LEWARDE  (Nord)

Région des Hauts-de-France.

Arrondissement de Douai - Canton d'Aniche.
 Population : 2.425 Lewardois en 2016.

 

D'une superficie de 390 hectares, et d'une altitude de 22 à 80 mètres,

la ville est proche de la frontière avec la Belgique.

 

Etymologie : Lewarde est une variante du mot Leeuwarden (néerlandais) ou Ljouwert (frison),

qui est le nom d'une ville des Pays-Bas, ce qui rappelle le passé flamand du département du Nord.

La deuxième partie du mot désigne un tertre artificiel dans les langues nordiques construit pour se protéger

aussi bien des calamités naturelles que d'éventuels ennemis. La première partie est plus obscure.

 

Avant 1970,  vues aériennes : la ville et l'église Saint Rémi, du XVI° siècle.

 

 

Le Centre historique minier de Lewarde
 

 

Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais s'étend sur cent kilomètres de long

et seulement 4 à 12 kilomètres de large,

de la région de Valenciennes à celle de Béthune, en passant par Douai et Lens.

Il fut longtemps le plus important gisement houiller français.

 

Installé sur le site de l'ancienne fosse Delloye à Lewarde, le Centre Historique Minier

est le plus important musée de la mine en France et l'un des tous premiers d'Europe.

 

Entrée du centre d'accueil minier.

La mine a profondément façonné le paysage, hérissant le bassin de fosses, de chevalements,

de terrils, le couvrant de corons et de cités.

Elle a formée des générations d'hommes au métier de mineurs de fond, de "gueule noire".

 

L'exploitation minière s'est déroulée sur trois siècles, du début du XVIII° siècle jusqu'à la fin du XX° siècle. Plus de deux milliards de tonnes de charbon ont été extraites du sous-sol. La dernière berline de charbon fut remontée en décembre 1990, et aujourd'hui, tous les puits de la région ont été rebouchés.

 

La billetterie et le hall d'accueil.

 

Vue aérienne du site en 2018.

 

Depuis le pavillon d'entrée, vue sur le bâtiment recevant les diverses expositions.

 

Plan actuel du site ouvert à la visite.

 

(1), Salles d'expositions temporaires - (2), Carreau de la Fosse Delloye - (3), Exposition "A l'origine du charbon, le Carbonifère" - (4), Le bureau de l'ingénieur - (5), Le bureau du géomètre - (6), Le bureau du comptable - (7), Exposition "Les trois âges de la mine" -  (8), Exposition "La vie dans la cité minière" - (9), Le garage à vélos -  (10), La salle de bains - (11), L'espace de projection - (12), Le bureau du délégué-mineur (13), La lampisterie - (14), L'infirmerie - (15), La passerelle des mineurs - (16), Le parc à bois et la passerelle de mise à stock - (17), Exposition "L'odyssée de la vie sur la Terre" - (18), Le Belvédère - (19), Le réseau ferroviaire - (20), La machine d'extraction du puits n° 2 - (21), La verrière des machines - (22), La salle des compresseurs - (23), Exposition "d'énergies (en préparation) - (24), L'écurie, exposition "Le cheval et la mine".

 

Exposition  "A l'origine du charbon, le Carbonifère".

Cette exposition permet de comprendre le processus de formation du charbon qui a commencé

il y a 320 millions d'années, au cours de la période que l'on appelle le Carbonifère.

 

Au Carbonifère, la végétation s'est développée et accumulée en eau profonde. Cela explique la présence de fossiles de coquilles d'animaux d'eau douce dans les terrains houillers. On a également repéré plusieurs niveaux marins dans les couches du houiller, qui témoignent de l'envahissement de la lagune par la mer située à proximité. Le Nord-Pas-de-Calais devait être un vaste delta.

 

Les bureaux de l'administration.

 

Reconstitution du bureau d'un ingénieur des années 1930.

A cette période, l'ingénieur choisi pour diriger, une fosse disposant d'une grande autonomie au sein

de la Compagnie minière qui l'employait. Son rôle consistait à organiser le travail en satisfaisant

aux deux exigences contradictoires du rendement et de la sécurité,

pour laquelle il était responsable pénalement.

 

L'ingénieur déterminait la progression de l'exploitation, embauchait les ouvriers et organisait les postes et le travail en conséquence. D'autres missions plus délicates lui incombaient, dans la mesure où il assurait l'ensemble de la gestion du personnel et des relations sociales et syndicales. Ainsi pouvait-il être amené à sanctionner les employés ayant commis une faute professionnelle, ou en cas d'accident, à prévenir les familles des victimes. Pour les ouvriers, l'ingénieur était, on le devine, un personnage lointain et redouté.

 

Le bureau du géomètre : son travail est essentiel pour l'exploitation.

Il assiste l'ingénieur dans l'étude du gisement et la mise en oeuvre des ressources.

L'aménagement souterrain de la mine ne peut se faire sans lui.

 

Le géomètre relève la direction du gisement, grâce à ses outils, il effectue un repérage dans les trois dimensions de l'espace :

     ▪ La chaîne d'arpenteur permet de mesurer les distances,

     ▪ La boussole indique la direction d'une galerie et le clitographe donne la déclivité,

     ▪ Le théodolite quant à lui mesure les angles dans les deux plans, horizontal et vertical.

Les différentes mesures permettent de déterminer l'endroit exact où les équipes de traceurs devront creuser le rocher pour atteindre la veine. Au fur et à mesure de l'avancée des travaux, il dresse et met à jour les plans des chantiers.

 

Le géomètre contrôle également l'aérage. Il tient à jour le registre réglementaire en particulier les mesures grisoumétriques, et assure la surveillance des anciens chantiers abandonnés. Il travaille en constante liaison avec le chef de siège.

 

 

Le bureau du comptable et du délégué syndical.

La loi du 8 juillet 1890 institue le délégué syndical à la sécurité des ouvriers mineurs,

élu par ses camarades pour trois ans,

et chargé de visiter les travaux du fond pour y examiner les conditions de sécurité et d'hygiène.

 

Le délégué consigne sur un cahier chacune de ses observations, en marge desquelles l'ingénieur doit y répondre. L'ensemble est ensuite communiqué à l'ingénieur du contrôle des mines. En cas d'accident, le délégué détermine les conditions dans lesquelles cet accident se serait produit. Par extension de son rôle, le délégué reçoit les doléances du personnel. Il est souvent amené à en discuter avec l'ingénieur.

 

Le garage à vélos et le grand hall d'exposition.

Une grande fresque raconte l'histoire de l'exploitation du charbon.

 

Bustes en bronze : de Jules Marmotan, Président de la Cie des Mines de Bruay

et François Eugène Soyez, directeur fondateur de la Cie des Mines d'Escoupelle.

Portrait de Louis Lecomte, fondateur et Président de la Cie des Mines de Bruay, de 1855 à 1862.

Portrait de Joseph Périer, frère de Casimir Périer, qui le remplaça à la tête de la Cie des Mines d'Anzin.

Le groupe sculpté par un artiste originaire d'Anzin, Corneille Theunissen,

représente la famille d'un mineur lors de la grève de 1882, accablée et tenaillée par la faim (Plâtre de 1891).

 

A droite, "le mineur de France", statue créée par le sculpteur Janthial pour orner l'entrée de l'exposition

de l'exposition de l'Industrie Française au Palais du Trocadéro à Paris, en 1955.

 

Vue d'ensemble du grand hall d'exposition "La vie dans la cité minière".

Dans le pays minier, la cité s'anime au rythme régulier du tintement des cloches de l'église

et sous l'image rassurante de la rotation des molettes de la fosse.

C'est là que vivent les hommes, femmes et enfants.

 

Reconstitution d'un intérieur d'une habitation minière des années 1950.

 

Le rôle de la femme est essentiel dans la vie quotidienne des familles de mineurs. Sa journée est rythmée par les horaires de travail de son mari, ceux des enfants et ses activités domestiques. Le bon déroulement de la journée repose sur elle et se répartit autour de l'allumage et de l'entretien du feu, de la préparation du briquet (casse croûte du mineur) et plus tard du bain, les corvées d'eau et surtout la lessive des vêtements de travail. Il faut y ajouter le nettoyage du ruisseau, rendu obligatoire par le règlement de la cité.

 

Pendant longtemps, la vie de la femme se déroule dans trois espaces :

La pièce de vie principale de la maison, la borne d'eau de la rue et la cité elle-même où se trouvent l'école, l'église et le dispensaire et les magasins d'alimentation. Certaines prendront, à partir des années soixante les autocars de ramassage pour les usines textiles de la métropole Lilloise où elles côtoieront des modes de vie différents. Mais en général, les femmes ont peu de relations sociales hors de la cité et c'est surtout entre elles, femmes de mineurs, qu'elles discutent autour d'une tasse de café.

 

Les taches de chacun sont bien déterminées. Les hommes vont gagner l'argent du ménage à la fosse

et occupent leurs loisirs essentiellement au jardin, mais ils passent également du temps à l'estaminet

où ils discutent souvent des conditions de travail.

Ils peuvent aussi y jouer à pigeons, au ballon, aux fléchettes.

 

Pendant ce temps, les femmes s'affairent à leurs taches ménagères, l'approvisionnement du foyer, l'éducation des enfants et la santé de tous. C'est surtout au moment de fêtes et des congés que tous se retrouvent autour d'un concert de l'harmonie, d'un banquet de Sainte Barbe, ou encore à l'occasion des vacances au château de la Napoule ou à la plage de Berk... Pendant longtemps ce petit monde ne parlera que le rouchi, forme de patois local où se mêleront bientôt des brides de langues venues d'ailleurs (Italien Maroc, Pologne...). La vie de la cité minière paraît ainsi très paisible, mais elle est parfois troublée par les crises violentes que sont les grèves ou les catastrophes minières.

 

Dans les cités les immigrés recréent bien souvent une ambiance qui leur est propre.

Les Compagnies minières ont généralement privilégié le regroupement par nationalité.

 

Tous, Italiens, Marocains, Polonais... sont venus avec la même envie : gagner assez d'argent pour pouvoir repartir au pays. C'est ainsi que les quartiers se transforment en véritable petit pays avec l'ouverture de commerces, épiceries, boucheries, cafés, voire même le transfert de journaux. Si les épouses restent confinées chez elles, connaissent rarement plus de cinquante mots de français au bout d'un an, les jeux de rues permettent aux enfants d'apprendre beaucoup plus vite. Une langue curieuse émerge alors où le français se mêle au patois, à l'Italien, Arabe ou Polonais.

 

A l'estaminet, on peut se livrer à des jeux d'intérieur comme les jeux de dés,

de cartes ou de fléchettes dites "astiquettes".  Dans une arrière salle prennent placent

les jeux de javelots ou les combats de coqs. Dehors enfin,

on pratique les jeux d'adresse comme le billon, les quilles, les boules, le tir à l'arc ou à l'arbalète.

 

Les jeux traditionnels sont sans doute ceux qui se pratiquent le plus librement. En règle générale, l'estaminet est le siège des sociétés de jeux, et le cabaretier leur fondateur, car ces rassemblements lui assurent un revenu complémentaire. L'organisation de ces sociétés n'en est pas moins très hiérarchisée et le respect des règlements surveillé : des amendes peuvent être ainsi affligées. Le but de ces sociétés restent cependant de se rencontrer et jouer entre amis : l'Union, la Fraternité, les bons Amis sont quelques noms de sociétés très révélateurs.

 

Les habitations étaient construites par les Compagnies minières pour attirer et fixer leur main d'oeuvre.

Alors que l'on exploite le charbon depuis 1720, ce n'est qu'en 1825

que naît l'habitat minier à Denain : ce sont les corons.

Ces logements, tous identiques, accolés le long d'une rue, forment ce que l'on appelle des "barres".

A partir de 1870, ces barres se divisent en blocs de deux ou quatre logements.

Avec ces nouveaux pavillons, les cités sont plus aérées et le confort des ouvriers s'améliore.

 

La salle des pendus, ou salle de bains.

La salle des pendus est une expression d'un journaliste au lendemain de la catastrophe

des mines de Courrières qui fit 1099 morts en 1906.

En fait, le terme utilisé par les mineurs est salle de bains ou bains-douches.

 

La fosse Delloye occupait l'ensemble de cette salle jusqu'à l'extrémité des rails,

c'est-à-dire au-delà de la baie vitrée, et comptait plus de 1000 vestiaires suspendus.

 

Lors de la reconstruction suivant la Première Guerre mondiale, les salles de bains se généralisent. Elles sont compartimentées et organisées selon la hiérarchie : des douches collectives pour les ouvriers adultes, avec une séparation, pour les apprentis mineurs, les galibots, des enfants âgés de plus de 14 ans ; des douches compartimentées pour les contremaîtres, appelés porions et enfin, des baignoires pour les ingénieurs. Dans la plupart des fosses du bassin, le personnel féminin ne dispose pas d'installation de douches et de vestiaires. Les femmes partent donc de leur domicile en tenue de travail et se lavent chez elles après leur poste.

 

Pompe à incendie à bras de la Compagnie des Mines de Bruay, au XIX° siècle.

Les compagnies avaient leur propre service d'incendie valable sur le carré de fosse ou dans la cité minière.

 

Ce modèle est pourvu de deux réservoirs latéraux à eau qu'une chaîne de personnes remplissaient manuellement avec des seaux. Le levier, actionné par quatre pompiers servait uniquement à la mise en pression de l'eau dans les lances.

 

L'infirmerie où étaient prodigués les premiers soins aux blessés.

 

Ce sont les jeunes filles lampistes, qui remettent leurs lampes en échange d'un jeton remis

lors de son embauche. Ces jetons permettent de connaître les effectifs du fond, soit mille lampes alignées.

 

Les conditions de travail sont pénibles : il fait froid l'hiver et chaud l'été, faute d'une isolation efficace. Il y règne une forte odeur d'essence, les lampes sont lourdes, entre 3 et 7 kg, d'autant plus qu'elles sont transportées par trois dans des caisses en bois. Après la Seconde Guerre mondiale, l'arrivée des lampes au chapeau et de leurs bancs de charge vont progressivement faire disparaître les lampistes.

 

Ces lampes n'étaient pas seulement un moyen d'éclairage, mais également un outil de détection du grisou :

en présence de méthane, la flamme de la lampe augmente et prend une teinte bleutée.

La lampe Arras-Maxei apparaît à la fin du XIX° siècle et sera utilisée jusqu'à la fin de l'exploitation.

Elle devient ainsi un véritable emblème du mineur.

 

La lampisterie est un domaine réservé spécifiquement aux femmes

dont le travail au fond est interdit depuis 1874.

 

Les lampistes s'occupent de la distribution des lampes, mais aussi de l'entretien des lampes. Cette opération nécessite plusieurs taches à effectuer à un rythme soutenu. Pour une lampe à essence, il faut déverrouiller avec un électro-aimant, la démonter, vérifier, nettoyer chaque pièce, remplir le réservoir d'essence avant de la remonter et verrouiller.  Chaque lampiste répète ces gestes pour 200 à 400 lampes par jour. Une fois ce travail terminé, elles font le ménage des locaux, aident le chef lampiste au pointage ou sont affectées au triage du charbon. Les lampistes ne connaissent donc aucun temps mort !

 

Passerelle d'accès à la salle de triage et à la mine.

 

Avant de "descendre" dans la mine, on traverse la grande salle du triage.

 

Les galibots, les gamins, et les cafus, les femmes qui portaient un foulard, ou cafu,

étaient préposés au tri du charbon.

 

Dans les berlines de 600 kg qui remontaient dans les cages, il y avait du charbon,

bien sûr, mais aussi beaucoup de résidus minéraux, schistes et terres,

qu'il fallait séparer du charbon et qui étaient ensuite stockés sur les terrils.

 

Le matériau qui remontait du fond était déversé des berlines renversées par les culbuteurs

sur les transporteurs, et les trieuses devaient séparer le charbon du tout venant à mains nues,

dans le bruit et la poussière.

Dans les dernières années d'exploitation, le triage était réalisé par flottation, dans les lavoirs,

le charbon étant séparé de la caillasse en raison de la différence de densité..

 

La descente dans les galeries.

 

A bord d'un ascenseur bien moderne à côté de la cage ajourée dans laquelle se serraient les gueules noires,

la descente simulée à 480 mètres de profondeur nous conduit à l'accrochage, le point de départ

des galeries principales, le point de passage obligé des hommes et du charbon entre le fond et le jour.

 

Reconstitué par d'anciens mineurs, le circuit que nous visitons présente les grandes étapes de l'évolution

des techniques tout au long du dernier siècle d'exploitation.

 

C'est avec un souci d'exactitude qu'est mis en scène le travail du fond à l'aide de mannequins

et de matériels récupérés, ayant vraiment été utilisés au fond.

 

Des projections de films d'archives sur les parois nous permettent de découvrir certaines machines

en fonctionnement, et d'écouter, quelques instants, le bruit réel que les mineurs entendaient.

La pièce de bois s'ajuste à la paroi et surtout... elle "parle", elle craque, elle réagit aux pressions.

Le mineur à l'écoute peut surveiller pour éviter la rupture : c'est aussi le savoir-faire.

 

Certaines veines étaient si pentues et étroites, qu'il n'y avait pas d'autre moyen pour les exploiter

que d'utiliser, tout comme au XIX° siècle, le marteau-piqueur et le soutènement en bois.

 

Techniques de boisage et modes de transport sont exposés dans la galerie de circulation ou bowette

avec la rencontre notamment du cheval qui tire une douzaine de wagonnets,

soit six tonnes de produit jusqu'au pied du puits.

 

Brave cheval de labeur, qui partageait les conditions pénibles du travail des mineurs au fond et qui ne remontait au jour après 1936 qu'à l'occasion de longues périodes de fermeture des fosses, notamment en cas de congés ou de grèves, ou encore lorsqu'il était gravement blessé ou malade.

 

 

Dans les années trente, une machine va enfin se charger de véhiculer le charbon du lieu d'abattage

à la galerie principale, le convoyeur métallique oscillant.

L'exploitation se fait toujours par niches successives.

 

 

 

Entre deux galeries, barrette sur la tête et espadrilles aux pieds, le mineur creuse la taille, parfois très pentue

et de faible épaisseur, pour aller chercher le charbon tout en assurant le soutènement en bois.

 

 

Les années cinquante voient l'arrivée de la véritable mine moderne et mécanisée.

Les mineurs sont maintenant en bleu de travail, chaussés, casqués.

 

Le principal progrès, c'est l'injection d'eau : la mécanisation a multiplié le dégagement de poussières dans l'air... et la silicose a progressé en même temps ! L'injection d'eau dans le mur de front de taille avant l'abattage a nettement diminué la proportion de poussières dans l'air. Autre innovation, le convoyeur a raclette blindé, entraîné par des chaînes sans fin, a remplacé le convoyeur oscillant. Enfin, l'arrivée des étançons métalliques télescopiques fait disparaître le bois.

 

Des machines sont en place dans le cadre des chantiers, à commencer par le bruyant marteau-piqueur

ou la pompe à air comprimé des années 1930, pour l'évacuation de l'eau,

qui se substitue au carnet ou caniveau menant l'eau jusqu'à l'accrochage.

 

 

Les techniques de creusement des galeries progressent. Les tailles avancent plus vite,

il faut creuser plus rapidement. Le soutènement métallique des voûtes est généralisé avec des cadres au profil

et au cintrage calculés pour résister aux grandes pressions des terrains à 500, voire 800 mètres sous terre.

 

Les machines se perfectionnent : le marteau-piqueur perforateur est plus puissant, plus maniable

avec sa béquille, le scraper déblaie le terrain. Les mineurs deviennent des mécaniciens.

Le transport au fond se développe aussi avec le monorail, en complément du train de personnel...

(Il faut dire que le chantier d'exploitation peut se trouver jusqu'à 4 ou 5 km de la descente du puits !)

 

Autre défi de la modernisation de la mine : l'électricité.

 

Les catastrophes trop nombreuses ont laissé des cicatrices indélébiles du dangereux grisou, le méthane dégagé par le charbon, inodore, qui explose à la moindre étincelle, déclenchant le plus souvent un coup de poussière dévastateur, c’est-à-dire, l’inflammation instantanée des poussières de charbon ambiante. C’est une réaction en chaîne qui se déplace au moins à la vitesse du son et souvent à 2000 m/s. En 1906, à Courrières, ce sont ainsi 110 km de galeries qui ont été parcourus en quelques minutes. Les coffrets antidéflagrants abritent les transformateurs. C’est aussi dans les années cinquante que le téléphone, élément d’une meilleure communication, est généralisé.

 

Le gisement exploité est constitué de charbon gras et demi-gras.

 

Dernières étapes de la modernisation dans les années soixante : Le creusement des voies est effectué par le pantafore, perforateur à bras multiples, avec injection d’eau et conduite mécanique. Le chantier d’abattage accueille maintenant la haveuse ou le rabot qui travaillent sur le front de taille alors que le soutènement marchant hydraulique assure la sécurité de la taille. La haveuse pratique une saignée à la base de la veine de charbon, provoquant l’éboulement du minerai, entraîné par le convoyeur. Le rabot aux couteaux multiples est déplacé le long de la paroi. Quant aux étançons, ils assurent leur propre déplacement en alternance : l’avancement du soutènement marchant est confié au biduleur. Les locomotives électriques ou diesel tirent quarante berlines, soit cent à cent cinquante tonnes de charbon.

 

Vue générale de la partie extractive, et le chevalement.

 

 

Le chevalement du puits n° 2, la passerelle de mise à stock, et les bâtiments du triage et du moulinage.

 

La passerelle de mise à stock, qui jouxte le bâtiment du triage, est construite en 1932. Fortement endommagée, elle a été refaite à l'identique en 1994. Elle permet de stocker en contrebas les matériaux abattus au fond, en cas de panne au triage-criblage. Au quotidien, elle sert à préparer des trains de berlines chargées de bois, avant leur descente au fond. Ces bois de mines sont entreposés dans le parc à bois, face à la passerelle. Ils servaient au soutènement des chantiers du fond, pour éviter qu'ils ne s'effondrent. Ces bois arrivent sur le site par chemin de fer, et ensuite débités dans la scierie à proximité (actuel restaurant du site).

 

La fosse Delloye : le puits Delloye n° 2 est à gauche, Delloye n° 1 est à droite.

La passerelle de mise à stock et le parc à bois.

 

La salle des machines.

Sous la verrière sont présentées différentes machines à vapeur.

Deux machines de forme cylindrique, appelées locomobiles, ont été fabriquées en Angleterre en 1916.

Elles sont utilisées pour l'exhaure, c'est-à-dire le pompage des eaux du fond.

 

La salle des compresseurs.

 

Derrière la salle des machines,

la salle des compresseurs permet d'apprécier l'intérêt de l'air comprimé dans les mines,

peu après 1873. Le marteau-piqueur à air comprimé est généralisé avant 1914.

 

Le recours à l'air comprimé répond à plusieurs exigences : des besoins énergétiques croissants, et aussi la nécessité de trouver une alternative à la vapeur et à l'électricité dont l'acheminement vers le fond du puits n'était pas sans danger. Au fond de la salle se trouve les compresseurs d'origine de la fosse et leur tableau de commande.

 

 

Locomobile à vapeur de 1916 de la fosse Delloye.

 

Devant l'entrée de la salle des compresseurs, deux treuils d'extraction de dimensions modestes.

Ce sont des treuils de secours, utilisés en cas de panne des machines principales.

Ils servaient également à la remontée des produits abattus lors du creusement de puits secondaires.

 

Le cheval, compagnon de travail du mineur.

 

Dès l'origine de l'exploitation dans la région, les mineurs ont côtoyés les chevaux.

Les chevaux sont d'abord utilisés en surface, au XVIII° siècle, pour la remontée des produits.

En 1847, les premiers chevaux descendent au fond pour tirer les wagonnets.

 

Les chevaux devaient être paisibles, en bonne santé, assez petit pour évoluer sans encombres dans les galeries, et surtout puissant, pour tirer une dizaine de wagonnets. Ils travaillaient par périodes de 2 ou 3 heures. Il était utilisé par le conducteur qui devait l'atteler, dételer, faire virer le cheval, accrocher les wagonnets les uns aux autres pour former le convoi. Le palefrenier assurait le nettoyage des boxes, l'alimentation et le pansage de la cavalerie. Un maréchal-ferrant et un vétérinaire descendaient régulièrement pour les soigner.

 

Au fond de cette salle, un local renferme le matériel des "hommes d'about".

Ces ouvriers organisent le transfert du matériel hors gabarit et assistent les cordiers pour l'entretien

et le changement des câbles d'extraction.

Ils interviennent de nuit, dans des conditions souvent dangereuses.

 

Le cheval vient remplacer les herscheurs, ces mineurs qui poussaient les berlines du front de taille jusqu’à l’accrochage. Désormais, c’est une douzaine de berlines que le cheval tracte dans la galerie principale (voire la scène reconstituée du cheval tirant un train de berline dans le circuit minier). Avec ces dures conditions de travail, des liens très fort unissent le conducteur et son cheval.

C’est un élément vital de l’exploitation minière du début du siècle, assurant le transport du charbon au fond mais aussi de multiples tâches au jour. On compte près de cinq cents chevaux par compagnie minière dans les années 1920. En 1936, les congés payés, les quarante heures hebdomadaires permettent de remonter les chevaux du fond. C’est à cette époque que la compagnie des Mines d’Aniche installe une écurie dans le clichage du puits n° 1. Après la seconde guerre mondiale, les locomotives vont lentement, mais inexorablement prendre la place des chevaux. Les derniers remonteront dans les années soixante.

 

Le réseau ferroviaire.

 

Une partie du réseau ferroviaire de la fosse Delloye a été reconstitué.

 

Depuis le chemin piétonnier qui longe les voies on découvre les locomotives, wagons

et autres matériels ferroviaires qui servaient au transport du charbon.

 

Cette voie se divise en un faisceau de petites voies desservant les différentes zones d'activité de la fosse :

parc à bois, parc à matériel, magasins et ateliers, installations du triage-criblage.

 

La fosse Delloye est raccordée au réseau de chemin de fer de la compagnie d'Aniche entre 1926 et 1928,

ce qui permet d'expédier les charbons abattus par le rail dès le début de l'exploitation en 1931.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.rougemont.fr/

Brochures "Guide de visite", 60 pages, Editions La Voix du Nord

Panneaux explicatifs présentés sur le site

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 22 août 2019

 

 

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