PORT-LOUIS  (Morbihan)
Arrondissement de Lorient - Canton de Hennebont
Région Bretagne
 Population : 2.644 Port-Louisiens en 2014.

 

 

La citadelle

 

 

Construite au XVI° siècle par les Espagnols, puis modifiée au XVII° siècle par les Français.

La citadelle est située dans la ville de Port-Louis, et ferme l'accès de la rade de Lorient.

Elle abrite actuellement le musée de la Compagnie des Indes,

le Musée National de la Marine et des annexes consacrées au sauvetage en mer.

 

Plan de la citadelle en 1792.

La construction de la citadelle commence sous les ordres de l'ingénieur espagnol

Cristobal de Rojas en 1590, à l'époque de la guerre de la Ligue.

Elle est achevée sous Louis XIII

et occupe la pointe de la presqu'île qui ferme au sud-est la rade de Lorient.

 

D'abord nommée Loc-Pezran (Loc Péran ou Locperan), la place forte devient en 1618 une ville royale sous le nom de Port-Louis en l'honneur de Louis XIII. Locperan est certainement un démembrement de la paroisse primitive de Plouhinec. Port-Louis est rebaptisé "Port-Liberté" du 24 octobre 1792 à 1814.

 

La citadelle en 2010.

 

Malgré son aspect défensif, la citadelle fut également un lieu d'habitation, de réception,

un refuge ou une prison (elle reçut des prêtres réfractaires pendant la Révolution,

des conscrits réfractaires sous l'Empire,

Louis-Napoléon Bonaparte en 1836, des communards et des résistants...).

 

 

L'esplanade des Pâtis.

Cette étendue d'herbe relie aujourd'hui la ville à la citadelle.

 

Le mémorial des fusillés de Port-Louis,
érigé face à la rade de Lorient, à l’entrée de la citadelle

 

«Vous qui passez, arrêtez-vous, souvenez-vous
que nous avons été soixante-neuf patriotes fusillés en juin 1944 par les nazis».

 

Sur les murs du mémorial, les plaques au nom des soixante-trois fusillés identifiés

et au premier plan les six sépultures des fusillés inconnus. Une urne est scellée dans le mur.

 

Au printemps 1944, les Allemands avaient installé un tribunal militaire spécial et où de nombreux résistants bretons ont été détenus et torturés, sur le lieu même où soixante-dix d’entre eux ont été fusillés après condamnation à mort ou exécutés sans jugement. La découverte de ce lieu d’exécution a été tardive. En effet, il était situé à l’intérieur de la poche tenue par la Wehrmacht jusqu’au 7 mai 1945, date de la capitulation de l’Allemagne nazie signée à Reims et de la reddition à Étel des troupes allemandes commandées par le général Fahrmbacher.

 

Le monument dédié aux déportés implanté devant le monument provisoire

érigé en 1946 en mémoire des fusillés.

 

Chaque année le 23 mai, date anniversaire qui correspond à l’achèvement de l’exhumation des corps des fusillés, une commémoration se déroule devant le mémorial de Port-Louis. Le 8 mai 2011, le président de la République Nicolas Sarkozy est venu y commémorer le 66° anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie.

 

 

La plage et l'échauguette.

 

A la fin du XVI° siècle, le duc de Mercoeur, gouverneur de Bretagne, se révolte contre Henri IV car, pour devenir roi, ce protestant s'est converti à la religion catholique. Pour le combattre, Mercoeur fait appel à des troupes espagnoles et en 1590, 10.000 hommes arrivent à Blavet, ancien nom de la ville de Port-Louis.

 

La demi-lune et le bastion Saint Nicolas.

 

La demi-lune est le pont d'entrée de la citadelle, où se trouve la billetterie.

Elle a été construite en 1636 pour renforcer la défense côté terre,

et l'esplanade les Pâtis a été aménagée peu de temps après.

 

Commandées par Don Juan del Aguila, les troupes espagnoles sont composées essentiellement de mercenaires qui pillent le pays blavétin. Ils construisent un fort qui leur assure une solide protection en cas de représailles. Bâti sur un escarpement rocheux le long du chenal d'accès à la rade, ce premier édifice, de forme semi-circulaire, est achevé en 1591. Il porte le nom de Fort de l'Aigle en l'honneur d'Aguila.

 

La demi-lune et son échauguette depuis le fossé inondable.

 

Photo de gauche, le bastion Saint Nicolas édifié en 1642 : il s'agit d'un élément défensif

qui assure la jonction entre l'enceinte urbaine et la citadelle.

 

En 1618, les ingénieurs du roi examinent la valeur de la place. Ses qualités défensives sont telles que Louis XIII en fait un symbole royal : le bourg de Blavet est alors rebaptisé Port-Louis. Le fort est reconstruit et devient une citadelle, et l'édification de nouveaux bastions lui confère un aspect proche de l'actuel.

 

 

La demi-lune est le point d'entrée de la citadelle (billetterie).

Elle a été construite en 1636 pour renforcer la défense côté terre.

 

En 1666, la Compagnie française des Indes Orientales est implantée dans la rade de Port-Louis. A cette époque la cité abrite les habitations des aristocrates et des officiers de la Marine Royale. La citadelle est considérée comme un avant poste avancé dans la défense de la rade. Les quelques modifications qu'elle subit pendant cette période lui permettent de soutenir un siège : citernes, puits et jardins potagers sont aménagés au XVIII° siècle.

 

Le grand pont.

 

Avant 1970, la grand pont et la pointe de la presqu'île.

 

Construite en bois à l'origine, la passerelle est remplacée à la fin du XVIII° siècle

par un solide pont à trois arches en pierre,

qui permet le passage de pièces d'artillerie plus lourdes.

 

A droite du grand pont, le bastion Desmouriers, reconstruit sous Louis XIII en élargissant les plans espagnols, ce qui explique sa taille imposante. Ce bastion à orillons, (parties rentrantes pour assurer une meilleure défense), est percé de souterrains. Il tient son nom d'un notaire royal de Port-Louis dont on apercevait la propriété de cet endroit.

 

Le donjon.

 

 

Le donjon est le dernier élément datant de la fondation espagnole encore en élévation.

Il abritait les logements des soldats espagnols et une prison en partie basse.

Sa partie centrale bâtie en tuffeau portait les armes de la maison Mazarine.

Ces dernières ont été martelées lors de la Révolution.

 

Logements de la caserne Lourmel.

 

Vue sur les logements depuis le bastion des Chambres.

Au fond, accès au bastion de la Brèche.

 

Bastion de la Brèche : il tire son nom d'une brèche ouverte dans le bastion lors de l'attaque du duc de Soubise en 1625. Ce dernier avait introduit dans la rade des navires de guerre sous l'aspect de navires marchands pour piller la ville et détruire les navires au mouillage. Malgré cette brèche, la citadelle a résisté à l'assaillant.

 

La Place d'armes.

 

La caserne Lourmel.

Les bâtiments qui entourent la Place d'armes ont été édifiés au XVII° siècle.

Ils hébergeaient ordinairement trois compagnies d'Infanterie.

Ils abritent aujourd'hui les musées.

 

Le Camus, le Grand Bastion et l'Irrégulier.

 

Ces bastions ont été édifiés au début du XVII° siècle. Ils sont de petite taille et de faibles qualités défensives, ce qui laisse à penser que l'architecte a éprouvé des difficultés à s'adapter à la configuration particulière du terrain rocheux.

 

La vigie.

 

La vigie,

sur le Grand bastion,

sert à surveiller le

trafic du chenal.

 

Elle est entièrement

automatisée

depuis 2007.

 

La basse-cour.

 

A gauche, les logements de la caserne - A droite, l'arsenal, la poudrière,

(fermés au public pour cause de travaux), et le parc à boulets.

 

Le parc à boulets.

 

Aménagé au XVIII° siècle comme réserve à boulets

à l'emplacement de l'ancien hôpital militaire. Il est bordé de magasins.

 

L'artillerie de marine.

 

Ces canons jalonnent l'évolution de l'artillerie navale depuis l'ordonnance de 1689,

qui marque le début d'une règlementation, jusqu'à la fin de cette artillerie ancienne,

déclassée par l'innovation du chargement par la culasse

au début de la seconde moitié du XIX° siècle.

 

Canons de la fin du XVII° siècle, en fonte de fer,

attribués aux Forges du Nivernais.

(Canons de 18, 24, 30, 36 et 60 livres).

Ces canons appartiennent tous à l'ancienne artillerie avec chargement par la bouche,

exprimé en livres, correspondant au poids du boulet tiré par le canon.

 

Ces canons sont représentatifs du type mis en place à la fin du XVII° siècle quand le fer commence à supplanter peu à peu l'artillerie de bronze pour les forts calibres, grâce au progrès de la métallurgie. Le canon de 24 livres est l'un des plus gros calibres de l'époque, un des premiers en fer, armant la batterie basse des vaisseaux.

 

Machine à vapeur du bateau-citerne, la Cataracte, 1939,

en acier et alliages cuivreux. Elle appartenait à la Marine Nationale

et a été transférée de l'Arsenal de Lorient à Port-Louis en 1980.

 

De tels bateaux, proches des petits vapeurs du commerce servaient à alimenter en eau douce les navires et occasionnellement, certaines îles bretonnes. Alimentée en charbon par un "chauffeur", une chaudière générait de la vapeur qui était admise dans la machine à vapeur, proprement dite. Grâce à un système complexe de cylindres et de pistons, elle animait le jeu de bielles et de manivelles qui entraînait à son tour, l'hélice indispensable à la marche du bateau.

 

La poudrière, 1683.

 

Construite selon les plans-types de Vauban, elle est voûtée de pierre, et épaulée de chaque côté par 3 contreforts encadrant des ventilations à chicane. Un plancher en bois chevillé, bâti sur un vide sanitaire, protégeait la poudre de l'humidité du sol. Les clous, les gonds et les serrures étaient en bronze, et non pas en fer, pour éviter tout risque d'étincelle pouvant provoquer une explosion. Pour la même raison, les hommes ne devaient  y pénétrer qu'en sabots de bois.

 

La poudrière occupe le centre de la basse-cour.

Elle est entourée de son mur d'isolement.

 

L'arsenal.

 

Au pied du bastion l'Irrégulier, ce grand bâtiment rectangulaire servait d'entrepôt

aux armes des compagnies d'Infanterie.

Comme la poudrière, il abrite des collections du Musée de la Marine.

Ces deux bâtiments ont été construits sur des plans inspirés de Vauban.

 

De chaque côté, à l'extrémité des bastions, on aperçoit les échauguettes.

Ces petites constructions rondes permettaient aux sentinelles de surveiller les alentours

et d'assurer la défense de la base des bastions en cas d'attaque.

 

Le bastion des Chambres.

 

 

De la forme d'un as de pique, le bastion est tourné vers le large.

Il est également le pendant du bastion de la Brèche.

 

 

Certains canons qui s'y trouvent proviennent du Juste, vaisseau du XVIII° siècle

qui a coulé lors de la bataille des Cardinaux, 1759.


La bataille des Cardinaux, connue sous le nom de "Battle of Quiberon Bay" («bataille de la baie de Quiberon») par les Britanniques, est une bataille navale ayant opposé les flottes française et britannique, pendant la guerre de Sept Ans. Elle a lieu le 20 novembre 1759 et se déroule dans un triangle de sept milles marins formé par les îles d'Hœdic et Dumet et la pointe du Croisic, au large de la Bretagne.

 

Pendant le combat final, 44 vaisseaux s’affrontent dans un espace restreint et qui conduit à la dislocation de la flotte française. Au bilan de la bataille, la marine française perd six vaisseaux et déplore 2 500 tués alors que la Royal Navy a vu deux de ses navires s’échouer et a perdu 300 hommes. Conséquences secondaires de la bataille, les flottilles françaises réfugiées dans les estuaires de la Vilaine et la Charente restent bloquées plus de deux ans, privant le royaume de leur puissance de feu.


Cette défaite française, qui sonne le glas du projet d’invasion de l’Angleterre ouvre la voie à une rénovation de la Marine royale dans son ensemble qui permet à celle-ci d’être de nouveau compétitive 15 ans plus tard, alors que commence la guerre d'indépendance des États-Unis.

 

La pointe de la presqu'île qui ferme au sud-est la rade de Lorient.

 

 

 

Entrée de la salle des gardes et le bastion de Groix.

 

Comme le bastion Desmourier, le bastion de Groix a été construit au début du XVII° siècle. Il fait face à l'île du même nom. La salle des gardes située dans son flanc a vraisemblablement servi de chapelle pendant la dernière guerre. Des peintures de Sainte Anne et Sainte Barbe (patronne des artilleurs, des canonniers...) sont visibles à l'intérieur. Elle est rarement ouverte à la visite, pour des raisons de sécurité).

 

 

Accès à une échauguette et chemin de ronde.

 

Vues prises depuis le bastion de Groix.

 

Le bunker.

 

Construit par les Allemands, le bunker était équipé d'un canon.

La large ouverture percée dans la muraille permettait de surveiller l'entrée du chenal.

 

Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la citadelle va servir à la défense de la rade, puis elle sera affectée à la surveillance du trafic maritime. Les derniers militaires quittent les lieux en 2007.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/

http://www.infobretagne.com/

Bataille des Cardinaux, "La défense des côtes atlantiques de Vauban

à la Révolution : l'exemple du comté nantais."

de J-F Caraës, P. Pipaud, M. Legault et S. Perréon, Editions Pornic histoire).

Dépliant 4 pages "Guide du visiteur" remis à l'entrée de la citadelle

Brochure "La citadelle et la ville de Port-Louis, de 48 pages

Musée de la Marine, Port-Louis, 2015

Panneaux explicatifs présentés sur le site

C.P.A. collection privée, en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, 20 avril 2017

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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