MONTREUIL-SUR-MER  (Pas-de-Calais).

Région des Hauts-de-France.

Arrondissement de Montreuil - Canton de Berck.
 Population : 2014 Montreuillois en 2017.

 

D'une superficie de 285 hectares, et d'une altitude de 2 à 43 mètres,

Située sur la Côte d'Opale, la ville est installée sur un promontoire dominant le fleuve la Canche.

 

Appartenant historiquement à la région Picardie, Montreuil depuis le 1° janvier 2016,

est rattachée au département du Pas-de-Calais, puis à la région Nord-Pas-de-Calais, en Hauts-de-France.

 

Etymologie : les origines de Montreuil, dont le nom dérive du latin "monasteriolum" (petit monastère),

sont intimement liées à l’histoire religieuse.

 

 

La citadelle, du XVI° siècle
 

 

Commencées après le siège de 1537 et achevées en 1549,

les fortifications médiévales sont parmi les premières d'Europe, à utiliser un système défensif

initié sur l'enceinte de Vérone en 1530, par l'architecte vénitien Michele San Micheli.

 

Vue aérienne vers 2010 : la citadelle et la ville.

La citadelle est édifiée sur une hauteur dominant de 50 mètres la vallée de la Canche.

Edifiée à partir de 1567, c'est un ouvrage complexe résultant d'au moins sept campagnes de construction.

 

Naturellement défendue par les marais au nord et le vallon sec de la Madeleine à l'ouest, elle se rattache à la ville par le sud-est. Elle succède au château royal construit au début du XIII° siècle dont elle a conservé des éléments. Construite à cheval sur l'enceinte urbaine, elle possède deux fronts d'attaques distincts, l'un tourné vers la ville, l'autre vers la campagne.

 

Remaniée à plusieurs reprises jusqu'à la fin du XIX° siècle, la citadelle est démilitarisée en 1929,

après son classement au titre des Monuments Historiques.

 

    Depuis l'entrée principale, vue sur la ville.

 

Mentionnées dès 898, les fortifications de Montreuil sont régulièrement renouvelées tout au long du Moyen Age. Sous Philippe Auguste, roi de France de 1180 à 1223, a lieu le renforcement le plus spectaculaire. Par la suite, rares sont les améliorations apportées aux défenses de la ville, Montreuil étant épargnées par la guerre de Cent Ans.

 

 

 

Les guerres d'Italie, à la fin du XV° siècle, et surtout la lutte engagée au début du XVI° siècle contre la puissante famille des Habsbourg, introduisent un siècle de profondes mutations des fortifications. Malgré la défaite cinglante de Pavie en 1525, la guerre reprend entre l'Empereur et François 1er. En 1537, une armée de plus de 30.000 hommes paraît devant Montreuil La ville est prise après l'ouverture d'une brèche dans l'enceinte Est. Après le siège, l'enceinte est aussitôt relevée.

 

La porte.

 

Les ingénieurs ont accumulé les obstacles devant ce point vulnérable.

La porte est encadrée par deux demi-bastions. Sous Vauban, ce système est complété par une demi-lune,

ouvrage avancé de plan triangulaire qui protège la courtine séparant deux bastions.

 

Durant la période 1580-1670, précédant l'ère Vauban, la mise aux normes de la ville continuent. Deux ingénieurs militaires vont marquer la cité de leur empreinte :

▪ Errard de Bart-de-Duc (1554-1610), ingénieur du roi Henri IV, dresse en 1605 un plan de protection des entrées, ainsi que trois autres demi-lunes.

▪ Entre 1635 et 1640, Antoine de Ville (1596-1658), ingénieur militaire de Louis XIII. Il double l'entrée Sud, et ajoute un second ouvrage à cornes.

 

 

La porte principale fait face à la ville.

La porte se compose de deux ouvertures distinctes, une porte charretière

et une porte piétonne aujourd'hui murée, disposition hérité du Moyen Age.

 

L'accès à la citadelle était défendu par un pont-levis à flèches remplacé par une levée de terre en 1894. La porte a conservé les fentes dans lesquelles venaient s'encastrer les flèches, pièces de bois reliées au pont par des chaînes. A l'intérieur, la voûte et les murs portent la trace des rainures verticales dans lesquelles coulissait une herse. Le dispositif est complété par un corps de garde ajouté au XVIII° siècle.

