NEUVILLE-SOUS-MONTREUIL  (Pas-de-Calais)

Région des Hauts-de-France.

Arrondissement de  Montreuil - Canton de Berck.
 Population : 650 Neuvillois en 2017.

 

D'une superficie de 882 hectares, et d'une altitude de 2 à 10 mètres,

le village est traversé par les ruisseaux de Montreuil, de la Noc et le canal de Neuville,

et il est contemporain de la ville de Montreuil-sur-Mer.

 

Vue aérienne avant 1970 : le village, et l'église paroissiale Saint Vaast, en 2019.

L'église est implantée à flanc de coteau, et présente un plan en croix latine. Elle est précédée d'un escalier monumental. Le toit, à deux versants sur la nef et les bas-côtés, est couvert d'ardoises. Les baies sont en arc brisé, encadrées de contreforts. Le clocher à flèche polygonale surmonte le porche d'entrée très sobre.


La première église était située à l'emplacement du cimetière actuel. Elle avait été reconstruite dans un style flamboyant en 1507, et a fait l'objet de plusieurs restaurations tout au long du XIX° siècle. En 1889, la commune fait appel à Clovis Normand pour construire une nouvelle église, à quelques mètres de la précédente. Les travaux sont terminés en 1901, et la première église de Neuville sera démolie en 1925.

 

 

La chartreuse Notre-Dame des Prés
 

 

Fondée au XIV° siècle par le comte de Boulogne, la Chartreuse de Neuville se dresse dans la vallée de la Canche,

à l’écart de Montreuil, cité proche de la Côte d’Opale.

 

Vues aériennes de l'abbaye, avant 1920.

La Chartreuse est bâtie au milieu d'un petit bois, sur le flanc d'une colline, orientée au Sud,

de telle sorte que le monastère est préservé des redoutables vents de Nord et d'Est.

Au pied s'étend la mélancolique et large vallée de la Canche,

souvent encore élargie par ses débordements et longée à l'infini par les peupliers.     

 

La particularité des monastères Chartreux est de faire coexister deux types de moines : les ermites (vie en solitude) et les cénobites (vie en communauté). L'architecture reflète cette particularité puisqu'une Chartreuse comporte deux centres de vie, celui des Frères que l'on appelle "la maison basse" et celui des Pères, la "maison haute", là où règne le silence autour du Grand cloître.

 

Porte d'entrée du monastère Chartreux, qui habituellement est toujours fermée.

L'ordre des Chartreux reste toujours le même aujourd'hui,

dans les 24 Chartreuses toujours en activité sur trois continents.

 

Au-dessus de la porte se trouve un tympan sculpté où la Vierge est représentée avec l'enfant Jésus. Elle est entourée par le comte de Boulogne en armure, fondateur de Notre-Dame-des-Prés, qui lui offre un monastère et par le Révérend Père Dom Charles-Marie Saisson, Général de l'Ordre des Chartreux qui lui offre la nouvelle église. Près de lui se trouve le livre des Statuts et le blason de l'Ordre.

 

La petite chapelle incluse à l'intérieur du pavillon d'entrée.

 

Cette ancienne chapelle, dite chapelle des vestiaires est située près du sanctuaire de l'église, et c'est la seule partie préservée du XIV° siècle (1324). Elle est éclairée par des fenêtres ogivales aux gracieux meneaux. En guise de retable, l'autel est surmonté par la reproduction d'une fenêtre ogivale qui devait être peinte pour simuler les vitraux. A côté, une autre chapelle ancienne était placée sous le vocable de Sainte Thérèse.

 

Au cours de son histoire, le monastère connaît bien des vicissitudes. Il est plusieurs fois saccagé :

▪ Par les Anglais d'abord de 1346 à 1354 lors du désastre de Crécy.
▪ En 1539, les Chartreux subissent les assauts des Impériaux qui ne laissent que ruines et désolation. En 1571, l'Église est restaurée.
▪ Après quatre années de travaux incessants, en 1574, les Huguenots envahissent la Chartreuse et la dévaste de nouveau. Il faut attendre 1584 pour retrouver le monastère entièrement restauré. Louis XIV l'exempte des impositions.
▪ Pendant la Révolution, le monastère n'est pas épargné. Ses bâtiments, commun entre d'autres lieux, sont déclarés "Biens nationaux" et bientôt rapidement détruits.
▪ Le 31 mars 1870, la Chartreuse et la ferme de la basse cour sont cédés aux Chartreux. Ce n'est qu'en 1872 que les travaux de reconstruction débutent sous la direction de Clovis Normand. L'Église est de nouveau consacrée le 19 octobre 1875 et la clôture est alors rétablie. Les moines reconstruisent entièrement les bâtiments. Ils y demeurent jusqu'à l'application des lois d'exception de la III° République , séparation de l'église et de l'état.
▪ Le 1er octobre 1901, contraints et forcés, les Chartreux s'exilent à la Chartreuse de Parkminster en Angleterre.

▪ Le Monastère est transformé en Hôpital et Clemenceau l'inaugure le 10 novembre 1907. L'Hôpital civil, puis militaire, devient un asile psychiatrique après la deuxième guerre mondiale.

 

La cour d'honneur donne accès aux différents bâtiments conventuels.

 

La solitude des Chartreux, tempérée par une ouverture communautaire,

se reflète naturellement dans l'architecture des bâtiments, en trois grandes parties :

Le grand cloître, les lieux communautaires et les ateliers-jardins.

 

La façade de l'église est en pierre de Saint Leu, gardant le style du XIV° siècle, comme le reste du monastère.

(à l'époque où la Chartreuse était encore occupée, deux fontaines ornaient la cour d'honneur).

 

Les lieux communautaires sont constitués de l'église, du chapitre, du réfectoire et de la bibliothèque.

 

Sur le fronton de l'église, l'inscription "O Bonitas" (O Bonté), rappelle l'exclamation

qui jaillissait habituellement du coeur de Bruno, cri d'allégresse, appelé "l'alléluia du désert".

 

Le tympan de la porte de l'église offre une explication symbolique de la Sainte Trinité sur un somptueux décor : le Fils n'est pas le Père, le Père n'est pas le Saint Esprit. (Par contre), Dieu est le Père. Dieu est le Fils. Dieu est le Saint Esprit. En-dessous, un avertissement à ceux qui n'écoutent pas la parole de Dieu.

 

Galerie desservant les différentes salles de la communauté.

Les portes des cellules donnaient sur le cloître et sont signalées par des lettres peintes sur le linteau.
A côté de l'entrée de la cellule, la petite porte de bois est un passe-plat.

Le moine de service portait le repas aux reclus. Le passage est ménagé dans le mur de façon oblique,

de sorte qu'ils ne pouvaient pas se voir et n'étaient pas tentés de se parler, ne fût-ce que par signes.

 

Les cellules des Pères Chartreux.

 

Les Cellules étaient l'endroit où les pères passaient l'essentiel de leur temps. Lieu de travail intellectuel,

physique et manuel, ils y priaient, mangeaient et dormaient. La Chartreuse de Villeneuve

propose à la visite une cellule-témoin reconstituée selon les sources documentaires disponibles.

 

Les cellules se composaient de plusieurs pièces. Ici, au rez-de-chaussée,

il s'agit de la pièce dévolue aux travaux manuels,

souci constant des moines chartreux. Ils pouvaient y couper du bois ou confectionner de petits objets.

Il y a une tradition d'ébénisterie chez les chartreux.

 

Les autres pièces à l'étage, consistent en un Ave Maria (sorte de petit sas par lequel on rentre dans la cellule pour mieux marquer encore la rupture d'avec l'extérieur.

Le chartreux se place sous l'invocation de la Vierge quand il sort comme quand il rentre,

et une chambre (appelée cubiculum) pour le repos et la prière.
Près de la fenêtre, une table et quelques livres placés sur des rayons.
 

 

Un lit, un endroit pour lire, prier, méditer...
Au bas, le tiroir à briques que l'on chauffait pour avoir un peu de chaleur.

 

La cellule ou cubiculum est très simple, avec une alcôve en sapin abritant une couchette, où le Père se repose de sept à dix heures et demi du soir et environ de deux à cinq heures du matin. A côté se trouve une stalle et un prie-Dieu surmonté d'un crucifix.

 

Les moines disposaient en outre d'un jardin attenant où ils cultivaient eux-mêmes des fleurs et des simples,

soit faire un potager mais alors le produit de ce dernier était partagé par la communauté...
Chaque jardinet est dirigé vers l'intérieur des bâtiments... aucune vue sur la vie à l'extérieur...

Aujourd'hui, les cellules restaurées accueillent les résidents, auteurs, traducteurs de théâtre,

metteurs en scène, comédiens, chorégraphes ou danseurs...

 

La galerie du cloître.

 

(De gauche à droite) : Entrée de la Chartreuse - Cour d'honneur - Petit cloître,

et le grand cloître regroupant les 24 cellules où les Pères mènent leur vie solitaire et deux petites chapelles.

 

Le grand cloître.

 

Le grand cloître : au fond, au milieu, les deux petites chapelles

entre l'entrée d'accès aux lieux communautaires.

 

Un autre espace ... celui du cimetière...

Le cimetière est toujours situé dans le jardin du cloître et donc dans l'enceinte du monastère.

A côté de la chapelle des morts, les Chartreux sont mis en terre,

à même le sol et la tombe était marquée d'une simple croix sans nom.

 

L'église.

 

L'église possède un magnifique vaisseau voûté en ogives.

(A gauche, le choeur avant 1930, et à droite en 2019).

 

La nef est entourée de stalles gothiques en chêne surmontées d'un dais.

Si actuellement le choeur des Pères est en bois cérusé, c'est l'oeuvre des petites soeurs de Bethléem

qui avaient acheté la Chartreuse de Neuville et occupé les lieux entre 2001 et 2005.

 

La tribune réservée aux étrangers se trouve toujours au-dessus du porche.

La grande rosace située au-dessus de la tribune des visiteurs, est divisée par des arcatures rayonnantes :

12 sections extérieures pour les apôtres, et 6 sections intérieures pour les compagnons de Bruno.

De nombreuses inscriptions rappellent que l'église est dédiée à Marie.

Ainsi les écussons et litanies que l'on retrouve sur les supports des voûtes.

 

L'église ne possède pas d'orgue, car les chants des Chartreux ne sont jamais accompagnés d'instruments de musique. "La règle interdit les instruments de musique : "ce que cherche le Chartreux, c'est la sincérité, plus que la perfection du chant. Certaines maisons de l'Ordre chantent la psalmodie en langue vernaculaire, c'est-à-dire la langue du pays, d'autres en latin. Les lectures sont en principe en langue vernaculaire.

 

Le réfectoire des Pères.

 

Les Pères ne prennent aucune nourriture avant le midi,

s'astreignent un jour par semaine à n'avoir que du pain et de l'eau.

Les Chartreux ne prennent leur repas au réfectoire que les dimanches et fêtes,

en silence, les yeux baissés vers l'assiette et l'oreille attentive à la lecture en latin.

 

Les Chartreux ne mangent jamais de viande. Fourchette, cuillère et coquetier sont en bois, les assiettes, la tasse à deux anses et les pots de vin et d'eau en terre. La vie ascétique des moines est stricte mais empreinte de sagesse et de modération, et la règle prévoit les dispenses nécessaires si cela dépasse leurs forces.

 

La grande bibliothèque.

 

La grande bibliothèque avant 1910.

 

A partir de 1875, l'imprimerie de l'Ordre des Chartreux fut installée à la Chartreuse Notre-Dame-des-Prés, où la Grande Chartreuse fit réimprimer tous les livres liturgiques. Les grands antiphonaires, notamment, qui pèsent chacun 15 kg, étaient imprimés sur une presse à bras proche de celle de Gutenberg qui demandait du temps, mais donnait une grande qualité. D'après les écrits d'un Père, des bâtiments furent construits sous Dom Léonard Gorse, prieur dès 1885, pour recevoir des machines perfectionnées, construites par 45 ouvriers et plusieurs frères. On y imprima les livres liturgiques et cartusiens de toutes les Chartreuses d'Europe, mais aussi des ouvrages non religieux pour des personnes extérieures. En 1901, le matériel d'imprimerie fut déménagé à la Chartreuse de Parkminster, en Angleterre.

 

La bibliothèque, au plafond à caissons, occupe toute la partie Ouest, au-dessus du grand cloître.

 

A l'époque, la bibliothèque était constituée de quelques 12.000 livres.

Photo de droite, la salle du Trésor.

 

La chapelle des morts.

 

Accès aux jardins, depuis la cour d'honneur.

 

Les jardins.

 

La conception des jardins est inspirée par le mode de vie des Chartreux

et leurs fonctions monastiques originelles :

vivrière, médicinale, de fleurissement des autels de l’église et des 24 chapelles.

