LOOS-EN-GOHELLE   (Pas-de-Calais)

Région des Hauts-de-France.

Arrondissement de Lens - Canton de Wingles.
 Population : 6.647 Loossois en 2016.

 

D'une superficie de 127 hectares, et d'une altitude de 31 à 74 mètres.

Etymologie : ce nom viendrait du germanique lôh, d'où le néerlandais loo qui signifient "pré, prairie".

 

Vue aérienne avant 1920.

C'est en 1855 que du charbon a été découvert dans le sous-sol loossois.

À partir de cette date, l'activité minière a façonné le village initialement rural.

Six puits de mine ont été creusés dans la commune et sept terrils de résidus en sont restés.

 

 

Les terrils et le bassin minier 11/19
 

 

Sur plus de 300 terrils édifiés durant l'exploitation sur tout le territoire de la région,

environ 200 sont toujours présents, comme autant de maillons d'une chaîne s'étirant d'Est en Ouest.

 

Au milieu du XIX° siècle,  le Pas-de-Calais est pris d’un véritable fièvre houillère. De riches industriels de la région investissent leurs capitaux dans des entreprises de prospection qui, une fois le gisement localisé, s’organisent en compagnies minières autorisées à exploiter le charbon sur des portions de territoire appelées "concessions". La Compagnie des Mines de Béthune (créée en 1851), la Société des Mines de Lens (créée en 1852) et la Société du Midi de Lens (créée en 1858 et qui devient Société Houillère de Liévin en 1862) prospectent conjointement dans ce secteur prometteur où la concurrence est rude.

 

Vue générale de la cité 5 de la Compagnie des mines de Béthune à Loos-en-Gohelle au début du XX° siècle.

 

"Le paysage du bassin minier frappe par son caractère de lutte pour la vie.

Pas de villages groupés autour d'une église comme on est habitué à le voir dans d'autres campagnes.

De larges routes bordées de maisons, traversées à chaque instant par les voies ferrées des houilles".

(Eugène Ardouin Dumazet (Voyages en France, 1899).

 

Les terrils jumeaux de la base 11/19.

 

Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, situés sur la base du 11/19 sont les plus hauts terrils d’Europe :

186 mètres au sommet et 150 mètres de dénivelé.

 

La Base et les terrils jumeaux du 11/19 constituent l’un des quatre sites du patrimoine minier

conservés dans le Nord-Pas-de-Calais.

Ces deux chiffres 11 et 19 font référence aux numéros des anciens puits de mine :

11 pour le chevalement métallique des années 1920, et 19 pour la tour de concentration en béton de 1960.

 

Même si certains éléments ont disparu, le site présente l’avantage d’offrir une vision complète de ce que pouvait être un site minier avec le carreau de fosse, les terrils (résidus de l’exploitation du charbon) et la cité minière où logeaient les ouvriers.

 

Les deux terrils jumeaux sont en réalité 5. Seuls 2 cônes sont visibles.
Ils sont plus hauts que le Mont Cassel (176 mètres).
 

L'extraction de la houille s'est accompagnée de celle en proportion quasiment égale, des matières stériles :

grès, schistes, calcaires...

Stockées à proximité des fosses, elles forment les premiers terrils dès les année 1850.

 

La surface disponible, selon l'emplacement, et la nature des sols pouvant supporter une charge plus ou moins lourde, déterminent l'implantation d'un terril et influent sur son gabarit. Les terrils du 11/19 sont des grands terrils modernes édifiés grâce à la mise en œuvre d’un dispositif perfectionné permettant de concilier stabilité et gigantisme.

 

A la fin du XIX° siècle, la modernisation du triage et du transport des stériles

font évoluer le système de mise à terril et avec elle,

les formes et les dimensions de ces montagnes du Nord, emblématiques de la région.

 

Les déchets générés par le siège de concentration étaient directement acheminés à leurs pieds par un convoyeur à bande relié aux infrastructures du lavoir. Les roches stériles en provenance du lavoir central de Vendin-le-Vieil étaient pour leur part amenées par train. Un important réseau de voies ferrées commandé depuis une cabine centrale d’aiguillage avait été aménagé lors de la constitution du siège de concentration afin de gérer les différents convois de manière optimale.

 

Après avoir été considérées comme des décharges géologiques sans intérêt, puis comme des réserves

de matière première, la valeur symbolique et paysagère des terrils,

de même que leur intérêt en matière de biodiversité ont fait l’objet d’une prise de conscience favorable

à leur protection et à leur valorisation depuis une vingtaine d’années. Les terrils de la Base 11/19,

véritables îlots verts en secteur urbain, accueillent une faune et une flore variées incluant des espèces rares.

 

En bas des terrils, des plateformes permettaient de charger les dépôts dans des skips que des rampes dirigeaient au sommet des terrils coniques pour le déversement. Sur les pentes, des goulottes métalliques guidaient les terres afin de les répartir de manière homogène. C’est cette technique qui a généré la formation des petits monticules réguliers ou "épis" que l’on peut observer sur leurs pentes.

 

Les révolutions industrielles se sont développées à partir de l'Angleterre dès le début du XVIII° siècle.

L'histoire des mines du Nord-Pas-de-Calais s'inscrit dans cette dynamique.

Depuis la découverte de la houille en 1720 jusqu'à la fin de l'exploitation en 1990,

l'activité charbonnière a bouleversé le territoire en créant de nouveaux paysages.
 

Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis le 30 juin 2012, le Bassin minier dessine un arc arc de cercle

de 120 km de long, sur 20 km de large à cheval sur les départements du Nord et du Pas-de-Calais.

 

L'ancien centre minier : la base 11/19 de Loos-en-Gohelle.

 

La fosse 11 a été foncée en 1890. Son chevalement métallique, construit en 1925 par l'entreprise Fives-Lille

en poutrelles à treillis (hauteur: 45 mètres) s’oppose à la tour de béton armé du 19, haute de 66 mètres.
C’est en 1955 que fut décidée sa construction sur le territoire de Loos, le siège étant mis en service en 1960.

 

Le chevalement du 11 : cette imposante structure métallique mesure 45 m de haut et pèse près de 350 tonnes.

Située à l’aplomb du puits elle supporte les molettes sur lesquelles passent les câbles d’extraction.

Mus par la machinerie, ces câbles actionnent la cage servant à descendre et à remonter les mineurs

ainsi que le charbon. Les molettes mesurent 5,50 m de diamètre et sont entourées d’une plateforme

avec garde-corps coiffée d’un campanile. Au sommet trône l’insigne minier formé par un pic

et une hache entrecroisés. En pleine pénurie de produits métalliques, ce chevalement est conçu

avec des poutrelles à treillis rivetées permettant un assemblage solide avec un minimum d’acier.

 

En 1968, deux étages permettent l’extraction, l’un à 475 mètres, l’autre à 585 mètres. Ultérieurement, un troisième se situera à 710 mètres. La tour d'extraction, en béton armé de 10.000 tonnes, permet de remonter des charges pouvant aller jusqu'à 13.500 kg à une vitesse de 18 mètres par seconde. Le puits, qui a un diamètre de 6,65 mètres, a une capacité d'extraction de 8.000 tonnes de produits bruts par jour. Ce siège, le plus extractif du groupe Lens-Liévin grâce à son automatisation très poussée et à son lavoir.

 

L’architecture des bâtiments de la fosse est semblable à celle des autres sites ouverts par la Société entre la fin du XIX° siècle et la veille de la Grande Guerre. Outre l’emploi de la brique, elle est notamment marquée par le recours aux ossatures métalliques. En 1907, l’ensemble est complété par l’ouverture, à quelques centaines de mètres sur la commune de Liévin, de la fosse 11bis appelée également Saint-Albert en l’honneur d’Albert Crespel, un autre administrateur de la Société. Ce puits ne sert pas à l’extraction du charbon mais à l’aérage de la fosse 11.

 

Fosse n° 15 après les bombardements.

Le siège 19 est composé de deux puits : le 19 et le 11, moderne, a fermé ses portes en 1986.

 

La Société des Mines de Lens numérotait ses puits au fil de leur création d’où l’emploi des numéros 11 et 19 pour dénommer ce site. A cet usage s’ajoute la tradition de donner également à chaque fosse le nom de l’un des administrateurs de la Société en l’occurrence Pierre Destombes, un négociant de Tourcoing. Le puits 11 est foncé à partir de 1891. La fosse est mise en service en 1894 et exploitée par près de 1500 mineurs. En 1903, sur les 12 sites d’extraction que compte alors la Société, la fosse 11 est celle qui assure la plus importante production annuelle avec 383450 tonnes de charbon.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, la fosse se trouve dans la zone des combats.

 

Les Allemands occupent le secteur à partir d’octobre 1914. Ils mettent immédiatement les installations de la Société des Mines de Lens hors d’état de fonctionnement en dynamitant les organes essentiels des machines et en sectionnant les câbles d’extraction afin de précipiter les cages au fond des puits. La fosse 11 est ensuite exposée aux bombardements d’artillerie. Toutefois, l’essentiel des destructions interviennent suite à la bataille de Loos et à la reprise de la fosse 15 par les Anglais en septembre 1915. Arguant de possibles attaques souterraines par les galeries, les Allemands mettent alors en œuvre un plan de destruction systématique du système productif. Ils font sauter les cuvelages des puits afin de provoquer l’inondation des galeries. La "libération de la cote 70" conduite par les Canadiens en août 1917 marque la fin des affrontements aux abords immédiats de la fosse 11.

 

Au lendemain de la guerre, la Société des Mines de Lens ne peut tout d’abord que mesurer l’ampleur de la catastrophe. L’ensemble de son outil de production est ravagé : cuvelages dynamités, puits et galeries noyés par des millions de m³ d’eau, chevalements abattus, bâtiments et machines d’extraction ruinés, réseau ferroviaire détruit, logements ouvriers et équipements des cités anéantis… Il s’agit alors de relever au plus vite les mines sinistrées pour relancer la production. Au regard de l’importance des destructions, la reconstruction constitue un véritable défi. Aux contraintes techniques s’ajoutent en effet les contraintes économiques et la pénurie de matériaux…

 

Malgré les difficultés, la Société des Mines de Lens transforme cette destruction complète en une opportunité pour faire évoluer ses installations. L’arrivée de l’électricité permet l’installation de machines d’extraction à tambour bicylindroconique en remplacement de celles qui fonctionnaient au charbon. Dans un souci de rapidité et d’économie, des modèles types sont utilisés pour édifier les différents bâtiments des carreaux de fosse. Cette standardisation concerne à la fois la disposition, les matériaux et jusqu’au décor des bâtiments d’exploitation.

 

Réouverture des mines dès le 15 juin 1940 :

 

Les mines retrouvent une activité normale en septembre. La présence militaire s’accompagne d’une exploitation économique méthodique. Les compagnies minières deviennent des auxiliaires utiles à l’occupant pour pousser la production au maximum. Les acquis sociaux de 1936 sont rapidement ignorés: les salaires sont bloqués, la journée de travail est allongée, les pauses supprimées, le salaire à la tâche et le chronométrage rétablis. Le rationnement alimentaire aggrave encore les conditions de vie et de travail des mineurs. C’est dans ce contexte difficile qu’émergent les premiers mouvements de grève et de résistance.

 

En mai-juin 1941, 100 000 mineurs cessent le travail dans le Bassin minier.

 

Cette grande grève encouragée et encadrée par les militants communistes mêle revendications sociales et désobéissance patriotique. Elle est durement réprimée par les Allemands dont les troupes occupent désormais les fosses et multiplient les arrestations. En juillet 1941, 270 mineurs sont déportés en Allemagne dont 130 y perdront la vie. L’occupation se poursuit entre actes de résistances et répression jusqu’à la grève générale d’août 1944 qui accompagne la libération du Bassin minier. 1944-1947 : la « bataille du charbon ». Dès le 28 août 1944, les mineurs exténués sont invités à reprendre le travail par Henri Martel, député communiste du Nord, qui leur lance un appel depuis Londres. La production de charbon est vitale.

 

Aujourd’hui la Base 11/19 connaît une reconversion autour du développement durable

et de la culture avec la Scène Nationale, Culture Commune, le CPIE La Chaîne des Terrils,

le Centre de Développement d’Eco-Entreprises (CDEE), le Centre Ressource du Développement Durable (CERDD)

et la jardinerie Les Jardins du Louvre.

 

La centrale solaire.

 

 Des programmes expérimentaux et innovants sont développés aux abords de l’ancien carreau de fosse.

Depuis 2010, une centrale photovoltaïque a été installée afin de disposer d’un lieu d’étude et de

démonstration des nouvelles technologies solaires. A terme, l’ensemble devrait comprendre près de 1600 m²

de capteurs répartis sur 2 hectares permettant d’évaluer une dizaine de technologies photovoltaïques

et de les expérimenter pour différents usages.

La production de l’ensemble pourrait atteindre 180 000 Kwh/an et intégrer d’autres énergies renouvelables.

 

La cité minière.

 

Jusqu’à la découverte de charbon dans leur sous-sol, les communes du secteur étaient,

à l’exception de Lens qui comptait déjà 3000 habitants en 1851, des villages agricoles.

En quelques années, cette découverte bouleverse radicalement la vie et le paysage local.

Plusieurs sites d’extraction ou "carreaux de fosses" sont établis.

 

Vue générale de la cité minière de Loos, vers 1915.

 

L’exploitation charbonnière est alors une activité qui nécessite une importante main-d’œuvre. Des cités minières sont donc édifiées à proximité de ces fosses afin de loger les mineurs et leurs familles qui viennent s’installer en masse dans la région. Ces entités urbaines sont établies sans véritables liens avec les villages préexistants.

 

Les corons après les bombardements de 1914-1918, vers 1950 et en 2019.

 

Le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais représente actuellement 41 % du parc de logement minier actuel. Au milieu du XIX° siècle, les barreaux de corons, trop sensibles aux affaissements miniers et aux mouvements des sols, sont abandonnés. Cette contrainte technique, à l’origine des cités pavillonnaires s’accompagne de l’intérêt grandissant des ingénieurs et des directeurs des Compagnies pour la maison individuelle, influencés qu’ils sont par les théories paternalistes au XIX°, puis au XX° siècle. En prônant l’individualisme et la vie au foyer, il s’agit aussi de contrôler cette même main-d’œuvre afin d’en réglementer la vie quotidienne et d’éviter les rassemblements revendicatifs.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.tourisme-lenslievin.fr/

http://www.bassinminier-patrimoinemondial.org/

http://www.autourdulouvrelens.fr/
https://nord-decouverte.fr/

Panneaux explicatifs présentés près du site

"Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais", Geoffroy Deffresnes et

Sébastien Jarry, Editions Ouest France, 2008

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 26 août 2019

 

 

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