DIEPPE  (Seine-Maritime)
Arrondissement et canton de Dieppe.
Région : Normandie
 Population : 29.606 Dieppois en 2016.

 

D'une superficie de 1.167 hectares, et d'une altitude de 0 à 94 mètres,

la ville est surnommée "La ville aux quatre ports".

Elle est située à l'embouchure du fleuve côtier l'Arques.

 

Cherbourg, Caen et Dieppe sont les trois ports normands qui offrent des capacités

permettant de traiter une grande variété de trafics.

 

Vue aérienne vers 2015 : les différents ports et la ville

Le Port de Dieppe développe toutes les activités maritimes :

le Transmanche, le commerce, la pêche, la plaisance, la réparation navale et l’éolien offshore.

 

 

La ville aux quatre ports
 

 

Colbert, Vauban, puis Trudaine étudièrent des projets d'amélioration et d'agrandissement,

mais ce n'est qu'au début du XIX° siècle, que de nouveaux bassins apparaissent.

 

L’histoire de Dieppe est intimement liée à la mer depuis ses origines.

 

La ville aux quatre ports (le transmanche, le port de commerce, le port de pêche et le port de plaisance)

est à mi-chemin sur le trajet le plus direct pour relier Paris et Londres.

 

Côté mer, la liaison du car-ferry Transmanche avec Newhaven, offre aux passagers le charme d’une croisière pour une traversée vers l’Angleterre en quatre heures. Pour le transport routier de frêt, cette ligne quotidienne offre un temps de traversée optimisé.

 

Les falaises et la plage.

Dieppe est abritée de hautes falaises et s’étire sur les deux rives de l’Arques qui a creusé son lit

dans le plateau crayeux du pays de Caux.

 

Durant plusieurs siècles, Dieppe fut un important port de pêche et de commerce, lieu de départ vers les terres lointaines. Territoire des "Calètes", tribu gauloise, port aux multiples activités, station balnéaire la plus ancienne et la plus proche de Paris. Jusqu’au milieu du XI° siècle, le confluent de trois rivières (l’Eaulne, la Béthune et la Varenne), formaient un estuaire profond entouré de coteaux aux versants raides. Les Normands, attirés par cet emplacement naturel y créent un port, qui va devenir le plus important de la Normandie, et en même temps un nœud de communication avec l’Angleterre à partir de 1066 avec Guillaume le Conquérant, et ce jusqu’en 1204.

 

Les jetées.

 

Les jetées servent à protéger les ports des tempêtes. Les constructions en dur qui prolongent la jetée ouest

sont dotées d’ouvertures qui permettent d’amortir le choc des vagues. Si les murs étaient pleins, les vagues viendraient y rebondir sans perdre leur énergie, et repartiraient dans l’autre sens avec la même intensité.

 

Les feux que l’on peut voir au bout de chaque jetée indiquent l’entrée du port. Lorsque les bateaux entrent dans le port, ils doivent laisser à gauche un feu rouge (bâbord) et à droite un feu vert (tribord). La jetée Ouest est plus longue que la jetée Est qui lui fait face. Elle a en effet été prolongée pour mieux protéger l’avant port lors de l’installation de la gare maritime à cet endroit.

 

Le sémaphore.

 

Installé sur la falaise, le sémaphore militaire est opérationnel tous les jours 24h/24.

Il est chargé de la surveillance des bateaux au large de Dieppe, et une station météorologique

permet d’envoyer les données météo du jour à Météo France.

 

Les militaires assurent aussi le lien entre le CROSS Gris-nez et l’équipage du canot de sauvetage pour les secours en mer. On trouve également sur la falaise, la vigie du port qui assure la régulation de la circulation dans le port de Dieppe. Elle bénéficie pour cela d’un emplacement privilégié qui lui donne une vue sur tous les bassins du port, dont la surveillance est assurée 24h/24.

 

Le chenal.

 

Le chenal permet l’accès aux différents bassins. Il s’agit d’un lieu de passage, aucun bateau n’est autorisé

à s’y arrêter. La vitesse y est limitée à 6 noeuds pour les bateaux de pêche et de plaisance.

Les navires de commerce doivent effectuer leurs mouvements à une vitesse

qui ne soit pas préjudiciable aux autres usagers et aux installations.

 

Les marins dieppois découvreurs de terres lointaines

 

Les marins dieppois sillonnent les mers du globe. Au XIV° siècle, des marins parviennent jusqu’à la côte africaine du Cap Vert. En 1402, Jean de Béthencourt fonde le royaume des Canaries. Jean Cousin entreprend un périple au départ de Dieppe en 1488, en direction de l’Afrique de l’Ouest et des Açores. En 1562, Jean Ribault explore la Floride. Gabriel de Clieu introduit la culture du caféier aux Antilles. Le plus célèbre de tous est Jehan Ango. Né à Dieppe en 1480, fils d’armateur, il finance et commandite en 1523, deux Florentins Jérôme et Jean Verrazano qui à bord de leur navire "La dauphine" découvrent la côte Est de l’Amérique et fondent un bourg "Angoulême" qui deviendra le site de New-York.

Au XVI° siècle, l’activité maritime est en pleine expansion et à la pêche, vient s’ajouter une activité commerciale florissante. Cependant, le port de Dieppe ne dispose pas d’un espace très important pour abriter les nombreuses nefs : un seul bassin, barré en amont vers la rivière, par le pont de pierre. Ce bassin n’est pas un bassin à flot. L’envasement et l’accumulation des galets empêchent tout mouvement des navires à marée basse.

Sous François 1er et ses successeurs, d’importants travaux sont lancés, la ville connaît son âge d’or, portée par son activité portuaire. Elle devient notamment le siège d’une école de cartographie réputée. Dieppe devient l’un des premiers ports d’embarquement pour le Canada, mais aussi le point de départ d’expéditions pour la Guyane, la Réunion et les Antilles. Les marins dieppois sont nombreux à conquérir ces îles, à l’instar de Pierre Belain d’Esnambuc au XVII° siècle.

En 1672, à la suite d’une violente tempête qui encombre le port de galets, Colbert vient à Dieppe pour y étudier un programme de rénovation du port. La forte activité et la réputation des corsaires dieppois vaudront cependant à Dieppe d’être bombardée, en représailles, par une flotte anglo-hollandaise en 1694. La ville est détruite, sa flotte et son port sont ruinés. Sur l’ordre de Louis XIV, l‘ingénieur de Ventabren entreprend sa reconstruction. Vauban élabore un projet d’amélioration et d’agrandissement, projet qui sera repris par Trudaine en 1776.

Au XVIII° siècle, la presqu’île du Pollet est divisée une première fois, avec la création du Canal de chasse qui servait au désensablement du port de Dieppe. Un bassin de retenue et des écluses sont creusés en 1778.

 

Abraham Duquesne

 

Abraham Duquesne (puis du Quesne après son anoblissement), baron d'Indret dès 1650, puis marquis du Quesne en 1682, né dans une famille huguenote, à Dieppe en 1610 et mort le 2 février 1688 à Paris. Il est l'un des grands officiers de la marine de guerre française du XVII° siècle.

 

Abraham Duquesne exerce son premier commandement à dix-huit ans. Recommandé à Richelieu, il commande le Neptune dans l'escadre de Sourdis (1636) et fait campagne en Méditerranée, combat aux îles de Lérins, à Guétaria, à Tarragone (1641) et à Carthagène (1643). En 1644, il passe au service de la Suède, remporte plusieurs victoires sur les Danois et est promu vice-amiral de Suède.

 

¬ oeuvre du sculpteur, Antoine Laurent Dantan, en bronze, Dieppe, 1844.


Revenu en France, il est nommé Chef d'escadre en 1647. Il réprime la fronde bordelaise, pénètre dans la Gironde et fait capituler Bordeaux. Lieutenant-général en 1669, il croise sur les côtes de Barbarie et d'Afrique et sert sous d'Estrées à la bataille de Solebay (1672).

Envoyé en Méditerranée en 1675 lors du soulèvement de la Sicile contre les Espagnols, il y accomplit des actions d'un rare éclat en 1676 : il remporte alors les trois victoires de Stromboli (8 janvier), Agosta (22 avril) et Palerme (2 juin) sur les escadres hispano-hollandaises commandées par Ruyter.

Après une campagne au Levant (1680-1681), Duquesne reçoit l'ordre de bombarder Alger pour réprimer la hardiesse des pirates barbaresques (1682-1683). Le même sort est réservé en 1684 à Gênes qui fournissait des navires et des munitions aux ennemis du Roi. C'est là sa dernière campagne. Il refuse d'abjurer le protestantisme et se prive ainsi de la nomination à la dignité de Maréchal de France que le Roi lui aurait certainement conférée.

 

Les ports de Dieppe.

 

1250 emplois sont attachés aux quatre ports de Dieppe dont la gestion est assurée par Ports de Normandie.

 

Le début du XIX° siècle voit la création de nouveaux bassins. Entre 1800 et 1880 vont être conçus

trois bassins à flots dans le port de Dieppe. Depuis, ils ne cessent de modeler le paysage portuaire dieppois,

et chacun d’entre eux a une fonction particulière, propre aux activités du port de Dieppe.

 

• Le bassin Bérigny. Creusé en 1806, les travaux durent jusqu’en 1839. Il fait l’objet d’un agrandissement en 1866 et sera comblé avant la seconde guerre mondiale.
• Le bassin Duquesne. Conçu entre 1839 et 1848 pour faire face à la croissance du trafic et à la difficulté d’accès au bassin Bérigny. Les Dieppois sous la Restauration armaient pour Terre-Neuve et pour l’Islande.
• Le bassin de la Retenue. Le nombre de bateaux augmentant toujours, ce bassin est construit entre 1866 et 1870. Il sera supprimé dans le cadre des travaux initiés par Charles de Freycinet, ministre des Travaux publics.
Le port gardera cet aspect jusque dans les années 1880, où la deuxième révolution industrielle impose des transformations portuaires afin d’accueillir des navires de fort tonnage.

En 1843, la liaison ferroviaire entre Rouen et Paris suivie quelques années plus tard par celle entre Rouen et Dieppe constitue un nouvel atout. Dès 1793, un voilier nommé "Les Frères Royaux" assure un transport de passagers entre Dieppe et Newhaven. Le transport de passagers est régulier et à horaires fixes depuis 1889.

 

En 1880, le plan Freycinet,  (réalisé entre 1880 et 1914) dote la ville d’un nouvel établissement maritime,

point de départ des installations modernes qui vont suivre.

 

Le port s’étend désormais sur l’ancien bassin de la retenue qui longe la vallée de l’Arques. Une partie du Pollet fut sacrifiée : rues coupées, maisons rasées et population expropriée. L’ouverture d’une passe entre l’avant port et l’arrière port crée une brèche de 40 m de large.
• L’arrière-port est relié à l’avant-port par le chenal du Pollet
• Le Grand pont tournant, futur pont Colbert, est construit en 1887
• Un bassin de mi-marée est créé, ainsi qu’un nouveau bassin à flot
• Les chantiers de construction navale voient le jour
• Une forme de radoub est conçue pour la réparation des bateaux
• Un quai à marée pour la pêche est installé à l’intérieur du port
• Le pont Ango, construit en 1881 et initialement tournant, fut reconstruit en 1950 en pont levant.

 

Les grands travaux de 1880 sont l’occasion de doter la ville de ponts.

 

Le pont tournant Colbert.

Sept ponts sont mis en place par les ingénieurs des ponts et chaussée dont 3 ferroviaires pour franchir les différents bassins. Le pont Colbert, tournant à une volée, est le plus ancien des ponts dieppois encore en place.

Les pontiers travaillent au rythme des marées :

le pont tourne pour laisser passer les bateaux uniquement à marée haute.

 

Le pont Colbert a été ouvert à la circulation en janvier 1889 après deux ans de construction. Il est en fer laminé et l’assemblage des pièces s’est fait par rivetage. Par contre, malgré la légende, ce n’est pas l’entreprise Eiffel qui l’a construit mais la Société de Ponts et Travaux en Fer, sous la direction de l’ingénieur Paul Alexandre. Surnommé tour à tour, Grand Pont, Pont Neuf ou encore Pont qui tourne, il ne sera inauguré réellement qu’en 1925 et finalement baptisé pont Colbert (probablement suite à la visite à Dieppe de Colbert, ministre de Louis XIV en 1672).

 

Le port de pêche
 

Plus grand port du royaume sous Louis XIV, Dieppe, c'est aussi la tradition de la pêche au hareng

dont la ville pourvoit toutes les abbayes normandes dès le XI° siècle.

Vers l’an 1300, Dieppe approvisionne Paris en poisson frais par un service régulier de voitures

qui sera ensuite connu sous le nom de "chasse-marée".

Dieppe figure en tête des plus grands ports coquillards de France

avec plus de 2000 tonnes de coquilles Saint-Jacques débarquées chaque année.

 

L’accès au bassin du port de pêche se fait par le pont Ango (pont levant). Ce bassin est un bassin à flot fermé

par une porte pour éviter aux bateaux de se trouver à sec lorsque la marée descend. La porte écluse est fermée

deux heures avant la marée descendante et conserve ainsi l’eau dans le port de pêche.

 

Une flotte de 80 coquillards, chalutiers et fileyeurs et plus de 5000 tonnes de produits débarqués, coquilles Saint-Jacques, bar, dorade grise, grondin rouge, lotte, plie, turbot, merlan, surmulet, hareng, homard, saint-pierre, sole, limande, lieu jaune, cabillaud, bulot, maquereau, vive, congre, tourteau, encornet, seiche, font la renommée de la place dieppoise.

 

Le pont Ango et la criée.

