ARRAS  (Pas-de-Calais)

Région des Hauts-de-France

Arrondissement et canton d'Arras.
 Population : 40.883 Arrageois en 2016.

 

D'une superficie de 1.163 hectares, et d'une altitude de 52 à 99 mètres,

la ville, ancienne capitale de la province d'Artois sous l'Ancien Régime,

est située au confluent du Crinchon (enterré dans sa traversée de la ville), et la rivière la Scarpe.

 

Vue aérienne avant 1970 : la cathédrale, le beffroi, hôtel de ville et les deux célèbres places baroques.

 

 

Le beffroi, l'hôtel de ville,

et les boves.
 

 

En raison de sa construction tardive et de la rapidité d'élévation de l'hôtel de ville,

le beffroi d'Arras n'a jamais accueilli de réunions échevinales.

 

Bien installé, le pouvoir communal cherche à accroître son influence politique en développant les activités commerciales et industrielles. De cette période favorable naîtront les plus belles halles, les plus prestigieux hôtels de ville et les beffrois connaîtront des évolutions majeures.

 

Le beffroi, siège du pouvoir échevinal,

et chanté par Paul Verlaine.

 

C’est par le mariage de ses parents à Arras, le 15 décembre 1831, que débute l’histoire de Verlaine et Arras.

 

Paul Verlaine, naît 12 ans plus tard, à Metz d’un père militaire et d’une mère originaire de Fampoux, un village proche d’Arras. A la mort de son époux, Mme Verlaine revient s’installer à Arras. Paul Verlaine rend souvent visite à sa mère soit seul, soit accompagné par son épouse ou par des amis. En 1871 fuyant la répression de la Commune, il s’y réfugie. Quand il vient seul à Arras sa plume ne reste pas inactive. Sa correspondance est importante et il fait du "Café Sampeur", sur la place du théâtre, son quartier général. Il écrit toute l’affection qu'il porte à la ville dans ses poèmes. Il rédige une description d’Arras, un texte quasiment inconnu "Vieille Ville" dont le manuscrit est conservé à la médiathèque.

 

Commencé en 1463, la construction du beffroi dure près d'un siècle pour s'achever en 1554,

sous la conduite de l'architecte Jacques Le Caron, qui la surmonte de la couronne de l'empereur Charles Quint.

 

Au sommet du beffroi se dresse le lion d'Arras, haut de 7 mètres, animal emblématique de la ville. C'est aujourd'hui une copie. Endommagé par l'artillerie allemande en octobre 1914, il est reconstruit à l'identique par Pierre Paquet entre 1924 et 1932. L'original est aujourd'hui conservé dans le vestibule du musée. Haut de 75 mètres, le beffroi est le symbole des libertés communales. De là-haut, un guetteur surveillait les arrivées éventuelles d'ennemis ou les débuts d'incendies.

 

L'hôtel de ville.

 

Indissociable du beffroi, l’Hôtel de ville d’Arras au corps Art déco

est drapé dans un habit de style gothique flamboyant. Un chef-d’œuvre unique en France

qui symbolise la renaissance d’Arras après la Première Guerre mondiale.

 

L’Hôtel de ville domine de toute sa majesté la Place des Héros.

 

 

À l’extérieur, l’Hôtel de Ville est un festival d’architecture de style gothique flamboyant.

Mais, c'est aussi une magnifique copie de 1942 : ces arcades, pinacles, lucarnes et autres épis de faîtage

dorés à la feuille d’or ont été refait à l’identique après le bombardement d’octobre 1914,

qui détruit entièrement le beffroi et l’Hôtel de ville.

 

L’intérieur de l’Hôtel de ville fait alors l’objet d’un vrai projet inédit d’architecture moderne,

signé Pierre Paquet : une merveille Art déco est inaugurée en 1932.
Le style Art déco s’affirme dès le rez-de-chaussée.

 

Motifs au pochoir, vitraux aux formes géométriques, luminaires, grilles en fer forgé : pas d’économie de moyen pour reconstruire ! Les plus grands artisans d’art des années 1920-30 y travaillent. Les trois salles de l’étage en sont un manifeste.

 

La salle des fêtes, avec l’immense fresque d’Hoffbauer (1932), inspirée par Breughel l’Ancien,

avec ses 800 personnages, aux panneaux sculptés de centaines de figurines,

évoque la vie florissante d'Arras au Moyen Age.

 

La salle des mariages et la salle du conseil.

 

▪ Dans la salle des Mariages, le printemps explose, grâce à la grande toile marouflée de Louis Jaulmes. Des femmes, des fleurs, le code des années 30 sans aucun doute !

▪ La salle du Conseil, est ornée d’un panneau du peintre arrageois Charles Hollart, intitulé « La Renaissance d’Arras dans la paix et le travail ». L’élégance du chêne de Hongrie, dommage de guerre payé en nature, depuis le parquet jusqu’au plafond à caissons ponctués de luminaires Art déco, la solennité règne.

 

Les géants d'Arras.

 

Dans le folklore du Nord de la France et de la Belgique, le géant est un personnage gigantesque qui représente

un être fictif ou réel, la tradition veut qu'il danse dans les rues les jours de fête et de carnaval.

 

Longtemps, la ville d'Arras a du sa notoriété à la chanson "Avec l'ami Bidasse", créée par le chansonnier Bach en 1913, mais surtout popularisée par Fernandel. Bidasse a d'ailleurs les traits de ce chansonnier. Le mot "bidasse" évoque un soldat de rang, pas très dégourdi, appelé pour la souscription. Ce mot viendrait de l'occitan "vidassa" qui signifie; une vie pénible et difficile, comme pouvait l'être celle de la troupe au début du XX° siècle.

 

Dans le hall d'entrée, les géants d'Arras nous accueillent.

Quand la municipalité a décidé de les ramener à la vie, pour plus de maniabilité, leur taille fût ramenée

à des dimensions plus réduites; version 1981; Colas mesure 4m60; Jacqueline; 4m30 et leur fils Dédé; 3m80 !

 

Chaque géant a son histoire, ils naissent, sont baptisés, se marient et ont des enfants. Le géant, en tant que représentant des habitants où il vit, est enraciné dans la tradition et fait partie de la culture populaire. Voici donc les géants d'Arras et leur petite histoire; Jacqueline, Colas, leur fils Dédé et...l'ami Bidasse ! Jacqueline et Colas sont nés en 1891, leur fils Dédé, en 1996 ! Leur première sortie a eu lieu au carnaval de 1891; les deux mannequins d'osier de 6m25 de haut furent fabriqués par un vannier d'Arras et habillés à la manière des paysans du XVIII° et XIX° siècle.


Hélas, Jacqueline et Colas, détruits au cours de la première guerre mondiale par les bombardiers allemands, ressuscités après cette guerre, ont de nouveau péri en 1940. Il faudra attendre 1980 pour que la municipalité décide de les faire renaitre. Ressuscités, ils président de nouveau aux festivités annuelles, réincarnant de nouveau la tradition !

 

Les Boves.

 

Un circuit touristique, aménagé dans les sous-sols de la ville, permet de découvrir "l’histoire souterraine" d’Arras.
Carrières de craie, à l’origine, "les Boves" ont été creusées à partir du IX° siècle et connurent,

au fil des âges, de multiples fonctions : caves, silos…

Une vingtaine de kilomètres s’étalent sous la ville à 12 mètres de profondeur.

 

Les boves d’Arras sont creusées dès le IX° siècle pour construire les édifices religieux et le premier rempart de la ville. Dès le XII° siècle, avec le développement du marché, d’autres sites d’extraction sont privilégiés. Les boves deviennent alors des caves de stockage pour les marchands.

 

 

Avant d'accéder à l'ascenseur, un petit musée et une vidéo présentent l'histoire des boves.

 

On accède à la première couronne du beffroi à partir du sous-sol de l'Office de Tourisme par ascenseur,

puis, 40 marches à 55 mètres de hauteur pour découvrir une vue panoramique sur la ville et ses places.

Le carillon, situé entre la 2° et la 3° couronne, est composé de 37 cloches.

 

À chaque heure, le carillon donne l’air « On ira voir la fête d’Arras » (Iras-tu vir el’ fête d’Arras, en patois), créé en 1830 pour l’inauguration des fêtes d’Arras. Cet air prend racine dans une chanson folklorique du XVI° siècle. A la demi-heure, il joue l’air de l’opéra de 1930 Fra Diavolo (ou l’Hôtellerie de Terracine) de Daniel-François Esprit-Auber. Au quart, il donne un simple arpège et au trois-quarts d’heure, il le donne trois fois.

 

Une fois la porte d’entrée vers les boves franchie, l’eau goutte du plafond.

Nous sommes juste en dessous de l’hôtel de ville d’Arras.

 

 C’est là qu’au IX° siècle, ces galeries ont été creusées, pour en extraire la craie. Sur les murs,

une épaisse mousse verte recouvre la pierre. Le taux d’humidité est de 80 %,

la température, constante dans l’ensemble du réseau, de 11°C.

 

Les couloirs de pierre aujourd’hui parfaitement aménagés et éclairés. Une seconde salle d’extraction, plus vaste, présente deux piliers en son centre. C’était, au Moyen Âge, le seul moyen pour soutenir le plafond voûté. De longues tiges métalliques glissées dans les parois des galeries permettent d’assurer leur maintien.

 

Encore quelques marches pour découvrir une première salle d’extraction.

Là, la pierre est plus blanche, moins touchée par l’humidité, grâce à la présence d’une pierre noire,

le silex, qui empêche l’eau de s’infiltrer dans les parois.

 

Un ancien puits est encore visible. À l’époque de l’exploitation des carrières, tous les déplacements

se faisaient à l’aide de corde, dans ces conduits étroits.

 

L’exploitation des boves s’arrête au XII° siècle, justement pour des raisons de sécurité. Le centre-ville se développant, il aurait été dangereux de creuser davantage les galeries, au risque de transformer le sous-sol en gruyère. L’extraction de la craie recommencera néanmoins au XVI° siècle, après la promulgation d’un décret d’embellissement par le roi d’Espagne (Arras appartenait à cette époque aux Pays-Bas espagnols). Le bois qui constitue la matière principale des bâtiments du centre-ville est remplacé par de la pierre calcaire, plus esthétique et moins inflammable. Il faut rouvrir des carrières : c’est l’origine de la Carrière Wellington.

 

L’histoire des boves ne s’arrête pas là. Les lieux sont utilisés au XIV° siècle par les commerçants qui y stockent

des marchandises entre deux jours de marché. Des traces sont encore visibles, notamment les arceaux de

tonneaux incrustés dans le mur crayeux de certaines salles, ou les murets construits pour faciliter le rangement.

Certains murs sont plus travaillés, avec des arches de pierre et des niches.

 

Des escaliers sont construits, certains directement dans d’anciens puits, en colimaçon. On emprunte

l’un d’eux pour grimper au niveau supérieur, dans une ancienne cave privée, à 8 mètres sous la surface.

 

Un troisième niveau, à 4 mètres de profondeur, se situe juste en dessous des pavés de la Grand-Place. Caves et boves se superposent et sont reliées. Des trappes métalliques sous les arcades, en surface, donnaient directement accès aux sous-sols.

Ce réseau de galeries qui s’étendent sous toute la ville, et même au-delà, servit également d’abri et de lieu de rassemblement aux troupes alliées, en 1917, dans l’attente d’une offensive décisive : "la Bataille d’Arras".

 

Les galeries sont utilisées par les soldats du Commonwealth avant l’assaut de la célèbre Bataille d’Arras le 9 avril 1917. Ils façonnent ce réseau en reliant entres elles ces caves et galeries disparates. 24 000 soldats y séjournent, soit l’équivalent de la population arrageoise ! Des photos et des cartes témoignent de cette bataille parmi les plus meurtrières de la guerre 14/18. Durant la Seconde Guerre mondiale, ce sont les Arrageois qui y trouvent refuge lors des bombardements.

 

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

https://www.arras.fr/
https://www.lavoixdunord.fr/

Dépliant 16 volets "Arras, les essentiels" O.T. Arras

Guide 2019, O.T. Arras

"Histoire d'Arras", Pierre Bougard, Editions des beffrois, 1988

"Les beffrois du Nord de la France", Cédric Ludwikowski, Edtions Ouest-France, 2015

C.P.A. collection privée en prêt

Visite guidée et photos, Chantal Guyon, le 20 août 2019

 

 

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