BRUAY-LA-BUISSIERE   (Pas-de-Calais)

Région des Hauts-de-France

Arrondissement de Béthune - Canton de Bruay-la-Buissière.
 Population : 22.230 Bruaysiens en 2016.

 

D'une superficie de 1.635 hectares, et d'une altitude de 30 à 106 mètres,

la ville est arrosée par la rivière Lawe, un affluent de la Lys et la rivière la Biette.
 

Etymologie : le nom "Bruay" viendrait de Brugus, nom d'homme gaulois.

La commune de Bruay-la-Buissière est née en 1987 de la fusion des communes de Bruay-en-Artois et Labuissière.

 

Vue aérienne avant 1970 : le centre ville

 

Avant 1970 : hôtel de ville - la grande Place - Stèle rendant hommage aux mineurs.

 

 

La cité des électriciens
 

 

La cité des Électriciens est construite par la Compagnie des mines de Bruay entre 1856 et 1861

pour loger les familles des mineurs travaillant à la fosse n°2.

 

La Compagnie des mines a choisi de grands savants ayant fait des découvertes en matière d’électricité

pour nommer les rues de la cité : Ampère, Marconi, Volta, Edison, Coulomb, Franklin, Laplace, Faraday,

Branly et Gramme, d’où son nom d’usage « cité des Électriciens ».

 

La cité avant 1925 et en 2019.

Après le bassin minier de la Ruhr en Allemagne, le gisement du Nord-Pas-de-Calais est le plus étendu d’Europe

du Nord-Ouest. Une de ses spécificités est d’être le seul gisement de grande dimension entièrement souterrain :

120 kilomètres de long ; 12 kilomètres de large ; 1,2 kilomètre de profondeur.

 

Le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais constitue l’extrémité occidentale du bassin charbonnier européen continental. Plus globalement, il fait partie des gisements houillers qui s’égrènent depuis la Colombie aux Appalaches aux Etats-Unis, de l’Irlande méridionale à l’Ukraine, du Kazakhstan à la Chine et l’Inde.

 

L'habitat minier.

 

Au XVIII° siècle, le monde agricole fournit aux toutes premières Compagnies minières une main-d’œuvre

composée à la fois de "mineurs paysans" et de ruraux déracinés,

logés au sein des bourgs et villes existants. Au début du XIX° siècle,

l’explosion industrielle oblige les Compagnies à sédentariser de nouvelles populations de mineurs.

 

Cités minières de la Société des Mines de Lens, fosses 2 et 2 bis, avant 1920.

 

Afin de suppléer l’absence de logements, les Compagnies vont concevoir un nouveau type d’habitat : les cités ouvrières. Sur 150 ans (1820-1970), les modèles, les styles architecturaux et les formes urbaines n’ont cessé de se diversifier. Aujourd’hui, l’habitat minier représente environ 70.000 logements répartis sur 563 cités.

 

Vue sur les logements depuis le parking.

La cité des électriciens (1857) à Bruay-La-Buissière offre un bel exemple de cette transition,

entre les premiers alignements et les cités plus structurées.

 

Les corons (1820 – 1890) :

 

Premières formes de l’habitat minier, les cités de corons constituent aujourd’hui 25% de l’ensemble des cités du Bassin minier. C’est à l’initiative de la Compagnie des Mines d’Anzin que sont lancées, dès les années 1810, les premiers modèles de corons dont la caractéristique est la construction de logements en bande. Peu à peu, le type coron va évoluer, notamment en matière de confort et de salubrité, et prendre des allures plus urbaines.

 

Le jardin des Horizons.

La plus ancienne cité minière de la région Nord-Pas-de-Calais, ouverte en 1861

est située à Bruay-la-Buissière, près de Béthune.

La cité des électriciens est composée de 43 maisons de briques, construites pour les mineurs et leurs familles.

 

La dimension et l’échelle des cités deviennent de plus en plus importantes : les corons de quelques dizaines de mètres de long se transforment en « barreaux » s’étirant fréquemment sur plus d’une centaine de mètres. Les maisons saines, carrelées, faciles à ventiler, les puits d’eau potable, les fournils et les commodités individuelles, rendent les corons beaucoup plus confortables.

 

D'importants travaux ont été réalisés, tout en gardant les maisons d'origine, et leurs briques rouges :

une couche de peinture cerise a juste été ajoutée, telle qu'elle était décrite dans les archives de l'habitat minier.

Les toitures ont été refaites, mais avec des tuiles moulées spécialement pour être identiques aux anciennes.

 

Les cités pavillonnaires (1860-1939) :

 

Le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais représente actuellement 41 % du parc de logement minier actuel. Au milieu du XIX° siècle, les barreaux de corons, trop sensibles aux affaissements miniers et aux mouvements des sols, sont abandonnés. Cette contrainte technique, à l’origine des cités pavillonnaires s’accompagne de l’intérêt grandissant des ingénieurs et des directeurs des Compagnies pour la maison individuelle, influencés qu’ils sont par les théories paternalistes au XIX° puis au XX° siècle. En prônant l’individualisme et la vie au foyer, il s’agit aussi de contrôler cette même main-d’œuvre afin d’en réglementer la vie quotidienne et d’éviter les rassemblements revendicatifs.

 

La largeur et les grandes perspectives des rues, l’espacement entre les maisons

et la place accordée aux jardins donnent aux cités pavillonnaires un aspect résidentiel.

 

Les cités pavillonnaires reposent majoritairement sur deux principes de fragmentation : la maison jumelle et le regroupement de quatre logements (parfois trois). Les plans de ces cités sont conçus selon un plan orthogonal qui structure l’implantation des constructions. Géométrie, symétrie, rationalisme restent les mots d’ordre. Toujours alignées, les maisons sont progressivement construites en recul par rapport à la chaussée et sont entourées de jardins offrant ainsi un paysage urbain plus aéré.

 

Depuis la grande rue, vues sur la cité.

Dans les années 1890, les Compagnies introduisent à l’intérieur de leurs cités des équipements dits collectifs : églises, écoles, bâtiments destinés aux œuvres sociales comme les salles des fêtes, les dispensaires.

 

Les cités intègrent désormais des espaces réservés aux activités collectives, aux activités de service et d’agrément, renforçant ainsi leur autarcie et leur autonomie. L’introduction d’équipements collectifs s’accompagne de la reproduction sur le sol de la hiérarchie de l’entreprise. Aux côtés de la zone de production et de la zone culturelle, religieuse et éducative, la zone résidentielle est elle-même divisée en unités distinctes.

 

Au sein de la cité, les ingénieurs des fosses incarnent l’autorité du patronat et leurs demeures sont, par leur volume et leur architecture souvent de style éclectique, à la hauteur de leur rang dans la Compagnie.

 

Avec les maisons des employés et celles des porions, variant en taille et en qualité architecturale, ces demeures sont installées en général de part et d’autre de l’entrée de la fosse. Symboliquement et stratégiquement, ces bâtisses contrôlent l’entrée et la sortie des mineurs de la fosse. Quant aux directeurs des Compagnies des mines, leurs logements se situent toujours à l’écart des fosses et des cités (parfois même en dehors du Bassin minier). Par leur taille, leur volume et la superficie qu’elles occupent, leurs demeures sont monumentales, situées au sein de vastes parcs.

 

La résidence des artistes et les gites.

La cité des électriciens devient donc à la fois un lieu de mémoire, un lieu de culture, avec des ateliers d'artistes,

et un lieu touristique, avec des gîtes pour passer des week-end ou des vacances.

 

Les cités pavillonnaires offrent une extraordinaire diversité architecturale et témoignent bien des rivalités architecturales et stylistiques entre les Compagnies. Les pignons font l’objet de nombreuses expérimentations formelles et deviennent des objets de libre expression. Les variations de la brique font apparaître des motifs isolés, des frises polychromes. L’emploi de la brique vernissée et des couleurs accentuent la différenciation entre les Compagnies et les différents types de logement.

 

Les cités-jardins (1904-1939) :

 

Les cités-jardins du Bassin minier constituent 9% du parc actuel de logements miniers. Le concept de cité-jardin, énoncé en 1898 par l’anglais Ebenezer Howard, porte un regard nouveau sur la manière de concevoir l’habitat ouvrier. Il propose notamment qu’une attention particulière soit portée à la qualité paysagère et que le tracé des rues soit sinueux. De répercussion internationale, ce nouveau schéma donne très rapidement naissance à de nombreuses appropriations, partout en Europe.

 

Les cités rompent avec la rigueur des cités pavillonnaires grâce à l’introduction de voiries courbes

et d’un environnement vert et paysager ; le quadrillage homogène est remplacé par un tracé courbe

qui met en valeur des perspectives. Les voies se bordent d’arbres et des espaces publics,

des squares, des jardins populaires sont généreusement plantés.

 

L’implantation du bâti est beaucoup plus libre et le logement prend encore du recul par rapport à la chaussée. Les maisons sont regroupées le plus souvent par 2 mais également par 3 ou par 4 et sont implantées au cœur d’un double jardin. Les jardins sont séparés par des clôtures végétales ou de béton orné de motifs propres à chaque Compagnie.

 

En raison de sa dimension et du nombre d'enfants par famille, le jardin attenant au logement

est souvent insuffisant pour atteindre l'autosuffisance.

Les mineurs peuvent aussi louer auprès des compagnies des parcelles supplémentaires en plein champ.

 

Celles-ci prennent la forme de lotissements de jardin et constituent de larges auréoles maraîchères autour des parcelles habitées. Ainsi la poche agricole contiguë à la cité minière a-t-elle présenté un paysage de potagers à perte de vue jusque dans les années 50/60, avant de laisser place à l'agriculture conventionnelle.     

 

Le bassin minier a compté près de 800 types de logements répartis dans près de 700 cités minières,

témoignant de son passé de laboratoire urbain.

 

Photos de gauche ou de droite, bâtiments convertis en gîte.

 

Les compagnies présentent le jardinage comme un loisir hygiéniste car c'est une façon de contraindre les mineurs à le pratiquer durant leur temps libre. Cultivé comme potager, ce jardin constitue un complément de salaire en nature. Loin d'être vécu seulement comme une astreinte, le jardin est aussi un lieu où les mineurs peuvent se ressourcer après une journée de travail.

 

A l'origine non clos, les jardins sont exposés à l'appréciation des voisins, des passants et du garde de la cité.

Fierté du jardinier expérimenté, il est évalué par la compagnie.

Les concours récompensent les meilleurs et les amendes sanctionnent les moins appliqués.

 

A la fin de la Première Guerre mondiale, la quai totalité des cités du Lensois et du Douaisis est détruite. De 1918 à 1925, la plupart sont reconstruites à l'identique, souvent agrandies. En 1925, 12.000 logements, écoles, églises et dispensaires ont été reconstruits par la Société des mines de Lens.

 

Plus que jamais outil de différenciation et de promotion pour les Compagnies, l’aspect des maisons

est radicalement modifié et l’accent est mis sur la variété des logements se distinguant par leurs façades

et leurs toitures, introduisant originalité et fantaisie : polychromie des frises de brique,

toitures à quatre pans débordant largement des pignons et des façades.

Les cités modernes (1946-1970)

 

La Seconde Guerre mondiale vient marquer la fin de l’ère des grandes Compagnies du Bassin minier. La Nationalisation de l’exploitation minière bouleverse profondément les politiques architecturales et urbaines et donne naissance à de nouvelles formes d’habitat qui contrastent avec la sophistication des cités des Compagnies minières. Ces logements modernes constituent aujourd’hui 25% de l’ensemble des cités minières du Nord-Pas-de-Calais.

 

Pour pallier le manque d’habitations pour les retraités et les veuves, sont construits de petits logements

dits type 100, d’une surface moyenne de 30 à 40 m², puis des logements un peu plus grands dits type 230.

En brique, la construction se normalise, s’épure et tous les ornements disparaissent : encadrements en béton,

toiture à une seule pente et en fibrociment, fenêtres filantes horizontales et menuiseries standardisées.

 

Au-delà de ces constructions dites classiques, un type spécifique et original de logement fait son apparition dans le Bassin minier : il est directement issu des principes énoncés dans la Charte d’Athènes qui prône, entre autres, l’industrialisation et la rationalisation de la construction des logements.

 

Les compagnies, puis les HBNPC après 1946 structurent la vie des mineurs et de leurs familles :

se nourrir, se vêtir, s'instruire, se former, se soigner, se divertir, etc...

dans les équipements construits par l'entreprise ou placés sous son influence :

 

Le contrôle est assuré par un garde des mines qui veille à l'application du règlement de la cité :

   ▪ les maisons et leurs façades doivent être propres, les jardins soignés,

   ▪ le garde s'assure que la lessive et l'entretien des trottoirs sont effectués chaque semaine, en commun, à jour et heure fixes.

Les habitants ont aussi développé un fort sentiment d'appartenance à leur cité. Les relations quotidiennes entre voisins sont le plus souvent empreintes de sociabilité et de convivialité. La solidarité se manifeste encore plus vivement lors des accidents ou des mouvements de contestation.

 

1946 : Nationalisation des compagnies minières et statut du mineur.

 

Les 18 compagnies minières encore existantes en 1939 sont nationalisées

et regroupées en une entité unique, les Houillères du Bassin Nord-Pas-de-Calais (HBNPC).

 

Les mineurs obtiennent un statut particulier qui leur octroie des avantages en compensation de la pénibilité et des risques de leur métier : un logement à vie ainsi que du charbon sont attribués à tous les mineurs, aux retraités, mais aussi aux veuves (ayant-droits).

 

Les mineurs collaient des couches de papier peint les uns au-dessus des autres.

Ils en changeaient tous les six mois, au moment de la ducasse en juin, et en décembre à la Sainte Barbe.

Une reconstitution permet de voyager dans les époques à travers ces papiers peints.

 

Ces papiers peints témoignent d'une pratique particulière de ce décor et du goût des familles qui ont vécues dans ce logement. Avant 1920, le papier peint reste coûteux pour le budget des familles de mineurs. Jusqu'à cette époque, elles utilisent du journal qu'elles collent couche sur couche, pour isoler le logement poreux.

 

Dans l'un des barreaux (une série de maisons collées les unes aux autres), a été reconstituée la maison minière

de 1861 : vingt mètres carrés, avec tomettes au sol et chaux bleu vif aux murs.

Dans la conception d'un habitat minier, la préservation d'une surface raisonnable

pour la pièce de vie principale du logis est essentielle :

 

Pour cette raison, les deux escaliers, celui menant à la cave et celui menant aux combles, étaient positionnés l'un au-dessus de l'autre ou l'un à côté de l'autre. La largeur de la marche étroite permettait de conserver encore quelques centimètres de plus, mais déterminait une rampe très forte.

 

La maisonnée est rythmée par le travail des mineurs de la famille.

 

De l'allumage de la cuisinière avant l'aurore, à l'entretien du logement en passant par les repas, la lessive ou les courses, la femme est responsable de toute l'intendance. Lorsqu'ils ne sont pas à ,l'école, les enfants participent aux tâches ménagères ou jouent dans les rues de la cité. Pendant le temps libre, tous bénéficient des équipements construits par les entreprises minières, et abritant leurs associations et patronages : colombophilie, harmonies (fanfare, batteries), sports (cyclisme, boxe, gymnastique, etc...) travaux manuels. Le cadre des bals qui rythment l'année. Le calendrier est aussi jalonné par des ducasses (fêtes foraines traditionnelles), la Sainte Cécile et la Sainte Barbe.

 

Raismes (Nord) Cité Sébastien, rue des Pinsons, vers 1972.

En 1954, de manière à accélérer le processus de construction, les Houillères adoptent le procédé « Camus »

du nom de l’ingénieur qui l’a mis au point. Ce procédé utilise des panneaux de béton préfabriqués en usine.

Ils sont ensuite assemblés sur le chantier à l’aide de grues. En quatorze jours, des logements sortent de terre.

 

Il existe deux types de «camus» : les «camus hauts» et les «Camus bas». Les camus hauts apparaissent dès 1954 et se composent de deux niveaux habitables au-dessus d’un garage transformable éventuellement en chambre supplémentaire. Au premier étage, se trouvent le salon et la cuisine tandis que le second étage accueille deux chambres. Les camus bas sont construits à partir de 1959 et sont de plain-pied avec un séjour et deux chambres. Les camus sont dotés de "toits –terrasses" et de fenêtres en métal plus larges que hautes.

 

Le centre d'interprétation du paysage, de l'urbanisme et de l'habitat minier.

 

A travers 1000 m² de parcours, une vingtaine de dispositifs interactifs,

le centre nous invite à découvrir : les premiers alignements.

 

▪ Le premier Barreau présente le paysage et l'urbanisme miniers, du Valenciennois au Béthunois, à travers les terrils, fosses et cités, depuis les origines de la révolution industrielle jusqu'à la fermeture de la dernière fosse.

▪ Le second Barreau nous fait découvrir l'habitat minier réhabilité, et la spécificité du territoire et des habitants du Bassin minier.

Maquettes, jeux interactifs, audiovisuels complètent la présentation et une appropriation simple et ludique du patrimoine minier.

 

Le Bassin minier a été inscrit au Patrimoine mondial en 2012 en tant que « paysage culturel ».

 

Ce territoire autrefois rural, s’étirant de la frontière belge à l’est, aux collines de l’Artois à l’ouest,

est jalonné de trésors techniques et architecturaux issus de trois siècles d’exploitation du charbon.

 

Ce n’est ni le Bassin minier dans son intégralité, ni les seuls cinq grands sites spectaculaires, qui ont été inscrits au Patrimoine mondial, mais 4000 hectares de paysages abritant 353 biens remarquables. Soit 25 % de la totalité du patrimoine minier, mais surtout des ensembles patrimoniaux et paysagers comprenant à la fois des sites d’exploitation et des quartiers d’habitat minier.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.bassinminier-patrimoinemondial.org/
https://citedeselectriciens.fr/

Brochure 32 pages "La cité s'affiche, programme 2019"

Panneaux explicatifs présentés sur le site

C.P.A. collection privée en prêt

Photo vue aérienne 2019, https://www.francebleu.fr/

Visite et photos, Chantal Guyon, le 26 août 2019

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville