EPERNAY  (Marne)
Arrondissement et canton d'Epernay.

Région du Grand-Est.
 Population : 23.084 Spamaciens en 2016.

 

D'une superficie de 2.269 hectares, et d'une altitude de 68 à 251 mètres,

la ville est implantée sur la rive gauche de la rivière la Marne.

Elle est située au coeur d'une région viticole, dont le champagne constitue l'histoire moderne et l'économie.

 

Epernay est une ville ancienne dont l’occupation permanente des lieux remonte à la fin du premier âge de fer. Peu de vestiges témoignent de l’époque romaine. C’est le testament de Saint Remi (545) qui mentionne pour la première fois Epernay. La ville est la propriété des Archevêques de Reims jusqu’au XI° siècle. Il s’agissait vraisemblablement d’une ville fortifiée, munie d’épaisses murailles et entourée de fossés profonds.

 

Vue aérienne avant 1970.

 

En 1024, Epernay passe dans le domaine des Comtes de Champagne. L’archevêque rémois Eble de Roucy cède la ville au comte de Troyes, Eudes de Champagne. A cette époque les foires sparnaciennes sont réputées pour les produits de tannerie, les grains et les vins dit "tranquilles". Les comtes de Champagne dotent la ville de divers établissements : églises, monastère, Hôtel-Dieu, hôpital et léproserie. Au XV° siècle, la cité échut aux Ducs d’Orléans qui instaurèrent une maîtrise des eaux et forêts.

 

Le portail Saint Martin.

Témoin de la restructuration de l'ancienne église Saint Martin au XVI° siècle,

ce portail Renaissance construit en 1540 est attribué au sculpteur rémois Pierre Jacques.

 

 

Les guirlandes de pierre entre lesquelles se jouent des amours, des hercules, des animaux variés,

parmi lesquels des salamandres rattachent incontestablement ce portail à l’époque de François 1er.

Il formait l'entrée latérale de l'édifice. La niche destinée à une statue équestre de Saint Martin était,

à l'origine, encadrée de cariatides. En dessous se trouvait la représentation du créateur du monde

ou d'une salamandre (animal emblématique du roi François 1er).

 

Au XIX° siècle, ce "délicat petit portail", comme l'écrivait Victor Hugo, à la fine sculpture d'inspiration grecque malheureusement érodé par le temps, fut flanqué du clocher de l'ancienne église. Mutilé lors des guerres et des transformations de la ville, il fut déplacé en 1916 pour faciliter la circulation et agrémenter le jardin public nouvellement créé.

 

Façade Renaissance de l'Hôtel Louise de Savoie.

 

Ce rare témoignage de l'architecture civile du XVII° siècle, dégradé par le temps,

était probablement la façade d'une riche demeure, d'où son attribution à Louise de Savoie, dame d'Epernay.

 

Dans la frise du linteau, parmi les rinceaux, se devine l'alternance des personnages rieurs et tristes et,

en haut, une statue guerrière, en mi-corps, très érodée aussi.

Ce vestige remonterait seulement à l'époque du portail de Saint Martin (1540).

 

Acquise à la Révolution par le maire Parchappe, cette façade servit au XIX° siècle pour clore l'abattoir d'un boucher avant que la municipalité ne l'installe dans un jardin public. Au XX° siècle, elle fut déplacée pour agrémenter la cour de la nouvelle bibliothèque. C'est alors que l'on parla de "vestiges de la maison de Louise de Savoie".

 

La maison de la Lune.

 

Construite en 1896, cette maison est représentative du style Art Nouveau.

Cet art du début du XX° siècle se caractérise ici par la forme ronde de la fenêtre au rez-de-chaussée,

les linteaux des fenêtres du premier étage en forme de croissant,

les bacons sculptés en pierre et la frise sous la corniche.

 

Fontaine de la Place Mendès France, et la place reliant la gare, le théâtre et l'église Notre-Dame.

 

Le théâtre Gabrielle Dorziat.

 

Inauguré en 1902, le théâtre porte depuis 1987, le nom de Gabrielle Dorziat.

Cette actrice Sparnacienne, née en 1880, a joué dans de nombreux films,

comme les "Parents Terribles", film de Jean Cocteau en 1948.

 

La façade sculptée de masques théâtraux est couronnée au niveau du fronton

d'un groupe allégorique symbolisant la Vigne inspirant l'art Théâtral.

 

En 1651, la ville est cédée au Duc de Bouillon en échange de Sedan et Raucourt qui entraient dans le royaume de France. Pendant la Révolution française, de nombreux biens mobiliers religieux sont dispersés et des bâtiments sont détruits comme l’Eglise et le couvent des Minimes. Après ces périodes troublées, la ville retrouva calme et prospérité. Dès le XVIII° siècle, son destin est lié à la production du vin de Champagne. L’installation de la ligne de chemin de fer en 1849 accélère l’essor du négoce du Champagne.

 

L'Hôtel de ville.

 

Après l'échec du projet de reconstruction de l'hôtel de ville place Hugues Plomb, cet hôtel est acheté

le 8 février 1920 par la Ville d'Epernay qui le transforme en Hôtel de Ville et l'occupe depuis cette date.

 

L'hôtel de ville est un ancien hôtel particulier, construit en 1858, par l'architecte Victor Lenoir,

pour M. et Mme Auban-Moët, négociant en vin de champagne et son épouse.

 

La façade donnant sur l'Avenue de Champagne est en fait l'arrière, avec une terrasse

contre laquelle fut adossé le monument aux morts qui porte les noms de 924 Sparnaciens tués au combat.

Le  monument aux morts, est l'oeuvre de M. Giraud, architecte et de M.J. Dechin, Prix de Rome de Sculpture.

(Photo de gauche, locaux occupés par les services administratifs de la mairie).

 

 

La façade côté parc et jardin.

Elevé sur trois niveaux, l'hôtel est de style néo-classique avec un décor de pilastres valorisant les façades.

Dans l'axe de la façade sur jardin, 3 portes fenêtres abritées par une marquise en fonte et verrière s'ouvrent sur

un perron ; baies cintrées au rez-de-chaussée, rectangulaires à l'étage, protégées par des corniches sur consoles.

 

Le décor intérieur est très soigné : vestibule évoquant un atrium à l'antique. La grande salle à manger et les salons de réception présentent un décor de belle facture de style néo-XVIII° (décor peint faux bois, décor blanc et or, cheminées en marbre blanc).

 

Les façades sont rythmées par des pilastres doriques et ioniques superposés.

 

Le parc allie les deux grands styles d’ordonnancement paysager. Le style à la Française apparaît dans la perspective régulière depuis le perron de l’hôtel, confortée par la statuaire mais également par la réplique du temple d’Amour du parc du Trianon à Versailles. Le style à l’Anglaise s’exprime au travers des allées sinueuses, des bosquets et des pièces d’eau et des cascades.

 

 

Le parc aménagé entre 1870 et 1880, associe jardin à la Française et jardin à l'Anglaise.

 

L'architecture brique et pierre très décorative des communs

offre un style volontairement différent de celui l'ancien hôtel particulier.

La façade dans l'angle est en hémicycle, avec, au centre, une grande loge voûtée et largement ouverte ;

elle forme l'entrée couverte devant l'écurie et sert d'abri pour atteler, dételer, panser les chevaux.

La corniche à consoles épouse l'arche monumentale du porche ; elle est surmontée d'une balustrade

d'acrotère en terre cuite avec pots à feu d'amortissement en pierre et du lanternon de l'horloge.

 

Les écuries occupent l'angle formé par les rues de Reims (anciennement rue du Pont) et rue Pupin ; prolongées, d'un côté, par les écuries suivies de l'orangerie et du pavillon du concierge ; de l'autre, par les remises. Les logements occupent l'étage de la remise et de la sellerie. A l'exception de l'orangerie, tous les locaux ont été transformés en bureaux administratifs de l'hôtel de ville dès 1920.

 

Le temple d'Amour du jardin.

 

Toiture à longs pans brisés avec croupes, en ardoise et terrassons en zinc avec lanterneau en verrière ;

avant-corps à 3 pans couvert d'un toit polygonal ; terrasse sur niveau de soubassement.

Couverture : lucarnes à corniche en demi cercle ; lucarnes œil-de-bœuf ;

épi de faîtage, souches de cheminées en pierre.

 

Le parc a été conçu sous le Second Empire par les frères Bühler.

L'architecte Gosset le réaménage en jardin anglais.

(Photo de droite, place de la République, donnant accès à l'Avenue de Champagne).

 

Le Monument aux martyrs de la Résistance a été érigé Place de la République à l'initiative de Pierre Servagnat et du Comité de l'Amicale des anciens FFI de la région d'Épernay pour honorer « la mémoire de leurs 176 camarades morts pour la France en résistant aux occupants ». Issu d'un concours public doté d'un prix, le monument est l'œuvre d'un architecte d'Épernay, André Schnell. La statuaire est de Marius GIOT, sculpteur originaire de Gionges.

 

L'Avenue de Champagne.

 

L'Avenue de Champagne fait partie des 3 sites du bien "Coteaux, Maisons et Caves de Champagne"

inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial de l'UNESCO, depuis juillet 2015.

 

Les maisons de Champagne font appel à des architectes de renom : Victor Lenoir, Stanislas Loison, Auguste-Antoine Toudoire, Charles Blondel… D’autres métiers d’art viennent apporter leur contribution à la qualité architecturale d’Epernay et collaborent aux réalisations remarquables de la ville : Jacques Grüber, Georges Clarin… Au XX° siècle, Epernay s’agrandit et de nouvelles constructions voient le jour. L’architecture contemporaine complète alors les styles déjà présents dans la Capitale du Champagne.

 

Cette prestigieuse Avenue-parc, longue de 1 km abrite en sous-sol

200 millions de bouteilles à une profondeur moyenne de 30 mètres.

Son architecture de la fin du XIX° siècle est un mélange de styles architecturaux :

classique, renaissance, gothique.

 

Les constructions à vocation résidentielle ou industrielle, associent divers matériaux tels que la brique, la pierre de taille calcaire ou la pierre meulière. Les hôtels particuliers "entre cour et jardin" et les châteaux possèdent tous de hautes grilles massives et ouvragées.

 

Vue sur les bâtiments de la maison Moët-et-Chandon depuis les jardins de l'hôtel de ville.

 

Idéalement située sur la route royale reliant Paris à l'Allemagne, Epernay s’est développée quand le commerce des vins s’est spécialisé. La renommée de l'Avenue commence au XVIII° siècle : quand "La grande route de Paris à l'Allemagne" traverse cette voie, elle devient "la voie royale". Rebaptisée "Faubourg du commerce", il est dit que "tous les établissements du commerce du vin de champagne s'y installent à cause de la supériorité des caves, et sortent de terre avec accélération.

 

Bâtiments de la maison Moët et Chandon, et statue de Don Pérignon.

 

Baptisée "Faubourg de la Folie", sous Louis XV (probablement en raison de la présence de riches propriétés), elle est devenue une terre d’élection pour le vin de champagne. Les plus grandes Maisons de Champagne s'y développent et font apparaître les grandes demeures champenoises des négociants. Les "Châteaux" Perrier, Gérard, Pékin qui allient l'aspect familial et le commerce des vins de Champagne sont ainsi les témoins de l'époque. Les hôtels particuliers des Maisons Auban-Moët, Chandon, Maigret, Gallice, de Billy ou Mercier sont toutes prestigieuses, autant dans l'agencement intérieur que dans leur l'environnement.

 

Le Jardin de l’Orangerie des Etablissements Moët et Chandon fut dessiné au Premier Empire (1807)

par le peintre lorrain Isabey. Il porte ce nom depuis que le bâtiment qui se reflète dans le bassin

du Jardin Français sert à abriter l’hiver les orangers des Jardins de la Maison Chandon Moët.

 

Sélection de quelques portes très ouvragées donnant sur l'Avenue.

 

 

 

Cet hôtel particulier de M. Charles Perrier est construit dans le style Louis XIII en pierre de taille

et possède au centre de la cour la statue équestre en fonte Le Veneur (1890-1900).

En 1940, ce bâtiment abrita le QG des armées anglaises, puis le QG des armées allemandes de 1942 à 1944.

Après la libération de Patton, les Américains y sont installés.

 

Les négociants qui s'installent sur cette artère à partir de la fin du XVIII° siècle

construisent de vastes bâtiments de production.

 

Cet axe stratégique pour le transport des marchandises conforté par la Marne, puis par le canal et le chemin de fer, entraîne une véritable concentration d'établissements.  Le réseau de caves de l'Avenue de Champagne est une véritable ville sous la ville. A la fois par son étendue, avec ses 110 km de caves et 200 millions de bouteilles, mais aussi par ses liaisons et son dessin relativement indépendant du bâti.

 

La Première Guerre mondiale laisse la ville sans vestiges. Une nouvelle fois, elle se reconstruit. Pendant l’entre-deux guerres, elle se dote d’un Collège de garçons, d’un Hôtel des Postes, de parcs… Au cours de la guerre 1939-1945, la ville subit de nombreux bombardements de l'occupation de l'armée allemande jusqu'à sa libération, le 28 août 1944.

 

Passage de Napoléon 1er à Epernay, lors de la campagne de France de 1814.

 

Jean Rémy Moët recevant Napoléon, gravure (Médiathèque d'Epernay et collection Moët et Chandon).

 

La campagne de France se déroule de Janvier à Avril 1814. La France doit faire face à une coalition des principales puissances européennes dont les troupes envahissent son territoire. L'essentiel des opérations a lieu dans la Marne où l'Empereur remporte les batailles de Champaubert, Montmirail et Vauchamps, puis de Montereau en février. Epernay est occupée par les Prussiens qui ne la quittent que le 15 mars après la victoire de Napoléon à Reims. C'est donc en victorieux que Napoléon arrive le 17 mars à Epernay. L'armée défile dans les rues jusqu'au soir.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

https://maisons-champagne.com/fr/

Notice n° PA51000018, base Mérimée/http://www2.culture.gouv.fr/

Dépliant 3 volets "Epernay, patrimoine architectural", O.T. Epernay

Panneaux explicatifs présentés sur le site

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 6 septembre 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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