YVETOT  (Seine-Maritime)
Arrondissement de Rouen - Canton d'Yvetot.
Région : Normandie.
 Population : 11.888 Yvetotais en 2016.

 

D'une superficie de 747 hectares, et d'une altitude de 83 à 157 mètres,

la ville fait partie du Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande,

et nommée capitale du Pays de Caux.

 

Toponymie : Le nom de la ville remonte aux Vikings. Rollon, chef des Normands,

fit don de cette terre à l'un de ses compagnons, Yvar de Suède.

Aujourd'hui, une ville de Suède méridionale porte le nom similaire : Yvetofta.

 

Le royaume d'Yvetot existait peut-être déjà au VI° siècle, mais le titre de roi n'a été effectivement porté qu'entre 1392 et 1551. Ensuite, les seigneurs du lieu se sont contentés plus modestement du titre de prince jusqu'à la Révolution. Henri IV, à l'issue d'une bataille dans les environs, a eu ce mot : "Si par malheur je perds le royaume de France, je suis au moins assuré d'avoir celui d'Yvetot".

 

L'hôtel de ville et l'église Saint Pierre, avant 1980.

L'hôtel de ville, de style Empire, a été construit sur la même place que l’ancien,

selon les plans de l'architecte William Cargill, du Havre, et inauguré le 4 juin 1922.
 

Pratiquement rasée en 1940 par les Allemands, la ville est reconstruite dans un style classique.

Elle reprend de l'ampleur au milieu du XX° siècle, bien qu'elle ait perdu son statut de sous-préfecture en 1926.

 

Le royaume d'Yvetot comprenait, outre la ville, les communes de Sainte-Marie-des-Champs et de Saint-Clair-sur-les-Monts. Il était doté de deux privilèges conservés jusqu'à la Révolution : le droit de "haute et basse justice", et l'exemption d'impôts envers le roi de France. Dans le royaume était frappée une monnaie de cuir ornée d'un clou. La ville prit de l'extension au XIV° siècle, grâce au marché hebdomadaire et aux foires.

 
 

Eglise Saint Pierre d'Yvetot, du XX° siècle
 

 

L'église Saint Pierre avant sa destruction, à la suite d'un raid aérien par les Allemands en 1940.

Elle a été construite en 1771 par le prince d'Yvetot, Camille II d'Albon, en pierres et en briques.

 

La nouvelle église est due au jeune l'architecte Yves Marchand, et inaugurée en 1963.

C'est un cylindre de 20 m de hauteur sur 40 m de diamètre.

(Une rame de 50 wagons chargés chacun de 10 tonnes de ciment représentent les 1500 m³ de ciment

dans lesquels 120 tonnes de fer ont été intégrées).

 

La forme ronde de cette église n'est pas nouvelle, car elle existait déjà aux premiers temps du christianisme, (Rome ou roman périgourdin) mais peu souvent réalisée à cause des difficultés techniques des matériaux de construction avant l'utilisation du béton.

 

Sculpture monumentale de la façade (12,8 mètres sur 8 mètres).

Le portail d'entrée est orné d'une composition de Collamarini représentant Simon-Pierre,

pêcheur du lac, entouré de huit bas-reliefs relatant sa vie.

"Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux

et tout ce que du délieras sur la terre sera délié dans les cieux".

 

Le haut-relief pèse 52 tonnes dont 12 tonnes pour la statue de Saint Pierre, 30 tonnes pour le treillis losangé, et 10 tonnes pour le bas-relief. La verrière qui encercle l'édifice couvre près de 1.026 m² de superficie. Le recouvrement du toit plat conique par une immense plaque de cuivre rouge a nécessité près de 6 tonnes de ce métal.

 

L'édifice apparait sous la forme d'un portique cylindrique composé de 24 pilastres sur un soubassement plein.

Chaque travée est divisée par 4 meneaux qui retiennent le vitrail.

Un double entablement de claustra couronne le tout.

 

Le clocher adjacent est haut de 45 mètres, au pied duquel se trouve le baptistère.

180 m³ de béton seront nécessaires pour supporter une charge de 120 tonnes de cloches.

 

La coupole qui recouvre l'édifice est unique au monde

par sa hardiesse et sa légèreté.

 

Elle n'a que 3 m de flèche et 12 cm dans sa plus grande épaisseur. (Elle n'est pas plus épaisse, proportionnellement parlant, que la coquille d'un oeuf). Elle a été coulée directement sur un moule en plâtre qui reposait sur un échafaudage tubulaire de plusieurs kilomètres de long. Elle a été recouverte intérieurement d'une couche talochée d'amiante d'une épaisseur de 2 cm environ pour insonoriser l'édifice. En octobre 1956, quelques semaines avant la consécration, on pratiqua l'opération "ballon" qui rendit célèbre dans le monde entier l'église. C'est à l'aide d'un ballon captif à l'intérieur que le revêtement de la voûte fut badigeonné d'une peinture ocre légèrement rosée, semblable à la couleur du micro-ciment des murs intérieurs et extérieurs.

 

La plus grande verrière d'Europe, oeuvre de l'artiste Max Ingrand.

 

Son vitrail est constitué de 21 baies de 11 mètres de haut qui enchâssent 1.092 panneaux de verre

(60 cm x 87 cm) aux riches coloris, aux thèmes iconographiques variés, répétés mais jamais identiques.

 

Le chœur de l'église Saint-Pierre.
La rotonde est la forme idéale pour rapprocher le chœur des fidèles, selon les directives de Vatican II.

 

La verrière est composée à la manière d'un éventail ou écran de tapisserie de lumière, ne faisant qu'un seul vitrail. Les couleurs vont s'intensifiant sur un crescendo à droite et à gauche au fur et à mesure de la montée des Saints Normands, Saints de France et Saints Apôtres vers la croix centrale d'où émanent à travers une couronne bleue d'anges et d'archanges des rayons rouge et d'or. Cinquante personnages composent cette vaste fresque de lumière.

 

Les bancs courbes disposés en éventail autour de la table de communion convergent vers l'autel.

Une mosaïque brunâtre mouchetée couvre le sol.

 

Sculpture moderne devant le maître-autel.

Le chœur de l'église Saint-Pierre doit son aménagement au décorateur rouennais Jean Hesse.

 

Le maitre autel majeur est constitué par une pierre d'un seul bloc de 56 m de long et de 16 cm d'épaisseur. C'est une pierre de Larrys qui pèse 2700 kilos. Devant l'autel, le Christ de Mirianon d'une hauteur de 1m05 sur une croix de 4 mètres de haut.

 

La partie centrale de la verrière de Max Ingrand : la Crucifixion.

 

La nef et la partie droite de la verrière de Max Ingrand.
Les saints et les saintes cheminent vers la partie centrale de la verrière, lieu de la Crucifixion.

 

On pénètre dans l'église par une porte volontairement étroite.

Elle conduit à la connaissance du Beau et de la Vérité.

L'orgue, de 1957, est dû à la manufacture parisienne Gutchenritter.

 

Au-dessous du porche, la tribune supporte l'orgue de 35 jeux,

dont une rampe sculptée conduit jusqu'à l'instrument.

Un chemin de croix avec 14 tableaux de bronze patiné, dessin de Raymond Delamare de Paris,

grand prix de Rome, exécuté par la maison Hesse de Rouen.

 

Chapelle rayonnante avec statues du Christ-Roi et de sainte Thérèse.

Statue de Saint Joseph avec l'enfant.

Statue en marbre blanc sculptée d'un poids de 300 kilos

et d'une hauteur de 1,40 mètre représentant la Vierge à l'enfant.

 

Les fonts baptismaux.

24 colonnes d'un mètre environ et de 14 m de hauteur, sans ornement à la base, ni motif au sommet,

ceinturent la nef et délimitent le déambulatoire circulaire.

 

Activités économiques et évolution de la ville.

 

Le tissage à la main modifia la situation économique au XVIII° siècle, et cette prospérité s'accentua avec les tissages mécaniques qui s'établirent dans les alentours au XIX° siècle. L'aspect de la ville aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec l'époque où le pâtissier d'Yvetot préparait la pièce montée du mariage de Mme Bovary. De nombreux incendies ont ravagé la ville à plusieurs reprises, ne laissant subsister aucun édifice public, et très peu de maisons.

 

Il était une fois, le roi d'Yvetot.

 

Cette petite ville commerçante du Pays de Caux doit sa renommée à son roi,

célébré dans une chanson du chansonnier J.P. Béranger.

 

Affiche "Le ROI d' YVETOT", opérette de Camille Boucoiran - Illustration GAILLARD Ane Meunier.

Recueil de chansons de Pierre Jean Béranger.

 

Coiffé d'un bonnet de coton, les sabots aux pieds, le roy d'Yvetot parcourait son royaume

sur le dos de son âne dodu qu'il avait choisi comme ministre.

 

Se levant tard, se couchant tôt, il profitait de la région cauchoise en y faisant bonne chère. Un jour, le roy eut besoin d'argent pour réparer la salle du trône et la salle de danse. Devant les mauvaises excuses de ses sujets pour ne point payer, il écouta le sage conseil d'un berger. Il ne sollicita plus l'avis des intéressés et se décida à les "tondre". La taxe de capitation levée lui permit d'effectuer les réparations et en plus, il put s'acheter, en guise de couronne, une douzaine de bonnets de coton...

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

Documents "Le roi d'Yvetot", ancien Musée du Pays de Caux, Yvetot

Dictionnaire des églises de France "Normandie"

volume IVb, Editions Robert Laffont, 1968

Remerciements au secrétariat de l'église pour la consultation

des documents concernant la construction de l'édifice

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 13 mai 2019

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville