MELLE  (Deux-Sèvres)
Arrondissement de Niort - Canton de Melle
Région Nouvelle Aquitaine.
 Population : 3.607 Mellois en 2015.

 

D'une superficie de 976 hectares, et d'une altitude de 87 à 174 mètres,

la ville est traversée par les ruisseaux de Cognebois, du Rivault et de Virelebanc.

 

 

Les Mines d'argent des Rois Francs

 

 

Les plus anciennes mines d'argent exploitées à l'époque de Charlemagne

jusqu'à la fin du X° siècle, pour l'atelier monétaire de Melle.

 

Les Francs étaient, comme leur nom ne l’indique pas, un peuple d’origine Germanique. Le premier souverain qui, après quelques turpitudes de l’histoire, prit la tête de la Gaule en 481 fut Clovis. Converti au catholicisme en 498 à Reims, il promit d’étendre cette religion à ses sujets essentiellement païens afin de s’assurer le soutien des notables gallo-romains. Il fonda la dynastie des Mérovingiens, du nom de leur ancêtre légendaire Mérovée, aussi nommés "les rois fainéants" par leurs successeurs, les Carolingiens. Il fit de Paris la capitale du royaume des Francs. A sa mort en 511, ses quatre fils, Thierry, Clodomir, Childebert Ier et Clotaire Ier, se partagèrent le royaume. Un de ses autres illustres descendants est le roi Dagobert.

La fin du règne des Mérovingiens est due à leur perte de pouvoir et à leur destitution par les Carolingiens. Pépin le Bref, fils de Charles Martel et petit-fils de Pépin le Jeune, monta sur le trône en 751. Il donna naissance à Carloman et à Charlemagne. Au X° siècle, le règne des Carolingiens prit fin et la France naquit.

 

Lors de la visite, nous parcourons 350 mètres de galeries, très tortueuses et de couleurs variant de l’ocre

au rouge, parfois blanches ou cristallisées, où le minerai exploité était de la galène argentifère,

un sulfure de plomb renfermant 1 à 3 ‰ d’argent.

 

 A Melle et les environs, un gisement métallifère s'étend sur une centaine de km² et se concentre dans les cinq derniers mètres du calcaire du Pliensbachien. Le sud du gisement, où se trouve la ville de Melle, est une des zones les plus riches en galène.

 

Entrée de la mine.

 

Petit bloc de galène argentifère, provenant de Rochechouart (Haute-Vienne).

 

La galène, dite argentifère, est un sulfure de plomb contenant de 1 à 3 pour mille d'argent. Melle possède les plus anciennes mines d'argent visitables en Europe et exploitées du VII° au X° siècles. Les mineurs francs creusèrent des dizaines de km de galeries pour extraire le précieux minerai. Ils utilisaient la technique d'abattage au feu. Ensuite, on isolait le plomb et l'argent.

 

 

Pour creuser les mines, les mineurs allumaient un feu en dressant les bûches

à la verticale contre la paroi, la roche calcaire éclatait sous l’action de la chaleur.

Avec des marteaux, ils tapaient la roche ainsi fragilisée, creusaient et ils recommençaient ainsi de suite.

On creusait ainsi 10 cm à chaque fois.

 

Géode de galène.

 

La technique de production de l’argent peut être résumée en 7 étapes qui donnent lieu

à l’élaboration de trois produits distincts : l’argent, le plomb et le verre.

 

▪ Les deux premiers sont attendus alors que le troisième forme un autre particularisme propre à l’exploitation melloise pour la période carolingienne. A l’aide principalement de sources archéologiques et archéométriques, les chercheurs ont essayé de comprendre comment cette triple production melloise (argent, verre et plomb) s’inscrit dans l’économie du monde franc. Une volonté forte du pouvoir politique semble participer de cette entreprise minière. Les données issues de plusieurs fouilles (nécropole, mines et ateliers) constituent un faisceau d’indices attestant d’un contrôle de la production dès la phase de l’extraction. Il apparait également une volonté de maximisation de la production de métal blanc qui s’affirme clairement après 864. En revanche, le retraitement de la scorie pour produire des galets de verre s’inscrit dans une économie de pénurie propre à l’artisanat verrier en Europe.

 

▪ Troisième produit de la mine, le plomb ne s’inscrit dans aucun de ces deux schémas. Métal commun, il est produit en grande quantité et s’écoule sans saturer le marché ni s’inscrire dans une limite géographique claire. Il est estimé à 90 000 tonnes la masse de plomb produite durant toute la période d’exploitation. Le paradoxe suivant apparait : les productions les plus rares sont celles que nous sommes à même de pister le plus loin grâce aux études archéométriques. Les galets de verre sont repérés à plus de 2500 km avec un exemplaire trouvé sur les fouilles de Novgorod. L’argent mellois est connu dans un rayon de 300 km alors que le plomb n’a pu être identifié à guère plus de 60 km de son lieu de production.

 

 

Des ruissellements arrivés par ces orifices recouvrent les roches de calcite.

 

Des cheminées étaient creusées tous les 10 à 15 mètres

pour laisser s’échapper la fumée lors de la mise à feu.

 

Des stalactites se forment par cristallisation à l'air des sels

(essentiellement des sels calcaires) dissous par l'eau dans la roche.

 

Les stalactites se déposent généralement sur les voûtes, et parfois en lignes en suivant des fissures ou micro-failles ou les zones de roches plus perméables. Elles se forment à des vitesses très variables (de quelques centimètres par an à moins d'un millimètre par millénaire, selon la teneur de l'eau en sels minéraux.

 

Les infiltrations d'eau ont permis la création de ce lac souterrain, et la formation de petite stalactites.

 

Géode de galène.

 

 

(Photo au centre) lavage des minerais par différence de densité sur un pan incliné

avec récupération des eaux de lavage.

Une opération de tri et de concassage se fait sur place dans la mine. Une fois évacué à l’extérieur de la mine,

le minerai est lavé. Il subit alors un broyage poussé. Le minerai finement broyé est à nouveau lavé.

 

A côté du petit musée des Mines d'argent, a été aménagée une plate-forme d'archéologie expérimentale

des arts du feu. Les chercheurs y travaillent sur les technologies anciennes

utilisées pour la production des métaux au Moyen Age.

 

Avant la visite guidée, deux films, nous sont présentés en relief avec des lunettes 3D, pour nous faire découvrir les techniques d’abattage de la roche par le feu, puis l’extraction de la galène et enfin l’obtention de l’argent (sous forme de lingots purs à 900/1000°), et pour terminer, les opérations de frappe de la monnaie à partir des lingots d’argent ainsi obtenus.

 

La galène était déjà connue depuis l’Antiquité, et jusqu’au Moyen Age,

il n’y a pas eu d’évolution des techniques pour séparer le plomb de l’argent.

 

La métallurgie du plomb et de l’argent au Haut Moyen-Age :

 

▪ 1° étape : la galène est mise dans un premier four de réduction dans lequel on met une couche de charbon de bois puis une couche de galène et on alterne ainsi de suite les couches. La température monte, et le minerai commence à fondre, le soufre va alors s’échapper dans les fumées. On récupère une coulée liquide de plomb/argent.
 

▪ 2° étape : le liquide obtenu est ensuite placé dans un four de coupellation, sur la sole. Le four est chargé avec du bois, il monte en température jusqu’à 1000°. On utilise les 2 soufflets On amène ainsi un gros volume d’air et au contact de l’air, seul le plomb va s’oxyder. La litharge de plomb va se former, et on va pouvoir retirer cet oxyde avec une sorte de pelle. On renouvelle l’opération autant de fois que c’est nécessaire. A la fin, il ne reste plus que l’argent qui sera utilisé pour frapper la monnaie des rois Francs.

 

C'est sous Charlemagne qu'un atelier monétaire est installé à Melle. Le métal argent extrait de la galerie

est directement transformé en monnaies (denier ou obole).

Les monnaies sont ensuite frappées du nom de l'atelier de Melle (medolus, tetallum, metullo)

et furent ainsi utilisées dans toute l'Europe, au-delà des frontières de l'Empire Carolingien.

 

Deniers sous Charlemagne - Oboles de Melle, monnaies sous Charles le Chauve.

Sur chaque monnaie : d’un côté, le nom du roi de l’époque où a été émise la monnaie et de l’autre,

le nom de l’atelier monétaire où a été frappée la monnaie.

 

L’argent qui était obtenu après fusion de la galène argentifère était utilisé pour frapper la monnaie de l’époque,

sous forme de pièces, les deniers de 1,8 grammes et les oboles (valant un demi-denier) :
pour 200 kg de roches abattues, il résultait environ 1 kg de galène,

à partir duquel on n’obtenait que 1 à 3 grammes d’argent.

 

La production annuelle d’argent à l’époque médiévale (environ 4 tonnes) a nécessité d’abattre

environ 400 000 tonnes de roches, et que, sur la durée totale d’exploitation du site de Melle en quatre siècles,

160 millions de tonnes de roches ont ainsi été abattues !

 

A la fin du X° siècle, les mines n’ont plus été exploitées alors qu’il restait encore de l’argent, faute de bois. En effet le bois était très utilisé lors de l’exploitation de ces mines, et suite à une grosse déforestation, le bois a manqué ! Les mines d’argent sont tombées dans l’oubli, et elles n’ont été redécouvertes qu’au XIX° siècle.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.stratagemme.com/

http://www.tourisme-deux-sevres.com/

Livre "Les mines d'argent carolingiennes de Melle" de Florian Tereygeol,

David Jouneau et Robert Tereygeol

Association des mines d'argent des rois francs (1999)

C.P.A. collection privée en prêt

Visite guidée et photos, Chantal Guyon, le 25 avril 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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