 

Situés en contrebas de la cour d’honneur, les jardins restructurés dès 2011 ont réellement pris leur essor

au printemps 2013. Depuis, ils s’étendent le long des ermitages côté sud

et proposent un parcours de découverte à la fois végétale et architecturale sur 7000 m² environ.

 

Les ateliers plus bruyants comme la menuiserie, la forge, la ferme

se trouvent un peu éloignés du reste du monastère pour ne pas troubler le silence.

 

L’espace nature est vaste : il permet d’arpenter en toute liberté un parcours

pour comprendre les ermitages vus de l’extérieur. Quelques fruitiers rappellent le verger ancien.

Les buttes de compostage systématique de tous nos déchets végétaux

permettent la culture in situ de légumes gourmands.

 

La parcelle médicinale et aromatique évoque le rôle soignant des frères Chartreux dans le monastère

et également auprès de la population locale. Aujourd'hui, chacune des 60 plantes médicinales

y est nommée et expliquée pour assurer la transmission des connaissances en phytothérapie.

 

 

Le cloitre végétal, dont la structure reprend celle de l’un des joyaux de la Chartreuse : le grand cloitre.
Cet espace est propice au développement des plantes grimpantes dont le houblon,

bien connu et apprécié dans la région.

 

Si le cloître végétal évoque pour certains le foisonnement et la profusion de l’Eden, d’autres s’y sentiront protégés de l’agitation du monde, ou partie prenante d’une nature riche et généreuse pourvu qu’on la respecte. De multiples fleurs vivaces ou annuelles, grimpantes ou non, y sont associées à la culture de 24 pieds de houblon (24 pères chartreux), parce qu’il est prévu de brasser une bière de la Chartreuse de Neuville.

 

Un sentier permettait chaque semaine, aux pères Chartreux de partir pour une longue promenade

pendant laquelle ils échangeaient ensemble :

moment d’intense et de profonde communication entre eux et la nature environnante.

 

La mosaïque de 54 carrés accueillant de multiples variétés de fleurs,

 le bonheur des yeux, le plaisir des insectes butineurs et la vente de plantes.

Ces 54 carrés pédagogiques permettent de recevoir des élèves de 4 ans à 20 ans qui s’exercent

aux techniques jardinières tout en découvrant la biodiversité. La transmission des connaissances était,

grâce à l’imprimerie, une activité privilégiée à la Chartreuse du temps des moines.

 

 

Le jardin potager connecté Vavilov pour conserver, étudier et multiplier

des variétés alimentaires en voie de disparition.

Le potager rappelle que le monastère assurait l’autonomie alimentaire de la communauté

et aussi que la culture de la terre représentait, pour les patients de l’hôpital, une activité saine et utile.

Chaque légume, qu’il soit ancien, nouveau, rare ou surprenant,

y est maintenant détaillé dans ses aspects diététiques.

 

Le destin monastique qui avait fait de ce bâtiment l’Imprimerie Générale de l’Ordre des Chartreux

prend fin au début du XX° siècle. Les moines laissent la place à un phalanstère culturel.


En 1914, c’est le plus grand hôpital civil belge d’Europe qui s’installe dans les murs. La dernière grande mutation voit les lieux accueillir l’hospice-asile du Centre Hospitalier de l’Arrondissement Montreuil-sur-mer (CHAM), de 1950 à 1998. Au début des années 2000, les sœurs de Bethléem redonnent ensuite, temporairement une vocation religieuse à la Chartreuse. Depuis 2008, c’est un nouveau destin qui se construit autour d’un partenariat privé-public-associatif, aux objectifs :

▪ Une résidence de cours séjours pour chercheurs, artistes, professionnels et personnes recherchant le ressourcement.

▪ Restaurer et ouvrir au public ce monument exceptionnel.

▪ Favoriser la création d'activités entrepreneuriales et culturelles sur le site autour d'un modèle humain, économique et social pérenne.

▪ Et dans ce lieu dédié à l'homme, promouvoir et développer l'humanité de l'Homme dans un monde économique par l'innovation responsable.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

"La Chartreuse de Neuville", brochure de 24 pages

en vente à l'accueil, Association de la Chartreuse

C.P.A. collection privée en prêt

Visite guidée et photos, Chantal Guyon, le 28 août 2019

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville