ORBAIS-L'ABBAYE  (Marne)
Arrondissement d'Epernay - Canton de Dormans, paysages de Champagne.

Région du Grand-Est
 Population : 572 Orbaciens en 2016.

 

D'une superficie de 1.603 hectares, et d'une altitude de 148 mètres,

le village est traversé par la rivière le Surmelin, un affluent de la rive gauche de la Marne,

et le ruisseau du Cent Arpents.

 

Etymologie : le nom Orbais est composé en finale d'une forme -bais d'origine germanique

qui signifie "ruisseau" (allemand Bach, norrois bekkr).

Le premier élément Or- demeure incertain. Il pourrait simplement désigner "l'eau" ou le "marécage".

 

Avant 1970, vues sur le village et l'abbatiale Saint Pierre.

 

 

Ancienne abbaye romane bénédictine Saint Pierre

 

 

Il ne reste plus rien de l'abbaye primitive, fondée à la fin du VII° siècle par Saint Réol,

archevêque de Reims. La célébrité de celle-ci et de son école était telle qu'elle attirait de nombreux religieux :

le moine allemand Godescale (ou Gottschalk) célèbre par ses théories hérétiques sur la prédestination,

y enseigna. Les Normands détruisirent l'établissement en 963, presque détruite par les anglais

sous Charles VII, et de nouveau ravagée en 1550, 1552 et 1568 par les réformés.

Les premiers moines qui vinrent s’installer à Orbais,

au nombre de six étaient originaires du monastère de Rebais (77) et suivaient la règle de saint Benoît.

 

Gottschalk : ses idées sur la prédestination lui valurent l'hostilité acharnée de Raban Maur, qui le fit condamner par le concile de Mayence (848), et celle d'Hincmar de Reims, qui le fit enfermer au monastère d'Hautvillers, où il mourut. En fait, Gottschalk professait des idées rigoureusement augustiniennes, mais il fut desservi par son impulsivité maladive et son goût du paradoxe, qui rendaient difficile l'interprétation de sa pensée.

 

L'église abbatiale Saint Pierre.

 

La façade, avec ses deux tours avant 1970, comparable à celle de la basilique Saint Rémi de Reims.

 .

L'histoire de l'abbaye est marquée d'incertitude, car Christian de Gomer,

abbé commendataire, détruisit tous les titres et chartes en 1577.

 

On sait cependant que l'évêque de Soissons en 1180 consacra un autel dédié à la Vierge et à Saint Thomas dans une bâtisse en cours de construction. C'est pourquoi on peut situer dans le temps le déambulatoire et les chapelles absidales qui offrent assurément les parties les plus anciennes de l'édifice.

 

L'église Saint-Pierre-Saint-Paul fut construite à la fin du XII° siècle et début XIII° siècle

par Jean d'Orbais, l'un des architectes de la cathédrale de Reims.

Le plan de l'édifice actuel est tronqué du fait de la disparition d'une partie de la nef,

six travées, et d'une partie des bâtiments conventuels.

 

Soumise aux abbés commendataires depuis 1520 avec Louis de Bourbon, cardinal de Vendôme. L'église s'écroulait en partie en 1651 alors que Pierre de Séricourt en était abbé commendataire, les réparations se firent jusqu'en 1657 mais uniquement de sauvegarde, reconstruction d'un toit en bois. Des travaux furent entrepris par Jacques de Pouilly de Lançon en 1693 comme la dépose de vitraux pour les remplacer par des vitres claires, des panneaux de bois, les autels pour les adosser aux murs sous les fenêtres.

 

A la croisée, le clocher carré du XIV° siècle est couronné d'une flèche élancée cantonnée de quatre clochetons.

 

La sacristie ajoutée ultérieurement à l'édifice.

 

Le chevet et les cinq chapelles rayonnantes.

 

L'abbatiale est robuste et sévère, avec de sobres arcs-boutants à fortes culées,

dénués de tout ornement, qu'une coursière traverse devant les fenêtres hautes.

 

A la suite des destructions, incendies et accidents (effondrement de la majeure partie de la nef du XVIII° siècle) qui ont marqué son histoire, l'abbatiale ne comprend plus de nos jours que l'abside, le déambulatoire, le choeur, le transept et une travée de la nef : elle mesure 38 m dans sa plus grande dimension, (sans doute la moitié de sa longueur initiale) la largeur du choeur est de 12 m, la hauteur sous voûte de 21 mètres.

 

Intérieur du porche, avec clés de voûte et chapiteaux sculptés.

L'église abbatiale avait une longueur de 78 m avec huit travées de nef.

Deux d'entre elles subsistent de nos jours.

 

Les 46 stalles en bois, datées de 1520, avec miséricordes sculptées et toutes différentes.

(personnages exerçants leur profession, scribes, guerriers, musiciens, des buveurs, anges,

animaux burlesques, des végétaux, la mort).

Elles sont dues au ciseau de Jean Huilier de Mareuil et ont été offertes par Louis de Bourbon,

cardinal de Vendôme, le premier abbé commendataire du couvent.

 

 

Les stalles sont privées de leurs dorsaux mais avec des jouées dont les bas-reliefs d'une belle facture,

représentent l'Arbre de Jessé, la Vierge, les apôtres.

A l'origine, elles étaient plus nombreuses,

mais en 1651 deux travées de la nef s'effondrèrent, détruisant une partie de l'ensemble.

 

Les parcloses, très simples sont surmontées chacune d'une colonnette. Les accoudoirs sont en forme de tête humaine, l'une d'elles représentant une tête de mort. Dans chaque angle, une tête de moine particulièrement expressive, en demi-accoudoir.

 

Depuis la porte occidentale, vue sur le transept et le choeur.

A la croisée du transept, ogives et arcades retombent sur des faisceaux de colonnettes

dont l'élan vertical n'est rompu que par des baguettes annelées.

 

Les arcades brisées de la nef retombent sur de puissantes piles rondes à chapiteaux à crochets.

 

L'élévation intérieure comporte trois étages : arcades, triforium, fenêtres hautes.

Dans les murs orientaux, les fenêtres hautes sont en forme de triplet

et gardent quelques fragments de vitraux en grisaille du XIII° siècle. Cuve baptismale du XVI° siècle.

 

Les croisillons comprennent chacun deux travées ; le triforium s'y continue,

passant au Nord et au Sud sous de grandes roses légèrement étrésillonnées.

 

L'ancienne abbatiale possède plusieurs vitraux du XIII° siècle

qui ont été largement restaurés aux XIX° et XX° siècles.

 

Pierre tombale en pierre blanche, de Guy ou Guillaume de Treveselay, abbé d'Orbais, mort en septembre 1352.

Cet abbé est revêtu des habits pontificaux : mître en tête, anneau, gant, crosse, chaussures...

"En égard, par privilège spécial du Pape, de la réputation de science et de sainteté de l'école abbatiale d'Orbais".

 

Dans l'enfeu, anciens pavés émaillés dont certains sont du XII° siècle.

Les personnages et sujets de chasse sont du XVI° siècle.

 

Le triforium à baies géminées court sous de hautes lancettes doublées.

 

Chapelle de la Vierge.

 

La chapelle d'axe, plus profonde est décorée d'une arcature basse

retombant sur des chapiteaux très proches de l'esthétique romane par leur vigueur et leur simplicité.

Le vitrail du XIII° siècle (1215) subsiste à la fenêtre axiale de la Vierge.

Il s'inscrit dans la catégorie des vitraux typologiques où les scènes de l'Ancien Testament

sont considérées comme des présages de la venue du Christ.

 

 

 

Les transepts Nord et Sud.

 

 

Le choeur avec déambulatoire à travée droite s'achève par une abside à cinq pans

doublée d'un déambulatoire sur lequel s'ouvrent cinq chapelles semi-circulaires.

 

Les bâtiments conventuels, des XIII° - XVII° siècles.

 

Maquettes présentant l'abbaye et les bâtiments conventuels, avec destruction de ces derniers.

En 1575, le cloître menace ruine, et en 1683-84, un nouveau cloître est reconstruit.

 

L'abbaye qui compta jusqu'à 113 religieux, connut de longues périodes de prospérité et participa activement au rayonnement intellectuel et spirituel des communautés religieuses de son temps : elle fut pendant tout le Moyen Age un lieu d'enseignement et d'échanges culturels. Elle a certainement exercé une fonction importante dans le diocèse de Reims dont elle dépendait : jusqu'en 822, l'évêque de cette ville, dans la crainte de l'irruption des Normands, fit transporter le corps de Saint Rémi dans l'abbatiale où il devait rester jusqu'en 883.

 

Vestiges des bâtiments conventuels après de nombreux remaniements.

 

Les parcs et jardins ne sont plus clos ni en usage actuellement.

 

La salle capitulaire, dite chapelle Saint Réole, du XIII° siècle.

Attenant à l'ancien cloître, elle servait de réfectoire aux moines.

 

Ce retable inspiré du "Parement de Narbonne" est l'oeuvre du Père François d'Antin.

Sculpture en bois de chêne, réalisée en 2015, après quatre ans de travail.

 

 

Les très belles voûtes et clés sculptées.

 

La salle à manger.

 

Les boiseries du salon datent du XVIII° siècle.

 

Maquettes d'églises réalisées par M. Amédée, dans les années 1950.

 

Le vestibule, donnant accès au jardin et à l'étage.

 

En 1790, les bâtiments de l'abbaye sont vendus comme biens nationaux. Des travaux sont prévus en 1873 dans l'aile Nord pour accueillir les bureaux et logements de la brigade à pied de la gendarmerie. Elle quittera les lieux en 1959, et les locaux restent sans affectation précise. En 1968 le diocèse de Châlons-sur-Marne achète l'édifice pour en faire un presbytère et une chapelle d'hiver, toujours utilisée encore de nos jours, tous les hivers. 2009, achat par Denis et Catherine Casters pour restaurer la chapelle d'hiver, charpente, couverture, et en 2011-2013, restauration de la chapelle.

 

A l'intérieur des murs, non loin de l'abbatiale, s'élevait un château, appelé "Salle Saint Michel", où les rois de Neustrie, puis de France, avaient coutume de faire étape. Cet édifice a été détruit en 1420. L'existence de cette halte royale, les dimensions de l'abbaye, comme plus tard la qualité des abbés commendataires, laissent penser que le village d'Orbais et le monastère, ont occupé pendant plusieurs siècles une place éminente parmi les lieux du pouvoir spirituel et temporel de Champagne.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

https://abbayeorbais.wordpress.com/

Dictionnaire des églises de France, Champagne, Artois-Flandres, Picardie,

Volume Vb, Editions Robert Laffont, 1969

Brochure 16 pages "Abbaye d'Orbais" Association des Amis d'Orbais l'Abbaye

Panneaux explicatifs présentés sur le site

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 7 septembre 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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