La criée  est réservée aux professionnels (mareyeurs, poissonniers…)

qui achètent en gros dès 5 h 45 tous les matins du lundi au samedi.

 

Cinq salles réfrigérées permettent de stocker les caisses de poissons ou les sacs de coquilles Saint-Jacques sur une surface totale de 870 m². Les produits de la pêche resteront au frais jusqu’à la vente "à la criée" du lendemain. L’informatisation de la criée permet aujourd’hui aux professionnels d’acheter simultanément la pêche de Dieppe et celle de Fécamp. Le marché aux poissons, espace de vente directe quai Trudaine, valorise les produits issus de la pêche côtière et artisanale auprès d’un large public régional et touristique.

 

Le port de commerce.

 

Le bassin de commerce est un bassin à flot rectangulaire d’environ 350 m sur 120 m,

dont l’accès est régi par une écluse équipée d’une porte à marée à 2 vantaux.
Le port de commerce peut accueillir des navires allant jusqu’à 120 m de long et jusqu’à 17 m 50 de large,

avec un tirant d’eau maximum de 7 m (marées de grands coefficients)

 

Port charbonnier et pétrolier jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, Dieppe devient le premier port

de France pour les importations de bananes venues des Iles Canaries et des agrumes du Maroc.

L’activité en pleine expansion génère en cette première moitié du XX° siècle de nouveaux équipements.

La seconde guerre mondiale causera des dégâts importants.

 

Place portuaire pour tous types de marchandises (vracs solides et liquides, colis lourds, produits dangereux…). 6 000 m de linéaire de quai / 6 postes Roro / 23 grues / plus de 63 000m² de bâti (entrepôts et ateliers) / plus de 200 hectares de surfaces foncières mobilisables / un pont bascule de 50 tonnes.

 

La liaison Transmanche.

 

Première liaison transmanche à l’Ouest du Détroit, 1er port français vers l’Irlande.

Dieppe a toujours constitué un point de passage privilégié entre la France et l'Angleterre.

Lorsque Guillaume, qui n'était pas encore "le Conquérant", et ses Normands posent le pied en terres anglaises

et conquièrent les territoires Outre-Manche, ils initient la liaison transmanche.

 

Au fil des siècles, le trafic franco-anglais connaît des turbulences en raison du très grand nombre de conflits

entre les deux pays. C'est du port de Dieppe que partiront en exil de nombreux protestants

qui trouveront en Angleterre davantage de tolérance pour s'y établir.

 

Les croisières : une filière en pleine expansion, près de 60 escales croisières par an et 150 000 croisiéristes.

Une offre adaptée à l’accueil de tous types d’unités, du plus gros paquebot au monde aux plus intimistes.

 

La ligne de chemin de fer Paris-Londres via Dieppe est inaugurée en 1848. Pour accroître la rentabilité des traversées, on assiste à une course à la vitesse et à la taille. A partir de 1866, apparaît la propulsion à hélices, avant la turbine au début du XX° siècle. Depuis le 1er mai 1889, les travaux d'agrandissement du port permettent aux paquebots de respecter des horaires fixes car ils n'ont plus à attendre la marée haute. Jusqu'à 1994, les ferries arrivaient au coeur de la ville, le long du quai Henri IV. Un nouveau terminal Transmanche est en service sur le port extérieur, depuis le 4 août 1994.

 

Port de plaisance
Le port de plaisance actuel est situé dans le bassin qui accueillait avant 1994 les car-ferries.

Ce bassin Jehan Ango est un bassin à marée : le niveau de l’eau évolue avec les marées.

 

Aujourd’hui aménagé pour la plaisance, il accueille aussi les bateaux de servitude (remorqueur,

canot de sauvetage, bateau pilote…) ainsi que quelques bateaux de pêche le long du quai du Carénage.

L’avantage du port de plaisance est d’être accessible à toute heure, aussi bien à marée haute qu’à marée basse.

Plaisance : 4 ports, 3200 anneaux, 33600 nuitées/an, un port à sec automatisé unique en France.

 

Deux mille six cents emplois sont arrimés aux quatre ports de Dieppe dont la gestion est assurée depuis janvier 2007 par le Syndicat mixte du port de Dieppe. Le SMPD programme d’ailleurs 30 millions d’euros d’investissements d’ici 2013 pour valoriser le port dans ses quatre dimensions et réussir le développement économique et touristique de Dieppe.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.estrancitedelamer.fr/
http://www.portdedieppe.fr/
https://www.dieppe.fr/

http://www.netmarine.net/

"Histoire de Dieppe et ses environs", Ludovic Vitet

Editions des Régionalismes, 2011

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 11 avril 2019

 

 

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