 

Le corps de garde ajouté au XVIII° siècle, abritant aujourd'hui la billetterie et la boutique.

 

Depuis la tour de la Reine Berthe, vue sur la porte principale.

 

Le château de Philippe Auguste.

 

Après l'entrée de la ville dans le domaine royal en 987 à l'avènement d'Hugues Capet,

un château royal est édifié. Il est mentionné en 1042.

Jusqu'en 1204, Montreuil est la seule possession royale au Nord de la France.

 

Cette position stratégique place très vite la ville au coeur d'un conflit opposant les Capétiens à la dynastie anglaise des Plantagenêt alliée aux comtes de Flandre, de Boulogne et du Ponthieu. Cette menace incite Philippe Auguste à édifier un nouveau château royal en partie conservé dans la citadelle de 1567.

 
 

Deux tours massives encadrent l'entrée en arc brisé. Ce château polygonal, à l'image

de celui de Boulogne-sur-Mer légèrement postérieur, était séparé de l'enceinte urbaine par un fossé.

 

Chacun de ses angles était flanqué d'une tour circulaire saillante à plusieurs niveaux, percée d'archères rayonnantes. Construit exclusivement en grès à l'origine, les bouleversements défensifs du XVI° siècle ont nécessité la reconstruction en brique de ses parties hautes.

 

Plan du château royal. (XIII°-XVI° siècles).

Le château royal est appuyé contre l'intérieur de l'enceinte urbaine,

entre la tour Blanche et la tour de la reine Berthe.

 

La construction de la citadelle a profondément bouleversée la physionomie du château. Son plan devait être polygonal, composé de 8 faces flanquées à chaque angle d'une tour semi-circulaire saillante de 10 m de diamètre entièrement dressée en appareil de grès cubique. Ces dernières possédaient plusieurs niveaux, voûtées d'ogives à l'image de la tour K. Seule la partie occidentale du château a été conservée. Sur 4 tours qui subsistent, 2 appartiennent à la porterie. Au centre de la cour, le puits d'une profondeur initiale de 70 m a été comblé par l'armée allemande pendant la 2° Guerre mondiale. L'ancienne salle royale est probablement conservée entre les tours d'entrée et la tour K.

 

La tour E : au XV° siècle, les progrès de l'artillerie vont contraindre les ingénieurs militaires

à réviser leur conception de la fortification.

 

On enveloppe la technique du terrassement consistant à placer les masses de terre

à l'arrière des murs pour les rendre plus résistants au tir des canons.

 

La hauteur des courtines et des tours est réduite pour les dérober le plus possible aux projectiles ennemis. Les tours sont remblayées pour accueillir des pièces d'artillerie. La tour E illustre cette évolution architecturale. A l'origine complètement en grès et plus élevée, elle est dérasée et reparementée en brique à la fin du XV° siècle.

 

Les bastions.

 

Les ingénieurs italiens apportent une réponse définitive au problème de l'artillerie, en inventant le bastion.

Les tours creusées et circulaires sont remplacées par de vastes ouvrages pentagonaux remplis de terre

sur lesquels on dispose des canons en nombre.

Ces bastions sont séparés par des courtines qu'ils protègent de leur tir.

Leur tracé angulaire permet de résoudre le problème des angles morts.

Désormais, l'ennemi est exposé aux tirs des défenseurs, quelque soit sa position.

 

Au XVI° siècle, la proximité de la frontière des Pays-Bas espagnols, située à une dizaine de kilomètres de Montreuil, incite le roi Charles IX (1559-1574) à améliorer les défenses de la ville. En 1567, il fait édifier une citadelle à cinq bastions dont le tracé en étoile est le reflet des dernières innovations en matière défensive.

 

La porte de secours.

 

Construite à l'extérieur du bastion dans le prolongement de la porte du château,

cette porte ménage une issue vers la campagne en cas d'attaque de la ville.

 

Cette porte a été condamnée en 1795. Le pont qui la précédait vers la campagne a été détruit au XX° siècle et remblayé avec la terre du creusement des casernements souterrains Allemands sous la ville à partir de 1943. Seul le corps de garde percé de meurtrières qui surmontait la porte subsiste au-dessus du passage enfoui. Point vulnérable, la porte de secours a été aménagée dans le flanc d'un bastion pour éviter les tirs venants des hauteurs du village de la Madeleine. Une chambre de tirs percée de deux canonnières a été creusée dans le flanc d'un bastion voisin pour défendre la porte.

 

Comme dans toutes les citadelles construites à cette époque, le corps de place est entouré

par des ouvrages avancés ayant objet de ralentir la progression de l'assaillant

et de retarder le franchissement du fossé.

Aménagé sur le bord extérieur du fossé, le chemin de ronde couvert accueille des défenseurs

armés de mousquets qui protègent les glacis, vastes terrains en pente douce aménagés autour de la place forte.

 

La bricole est une machine de guerre médiévale, utilisée entre le XII° et le XV° siècle.

Elle est majoritairement destinée à la défense des fortifications.

 

La bricole constitue un balancier appelé "verge" au bout duquel est attaché une poche contenant les projectiles, le tout est actionné en tirant sur l'autre extrémité du balancier, la traction étant facilitée par l'ajout d'un contrepoids appelé "martel". Elle permet de lancer un projectile de quelques dizaines de kilos à une distance oscillant entre 50 à 80 mètres. Sa fréquence de tir est rapide et une équipe bien entraînée peut envoyer un boulet à la minute. L'apparition progressive du boulet de fer et des canons la rende obsolète à la fin du Moyen Age.

 

La tour de la reine Berthe.

 

Cette tour, dotée de nombreux systèmes de défense a longtemps servi d'accès à la ville.

On l'appelait la "Porte du château", en raison de la proximité de la forteresse de Philippe Auguste.

Lors de la construction de la citadelle, cette porte donnant directement accès à l'intérieur de la place forte

est jugée dangereuse et fermée dès 1599.

 

Edifiée au milieu du XIV° siècle, son volume et l'épaisseur de ses murs sont les réponses apportées

par les architectes à l'évolution des moyens d'attaques et notamment le développement signifiant du canon.

 

 

 

 

A l'intérieur, sur deux niveaux, une exposition avec présentations d'objets retrouvés lors de fouilles.

La tour conserve le souvenir de Berthe de Hollande, épouse du roi de France Philippe 1er,

répudiée en 1091 et morte à Montreuil en 1094. La légende raconte qu'elle fut enfermée dans cette tour.

 

La citadelle a été déclarée "Natura 2000", et dans un bastion, un théâtre de verdure a été créé.

La valorisation ornementale consiste à préserver la biodiversité en agissant en faveur des chauves-souris.

Les remparts représentent un lieu idéal d'hibernations

pour de nombreuses espèces de chauves-souris rares et menacées.

 

Dans le bastion Ouest, de la canonnerie, mise en place de moutons de race boulonnaise,

permettant une tonte naturelle d'un hectare de pelouse

dans le cadre de la gestion différenciée avec fauche tardive. Cette méthode permet de préserver

la richesse floristique et faunistique ayant trouvée refuge dans ce site fortifié.

 

Salle de la tour K, édifiée au XIII° siècle et transformée lors de la construction de la citadelle.

Cette tour a été arasée, puis comblée de terre afin de ménager une plate forme de tirs pour les pièces d'artillerie.

 

Sa restauration en 1996, a privilégié la conservation de l'aspect rasant au détriment d'une élévation hypothétique. Les travaux ont eu pour objet de rendre accessible la salle de l'étage, pourvue de graffitis extrêmement bien conservés, en la vidant et en rénovant l'escalier à vis, de restituer les voûtes d'ogives du rez-de-chaussée et de restaurer le parement extérieur.

 

Le chemin de ronde.

 

Sa restauration au XVI° siècle a nécessité l'arasement des tours du château royal.

Il est supporté par une série d'arcades massives en brique.

 

Le chemin de ronde facilite les déplacements le long du front d'attaque Nord.

Sa position de commandement sur les environs permettait d'anticiper les attaques.

Depuis le chemin de ronde on aperçoit d'Ouest en Est, le phare du Touquet et les villes côtières,

la chartreuse Notre-Dame des Prés de Neuville-sous-Montreuil et la forêt d'Hesdin.

 

La tour Blanche.

 

C'est à la couleur de la craie que cette tour doit son nom.

