BELLÊME  (Orne)
Arrondissement de Mortagne-au-Perche - Canton de Ceton.
Région Normandie
 Population : 1.565 Bellêmois en 2015.

 

D'une superficie de 2.845 hectares, et d'une altitude de 38 à 106 mètres,

la ville est située sur une colline qui domine la région naturelle du Perche.

 

Etymologie : Bellême est une des capitales de l’ancien comté du Perche, et aurait,

selon certains historiens anciens une origine gauloise et viendrait soit de Bellima, déesse de l’eau

ou de Belisama, déesse de l’intelligence.

 

 

La ville close
 

 

Au Moyen-âge, on désigne toujours sous ce nom un lieu fortifié entouré de remparts et fermé

d’une ou plusieurs portes. La ville close de Bellême avait près de huit cents mètres de circonférence.

 

L’histoire de Bellême commence au milieu du X° siècle quand un certain Yves, appelé plus tard Yves de Creil, reçoit du souverain carolingien Louis IV d’Outremer, l’ordre de mettre en défense un carrefour de deux routes, l’une venant de Chartres, l’autre venant d’Evreux et toutes deux allant au Mans. Pendant deux siècles la descendance d’Yves contrôle la destinée du lieu et de ses environs.

 

Vue aérienne avant 1970 : la ville close et l'église Saint Sauveur.

 

Un premier château est construit sur une motte artificielle en contrebas de la ville actuelle, à l’extrémité d’un éperon barré. Dans cette enceinte Yves et son épouse Godehilde fondent une église en l’honneur de Notre-Dame pour abriter leurs dépouilles à leur mort. Cet édifice religieux, depuis dédié à saint Santin, un contemporain et ami de saint Eloi, est aujourd’hui une des plus vieilles églises du Perche.

 

Vestiges de la chemise du donjon et la Tour de l'enceinte, dite Tour de l'Horloge.

On accède à la tour de l'horloge par la ruelle du Fossé : contrescarpe, rempart, tour et ses meurtrières.

 

▪ La forteresse de Bellême se composait de deux châteaux. Le premier construit par Guillaume Talvas vers 1010 était un gros donjon carré entouré d’un fossé chemisé avec une tour à chaque coin. Ruiné pendant la Guerre de Cent-Ans, il servit de prisons jusqu’à la révolution et fut démoli en 1805 pour laisser la place en 1817 à des halles devenues aujourd’hui la salle des fêtes.

▪ Le second dit le château neuf fut bâti à la fin du XIV° siècle par Pierre II comte d’Alençon et se situait en face de l’ancien. Ce dernier fut totalement détruit après 1823. Certains vestiges sont encore visibles.

 

Le porche et le grenier à sel.

 

On accédait à la ville close par deux portes.

Celle à l’ouest du côté du faubourg Saint-Sauveur, appelée aujourd’hui le porche,

enfermait une ancienne herse et une salle des gardes transformée en grenier à sel.

Celle à l’est du côté du faubourg Saint-Pierre fut détruite en 1777.

 

Au début du XI° siècle, les Talvas, nom que prirent les descendants d’Yves, font construire un nouveau château sur la partie la plus haute de l’éperon qu’ils protègent d’une puissante muraille flanquée de tours et percée de deux portes à chaque extrémité d’une rue appelée aujourd’hui rue Ville Close. En dehors des remparts, ils créent un bourg avec une église, l’une dédiée au Sauveur et l’autre à saint Pierre. Cette dynastie fait régner une certaine terreur dans le pays et au-delà des frontières de la région pendant de nombreuses années.

 

 

Le porche est un passage qui subsiste entre deux tours de la ville close. La tradition attribue sa construction

au général anglais Warwick à l’époque de l’occupation anglaise du Perche de 1417 à 1449.

 

A la fin du XVI° siècle, la tour de gauche en montant dite de Blandé fut vendue à un particulier pour devenir ensuite une maison particulière appelée la maison du portail jusqu’à la Révolution. Tandis que celle de droite devint le magasin à sel de la ville de Bellême et des environs. Un pont-levis existait encore au début du XVII° siècle quelques mètres avant le porche actuel.

 

 

 

En 1113, Henri Beauclerc, roi d’Angleterre, et Louis VI, roi de France, s’entendent pour emprisonner le seigneur de Bellême et lui confisquent ses biens, qu’ils donnent vers 1115 à Rotrou III, comte de Nogent et de Mortagne, gendre du souverain anglais. Le comté du Perche est né ! Pendant plus d’un siècle, la dynastie des Rotrou gouverne le Perche. L’un d’eux Rotrou IV, second comte du Perche, devient le beau-frère du roi de France Louis VII et l’oncle du roi Philippe-Auguste. A ce titre, les comtes du Perche sont pendant deux générations les chefs de la cavalerie française.

 

 

Lorsque meurt en 1226 le dernier rejeton mâle de cette lignée, le comté du Perche passe en héritage au roi de France, mais pas sans problème, car le jeune roi saint Louis et sa mère Blanche de Castille vinrent y mettre le siège durant les trois mois de l’hiver 1229 pendant la révolte des Barons contre la régente. Après la mort du Roi saint Louis, le Perche est donné en apanage avec le comté d’Alençon à des princes cadets de la famille royale et il en sera ainsi jusqu’ à la fin du XVIIIème siècle. Le dernier comte du Perche sera Monsieur le comte de Provence, frère du Roi Louis XVI et futur Louis XVIII.

 

 

Bellême est détruite et occupée à plusieurs reprises par les Anglais pendant la guerre de Cent ans et sans interruption de 1417 à 1449. Le porche de la rue Ville Close du côté de l’église Saint-Sauveur semble avoir été construit à cette époque. En 1562 et 1568, la ville est pillée et incendiée par les armées de l’amiral de Coligny et les partisans de la nouvelle religion dite réformée. Un temple protestant existe à Bellême jusqu’en 1685 accueillant de nombreux adeptes : gentilshommes et marchands.

 

 

Le grenier à sel, dit salle du pilier.

 

Sous l'Ancien Régime, on n'achète le sel que dans les greniers à sel où un officier du Roi,

le "grenetier", le délivre en percevant un impôt appelé la gabelle qui représente 80 % de son prix de vente.

Chaque Percheron, même le plus pauvre d'entre eux, doit se procurer du sel

car cette denrée était autrefois indispensable à la conservation des viandes.

 

L'administration des gabelles était divisée en directions générales, divisées elles-mêmes en greniers à sel. La province du Perche comprenait les greniers de Mortagne et de Bellême, qui faisait partie de la direction d'Alençon, et le grenier de Nogent-le-Rotrou, qui relevait de la direction du Mans. Le Perche était un pays de forte gabelle, c'est-à-dire taxé au plus fort. A côté de cette distribution officielle, il existait une contrebande active dirigée par les gabelous.

 

Le sel était toujours stocké loin de l'humidité et de la lumière. L'ancienne salle des gardes dans l'une des deux portes de la ville était propice à sa conservation et servit de magasin jusqu'à la Révolution.

 

A côté du personnel vendant le sel au détail "le regrattier", et il y avait par grenier : un président, un grenetier, un contrôleur, un procureur du Roi et un greffier. Ces cinq charges étaient vénales et recherchées par les bourgeois de la ville car elles permettaient souvent de s'élever dans la hiérarchie sociale. De nombreuses familles nobles et bourgeoises françaises ont souvent pour auteur un ancien officier au grenier à sel.

 

Aucun impôt n'a été aussi détesté que la gabelle et il fut supprimé à la Révolution à la demande des Français. Le grenier à sel de Bellême allait connaître une nouvelle destinées pendant plus de deux siècles avant de redevenir un lieu public où l'on ne vend plus du sel mais où l'on peut admirer des expositions de toutes sortes.

 

L’hôtel de ville

 

L'actuel hôtel de ville était l'ancien bailliage de Bellême sous l’ancien régime.

Il abritait la salle d’audience, les eaux et forêts, l’Hôtel de ville, les prisons et une chapelle.

 

L’ancien bailliage se compose de deux bâtiments. L’un construit en 1582 est distribué du 1er étage au grenier par un escalier à vis enfermé dans une tourelle dont l’accès se faisait autrefois par l’ancienne place royale, actuelle place Liégeard. L’autre, accolé au premier, date de 1782 et ouvre sur la place de la République.

 

 

La salle des cages où sont conservés deux anciens cachots en bois,

et l'escalier à vis permettant l'accès au sous-sol et au niveau supérieur.

Le bailliage où est installé aujourd'hui la mairie,

accueillait un tribunal pour juger les délits relatifs à la vente du sel.

 

 

 L’ancienne salle des Eaux et forêts avec ses boiseries sculptées et ses doubles portes ornées

des symboles de la chasse, de la pêche, de l'agriculture et de la musique (Actuel bureau de M. le Maire).

 

La salle des Pas perdus où les représentants des trois ordres de la province du Perche

se réunirent pour élire leurs députés pour les Etats généraux de 1789.

ou la salle du Conseil ou des mariages, qui a été aménagée en 1863.

 

Bellême, ayant conservé sa préséance sur Mortagne et Nogent-le-Rotrou, les Etats généraux du Perche y furent convoqués en 1588, 1614 et 1789. Le clergé, la noblesse et le Tiers Etat y élurent leurs députés, et y rédigèrent leurs cahiers de doléances.

 

La plupart des maisons de la rue Ville Close ont été construites du XVI° siècle au XVIII° siècle

par des familles de gentilshommes ou des officiers seigneuriaux.

Ces hôtels particuliers ont souvent de jolies portes d’entrée et de beaux balcons de fer forgé à leurs fenêtres.

 

L'hôtel du Portail.

 

Cet hôtel particulier construit entre le XVI° et XVIII° siècle a été habité par la famille de Portail,

seigneur de la Bénardière en Saint Jouin-de-Blavou.

L'hôtel possède quatre balcons en fer forgé et un cadran solaire du XVIII° siècle.

A l'intérieur, un bel escalier à vis en pierre du XVI° siècle,

des boiseries et des cheminées dans les anciens salons du XVIII° siècle.

 

Il a été acquis solidairement par la ville et la Fabrique (conseil économique de la paroisse) le 22 janvier 1868 pour devenir le presbytère de la paroisse en 1889, à cause de sa proximité avec l'église Saint Sauveur. Il est la propriété de la ville depuis 1963.

 

Aristide Boucicaut

 

Il voit le jour le 14 juillet 1810 à Bellême et décède le 26 décembre 1877 à Paris.

Il était entrepreneur et homme d’affaires français.

 

Aristide Boucicaut fit construire une villa dans sa ville natale.

Monument à Aristide Boucicaut, réalisé par Henri Chapu qui a sculpté la "bosse du commerce"

sur la tempe droite d'Aristide Boucicaut,

l'entrepreneur à la réussite spectaculaire étant à l'origine de l'expression à cause de celle qui l'affligeait.

Aristide Boucicaut, huile sur toile de W. Bouguereau, 1875, Le Bon Marché, (coll. part. Maison A. Boucicaut).

 

Créateur en 1852 à Paris du premier grand magasin, Le Bon Marché, il est le pionnier du commerce moderne et son exemple sera rapidement copié en France et à l’étranger. Son œuvre sera continuée et développée pendant 10 ans par sa veuve Marguerite, née Guérin (Verjux 1816, Cannes 1887).

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.villedebelleme.fr/

Dictionnaire des églises de France, Volume IV/B

Editions Robert Laffont, 1968

Brochure de 34 pages, "Eglise St Sauveur de Bellême"

Bellême Patrimoine, Mairie de Bellême, 2013

Panneaux explicatifs présentés à travers la ville

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 14 août 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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