SOUVIGNY  (Allier)
Arrondissement de Moulins - Canton de Souvigny.
Région Auvergne, Rhône, Alpes.
 Population : 1.865 Souvignyssois en 2014.

 

D'une superficie de 4.435 hectares, et d'une altitude de 224 à 357 mètres,

la ville est traversée par la rivière la Queune.

C'est l'ancienne capitale du Bourbonnais et le berceau de la famille des Bourbons.

 

 

Prieuré Saint Pierre et Saint Paul

 

 

Ce prieuré a tenu une place primordiale dans l'histoire religieuse

et même politique de la France.

 

Vues aériennes avant 1970.

 

C'est en 915 qu'un certain Aymard, lieutenant du duc d'Aquitaine, cède à l'abbaye de Cluny, récemment fondée, une église située dans sa villa de Souvigny. Cet Aymard est l'ancêtre des sires de Bourbon. Ainsi se réalisait, en pleine désorganisation féodale, comme en union symbolique du spirituel et du temporel, l'accord entre l'Ordre religieux qui devait dominer la chrétienté médiévale, et la Maison seigneuriale promise au plus prestigieux avenir.

 

L'église prieurale.

 

Chevet de la prieurale.

 

Il reste peu de renseignements sur l'histoire de la construction de l'église. En 1064, le légat Saint pierre Damien vient consacrer un nouvel édifice. En 1095 le pape Urbain II, lors de son voyage en France à l'occasion de la 1° croisade, procède à une translation des corps saints. En 1173, des travaux de reconstruction onéreux ont appauvri le prieuré.

 

Aux XIV° et XV° siècles, l'église romane est transformée par les ducs de Bourbon

qui l'ont adoptée pour leur sépulture.

 

Sous l'abbatiat de Saint Hugues (1050-1100), dans les premières décennies du XII° siècle, on édifie un second bas-côté. Les anciens murs latéraux de l'église de Saint Odilon sont percé d'arcades sur un collatéral aux proportions harmonieuses. Cette adjonction porte à 5 le nombre des nefs de l'église.

 

Comme les églises romanes, Souvigny est tournée vers l'Est,

d'où se lève le soleil, symbole du Christ, Lumière du monde, dont le nom est Orient.

 

A droite, vue sur la porterie, depuis le parvis de la prieurale.

 

 

A partir du cloître, on aperçoit bien de l'extérieur,

les deux pignons  de chacune des nefs transversales.

 

Vue du clocher sud du XII° siècle.

L'influence de l'immense église de Cluny, aujourd'hui presque détruite,

se décèle dans le porche à deux clochers, précédé jadis d'un narthex,

dans les doubles collatéraux de la nef et le double transept.

La façade est principalement en gothique flamboyant avec son porche en arc brisé,

ses deux balcons dont l'un d'eux couvre toute la largeur de la façade, et ses gargouilles.

 

Ces quatre hautes arcades aveugles en grès rose forment aujourd'hui

le parement extérieur du mur du prieuré.

 

Ce sont les restes du bas-côté sud de l'avant-nef romane édifiée à la fin du XI° siècle lors des travaux de Dom Cholet. L'avant-nef dit parfois galilée est un espace liturgique où les processions s'organisent avant d'entrer solennellement dans l'église pour les cérémonies importantes. Il sert aussi à l'accueil et l'organisation des pèlerins. C'est le passage du "profane au sacré" avant d'aller prier dans l'église. (Dans les églises clunisiennes, l'avant nef prend le nom de galilée par référence à la province de Palestine où le Christ ressuscité a annoncé à ses disciples qu'il les précéderait).

 

Vue de la nef centrale, les tombeaux des saints abbés et l'orgue.

 

La tribune de l'orgue.

(Fait par Clicquot, facteur d'orgue du Roy, Paris le 25 mai 1782).

 

Les deux gisants du tombeau dans la nef centrale.

Les fronts et les dessus de mitres sont usés par le toucher des générations de pèlerins

qui se sont succédés pendant des siècles.

 

Le 2 novembre 2001, le contenu du caveau révélait 2.134 fragments des gisants gothiques, jetés à la hâte pendant les destructions de 1793 et qui recouvraient un sarcophage mérovingien. Le restaurateur Benoît Vincent du Puy, a patiemment reconstitué ce puzzle, puis l'ensemble funéraire a été restitué à son emplacement d'origine en 2009, au milieu de la nef centrale.

 

Les chapiteaux des grandes arcades de la nef sont du XI° siècle.

Ils présentent des décors de palmettes en faible relief.

 

Le bas-côté nord, édifié au début du XII° siècle présente une série de chapiteaux homogène.

 

A droite, le retable de l'immaculée conception, daté de 1524, en calcaire finement sculpté.

 

 

 

L'armoire aux reliques : c'est un mur de pierre de près de 5 m de haut,

avec un toit en hotte orné d'une galerie flamboyante.

Elle conservait les deux bustes reliquaires contenant les deux chefs des Saint abbés.

Sur les portes sont représentés ces bustes : Mayeul à gauche et Odilon à droite.

 

Les bustes reliquaires et les reliques furent détruits à la Révolution. Quelques reliques purent cependant être sauvées. Dument authentifiées, elles sont actuellement dans l'armoire. Les panneaux supérieurs illustrent les messes de chacun des 2 abbés : fidèles et pèlerins plus ou moins éclopés, cherchant la guérison se dirigent vers l'autel où la messe est célébrée.

 

La chapelle vieille.

 

Vue d'ensemble de la chapelle vieille.

 

Initialement chapelle privée des ducs de Bourbon, la chapelle Vieille fut transformée en chapelle funéraire par Louis II qui y installe son tombeau après le refus du prieur d'ériger le tombeau ducal dans le choeur de l'église. De ce fait, le monument se trouve surdimensionné par rapport à l'étroitesse de la chapelle.

 

Haut relief flamand du XV° siècle,

représentant la mise au tombeau du Christ, vers 1490.

 

L'oratoire permet de participer à la messe de requiem (messe pour les défunts)

célébrée chaque jour sur l'autel avant la Révolution.

 

Chapiteaux armoriés et culots de voûtes sculptés.

 

La clé de voûte représente le Christ bénissant.

Les peintures au plafond du XV° siècle, aux très belles couleurs,

ont été retrouvées et restaurées en 2014.

 

Comme à Cluny III, l'église de Souvigny présente un double transept,

rendu difficilement lisible de l'intérieur de l'église, en raison de l'installation

des chapelles funéraires des ducs de Bourbon.

 

 

 

 

Le déambulatoire, du milieu du XII° siècle, a été remanié au XV° siècle.

Deux styles se rencontrent dans les chapelles rayonnantes : les arcatures romanes

sont surmontées de voûtes gothiques. On y trouve de très beaux chapiteaux.

 

La chapelle Neuve (chapelle funéraire ducale).

 

 

 

Le décor de la chapelle foisonne de motifs emprunté à l'héraldique

et l'emblématique des Bourbons.

Chaque médaillon de la clôture et des verrières

était orné d'une fleur de lys traversée d'un bâton.

 

La chapelle a été commandée par le duc Charles 1er de Bourbon,

mort en 1456 pour y être inhumé avec sa femme.

C'est un bel exemple du gothique flamboyant.

 

 

 

Gisants en marbre blanc de Charles 1er et de sa femme Agnès de Bourgogne.

 

Y sont également enterrés Pierre de Beaujeu, sa femme Anne, fille de Louis XI et régente du royaume de France, morte en 1523, ainsi que le prince Sixte de Bourbon-Parme, mort en 1934, négociateur d'une paix séparé entre la France et l'Autriche en 1917. (Sa proposition a été hélas rejetée).

 

La chapelle comprend deux travées, un choeur à pans et un petit oratoire latéral.

 

L'art flamboyant s'y épanouit dans toute sa richesse de moulures et de décor floral

parmi lequel prend place la grenade enflammée, emblème du bouillant duc Charles.

 

La sacristie.

 

La construction de la sacristie est décidée (1773-1775) dans la dernière vague de travaux

qui affecte les monastères clunisiens peu avant la Révolution.

 

 

L'architecture et le décor baroque de la sacristie

diffèrent considérablement du reste de l'édifice.

L'architecte moulinois Evezard l'a établie en détruisant une ancienne église romane,

placée sous le vocable de Notre-Dame des Avents.

 

La sacristie s'organise sur deux niveaux : l'étage supérieur, de plain pied avec le choeur de l'église, se compose d'une vaste salle rectangulaire couverte d'une coupole ovale sur pendentifs.

 

Détails de boiseries, qui sont l'oeuvre du menuisier moulinois Pousset

et du célèbre sculpteur Marlet.

Décorées de médaillons ovales, elles représentent des scènes de l'Ancien Testament.

 

Superbe chapier pour le rangement des ornements liturgiques.

 

La coupole ovale, ornée de peintures décoratives.

 

Détails des quatre médaillons peints à la base de la coupole

représentant les quatre évangélistes du Nouveau Testament.

 

Le décor des boiseries est complété par des guirlandes florales, des trophées d'église

et d'autres médaillons soulignés de végétaux.

 

La sacristie est utilisée par le clergé pour se préparer avant les offices. L'étage inférieur n'a pas connu d'aménagement particulier, ce qui a permis d'importantes fouilles archéologiques, au cours desquelles ont été mis au jour, depuis mai 2003, les vestiges d'une église romane primitive, antérieure à Notre-Dame des Avents.

 

Le choeur.

 

Le choeur avec l'autel principal.

 

L'autel, fin XVII° siècle, est en marbre multicolore. Il est l'oeuvre de Pierre Sac.

Les vitraux du choeur font partie de la campagne de travaux de Dom Chollet.

Ils représentent des apôtres avec St Paul, St Mayeul et St Odilon,

entourant la Vierge et St Michel.

Les vitraux du côté sud ont été détruits par le souffle d'une explosion en 1918.

 

L'ancien choeur des moines bénédictins.

Les stalles, dotées de miséricordes

contribuaient au recueillement des frères en position debout.

 

C'est là que les moines bénédictins chantaient l'office monastique, principalement composé de psaumes de l'Ancien Testament : environ 100 psaumes chaque jour étaient priés là en chantant, soit près de six heures par jour de prière au choeur. Il y a eu au maximum 50 moines de choeur.

 

La porterie du XVII° siècle, demeure du prieur commendataire.

 

Vue aérienne avant 1970.

 

 

Le petit dôme central aux formes galbées et ses lucarnes arrondies offre un exemple

d'architecture au temps de Louis XIII.

    

 

Façade côté jardin, et la demeure du prieur commendataire.

 

Les jardins du prieur.

 

Le cloître gothique, du XV° siècle.

 

Bordant le flanc sud de l'église, le cloître consistait en quatre galeries couvertes

entourant un carré central aménagé en jardin.

Il ne subsiste que la galerie occidentale du cloître.

 

Dans le cloître, statue de Saint Mayeul, du XIX° siècle.

Il est abrité sous une charpente qui repose sur des voûtes flamboyantes originales.

 

La galerie compte 4 travées renforcées par des piliers, mais les voûtes alternativement losangées, trapézoïdales et triangulaires, se jouent de cette partition et leurs clefs ouvragées et disposées en quinconce soulignent encore un réseau géométrique complexe. Lieu de méditation, de détente et de passage, le cloître permettait aux moines d'accéder aux différents espaces conventuels qui s'articulaient autour de lui, notamment, ici à l'Est, la salle capitulaire.

 

Le puits et banc du XI° siècle (faisant partie d'une exposition temporaire).

 

Les jardins.

 

 

 

Maquette du prieuré, avec les jardins et les dépendances.

 

Les dépendances.

 

En dehors du cloître, de la salle capitulaire et du chapitre,

tous les bâtiments datent des XVII° et XVIII° siècles,

époque durant laquelle les prieurs s'employèrent à rajeunir leur résidence.

 

Située à droite de la place de l'église, la façade du prieuré est élevée

dans le style classique dépouillé des dernières années de l'Ancien Régime.

 

Bâtiments situés près du cloître, et entourant les jardins.

 

Les collections lapidaires.

 

Les quatre faces de la colonne calendaire, dite "du Zodiaque",

de la fin du second quart du XII° siècle.

La 1° face représente les travaux des mois, la 2° les signes du zodiaque,

la 3° et la 4° les peuples et les monstres les plus singuliers

de l'Asie et de l'Afrique (Emile Mâle, l'Art religieux du XII° siècle, chapitre IX).

