particularité d'être fortifiée. Les ouvrages de défense élevés au XIV° siècle au-dessus du transept Sud ont subi, au cours de la restauration des siècles derniers, des modifications destinées à alléger la silhouette de l'édifice dans sa partie méridionale. Ils subsistent de beaux mâchicoulis, une tourelle à archères donnant accès aux fortifications et une salle de garde éclairée par une baie à assises de pierre.

 

Le chevet roman : déambulatoire avec sa couronne d'absidioles,

puis le choeur et le clocher carré à trois étages.

 

Sous les corniches, des modillons romans sculptés.

Certains ont été refaits lors de la restauration et sont principalement ornés de motifs végétaux et animaliers.

La présence de coquilles sur plusieurs d'entre eux rappelle le rôle actif de Saint Jouin

à la fois comme sanctuaire de pèlerinage et étape sur la route de Compostelle,

pour les pèlerins partis du Mont-Saint-Michel.

 

 

Le dégagement de la base du chevet à son ancien niveau, par les travaux de restauration,

permet d'admirer le raffinement exceptionnel de décoration apporté

au mur extérieur du déambulatoire et des absidioles :

les fenêtres et les arcatures aveugles, séparées par d'élégantes guirlandes de motifs sculptés (fleurs,

pointes de diamant, dents de loup...) présentent des voussures et des chapiteaux de très belle facture.

 

La décoration est soignée, avec ses baies géminées, séparées par des oculi et ornées de chapiteaux ouvragés.

 

Les nombreux puissants arcs-boutants.

 

La nef, la plus longue des nefs de style roman poitevin aujourd'hui debout.

Les trois premières travées de la nef, immense et toute blanche,

ont seules conservé leurs grandes voûtes primitives en berceau brisé.

 

Les bas-côtés et les fonts baptismaux.

 

Au XIII° siècle, les sept dernières travées de la nef, le choeur, le déambulatoire

et ses chapelles rayonnantes reçurent des voûtes angevines, ornées de statuettes à la retombée des nervures.

 

Les chapiteaux de l'intérieur de l'abbatiale proviennent certainement des mêmes ateliers que les sculptures

de la façade, à l'exception des chapiteaux du transept, contemporains de l'édifice antérieur du XI° siècle. L'ornementation est dominée par les motifs végétaux et animaliers, sans exclure la présente de l'homme.

 

Crucifix en bois d'orme polychrome, daté de la fin du XVI° siècle et restauré récemment.

 

L'abbatiale possède de nombreux tableaux créés par l'école de peinture de l'abbaye.

Six grandes toiles ornent le transept et les nefs latérales, dont une très belle "Adoration des bergers".

 

Dans les vitrines, des vestiges retrouvés lors de fouilles, de l'ancienne abbaye.

 

Au-dessus du choeur, la voûte Plantagenêt.

Les voûtes angevines sillonnées de nervures ou liernes longitudinales et transversales portant à leurs intersections des clefs sculptées dans le dessin de la pierre et la figuration des scènes et des personnages.

 

Les clefs de voûte composent tout un univers à travers lequel se découvre : l'histoire du salut de l'humanité, l'annonce et la venue du Messie ; les témoins du Christ, apôtres, martyrs ; l'église, moines, évêques ; le monde céleste, anges, Vierges, etc...

 

Le large et lumineux déambulatoire, de 3 mètres. Il contourne le choeur,

permettant l'accès aux chapelles rayonnantes de l'abside où les précieuses reliques se trouvaient exposées.

 

La chapelle axiale, dédiée à la Vierge Marie.

Elle est entourée de celles de Sainte Marguerite d'Antioche (Sud-est), et de Saint Benoît (Nord-Est).

Autel et retable du XVII° siècle. Tableau de le Vierge à l'enfant et statue Notre-Dame de la route.

 

 

Les chapelles latérales.

 

Les 47 stalles du XVII° siècle.

 

La première travée du choeur, avec ses hautes arcades surmontées de baies géminées et d'un oculus, les croisillons, voutés de berceaux en plein cintre, et la croisée couverte d'une coupole octogonale, appartiennent à un premier état de l'église, vers 1050-1080.

 

Très ouvragées, les stalles s'ornent de gracieuses guirlandes florales.

Sur les miséricordes sculptées figurent une variété de sujets : masques, fleurs et feuillages stylisés,

visages humains et, peut-être, l'autoportrait de leur maître d'oeuvre.

 

La cathèdre de l'abbé est constituée d'un baldaquin et cariatides.

Très beau lutrin à l'aigle du XVII° siècle, en bois de poirier représentant un griffon assis sur un support.

Entre les pattes du griffon, un écusson porte la devise bénédictine : PAX.

 

Placé dans le transept sud, ce très beau chapier, restauré récemment.

Les vastes tiroirs demi-circulaires servaient au rangement des chapes de cérémonie.

 

La sacristie, reconstruite à la fin du XIX° siècle, a gardé le très beau décor en bois de chêne, installé au XVII° siècle. Sont également conservés des ornements liturgiques des XVII° et XVIII° siècles, en soie brodée d'or et en velours de Gènes.

 

L'ancienne abbaye bénédictine Saint Jouin.

 

Vue aérienne de l'abbatiale et de ses bâtiments attenants.

Plan et armoiries de l'abbaye à la fin du XVII° siècle. (BnF, collection Gaignières).

 

Porte principale, datée 1717 de l'ancienne abbaye, occupée aujourd'hui par une ferme.

 

Le cloître gothique.

 

La galerie sud du cloître, accolée au flanc nord de l'abbatiale,

est la seule partie restante de cette construction élevée à la fin du XV° siècle par l'abbé Pierre d'Amboise.

 

Sept travées s'ouvrent sur de larges baies,

tandis que la voûte d'ogives est parcourue de nervures aux élégants médaillons.

Instauré en musée lapidaire, il conserve d'intéressants vestiges sculptés, provenant de l'ancienne abbaye.

 

 

Depuis la cour de la ferme, vestiges des anciens bâtiments conventuels du XVII° siècle,

la galerie du cloître et l'abbatiale, des dépendances attenantes au presbytère et une partie du mur d'enceinte.

 

En 1770, l'abbaye est rattachée au chapitre Saint-Florentin d'Amboise avant de disparaître sous la Révolution. La plupart des bâtiments, vendus comme biens nationaux, tombent sous les marteaux des démolisseurs. L'abbatiale, affectée depuis longtemps au culte paroissial, est épargnée, mais elle atteint bientôt un tel état de délabrement que les Monuments Historiques entreprennent une vaste restauration, de 1880 à 1920, restituant l'oeuvre des bâtisseurs romans dans sa beauté et son originalité.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

Dictionnaire des églises de France, Poitou, Saintonge, Angoumois,

Volume IIIc, Editions Robert Laffont, 1967

Brochure de 32 pages "L'église Abbatiale de St Jouin"

Art et Tradition 2010

Panneaux explicatifs présentés sur le site

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 23 avril 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville