MAGNAC-LAVALETTE-VILLARS  (Charente)
Arrondissement d'Angoulême - Canton de Tude-et-Lavalette.
Région Nouvelle Aquitaine.
 Population : 439 Magnacois en 2016.

 

D'une superficie de 2.375 ha, et d'une altitude de 103 à 223 mètres,

le village est situé sur la ligne de partage des eaux entre les fleuves

la Charente à l'Ouest (Boëme), et la Garonne à l'Est.

 

Etymologie : l'origine de Magnac remonterait à un nom de personne gallo-romain Magnius

auquel est apposé le suffixe -acum, ce qui correspondrait à Magniacum, "domaine de Magnius".

 

▪ Le nom Lavalette provient du canton de Lavalette, par l'intermédiaire du duché de Lavalette datant de 1622, du nom du duc d'Épernon, gouverneur de l'Angoumois et seigneur de Villebois. Créée Magnac en 1793, la commune ne s'appellera Magnac-Lavalette qu'au début du XX° siècle.
▪ L'origine du nom de Villars date de l'époque mérovingienne ou carolingienne. C'est la forme méridionale du latin villare, dérivé de villa, désignant donc une partie ou une dépendance de la villa, du domaine, donc une ferme, un écart, un hameau.

 
 

Château de la Mercerie
 

 

Le château du XIX° siècle néo-gothique, a été agrandi au XX° siècle

dans un style classique Renaissance italienne par la volonté de deux hommes, mais jamais achevé.

Il est surnommé le Versailles charentais.

 

Du XVI° au XVIII° siècle, les Rousseau étaient seigneurs de la Mercerie. Cette famille a été anoblie en 1595 par la nomination de Gilles Rousseau comme écuyer du Roi. En 1771, Étienne du Rousseau était chevalier. Un inventaire de 1747 mentionne les nombreuses pièces du logis et les écuries.

 

Le château de style "néo-gothique" datant de la fin du XIX° siècle, remplace l'ancien logis.

La façade de 220 m de long, d'une profondeur de 20 mètres et de 15 mètres de haut est inscrite au livre

Guinness des records comme étant la façade la plus longue du monde, jamais construite au XX° siècle.

 

Après trente années d’abandon, sept années de travail et six cents bénévoles ont été nécessaires pour redonner vie à ce château, dont l'histoire singulière est intimement liée à celle des frères Raymond et Alphonse Réthoré et leur rêve un peu fou du début du XX° siècle.

 

La partie la plus ancienne, qui est la demeure primitive, est située à l'extrême gauche de la façade

de l'édifice actuel, au nord-ouest; datant de la fin du XIX° siècle et elle est de style néo-gothique.

 

En 1924, grâce à la générosité de leur oncle, les frères Réthoré, Raymond, industriel puis député gaulliste de la Charente, et Alphonse, architecte autodidacte, ont acheté le domaine de 600 ha à la famille Mesnaud de Saint-Paul, qui avait hérité du lieu par le mariage en 1799.

 

L'ensemble est niché au cœur d'un écrin de verdure, et offre une vision surréaliste qui se remarque de loin.
Le château est entouré d'une cinquantaine d'hectares de bois composée d'essences végétales rares

et improbables, rapportées par Raymond Réthoré lors de ses voyages.

 

Des allées partent du château et se perdent dans une luxuriance exotique tout autour du domaine. Pour le moment, certaines de ces allées sont encore encombrées de troncs d'arbres tombés lors des tempêtes passées, dont celle, ravageuse, de 1999. Petit à petit, grâce au travail des bénévoles, elles seront rouvertes aux promenades dans les mois futurs.

 

 La galerie d'acajou et ses boiseries en acajou d'Afrique.

En 1939 les deux frères entreprennent l'extension du château et projettent de le transformer

en Versailles charentais par la construction d'une longue façade de style Renaissance italienne,

qui a lieu principalement en 1947 à l'aide d'une vingtaine d'ouvriers ...mais s'arrête en 1970 faute d'argent.

 

Ces faïenceries bleues, les Azulejos sont venues tout droit du Portugal,

une commande spéciale passée par Raymond Réthoré à Lourenço Linas

dont la fabrique "Aleluia" se situait à Aveiro.

 

« Azulejo » est un mot d'origine arabe employé aussi bien en Espagne qu'au Portugal pour désigner un carreau de faïence, c'est-à-dire un carreau de terre cuite recouvert d'un émail opaque. Dans ces deux pays, on fit dès le XIII° siècle un usage fréquent d'azulejo pour revêtir et orner murs, sols, fontaines, plafonds ou cheminées.

 

 

Le grand vestibule.

 

Hubert Robert, Claude Gelée dit "Le Lorain", Nicolas Fouché ou Egon Van Der Neer se déclinent ainsi dans un camaïeu de bleu et dans un décor surprenant, les œuvres de Joseph Vernet quant à elles étant les plus nombreuses puisque l'on peut en admirer une douzaine dans la salle éponyme.

 

La collection privée du château, unique en France, suscite l'étonnement puis l'émerveillement provoqués

par ces trente-deux panneaux dont la plupart mesurent 6 mètres de haut pour une largeur de 2,60 mètres.

 

Les premiers carreaux émaillés connus proviennent d'Egypte et de Mésopotamie. Le Pharaon Djéser, fondateur de la III° dynastie, fit construire à Saqqarah par l'architecte Imhotep dans les années 2620 av. J.-C. une pyramide à degrés dont les galeries conduisant à la chambre funéraire sont couvertes de carreaux vitrifiés verts avec des lignes jaunes imitant les tiges de papyrus. L'émail, fine couche vitreuse rendue opaque, est donc une découverte millénaire.
Toutefois, pendant l'antiquité, cette technique de la céramique recouverte d'un émail opaque fut exclusivement orientale et, en réalité, fut ensuite perdue. Le monde gréco-romain ne la connaissait pas, et a développé l'usage de peintures sur enduit frais (« fresque »), de stucs, ou de mosaïques.

 

Le bureau de Raymond Réthoré,

Une autre curiosité : l'Azulejos polychrome qui représente "Suzanne et les vieillards" (ou Suzanne au bain")

de Peter Paul Rubens que l'on peut admirer dans le Vestibule.

(Le fait qu'il y eut beaucoup d'azulejos bleus prête à cette confusion, mais historiquement,

les premiers carreaux émaillés apparus en Espagne au XIII° étaient plutôt verts, bruns et jaunes).

 

La salle Joseph Vernet.

 

Les perses Sassanides au IX° siècle redécouvrirent l'usage de l'étain comme opacifiant pour le verre, et fabriquèrent de nouveau des carreaux émaillés, c'est-à-dire dont la glaçure est opaque. Leurs voisins Abbassides -Bagdad était leur capitale s'emparèrent eux aussi de cette technique. Laquelle diffusa dans tout le monde arabo-musulman, des portes de Constantinople à l'Espagne. Sous les Fatimides, des potiers égyptiens décorèrent des salles entières du palais du Caire.

 

 

Ce sont donc les Arabes qui ont apporté en Europe cet art de l'Orient. Le premier usage de carreaux émaillés fut des assemblages géométriques de morceaux de carreaux découpés "Alicatado". On peut en voir de magnifiques exemples toujours en place à l'Alhambra de Grenade.

 

 

Toutes les pièces XIX° siècle sont agrémentées d'un décor somptueux, mobilier, peintures,

collections de sculptures; ils acquièrent ainsi lors de la vente du mobilier

de la 11° duchesse de La Rochefoucauld (1866-1933) au château charentais éponyme,

des meubles présumés provenir du comte, puis prince Orlov (1787-1862).

 

 

La bibliothèque.

Raymond Réthoré voyage et rapporte de l'étranger peintures, marbres, boiseries, statues, lustres,

lambris et autres trésors, et un restaurateur italien est chargé des collections.

 

Les deux frères n'arrivent pas à léguer le château au Département, ni à l'Assemblée nationale,

ni à la Ville d'Angoulême, qui accepte cependant les 2.068 volumes de la bibliothèque,

qui comprend en particulier un fonds important de livres rares concernant l'architecture.

 

La chambre à coucher, dite de Béruges.

 

Un temps attaché au cabinet de Charles de Gaulle, président de la République,

Raymond Réthoré invite d'importantes personnalités françaises et étrangères à visiter ce grand chantier.

 

 

Les frères meurent respectivement en 1983 (Alphonse) et en 1986 (Raymond), mais leur héritier,

sans lien de parenté d'ailleurs, va devoir vendre les collections pour faire face aux dettes

lors d'une vente aux enchères en 1987. En 1988 le château est acquis

par Bernard Baruch Steinitz (1933-2012), célèbre antiquaire parisien, qui hélas l'entretient peu.

 

En 2002 un projet de restauration est élaboré par Isabel Guérin, dont l'objet est de redonner vie au site

en lui donnant la possibilité d'accueillir des collections d'art contemporain.

 

 

En 2008, le château est vendu à la société foncière parisienne Volta.
En 2011, un bail emphytéotique de 75 ans est signé le 22 août

entre la société propriétaire et la commune de Magnac-Lavalette.

La commune, à l'aide d'une association de bénévoles Saint-Étienne Patrimoine, entreprend alors une restauration

des parties construites et des œuvres d'art afin d'ouvrir le château à la visite en été à partir de 2013.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

http://www.chateaudelamercerie.fr/
https://www.universalis.fr/encyclopedie/azulejos/

C.P.A. collection privée en prêt

Panneaux explicatifs présentés sur le site

Visite guidée et photos, Chantal Guyon, le 4 juillet 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville