MAROILLES  (Nord)

Région des Hauts-de-France.

Arrondissement et canton d'Avesnes-sur-Helpe.
 Population : 1403 Marollais en 2017.

 

D'une superficie de 2.213 hectares, et d'une altitude de 125 à 191 mètres,

la ville est située dans l'Avesnois, dite aussi Thiérache du Nord,

et traversée par la rivière l'Helpe mineure et les ruisseaux La Boufflette,

du Neuf Vivier et de La Rouge Mer.

(C'est à Maroilles même que l'Helpe Mineure, qui prend sa source à Ohain en forêt de Trélon,

plus au sud, se jette dans la Sambre).

 

Etymologie : Le sens des Mareuil, Mareau, Maroilles, etc... serait celui de "grand bourg".

 

Vue aérienne avant 1970.

Avant les conquêtes de Louis XIV sur les Pays-Bas espagnols, cette limite départementale correspondait

à la frontière de l'ancienne France. Ceci explique que malgré les similitudes entre la Thiérache de l'Aisne

et celle du Nord, l'unité de cette région est, de nos jours encore, discutée.

 

 

L'ancienne abbaye bénédictine Saint Humbert,

et son moulin.
 

 

L' ancienne abbaye de Maroilles est aujourd'hui composée de la grange dîmière, du logis des hôtes,

du moulin, des vestiges de la porterie et des comptoirs,

ainsi que d'éléments de portique remployés dans un arc de triomphe.

 

L'arc de Triomphe : à l’origine, c’était le grand portail de l’Abbaye bénédictine fondée par Saint Humbert

au VII° siècle et détruite sous la révolution en 1792.

Sculpture d'un bâtiment de l'abbaye retrouvée dans les décombres.

 

Le portail fut donc démonté et conservé et, en 1807, transféré et réédifié, près de la place verte, par Nicolas, Joseph Vendois, baron de l’Empire, et Maire de Maroilles à l’époque. Après la chute de l’Empire, son existence fut contestée mais l’Arc fut sauvé de la destruction à l’occasion d’un passage de Louis-Philippe à Maroilles en 1833. Une plaque commémorative est visible sur la partie supérieure de l’Arc

 

Maroilles doit son origine à l'abbaye de bénédictins fondée en cet endroit par Chombert, comte de Famars, qui la construisit en 652. Saint Humbert l'agrandit considérablement, la dota de tous ses biens en 667 et défricha le terrain, de sorte qu'il en est regardé comme fondateur et premier abbé. Compris dans le lot de Charles-le-Chauve, lors du partage du royaume de Lothaire, en 870.

 

Les bâtiments du monastère de Maroilles, qui avaient été construits sur la rive gauche de la Petite-Helpe, furent entièrement ruinés et détruits en 1521, lorsque le duc de Vendôme s'empara de Landrecies, qu'il fit raser, ainsi que Maroilles et plusieurs autres places ouvertes du voisinage. Les moines prirent alors des mesures pour le reconstruire et recoururent en cette circonstance à la charité des fidèles. Ils n'en obtinrent que de faibles sommes ; néanmoins, la réédification eut lieu en 1523, mais elle obligea le couvent à contracter des emprunts qu'il ne put rembourser que longtemps après.

¬  En jaune aplat, bâtiments existant encore

¬  En aplat rouge, bâtiments détruite en 1791.

 

Certaines portions conservées de l'abbaye sont aujourd'hui transformées en habitations privées.

 

Plan explicatif de la maquette : (1) Entrée principale, local du frère portier - (2) Petit et grand comptoirs (comptabilité et archives) - (3) Epicerie - (4) Ferme et laiterie - (5) Etables - (6) Granges (1735) - (7) Ateliers, écuries (8) Cour d'honneur, puits au centre et tour seigneuriale - (9) Moulin de l'abbaye (1576-1635) - (10) Quartier des hôtes (1735) et jardin de l'abbé - (11) Petite cour - (12) Blanchisserie, brasseries, boucherie - (13) Boulangerie, remises - (14) Verger, potager - (15) Infirmerie - (16) Quartier de l'abbé et parloir (1735) - (17) Cloître - (18) Chapitre, réfectoire, cellules des moines à l'étage - (19) Eglise abbatiale (1523-1559) - (20) Cimetière des moines.

 

Cette maquette est présentée à l'intérieur de l'église paroissiale Saint Humbert.

 Elle été réalisée en 1982, à l'échelle 1/200ème, et présente le domaine avant la Révolution.

 

Le nouveau monastère fut bâti dans de grandes proportions, à proximité de l'ancien, mais sur la rive opposée de la rivière, où la situation était beaucoup plus agréable et où cependant il n'existait encore aucune habitation, ce côté n'étant alors couvert que de terrains boisés et de prairies fangeuses qui ont fait place avec le temps au beau village de Maroilles. François 1er, ayant renouvelé la guerre avec Charles V, en 1543, vint établir ses troupes devant Landrecies et se logea, lui même, à l'abbaye de Maroilles.

 

(Bât. 2 et 3 sur le plan), aujourd'hui occupés par un restaurant/épicerie.

 

L'archiduc Léopold, gouverneur des Pays-Bas, établit son quartier général dans ce village, lors du siège qu'il fit, en 1647, de la place de Landrecies. Pendant les guerres de la Fronde, en 1651, Maroilles fut pillé par le général Rose, commandant des troupes allemandes au service de France. Le 22 octobre 1655, l'armée française, commandée par Turenne, passa à Maroilles après le rétablissement des fortifications de Condé, et se dirigea ensuite sur Saint-Quentin.

 

(Bât 1), Entrée principale, local du frère portier - Photo de droite, arrière de l'ensemble du bâtiment.

 

Pendant les campagnes suivantes de Louis XIV dans le Hainaut jusqu'à la paix des Pyrénées, la contrée, alternativement livrée à la merci des puissances belligérantes, fut accablée d'impôts, de réquisitions et de logements militaires, à tel point qu'une grande partie des habitants émigra, abandonnant le pays où l'on ne trouvait plus ni repos ni sécurité.

 

Le rez-de-chaussée est occupé par l'espace de ventes de produits régionaux, dont le célèbre maroilles.

 

En 1665, arriva en masse à l'abbaye de Maroilles, pour y loger et y séjourner, vingt-trois régiments complets de Lorrains, commandés par le duc François, nouvellement attaché au service de France ; et en 1657, l'armée de don Juan d'Autriche, s'étant arrêtée également dans le village, du 8 au 16 août, causa des torts incalculables aux cultivateurs de la localité et des villages voisins, qui n'obtenaient quelque repos qu'au moyen de sauves-gardes chèrement payées.

 

 

A l'étage, la salle de restaurant, avec sa très belle charpente.

 

Les guerres de 1706 à 1713, terminées par la paix d'Utrecht, désolèrent encore cette contrée. Les Hollandais, sous les ordres du prince Eugène de Savoie, la ravagèrent en 1712. Le village  fournit seul durant cette période désastreuse, plus de 100 000 livres de France, somme énorme pour ce temps-là. Pendant la campagne de 1730, 10.000 hommes cantonnèrent dans le village et ses environs, du 1er au 4 juillet, avant de se rendre à Aymeries, où ils campèrent. L'abbaye fut alors occupée par l'état-major de cette troupe. Un autre fléau, la peste, ravagea, en 1718, Maroilles et les villages environnants.

 

La grange dîmière.

 

 

La grange dîmière de 40 mètres de long sur 9 mètres de large date de 1735.

Sa façade Ouest est particulièrement ornée. L’alternance de la brique rose orangé et de la pierre gris bleuté

produit un bel effet d’ensemble. Une profusion d’éléments sculptés autour des portes et des fenêtres

témoigne d’une recherche bien peu courante pour un bâtiment utilitaire.

 

Le 28 juillet 1789, l'abbaye est dévastée, pillée et saccagée par les populations des villages voisins comme tous les autres établissements religieux. Elle fut vendue en 1791 et ses bâtiments démolis en 1794. Quelques locaux seulement ont échappé au marteau des acquéreurs ; ce sont la blanchisserie, la menuiserie, une portion du quartier des étrangers, le comptoir, la laiterie et l'habitation du portier. Les bâtiments qui ont servi, en 1815, au casernement des troupes russes sont maintenant occupés par différents particuliers. Lors du siège de la place de Landrecies, qui, en 1794, fut prise et reprise successivement, Maroilles fut saccagé et eut une partie de ses habitations incendiée, principalement dans la rue Basse.

 

 

C'est aujourd'hui un lieu d’informations et un espace d’animation dans les domaines de la nature

et de l’environnement, du patrimoine et des produits du terroir,

et en complément, des expositions temporaires.

 

Le pavillon des hôtes.

 

Le pavillon des hôtes (devenu une propriété privée).

Située aux frontières, l'abbaye de Maroilles n'était pas seulement une halte stratégique et confortable

pour les puissants, mais aussi un lieu d'accueil pour les pèlerins se rendant à Saint Jacques de Compostelle.

