HONFLEUR  (Calvados)
Arrondissement de Lisieux - Canton de Honfleur-Deauville
Région : Normandie
 Population : 7.728 Honfleurais en 2016.

 

D'une superficie de 1.367 hectares, et d'une altitude de 0 à 117 mètres,

la ville est située sur la rive Sud de l'estuaire de la Seine,

en face du Havre et près du Pont de Normandie.

 

Toponymie : viendrait du vieil anglais flēot « ruisseau, estuaire, bras de mer » et « flot ».

À partir du XIII° siècle, l'évolution en -flo / -flue, puis -fleu au XV° siècle va engendrer une confusion

avec la prononciation dialectale du mot fleur, d'où cette réécriture officielle en -fleur.

 

Vue aérienne avant 1980, la ville et le port, et en arrière plan, le Pont de Normandie.

 

Honfleur sur la rive gauche, Harfleur sur la rive droite, veillaient sur l'embouchure de la Seine.

La ville est blottie autour de son port, enserrée par les pentes verdoyantes marquant le rebord du plateau,

les falaises blanches de la rive droite, et l'immense complexe industriel de la Basse-Seine.

 

 

Le port et la ville
 

 

La ville vit au rythme de son port depuis le début de son histoire.

Port stratégique à la fin du Moyen Age, port d'embarquement des grands navigateurs dès le XVI° siècle,

port de commerce avec le Nouveau Monde jusqu'à la fin du XVIII° siècle, base de corsaires,

il s'adonne aujourd'hui à la pêche, au commerce et au tourisme. Il est aussi le point de rencontre d'artistes

que son pittoresque et la lumière de l'estuaire attirent depuis le XIX° siècle.

 

Le port maritime et fluvial.

 

Les quais de Seine accueillent des paquebots de croisière. Plus d'une trentaine d'escales s'organisent

chaque saison permettant ainsi aux passagers venus du monde entier de découvrir Honfleur et ses environs.

En outre, le Bassin Est reçoit un nombre important de bateaux fluviaux en provenance de Paris.

En complément, des croisières proposent de longer les rives de la Seine et de découvrir le pont de Normandie.

 

Dès le XIII° siècle, à l'époque ducale, le petit port de pêche s'entoure d'une enceinte. La guerre de Cent Ans en fait une place forte importante : le roi d'Angleterre Edouard III s'empare de la ville en 1346, d'où il embarque en 1360 à l'issue du traité de Brétigny. Charles V décide de fortifier la place, qu'il inspecte en 1369, et y nomme gouverneur son propre Amiral de la Mer, Jean de Vienne. La ville est pourtant investie à nouveau par les Anglais en 1418. Ils y établissement une garnison qui ne capitulera qu'en 1450. Sept ans plus tard, une expédition punitive part de Honfleur et aborde à Sandwich, d'où elle ramène un butin considérable après un pillage en règle.

 

Le port de commerce.

 

Le port traditionnel comprend trois bassins : le bassin de l'Ouest (ou Vieux Bassin),

le Bassin de l'Est (ou Bassin de la République) construit en 1840,

et le Bassin Carnot de dimension plus importante construit en 1862, en utilisant des terrains gagnés sur la mer.

 

Le port est accessible à des navires de 2.500 tonnes par un chenal de 500 m de longueur se greffant sur l'embouchure de la Seine et protégé depuis 1995 par un sas d'écluses. L'infrastructure est complétée d'un affrontement privé, par les trois quais de Seine de 122 m de long permettant de recevoir des navires de 20.000 à 30.000 tonnes. Le trafic est constitué principalement par des hydrocarbures, des argiles et des bois exotiques et du Nord.

 

L'avant port est réservé aux bateaux de pêche qui s'amarre le long des quais et y décharge la pêche journalière.

Environ une quinzaine d'unités sont en activité et pratiquent la pêche côtière.

 

Les bateaux sortent le temps d'une marée, les poissons ou crustacés ne subissent alors aucun traitement de conservation. Les espèces capturées sont la sole, la roussette, le grondin, le chinchard, le maquereau, le cabillaud, le turbot, l'anguille ou tacaud, la plie, la limande, le merlan la seiche.

 

Le sas d'écluses se greffant sur l'embouchure de la Seine.

Les pêcheurs de Honfleur ont cependant deux spécialités :

la crevette grise qui est vendue vivante au débarquement et la coquille saint-jacques d'octobre à avril.

 

Le port de plaisance.

 

Honfleur accueille ses plaisanciers au coeur même de son Vieux-Bassin.

Un cadre unique dans la région qui attire de nombreux yachts et voiliers en saison.

 

 

En bordure du bassin, les hautes maisons étroites essentées d'ardoises datent des XVII° et XVIII° siècles.

La variétés des teintes argentées, les hauteurs différentes, et l'apparition de matériaux les plus divers :

pierre, brique et pan de bois apparent ou couvert d'ardoises, sont conservateur, et retrace l'histoire de la ville.

 

La cité médiévale.

 

Le coeur de la ville, c'est "l'Enclos", autrefois totalement entouré de murailles et de fossés en eau,

où s'ouvraient la Porte de Rouen et la Porte de Caen.

 

L'enclos regroupait dans son espace minuscule les paroisses de Notre-Dame et Saint Etienne, une seule rue dite "Rue de la Ville", quelques ruelles et le "havre du dedans", qui allait devenir le Vieux Bassin, en réunissant l'ancien havre d'échouage au fossé après la destruction des murailles.

 

La Lieutenance.

 

Seul vestige de ces fortifications, l'ancienne porte de Caen est devenue la Lieutenance,

lorsqu'elle abrita à partir de 1684, le logis du lieutenant du gouverneur.

Les maisons du quai Sainte Catherine ont été bâties sur l'ancienne contrescarpe du fossé,

devenue inutile, lotie en parcelles très étroites vers 1630.

 

Cette configuration et la différence de niveau considérable entre le quai et les rues situées à l'arrière, expliquent les hauteurs démesurées des façades : les premiers niveaux accessibles du quai s'appuient sur la colline, les suivants sont accessibles depuis la rue du Dauphin et la rue des Logettes. Elles présentent, côté Est, de très importants encorbellements permettant de gagner encore un peu d'espace.

 

La Lieutenance avant 1950, 1970 et en 2019.

 

La lieutenance était précédée d'un pont-levis, et possède encore ses éléments de défense :

deux poivrières aux armes de la ville et

de part et d'autre de l'entrée du passage voûté ménagé dans l'épaisse muraille.

 

Au-dessus du fronton de la porte, une statue de la Vierge, restaurée par les soins de Lucie Delarue-Mardrus.

 

Plaques commémoratives posées, à la mémoire de Samuel Champlain :

"Avec des navires et des équipages du port de Honfleur il explora l'Acadie et le Canada de 1603 à 1607.

Parti du même port, il fonda la ville de Québec. Embarquements de Champlain  à Honfleur :

Avril 1603, 13 avril 1608, 18 avril 1610, 1° mars 1611, 6 mars 1613, avril 1615, avril 1617 et mai 1620".

 

Samuel Champlain, colonisateur français du Canada.

 

Samuel de Champlain est né d'un père marin, le 1° janvier 1567 à Brouage, et mort le 25 décembre 1635 à Québec (Canada).

 

Lorsqu'il accomplit son premier voyage vers le Nouveau Monde, en 1598, il propose à Henri IV de percer l'isthme de Panama. Après un bref retour en France, il se rend en Amérique du nord en tant que géographe de l'expédition d'Aymar de Chaste. Lors du voyage, il a l'occasion d'explorer le fleuve Saint-Laurent puis remonte jusqu'à Montréal. L'année suivante, en 1604, il accompagne l'expédition de Pierre de Gua de Monts et explore la côte acadienne. Il retourne sur les terres américaines en 1608 et installe une colonie européenne au Canada. C'est ainsi qu'est fondée, le 3 juillet, la ville de Québec.

 

 

Champlain s'applique alors à entretenir de bonnes relations avec les habitants autochtones. Poursuivant ses explorations, Champlain découvre un lac auquel il donnera son nom. Il s'attelle toujours à améliorer la colonie qu'il a mise en place et en est finalement nommé gouverneur dès 1619. En 1629, les Anglais prennent la ville d'assaut et arrêtent Champlain. Il faudra attendre 1632 avant que Québec ne revienne à la France par le traité de Saint-Germain-en-Laye et que son fondateur ne soit libéré.

 

Honfleur, terre d'explorateurs.

 

La renommée du port est telle que Rabelais n'hésite pas à faire embarquer Pantaguel

de "Homefleur" pour le royaume d'Utopie.

 

Aux XVI et XVII° siècles, Honfleur participe activement aux voyages de découverte vers le Nouveau Monde. Si les armateurs honfleurais ne sont pas à l'origine de ces expéditions maritimes, son port offre de nombreux avantages permettant l'organisation de ces entreprises maritimes :

▪ un arrière pays très riche qui facilite l'avitaillement des navires,

▪ des greniers à sel régulièrement approvisionnés

▪ des chantiers de construction et de réparation navale et surtout une pépinière de marins expérimentés, formés à la dure école de la pêche hauturière de la morue.

 

L'arrivée de Champlain à Québec, par Henri Beau (1903).

(commande en 1902 pour l'Hôtel du Parlement et transfert en 1933 à la collection du Musée de la province

de Québec. Musée national des beaux-arts du Québec).

 

A cette époque, les grandes aventures et les grandes découvertes se succèdent :

     ▪ En 1503, Binot Paulmier de Gonneville atteint les côtes du Brésil

     ▪ et en 1506, Jean-Denis visite Terre-Neuve et l'embouchure du fleuve Saint-Laurent.

 

Les grandes expéditions recommencent après les guerres de religion en direction du Saint-Laurent et du Canada. Pierre de Chauvin, Dupont-Gravé, Samuel de Champlain et d'autres s'embarquent vers ces contrées lointaines. En 1608, Samuel de Champlain dirige une expédition qui aboutit à la fondation de Québec.

 

Le quartier Sainte Catherine.

 

Le quartier Sainte Catherine. Ruelle menant à l'ancien cimetière Sainte Catherine.

 

Ancienne église Saint Etienne, transformée en Musée de la Marine.

 

Sur le quai Saint Etienne, de belles maisons d'armateurs en pierre de taille, d'époque Louis XVI,

avec balcon soutenu par des figurines féminines,

encadré de pilastres cannelés, appuis à guirlandes de fleurs et de fruits exotiques.

L'église Saint Etienne s'ouvre sur le quai par un porche en bois.

 

Construite en 1369, agrandie en 1432, l'église comporte une nef de pierre à vaisseau unique

percé de fenêtres gothiques, terminée par un chevet à pans de bois et couverte d'une voûte en bois.

Le clocher effilé est habillé d'essentes de châtaignier.

 

L'église abrite aujourd'hui le musée de la marine, créé par Pierre Orange en 1976, à partir des collections du musée du Vieux-Honfleur dont il était conservateur. Il retrace l'histoire maritime de la ville, les grandes découvertes, le commerce avec le Nouveau Monde, le trafic des négriers.

 

Les greniers à sel.

 

La construction des deux premiers greniers à sel est achevée en décembre 1671,

suivie de celle d'un troisième en 1699, qui sera détruit par un incendie en 1892.

 

Pour contenir la poussée de l'énorme quantité de sel entreposée, les murs sont plus épais à leur base,

cantonnés de contreforts et séparés par une rangée d'arcs-boutants.

 

En 1670, avec l'approbation de Colbert, la Ferme Générale des Gabelles fait reconstruire les greniers à sel destinés au stockage de ce produit de première nécessité, largement utilisé par les pêcheurs armant au loin (morue de Terre-Neuve, hareng). On percevait sur le sel l'impôt de la gabelle, collecté par le Fermier général.

 

Sur les nefs d'une exceptionnelle largeur ont été établies des charpentes

dont le tracé est adapté à cette dimension peu commune : les entraits horizontaux sont reportés très haut,

et des pièces de bois, courbes assurent la liaison entre les murs et cette forêt de bois,

raidie longitudinalement par un savant contreventement entre le faîtage et le sous-faîtage.

 

La rue de la Prison longe l'église Saint Etienne et s'enfonce dans l'Enclos,

bordée par des maisons de bois des XV° et XVI° siècles.

La maison (photo de gauche), a conservé son étal de pierre, les moulures de son encorbellement

et les godrons de l'appui des fenêtres de l'étage : elle abrite le musée d'Ethnographie et d'Art populaire.

Le quai Saint Etienne débouche sur la Place de l'Hôtel de ville, bâti sur les plans de Percier et Fontaine en 1832.

 

Le quartier Saint Léonard.

 

Second faubourg "hors les murs", le quartier Saint Léonard était celui des chantiers navals

qui firent pendant des siècles la réputation de Honfleur.

On y lançait des navires de guerre, de commerce, des bateaux de pêche en grand nombre,

on y expérimentera l'hélice (le chevalier de Brossard en 1769, Frédéric Sauvage en 1832 sur le Vieux-Bassin).

 

Vue aérienne du quartier, avant 1970.

 

Eglise Saint Léonard et le lavoir dallé de calcaire et de silex taillé noir.

 

Le clocher octogonal à deux niveaux, édifié vers 1760, est attribué à l'architecte honfleurais Gervais. Cette église a été reconstruite au début du XVII° siècle (le choeur est daté 1625) à l'emplacement de l'église primitive, détruite pendant la guerre de Cent Ans, rebâtie au XVI° siècle et incendiée en 1562.

 

Honfleur, cité artistique.

 

La Seine, tout au long de son cours, et Honfleur, située au coeur de son estuaire,

ont toujours inspiré les artistes : peintres, écrivains, musiciens...

 

Le XIX° siècle : début du tourisme et de la peinture de plein air.

 

Ville natale d'Eugène Boudin, dont il initia le jeune Claude Monet, de seize ans son cadet,

à la peinture sur le motif.

Honfleur est reconnue comme l'un des berceaux de l'impressionnisme.

 

Honfleur est également la ville natale de l'écrivain et humoriste Alphonse Allais et du musicien Erik Satie, né en 1866. Ses maisons abritent un parcours lui rendant hommage et pour se familiariser avec l'oeuvre et l'esprit du musicien. La scénographie, alliant son, lumière, image et objets rend la visite à la fois ludique et informative.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

https://www.petit-patrimoine.com/
https://www.ville-honfleur.com/

https://www.linternaute.fr/actualite/biographie/

Dictionnaire des églises de France "Normandie"

Volume IVb, Editions Robert Laffont, 1968

Guide pratique Honfleur, office de tourisme, 2015

Dépliant 10 volets "Bienvenue à Honfleur", O.T. Honfleur

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 6 avril 2019

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville