CHIRY-OURSCAMP   (Oise)
Arrondissement de Compiègne - Canton de Thourotte.
Région des Hauts de France.
 Population : 1.140 Caouens en 2014.

 

 

Abbaye cistercienne d'Ourscamp

 

 

De toutes les abbayes cisterciennes de l'Oise, Ourscamp est celle qui présente les vestiges les plus importants :

bâtiments de l'aile nord reconstruits au XVIII° siècle, ruines du choeur de l'église du XIII° siècle,

salle des morts (infirmerie), du XIII° siècle, et les vestiges du cloître du XVIII° siècle.

 

Fondée en 1129 par l'évêque de Noyon Simon de Vermandois qui y installe des moines de Clairvaux, le monastère connaît rapidement un essor considérable aboutissant, dès le XII° siècle, à la création de plusieurs "filles" (Froidmont en 1134 et Beaupré en 1135) dans l'Oise, Mortemer en 1134 dans l'Eure, ainsi qu'à celle de nombreuses granges, dont Warnavillers, Ereuse et Eraine dans l'Oise.

 

Vue aérienne avant 1970 : logis des abbés et vestiges de l'église abbatiale.

 

L'abbaye fut installée à proximité d'un ancien oratoire consacré au VI° siècle par Saint Eloi, en bordure de l'Oise et d'une forêt giboyeuse. Les douze moines cisterciens envoyés par saint Bernard trouvèrent en ce lieu isolé de cette campagne peuplée leur "désert".

 

La grille et la cour d'honneur.

On entre dans l'abbaye par l'ancienne hôtellerie devenue porterie au nord.

Encadré par des douves, le portail en fer forgé (1784) s'ouvre sur une grande allée.

(Les grilles du XII° siècle, chef-d'œuvre de la ferronnerie romane

sont conservées au musée Le Secq des Tournelles de Rouen).

 

La pose de cette grille monumentale en fer forgé, oeuvre d'un artisan d'Orvillers-Sorel, paracheva, avec le creusement des fossés, la restauration de l'abbaye à l'époque classique. Datée de 1784, la grille a été largement remaniée au début du XIX° siècle. Avant la Révolution, elle était encadrée par deux ours en pierre et couronnée des armes de l'abbaye.

 

 

Un ancien puits, et les communs de l'abbé datant du XVIII° siècle.

Avec la porterie, ils fermaient la cour côté nord. Des communs symétriques, détruits par la Grande Guerre,

complétaient l'encadrement de la grande cour d'honneur.

 

Située à la limite de l'Île de France et de la Picardie, dans une région riche en histoire, l'abbaye fut la victime des troubles et des guerres qui ravagèrent si souvent la contrée du XIV° au XVII° siècle. A la fin du XVII° siècle, les bâtiments étaient tombés dans un état de ruines qu'il fallut reconstruire la plus grande partie de ceux-ci. On démolit alors les bâtiments trop vétustes, en ne conservant de l'origine que l'infirmerie conventuelle, l'église abbatiale et quelques annexes.

 

Les bâtiments conventuels.

 

Vue aérienne des bâtiments conventuels, avant 1970.

Les bâtiments conventuels médiévaux ont été réalisés suivant le plan cistercien, mais ont tous disparu.

 

La cour d'honneur est devenue une vaste pelouse.

 

Depuis le portail en fer forgé, la grande allée menant aux bâtiments conventuels, datant du XVIII° siècle.

A gauche, l'aile  de Gesvres (1748), de style classique, à deux étages et combles avec lucarnes.

C'était autrefois le logis de l'abbé commendataire, et actuellement, le logement des religieux.

 

Au centre, dans le prolongement de l'allée, ce pavillon composite : à l'origine il s'agissait d'une façade d'église avec sa colonnade toscane. Cette façade a été plaquée en 1745 pour masquer l'ancienne du XII° siècle qui dépareillait avec l'aile de Lorraine et l'aile projetée au nord. En 1807, ce pavillon a été remodelé et couronné d'un ours monumental en souvenir de la légende de l'ours.

 

Pignon sud des bâtiments conventuels.

Au XIX° siècle le bâtiment a été divisé en cinq étages pour les besoins de la filature,

ce qui expliquent les divisions de plancher encore visibles sur le pignon.

 

A droite du pavillon central, l'aile dite de Lorraine, du XVII° siècle, ruinée après l'incendie de 1915,

et dont l'intérieur n'a pas été restauré.

 

Le bâtiment principal d'habitation des moines comprenait : au rez-de-chaussée, la sacristie et la salle du chapitre signalée par quelques bases de colonnes rassemblées à cet endroit. Au premier étage, le dortoir d'où les frères descendaient directement dans l'église par une porte monumentale encore visible pour la prière de l'office de nuit. Au Moyen Age, cette aile comptait donc deux niveaux voûtés.

 

L'église abbatiale.

 

L'abbaye prit un tel essor au XII° siècle que son église, bénie en 1134,

fut supplantée par une seconde abbatiale plus grande dédicacée en 1201.

 

 

La grande allée conduisant des bâtiments conventuels aux ruines de l'abbatiale.

Aujourd'hui de verdure, l'église permettait à toute la communauté,

qui au XIII° siècle comptait environ 400 moines (convers compris), de se réunir pour la prière.

 

Les fenêtres supérieures du choeur sont divisées par deux arcades couronnées d'une rose.

 

Vue aérienne avant 1970.

 

 

Restes du transept avec fenêtres à arcades doubles.

 

L'élévation, est à trois niveaux : de grandes arcades, un triforium aveugle,

des fenêtres hautes à deux lancettes, surmontées d'oculi.

 

Les collatéraux tournent autour du choeur et en sont séparés par des colonnes groupées.

 

Ruines du choeur du XIII° siècle.

 

L'ossature du choeur, subsistante, comporte treize arcades supportées par des colonnes

à chapiteaux ornés de feuilles recourbées.

 

Les ruines démontrent que les ogives sur croisées, piliers et arcs-boutants forment le squelette de l’édifice,

les murs extérieurs, les voutains et la façade en constituant les éléments de remplissage.

 

Vues aériennes des ruines du chevet, avant 1970.

 

Le choeur est agrandi en 1223. Son élévation est à deux niveaux : il se compose de quatre travées

dans la partie droite avec bas-côtés et d’une abside à cinq pans avec déambulatoire

sur lequel s’ouvraient cinq chapelles rayonnantes.
Les architectes utilisèrent les techniques les plus modernes de l’époque : fenêtres hautes à meneaux béantes

grâce à des toitures à deux versants (bas-côté et déambulatoire) par exemple.

 

C'est un long vaisseau voûté d’ogives, avec des bas-côtés à deux niveaux,

un transept saillant dont chaque bras ouvrant sur quatre chapelles quadrangulaires.

 

L'ancien cloître du XVIII° siècle.

 

 

Du cloître subsistent quelques arcades, avec au centre, la margelle d'un puits.

 

 

Depuis les arcades du cloître, vue sur les ruines de l'abbatiale et le pignon sud de l'église.

 

La salle des morts, appelée l'infirmerie, du XIII° siècle.

 

 

Depuis le chevet de l'église abbatiale, vues sur l'infirmerie.

C'est un vaste bâtiment rectangulaire de 46 x 16 mètres, datant lui aussi du XIII° siècle.

La construction est réalisée en calcaire à grains fins, de couleur ocre jaune et blanc.

 

Les dimensions monumentales de l'infirmerie témoigne de la puissance de l'abbaye. Les Cisterciens durent employer tout leur savoir-faire de bâtisseur : le manque d'espace hors d'eau imposa le remblaiement d'une partie des marais de la Dordonne et la canalisation du petit cours d'eau alimentant des viviers. Une terrasse artificielle épaisse de 3,50 m fut réalisée avec du sable limoneux dans le prolongement de celle naturelle fait par l'Oise.

 

Façades côté cour, et côté jardin.

La taille de l'édifice fait penser à une autre fonction, hôpital ou salle d'hôtes.

 

La façade côté cour est rythmée par huit doubles arcs en plein cintre situés en retrait dans l'épaisseur du mur gouttereau. L'entrée est encadrée de six colonnettes, avec une porte en tiers-point et moulurée.

La façade côté jardin, s'orne de neuf doubles arcs aux ouvertures similaires à celle côté cour. De nombreuses marques dans la pierre indiquent que des bâtiments aujourd'hui disparus s'appuyaient sur cette façade.

 

Le pignon sud, large de 16 m et armé de solides contreforts.

Il est percé de deux fines ouvertures dans sa partie supérieure et se caractérise par sa haute cheminée centrale

et par l'appui qu'il a pu fournir à des constructions annexes dont on voit encore les marques.

 

La construction allongée est formée de trois nefs séparées par deux rangs de colonnes supportant les voûtes.

Chaque travée de la salle laisse entrer la lumière par des ouvertures vitrées organisées sur trois niveaux :

à la base, trois petites baies en arc brisé ornées de croix et de fleurs;

au-dessus, deux baies géminées rectangulaires dont l'archivolte est surbaissée;

dans la partie supérieure, un oculus hexalobé.

Le pavage est en partie d'origine, ainsi que la peinture ocre jaune qui recouvre l'appareillage des pierres.

 

L'ancienne infirmerie est convertie aujourd'hui en chapelle. Retable en marbre veiné.

 

Le tableau du maitre autel représente la Vierge, entourée de deux anges, portant l'enfant Jésus,

oeuvre de Gaspard de Crayer (1585-1669), peintre de l'école flamande, élève de Rubens.

Au-dessus du tableau, un haut relief en marbre blanc illustre la légende de l'ours.

(La légende veut que le célèbre évêque de Noyon ait demandé à un ours de remplacer le boeuf par lui occis,

afin d'achever la construction de l'église).

 

La vaste salle s'organise en trois vaisseaux voûtés aux croisées d'ogives,

prenant appui sur les murs et sur deux files de huit colonnes isolées.

Le vaisseau central est plus large et plus haut sous voûte, produisant l'effet d'augmenter l'espace et la lumière.

 

Comme à l'extérieur, les qualités techniques de l'art monastique cistercien semblent n'avoir rien laissé au hasard : un lit devait être placé devant chaque fenêtre auprès d'une petite niche (armoire) creusée dans le mur et destinée à mettre les objets nécessaires à portée de main des malades. Grâce au décompte des fenêtres, certains érudits purent évaluer à 54 le nombre de malades que pouvait contenir l'infirmerie. Eugène Viollet-le-Duc, quant à lui, en dénombrera le double : selon la disposition généralement adoptée à cette époque, il devait y avoir 4 rangées de lits. En conséquence, la salle pouvait contenir facilement cent lits.

 

Selon la tradition, on déposait le moine mourant sur une dalle garnie d'un lit de paille et d'une couche de cendres disposée en forme de croix.

 

 

Les jardins aujourd'hui sont entièrement gazonnés.

 

 

En 1358, Chiry-Ourscamp compte 120 moines et 80 convers quand débute son déclin. En 1791, l’abbaye ne compte plus que 18 moines. Elle est supprimée puis vendue comme bien national en 1792 à Claude Pierre Maximilien Radix de Sainte-Foy. Il fit abattre en partie l’église abbatiale, ajoutant sa touche personnelle aux destructions passées. Ne pouvant pas payer, l’État en prend possession et la transforme en hôpital militaire jusqu'en 1807. Elle est vendue à Radix de Sainte-Foix en 1812 qui y établit une manufacture de fil. Il fait détruire le cloître et la nef de l’église pour la transformer en ruine romantique.

 

L'ancienne filature de coton.

 

Ancienne abbaye cistercienne, puis filature de coton et tissage de la Société des établissements d'Ourscamp,

puis Compagnie d'Ourscamp, puis Société d´Ourscamp Mercier Meyer, puis Moritz et Cie

 

Vue de la cour de l'usine, avant 1914.

 

Le site est isolé, mais bénéficie pour son développement industriel de la présence de la rivière la Dordonne et de l'Oise canalisée à partir de 1828. Il est également desservi par un embranchement ferroviaire relié à la gare d'Ourscamp, sur la ligne Paris-Saint-Quentin. Après les bombardements de 1915, il n'est rien resté des bâtiments industriels. Seuls subsistent quelques éléments des cités ouvrières, dites "Maisons neuves", construites en pierre calcaire, à un étage carré et combles. Autour du cloître étaient regroupés les ateliers de cardage, la filature et le tissage (le grand atelier et le petit atelier).

 

Vestiges de la manufacture après les bombardements.

 

Le bâtiment des bureaux de la manufacture de velours d'Ourscamp (1823-1923).

 

De 1822 à 1914, Chiry-Ourscamp est une manufacture de coton. En 1914, elle sert d’entrepôt de munitions aux Allemands. Elle est alors bombardée par l’artillerie française en février 1915 et incendiée... Après la période industrielle, la Guerre de 1914-1918 détruisit une majeure partie de ce qui restait du monastère. Sa seconde vie débute en 1935 avec son rachat par les Serviteurs de Jésus et de Marie. Elle est alors en partie restaurée et abrite à nouveau une congrégation religieuse. Depuis 1941, les "Serviteurs de Jésus et Marie", font revivre la vocation du site.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://chiry-ourscamp.fr/

https://inventaire.hautsdefrance.fr/

http://www.encyclopedie.picardie.fr/

"La manufacture de velours d'Ourscamp" 1823-1923, Jean-Yves Bonnard, 94 pages

Association de restauration de l'abbaye, 2006

Dictionnaire des églises de France, Île de France, Volume IVd

Editions Robert Laffont, 1968

"La chapelle d'Ourscamp ou Salle des Morts", Jean-Yves Bonnard

Association Prométhée, 2003

Guide de visite en 3 volets, remis à l'accueil

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 12 septembre 2017

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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