 

Escalier permettant de rejoindre le moulin en contrebas.

 

Le moulin de l'abbaye.

 

Le moulin avant 1970.

 

Vue sur le moulin, avant le passage du pont enjambant l'Helpe mineure.

Une pierre datée 1575 porte les armes de l’abbé Frédéric d’Yves, l’un des plus célèbres,

qui régna sur l’abbaye dès l’âge de 23 ans, de 1564 à 1599.
Il reconstruit le moulin, et qui sera agrandi en 1634 sous le règne de dom Simon Bosquier,

et reçut son troisième tournant en 1770 à l’époque de Maurice d’Offergnies.

 

 

La turbine a été remise en marche et produit désormais le courant nécessaire au chauffage du bâtiment.

 

En 1995, le rêve des propriétaires de fabriquer une roue telle qu’elle l’était sous l’ancien régime, va se réaliser. Une fois les plans dessinés par Jean Bruggeman, la roue est fabriquée dans l’atelier de l’ARAM avec l’aide de deux artisans belges, M. De Cartier et M. Depret, et un charpentier flamand, M. Vanleene. Elle est montée les 27 et 28 novembre avec l’aide de Jacques Liénard et tourne pour la première fois le soir même sous les projecteurs.

 

La Révolution fit des ravages à Maroilles : l’abbaye fut très rapidement saccagée, puis détruite.

Le moulin fut acheté plusieurs fois et finalement adjugé à Pierre-François Boucher, le 23 janvier 1792.
Lorsqu’il est réglementé le 25 février 1838, le moulin a encore ses trois roues.

Le 9 août 1865, comme tous les moulins des deux Helpes, il est de nouveau réglementé.

 

Le vendredi 27 septembre 1889, vers trois heures et demie du matin, un incendie épouvantable, attisé par un vent violent, le détruit en quelques instants. La petite maison attenante en réchappe cependant, avec le mobilier, des objets de valeur et des papiers. Le meunier, Severs, perd tout. Deux mois auparavant, le 16 juillet, s’était produit un affreux accident : un garçon de 11 ans, tombé accidentellement dans la roue, avait été broyé.

 

Pour enter dans la ville il existait à l'entrée du moulin un pont-levis.

L'abbaye, place forte religieuse exerçait son pouvoir sur tout le territoire environnant, entres Helpes et Sambre,

dirigée par une poignée d'hommes bien organisés qui en ont tiré le maximum de ressources.

 

 

Le moulin ne fera plus de farine : il devient la propriété de la tannerie qui a également échappé de justesse

à l’incendie. La Société Anonyme des Tanneries et Corroieries Maillard et fils le transforme en usine électrique.

 

Le 25 mai 1899, elle sollicite auprès de la préfecture l’autorisation de remplacer la roue par une turbine. Le 30 septembre 1907, un traité de gré à gré est conclu entre la mairie et Evence Maillard, directeur, pour la fourniture de lumière électrique au village.

 

Après la guerre, le bâtiment sera converti en appartements, puis un restaurateur l’achète

pour en faire un restaurant, qui sera incendié le 24 mars 1986 et une deuxième fois, le 3 janvier 1987.

Le 8 mai 1988, il est en vente aux enchères et le 3 juin, acheté par M. et Mme Liénard-Cavrois.

 

Ce sont eux qui vont le sauver après tant d’années d’abandon et de décrépitude. Inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques le 16 mars 1977 et faisant partie des Sites, inscrit le 15 septembre de la même année, des subventions sont accordées par l’Etat, auxquelles s’ajoutent celles du Conseil Général et du Conseil Régional. Mais c’est quand même l’apport personnel des propriétaires qui peut permettre d’entamer une rénovation très profonde : injection de ciment spécial dans les fondations au pied de l’eau, reprise des maçonneries, reconstruction de la charpente et d’une couverture en ardoises naturelles, pose de nouvelles fenêtres, etc.

 

Le long de la rivière, face au moulin, une promenade est aménagée.

De belles maisons lui font face, rendant le lieu très agréable.

 

Ce domaine, fondé au VII° siècle, au milieu de marécages incultes et de rivières hésitantes, le voici tel qu'il se présente près de mille ans plus tard, avec son verger exposé au sud pour mûrir la vigne, les roues d'un moulin toujours à l'ouvrage et de solides bâtiments flanqués de hauts murs.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://villesetvillagesdelavesnois.org/
Dépliant 4 pages "Maquette de l'abbaye" O.T. Maroilles

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 27 août 2019

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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