TRÔO  (Loir-et-Cher)

Région Centre Val de Loire.

Arrondissement de Vendôme - Canton de Montoire-sur-le-Loir.
 Population : 305 Troïens en 2016.

 

D'une superficie de 1.419 hectares, et d'une altitude de 58 à 154 mètres,

le village, situé aux portes de la région naturelle du Perche est traversé par la rivière le Loir.

 

Etymologie : le site de Trôo fut habité dès l'antiquité. La cité qui est censée tirer son nom

de la prononciation du mot "trou" par les occupants anglais, est très anciennement creusée.

 

Vue aérienne avant 1970 : le bourg, et au fond, la collégiale Saint Martin.

La ville s'étage sur trois niveaux distincts. En bas la ville bâtie dont les plus vieilles constructions

appartiennent à l'époque médiévale, à l'étage moyen les troglodytes

et sur le plateau dominant la vallée, la ville haute et sa collégiale.

 

Trôo, châtellenie, appartient au comté d’Anjou avant 1270, et devient propriété de la couronne d’Angleterre par le mariage en 1128 de Geoffroy Plantagenêt, comte d’Anjou avec Mathilde, fille de Henri 1er, roi d’Angleterre. Après 1279, la cité est liée au comté de Vendôme, omniprésence d’Henri IV et de ses parents, Jeanne d’Albert et Antoine de Bourbon.

 

 

Trôo, labellisée petite cité de caractère
 

 

Aujourd’hui, Trôo est surtout connue pour ses habitations troglodytiques

aménagées sur quatre niveaux principaux dans d’anciennes carrières d’extraction de tuffeau.

 

La motte féodale, antérieure au XI° siècle.

 

Vers la fin du X° siècle, on commence à construire de nombreuses mottes féodales sous la pression des invasions mais encore, de l’émancipation des seigneurs locaux qui reprennent à leur charge la défense du territoire. Cette motte artificielle, remblayée avec la terre des fossés au début du XII° siècle, s'inscrivait probablement dans un ensemble défensif d'origine celte, réorganisé par les Romains.

 

Vues aériennes avant 1950 et en 2018.

La motte castrale surplombe le Loir, et ses dimensions sont : 50 m de diamètre et 14 m de hauteur.

Ce tertre supportait le castrum en bois, trace du contour de la basse-cour à l’est de la butte.

Un chemin aménagé permet d’atteindre le sommet, d'où l'on découvre un beau panorama sur la vallée.

 

Sous les Romains, le village de Trôo était un Oppidum dépendant de la Cité des Cénomans (Le Mans). Pour protéger les habitants des invasions barbares au XI° siècle, la cité se dote d’un Castellum en bois perché sur une motte castrale, qui sera complétée par une ceinture de remparts commandée par le comte de Vendôme Geoffroy Martel (1006-1060), également instigateur de la Collégiale. Ses descendants continueront d’enrichir la commune par une tour de pierre, le Louvre, le Prieuré des Marchais et la maladrerie Sainte Catherine.

 

En 1576, malgré la réparation des fossés, des remparts et la pose d'une nouvelle porte à l'ouest, les Huguenots saccagèrent la cité et la collégiale. La paix rétablie avec l'avènement d'Henri IV, il fallut détruire le donjon et les fortifications qui l'entouraient.

 

La porte de Sougé, avant 1970 et en 2018.

 

A l'ouest, la porte de Sougé permettait l'accès au "château". Elle est constituée de tuffeau (calcaire tendre, plus ou moins siliceux qui fournit une pierre de taille durcissant à l'air), de poudingue ferrugineux (amalgame de petits silex pris dans une pâte ferrugineuse de couleur rouge sombre (grison)) et de silex. Cette technique rappelle celle utilisée par les croisées pour l'édification des châteaux du royaume de Jérusalem. La porte fut refaite en 1575 au moment des guerres de religion et défaite en 1900 pour faciliter le passage des charriots de fourrage.

 

Collégiale Saint Martin, des XI°, XII° et XIV° siècles.

 

Importance religieuse de Trôo par son statut de chef lieu d’un archiprêtre du diocèse du Mans.

En 1230, le doyenné de Trôo se compose de trente et une églises,

statut qui disparaitra à la révolution au profit de Montoire-sur-le-Loir.

 

Trôo s'élève au-dessus d'une colline escarpée,

percée d'habitations troglodytiques et d'où l'on découvre toute la vallée.

La Collégiale Saint Martin fut fondée en 1049 par Geoffroy Martel et rebâtie au XII° siècle

dans le style angevin par Geoffroy Plantagenêt, en pierre de taille du sous-sol de Trôo.

 

De l'église du XI° siècle, on a conservé les murs latéraux, et on s'est contenté de les enjamber,

de chaque côté, par deux grands arcs en tiers-point, qui portent les parties hautes de la nef.

 

XIII° siècle, Pierre de Broyer, évêque du Mans, né à Trôo, fera construire les voûtes, le transept de gauche, la chapelle Notre Dame, au levant et le second étage du clocher. XIV° siècle restauration du chœur de la Collégiale et création du galbe surmontant un monument funéraire. Au début du XVI° les transepts ont été à demi détruits par Robert Marcault et ses écorcheurs. Louis Tourtay, chevecier du Chapître, les restaure à ses frais et les dotent de nouvelles fondations. (Le chevecier était un ecclésiastique ou un laïc prébendé, nommé par le chantre, qui s'occupait du chevet, du trésor et du luminaire).

 

La façade est du XII° siècle. Au rez-de-chaussée, le portail aux multiples archivoltes en plein cintre

retombant sur des colonnettes s'ouvre entre deux arcatures aveugles.

Au premier étage une grande fenêtre présente un décor analogue.

Les énormes contreforts d'angles réunis par un arc brisé aigu sont un renforcement de l'époque gothique.

 

Tout l'édifice est surmonté d'un clocher central comprenant un socle du XII° siècle

décoré d'arcatures en plein cintre et d'un étage du XIII° siècle.

Le clocher est pourvu sur chaque face de deux hautes baies en tiers-point à trois archivoltes toriques

retombant sur des faisceaux de colonnettes. Des arcatures garnissent l'espace entre fenêtres et contreforts.

 

Le 25 mars 1737, la foudre frappa la flèche du clocher. Le clocher de pierre fut remplacé par un clocher charpenté. Un graffiti atteste cet événement sur la face extérieure sud de la nef. Sept chanoines composant le Chapitre était rattaché à la Collégiale, le chevecier était le premier d’entre eux.

 

Mur de la nef et absidiole du XI° siècle. Choeur remanié au XIV° siècle.

La toiture actuelle est du XVIII° siècle.

 

La nef comprend deux travées couvertes de voûtes d'ogives très bombées,

qui peuvent dater du troisième quart du XII° siècle.

 

Chapiteaux romans sculptés.

 

Le carré du transept est un peu plus ancien (antérieur à 1150). C'est  la partie la plus intéressante.

Il est entouré de quatre arcades en tiers point à double voussure et couvert d'une voûte bombée

avec ogives à trois tores. Le tout retombe sur des piliers d'angles à ressauts avec colonnes engagées.

Les fenêtres ont été pourvues de remplages au XIV° siècle.

 

Toutes ces colonnes sont couronnées de chapiteaux sculptés aux motifs divers.

 

Chapelle Saint Sébastien.

 

 

Certains des chapiteaux ont été refaits et les originaux sont conservés dans la sacristie.

Parmi les différents motifs sculptés, on trouve : Daniel dans la fosse aux lions, homme tuant un porc, cariatides,

 monstres et oiseaux affrontés, centaures sagittaires, oiseaux à queue de serpent buvant dans un calice, etc...

 

 

Stalles du XV° siècle, avec accoudoirs et miséricordes ornés de sujets sculptés,

dossier, dais et jouées à décor flamboyant.

 

 

Le choeur primitif devait être contemporain du carré du transept.

Mais, peut-être après la prise et l'incendie de la ville par Philippe Auguste en 1188-1189,

il fut reconstruit dans le style de la fin du XII° siècle ou début du XIII° siècle,

avec nervures toriques très minces retombant sur de fines colonnettes.

 

La statuaire de la collégiale est composée d'un Saint Martin, d'une Vierge en terre cuite du XVIII° siècle,

et d'une statue en bois de Saint Mammès tenant ses entrailles dans ses mains.

 

La maladrerie Sainte Catherine.

 

Cet ancien Hôtel-Dieu, fut construit au XII° siècle par Geoffroy Plantagenêt, comte d’Anjou et du Maine.

Il aurait accueilli les pèlerins se rendant à Saint-Jacques de Compostelle.

Les restes de la chapelle Sainte Catherine, mitoyenne au bâtiment sont visibles sur la face Est de la Maladrerie.

 

Le puits qui parle, du XI° siècle, et la margelle, du XV° siècle.

 

Le puits vers 1950 et en 2018.

D’une profondeur de 45 mètres, le puits a alimenté le haut de la cité jusqu’à l’installation de l’eau courante

en 1972. Il daterait de la fondation de la Collégiale au XII° siècle.

Des légendes sont rattachées à l’écho particulier du puits.

La plus connue, le diable aurait jeté une femme trop bavarde à la demande d’un mari bienveillant !

 

La grotte pétrifiante.

 

Dans cette grotte, on y découvre des stalactites, les vestiges de l’ancienne chapelle Saint-Gabriel,

sa vasque pétrifiée et le magnifique travail de l’eau sur le tuffeau (roche calcaire locale).

La statue de Saint Gabriel est au pied de l’escalier et mène à la grotte où se trouvait l'escalier Saint Gabriel,

au-dessus d'un fournil, rue Haute. C’est à cet endroit qu'était sans doute bâtie la première église

ou chapelle de Trôo, qui n'était probablement qu'une simple grotte.

 

Plus justement grotte cristallisante que pétrifiante, les stalactites sont le fruit de l’eau provenant de diverses sources, coulant inéluctablement dans le coteau chargé de calcaire, calcaire qui se dépose à raison d’un cm par siècle dans la grotte, formant une dentelle de pierre minérale.

 

Le monument aux morts, oeuvre d'Antoine Bourdelle.

 

Célèbre sculpteur, Antoine Bourdelle (1861-1929) était praticien dans l'atelier de son maître, Auguste Rodin.

 

Le journaliste Auguste Arnault aura fait connaître Trôo à Antoine Bourdelle.

Le sculpteur charmé, par le paysage troïen, fait don de la conception du monument aux morts à la commune.

A Trôo de financer le matériel. L’œuvre sera inaugurée le 18 juillet 1923.

Bourdelle rend hommage aux victimes de 14-18.

Il a voulu une stèle commémorative sobre et simple à l’image du village, et 25 noms sont gravés dans la pierre.

 

Les caves troglodytiques :

 

Ces caves datent pour la plus grande partie d'entre elles de l'époque médiévale. Creusées pour les plus anciennes d'entre elles au XI° ou au XII° siècle, elles sont généralement assez profondes. On trouve l'habitat souterrain dispersé le long de deux escarpements superposés.


Les caves sont souvent spacieuses et bien éclairées. Ici les troglodytes sont encore nombreux, ou plutôt, l'habitat en cave renaît de ses cendres. Bien restaurées, idéalement orientées, dotées d'une fantastique vue sur la plaine du Loir, les maisons souterraines de Trôo sont très prisées et leur réfection peut être considérée comme un exemple. Certaines caves, habitées de façon permanente, possèdent aujourd'hui tous les avantages du confort moderne.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

https://monumentum.fr/
https://troo.fr/patrimoine-culturel/
Dépliant 3 volets "Trôo, cité troglodytique, O.T. Trôo

Dictionnaire des églises de France "Val-de-Loire, Berry"

Volume IIId, Editions Robert Laffont, 1967

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 9 août 2018

 

 

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