 

On ignore  la destination de cette colonne, retrouvée aux lendemains de la Révolution. Il pourrait s'agir d'un support de chandelier pascal. La colonne de Souvigny était à la fois un calendrier et un tableau des merveilles du monde. Le moine méditatif y voyait une image de l'espace et du temps.

 

Les travaux des mois sont un thème récurrent dans les calendriers médiévaux, peints ou sculptés. Ils ornent les voussures de nombreux portails d'édifices religieux, généralement associés aux signes du zodiaque.

 

 

Le musée du costume.

 

Sur le palier du 1° étage, et entourant l'escalier,

présentation de l'évolution de la mode.

 

Dès le XVI° siècle, les cours européennes adoptèrent le corset,

qui rapidement va se diffuser à toute la population.

 

Au XVII° siècle, malgré la création d'une compagnie de "Maitres couturières", le monopole de la fabrication de corsets reste aux tailleurs. Ces armatures initialement faites en  fanons de baleines, au risque de les faire disparaître, seront au XIX° siècle réalisées en acier.

 

Au XVIII° siècle, les femmes portent un système de panier sous leur jupe pour donner un effet de volume qui contrebalance la taille serrée par le corset. Cette mode perdurera jusqu'à la Révolution française. Pendant la Révolution, les femmes abandonnent le corset, la mode est aux tenues néoclassiques, inspirée de l'antique. Le corset fera son grand retour vers 1804, mais dans une version un peu plus souple et non baleiné. La taille haute imposée par la robe directoire redescend progressivement vers sa position naturelle.

 

La mode masculine pendant longtemps est réservée à l'aristocratie.

Les habits des classes populaires et même d'une partie de la bourgeoisie

sont soumis à un contrôle.

Les tenues de la noblesse sont, en revanche, des modèles d'extravagances.

 

Sous la cour de Louis XIV, les costumes masculins présentent la même virtuosité que le vestiaire féminin. A partir de la Révolution, les hommes abandonnent les codes de l'Ancien Régime et les extravagances sont délaissées et optent pour le concept complet veston (pantalon, veste et souvent gilet).

 

A la fin du XVIII° siècle, le costume masculin n'évolue que dans le détail : mode du col cassé dès 1890, apparition de la cravate au tournant du siècle, abandon de la redingote à la fin du XIX° siècle. Le chapeau masculin signale la position sociale et son  usage est codifié : haut de forme, chapon melon (1890) ou panama, alors que les ouvriers portent la casquette. Des mouvements ponctuels apparaissent, avec les dandys dans les années 1830. A partir de 1950, la sobriété fait place aux blousons noirs, skinhead ou hippies.

 

La 1° Guerre Mondiale est un bouleversement immense dans l'histoire de la mode féminine.

Pendant 4 ans, les femmes remplacent les hommes dans les usines et dans les champs.

Le costume féminin s'adapte aux nouvelles conditions de travail. La fin de la guerre

signifie la fin du travail pour les femmes. En revanche, leurs vêtements semblent

être les seuls survivants d'une certaine émancipation.

 

En 1919, la robe tube apparaît, suivie par la robe charleston, créée par la danse du même nom. Le corset disparait et les robes sont d'un seul morceau et plus légères. La petite robe noire arrive dans les années 1920, et le pull over devient à la mode. Après 1922, avec le roman "la garçonne" de Victor Marguerite, la femme adopte la silhouette masculine. Les corsets sont remplacés par les soutiens-gorge et les gaines élastiques.

 

De 1910 à 1930, le corps se dénude et en 1925 la jupe découvre les genoux. Début des années 1940, les bas nylon font leur apparition. Après 1950, le prêt-à-porter s'impose et les femmes découvrent progressivement le monde du travail. La société assiste à la libération des mœurs. Les classes populaires choisissent leurs icônes dans la musique ou le cinéma et la rue commence à dicter ses propres designs.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

Dictionnaire des églises de France, Auvergne, Limousin, Bourbonnais

Tome IIB, Editions Robert Laffont, 1966

"Eglise St Pierre & Paul de Souvigny", brochure de 52 pages

Ville de Souvigny, 2017

Panneaux explicatifs présentés dans les musées

C.P.A. collection privée, en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, 14 juin 2017

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
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