 

Cette tour appartenait à l'enceinte urbaine avant d'être intégrée dans la citadelle.

Reconstruite vers 1500, elle conserve une base en grès du XIII° siècle, percée d'archères.

 

A l'étage, le corps de garde coiffé d'une toiture en poivrière,

a concédé au souci de confort de nombreuses ouvertures et une cheminée.

 

 

Le rez-de-chaussée, voûté d'ogives, illustre l'adaptation aux nouvelles techniques de défense.

 

Escalier extérieur permettant l'accès au chemin de ronde.

Les archères ont ici fait place aux canonnières, ouvertures circulaires surmontées d'une fente l'observation.

 

A droite, les casemates, aménagées au sein d'un bastion, sont constituées de 5 salles distribuées en enfilade,

couvertes de voûtes en berceau. Chaque pièce était construite sur deux niveaux

séparés par un plancher mobile aujourd'hui disparu.

Les créneaux de fusillade sont surmontés d'une ouverture permettant d'évacuer la fumée.

Ils assuraient la défense du fossé environnant l'ouvrage.

 

Leur construction est commandée en 1944, par Louis Philippe 1er qui craignait une attaque de la Prusse contre la France. Les casemates abritent le poste de communication du Grand Quartier Général Britannique pendant la Première Guerre Mondiale. Aujourd'hui une exposition rappelle l'engagement et les efforts de guerre des Alliés sur la Côte d'Opale, énorme base arrière du premier conflit mondial.

 

La poudrière.

 

Construite par Vauban en 1670, la poudrière était une vaste salle

couverte d'une voûte en berceau brisé, recouverte de terre.

Ce dispositif empêchait les boulets d'exploser au contact de la maçonnerie.

 

La poudrière est épaulée par neuf contreforts massifs percés d'un passage

et entourée d'un mur pare-éclats.

Une porte gardée par une guérite permettait d'y accéder.

 

L'éclairage de la salle était obtenu par des lanternes à bougie, puis à l'acétylène placées derrière les ouvertures.

Des vitres évitaient tout contact entre la flamme et la poudre. (Découverte en Angleterre en 1836,

l'éclairage à l'acétylène [gaz inflammable] est encore utilisé de nos jours par les spéléologues).

 

L'auberge.

 

Actuellement, ce grand bâtiment est transformé en auberge de jeunesse.

 

L'arsenal.

 

 

 

Ce grand bâtiment abritait les armes et matériels militaires.

Edifié sous le règne de Louis XIV, il s'élevait à l'origine sur deux niveaux.

 

A gauche, vues sur l'auberge et l'arsenal - Entrée de l'arsenal.

 

La chapelle.

 

 

La chapelle date de 1764.

Cet édifice de plan rectangulaire est précédé d'une façade néo-gothique.

 

Le trésor d'art sacré se compose essentiellement d'objets  provenant de l'ancienne abbaye Sainte Austreberthe.

 

A la Révolution, les soeurs émigrent pour mettre en sécurité leurs reliquaires et les reliques qu'ils contiennent. Après les troubles révolutionnaires, leur monastère ayant été confisqué, les religieuses laisseront leur trésor dans la seule église paroissiale restante, l'abbatiale Saint Saulve. De cette dernière, il ne reste aujourd'hui que les objets postérieurs à la Révolution, dans le style néo-gothique.

 

Anges d'Humbert, vers 1260, en bois sculpté, et un Saint évêque.

Saints : Jean et Pierre, début XVI° siècle, en bois polychrome.

 

Vierge à l'enfant, en bois polychrome (non datée).

 

Cuve baptismale, en pierre sculptée (origine non déterminée). Peintures du XIX° siècle.

 

Les fortifications continuent à faire l'objet de réparations durant tout le XX° siècle. L'enceinte de Montreuil est déclassée militairement en 1867. Elle échappe au démantèlement, à l'exception de la Porte de France, détruite pour faciliter l'entrée dans la ville les jours de marché, et une portion de l'enceinte de la ville basse, pour faire place à la gare et à la voie ferrée.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.ville-montreuil-sur-mer.fr/

Panneaux explicatifs présentés sur le site

Dépliants 4 pages "guide de visite", remis à l'entrée

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 28 août 2019

 

 

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