NEUVILLE-SAINT-VAAST   (Pas-de-Calais)

Région des Hauts-de-France.

Arrondissement et canton d'Arras.
 Population : 1.512 Neuvillois en 2016.

 

D'une superficie de 1.259 hectares, et d'une altitude de 81 à 144 mètres,

la ville est située au coeur du Pays d'Artois.
 

Etymologie : Neuville, dérive du latin novavilla, ou "nouveau domaine".
Vaast d'Arras, ou saint Vaast, est un évêque de la Gaule franque.

 

 

Cimetière militaire Tchécoslovaque avec :

Mémorial de la Compagnie Nazdar et Monument commémoratif Polonais
 

 

Entre Neuville-Saint-Vaast et Souchez, deux monuments se font face, de chaque côté de la route :

 l’un et l’autre rendent hommage à des engagés volontaires de l’armée française qui,

en se battant pour la France, ont combattu l’impérialisme allemand et austro-hongrois

que subissaient leur pays d’origine : la Pologne et la Tchécoslovaquie.

 

     Monument commémoratif Polonais

 

A la fin du XVIII° siècle, la Pologne perd son indépendance

et est partagée entre la Russie, la Prusse et l’Autriche.

De leur côté, les Tchèques et les Slovaques sont soumis à l’autorité de l’Empire d’Autriche-Hongrie.

 

Au déclenchement de la guerre se constitue alors à Paris le Comité des volontaires polonais qui regroupent

des immigrés polonais de Paris et du Nord de la France prêts à s’engager dans la Légion étrangère.

De la même façon, des membres de l’association tchèque d’éducation populaire et physique Sokol

et de l’organisation social-démocrate Rovnost partent en instruction à Bayonne

où ils formeront une compagnie surnommée la compagnie Nazdar : "Pour notre liberté et la vôtre".
Ces volontaires participeront à l’offensive française en Artois lancée le 9 mai 1915

au cours de laquelle beaucoup perdront la vie.

 

Cimetière militaire Tchèque.

 

Sa superficie est de 0,13 hectare et 206 dépouilles de militaires tchécoslovaques y reposent :

70 soldats engagés dans l'armée française au cours de la Grande Guerre

et 136 soldats tchécoslovaques, dont 29 aviateurs, de la Seconde Guerre mondiale.

 

À l’entrée du cimetière tchécoslovaque se dresse sur un piédestal de trois marches, le monument commémorant le souvenir du porte-drapeau Karel Bezdíček, tué le premier jour de la bataille. Il symbolise le premier soldat tchèque libre, porteur de l’étendard frappé du lion tchèque.

 

Sur le côté droit, sous trois triangles imbriqués, est gravée cette inscription :
« ICI LE 9 MAI 1915 LES VOLONTAIRES TCHÉCOSLOVAQVES

ONT COMBATTV POVR LEUR PATRIE ET POUR LA FRANCE. »
Sur le côté gauche a été gravée la liste de 16 soldats tombés le 9 mai 1915.

 

Le monument se présente comme une imbrication de formes triangulaires dont la plus grande au centre est sculptée. Le groupe sculpté par Jaroslav Hruška représente un soldat assis qui recueille sur ses genoux la dépouille d’un de ses camarades expirant, la main sur le cœur. Tous deux serrent le drapeau de la patrie. En dessous, a été gravée cette inscription en français et tchèque :" Ils ont choisi de mourir pour la Liberté".

 

Au Verso du monument, côté des sépultures, est gravée la liste des soldats inhumés.

 

Au début de la Première Guerre mondiale, des membres de l’association tchèque d’éducation populaire et physique Sokol ainsi que des membres de l’organisation politique sociale-démocrate Rovnost s'engagent dans l'armée française et forment « la compagnie Nazdar ».

Le monument commémoratif à la compagnie Nazdar a été construit sur les lieux mêmes où, en mai 1915, les membres du Sokol de Paris et de l’Association socialiste parisienne Rovnost participèrent à l’attaque menée par la X° armée française lors de la 2° bataille d’Artois. Il est inauguré le 1er juin 1925 en présence du ministre Štefan Osuský. (Ce premier monument est détruit en 1940).

 

Les tombes sont matérialisées par des croix latines en béton armé, exceptées sur quelques stèles.

Une allée centrale les sépare en deux carrés de sept rangées.

Au centre du cimetière, une "croix de Bohême", rappelant symboliquement la mort du roi de Bohême,

Jean du Luxembourg, à Crécy en 1346 aux côtés du roi de France, Philippe VI de Valois.

 

▪ En 1938, 24 tilleuls sont apportés de Tchécoslovaquie et plantés pour délimiter le cimetière. L'annexion de la Tchécoslovaquie, puis la Seconde Guerre mondiale figent les opérations d'exhumations qui ne reprendront qu'au terme du conflit mondial.

▪ En 1958, l'Association des volontaires Tchécoslovaques finalisent l'aménagement du site en inhumant 206 combattants dont les corps ont été enterrés initialement dans 73 cimetières militaires et communaux de 38 départements.

A l'occasion du 50° anniversaire de la création de la Tchécoslovaquie, un mémorial honorant le souvenir des victimes, des deux conflits mondiaux est construit. Oeuvre de l'architecte Bernard Heger et du sculpteur Sumova, inauguration en mai 1968 grâce à des financements provenant du monde entier.

 

Les volontaires Tchèques lors de la Premier Guerre mondiale.

 

Engagés volontaires aux côtés de la France de la "Colonie tchécoslovaque" et des organisations "Sokol" et "Rovnost" ont consenti au sacrifice de leur vie de s'affranchir de l'autorité de l'Empire austro-hongrois et pour créer un état tchèque indépendant. Formés à Bayonne, les 250 premiers volontaires ont rejoint le 1° Régiment de marche de la Légion étrangère. Cette première unité reçoit son emblème en décembre 1914 et est appelée la compagnie "Nazdar", d'après le salut traditionnel des membres du Sokol.  Après avoir été engagée en Champagne, elle intervient aux côtés de la division marocaine à Vimy (mai 1915).

 

En 1917, Edvard Benès, après accord du gouvernement français, forme une armée tchécoslovaque autonome. Les nouvelles unités tchécoslovaques sur le territoire français ne peuvent être fondées qu'au début de l'année 1918, des membres des légions tchécoslovaques, transférées de la Russie et des volontaires de la nation tchèque et Slovaque, venants des Etats-Unis.

 

Plus de 2.000 volontaires sont rassemblés à Cognac pour y être instruits, puis engagés dans les combats de mai 1918 à Vouziers. Au sein de la 4° armée du général Gouraud, ils participent à toutes les grandes étapes libérant la France. Le 14 octobre 1918, la République tchécoslovaque est installée à Prague, puis reconnue officiellement à l'issue de la conférence de la paix par les Alliés (juin 1919).

 

Le site de Nazdar, un lieu emblématique de la mémoire tchécoslovaque en France.

 

Lieu de mémoire comme Cernay (02), Darney (88), Vouziers (08) et le cimetière parisien du Père Lachaise, le site de Targette rappelle l'engagement de la Tchécoslovaquie lors des deux conflits mondiaux où ses combattants se sont battus pour l'indépendance de leur pays et la lutte contre le joug nazi. Nombre de ces volontaires ont participé à l'offensive en Artois le 9 mai 1915 au cours de laquelle beaucoup ont perdu la vie.

 

La seconde bataille d'Artois (9 mai - Juin 1915).

 

Les préparatifs de l’offensive française sur la crête de Vimy et l’éperon de Notre-Dame-de-Lorette commencent le 3 mai, avec le déclenchement du bombardement méthodique des lignes allemandes, le 3 mai. Il se prolonge pendant six jours et six nuits.

À 10h du matin, le 9 mai, le 33° corps d’armée, commandé par le général Pétain, attaque sur un front large de 6 km. En quelques heures, les assaillants parviennent à submerger le système de tranchées allemand, progressant de plus de 3 km vers la crête de Vimy. Mais les réserves, disposées trop loin du front, sont incapables de rejoindre les lignes suffisamment vite pour exploiter cette spectaculaire percée, alors que l’artillerie française est désormais incapable de protéger les unités les plus avancées. Les Allemands se ressaisissent et contre-attaquent.

Les combats se prolongent pendant une semaine, avec des affrontements sauvages sur les hauteurs de Notre-Dame-de-Lorette. Au final, le résultat de l’offensive française est limité : les villages de Carency et d’Ablain-Saint-Nazaire ont été pris, mais la crête de Vimy, et donc le contrôle de la plaine minière, restent dans les mains allemandes.

Le coût humain de cette grande offensive, sans résultat stratégique majeur, fut tragique pour l’armée française : 102.000 pertes, soit le double de celles subies par les Allemands lors de l’ensemble des attaques françaises et britanniques entre Arras et Festubert.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.cheminsdememoire-nordpasdecalais.fr/

"La Première Guerre Mondiale et les Batailles de l'Artois"
Giard Mathilde, Editions la Petite Boite, 2010

Panneau explicatif présenté près du site

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 19 août 2019 

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville