BOURBON-L'ARCHAMBAULT  (Allier)
Arrondissement de Moulins - Canton de Bourbon-L'Archambault.
Région Auvergne-Rhône-Alpes
 Population : 2558 Bourbonnais en 2014.

 

D'une superficie de 5.484 hectares, et d'une altitude de 215 à 321 mètres,

la ville est traversée par la rivière la Burge.

 

 

La forteresse médiévale

des Ducs de Bourbon-l'Archambault.

 

 

En l'an 1276, sire Robert de France, comte de Clermont en Beauvaisis

et 6° fils de Louis IX (futur Saint Louis)

prend en épousailles dame Béatrix de Bourgogne,

la dernière héritière des sires de Bourbon.

La famille de Bourbon entre dans la maison royale.

 

Vue aérienne avant 1970

 

En cadeau de mariage, sire Robert apporte en ces lieux 2 morceaux des Saintes reliques (un morceau de la croix et une épine de la couronne du Christ). La seigneurie est promue en duché en 1327 : neuf ducs se succèdent et Moulins en devient la capitale.

 

Le pont qui enjambe le fossé date du XVI° siècle.

Auparavant un pont-levis a succédé au pont mobile qui, vraisemblablement,

protégeait la forteresse des assaillants à son origine.

 

Les trois tours nord de la forteresse.

Ces tours ont été édifiées en pierre de taille, à bossage, qui rendait difficile,

avant l'apparition de l'artillerie, la destruction de la maçonnerie par des projectiles.

 

A l'origine, ces trois tours étaient indépendantes et ont été reliées par une courtine lors de l'agrandissement du XIV° siècle. Elles protégeaient le logis seigneurial, après avoir été surélevées d'un étage, pour culminer à 22 m du sol, et rendre la forteresse imprenable.

 

Le vieux logis.

 

Construit au XIV° siècle, en pleine guerre de Cent Ans (1337-1453),

par le 3° duc de Bourbon, Louis II.

 

Ce logis, de forme rectangulaire était composé de 4 salles :

▪ 2 au Rez-de-chaussée réservées aux gens en arme

▪ 2 à l'étage pour le seigneur et ses hôtes.

 

De grosses poutres en chêne s'encastraient dans les trous devancés de corbeaux, soutenant le plafond. L'étage est quant à lui couvert par des voûtes. L'ensemble est chauffé par de grandes cheminées placées les unes au-dessus des autres avec un système de double conduits réduisant les risques d'enfumage.

 

Photo de gauche, escalier d'accès à la salle des vivres, et à droite, vestiges d'une chapelle.

 

Jusqu'au XIII° siècle, les trois tours comprennent un étage en moins et sont alors couvertes de toit en poivrière. Louis II les surélèvent d'un étage et les couvrent de toits-terrasses crénelés, conçus pour accueillir les premières pièces d'artillerie.

 

Façade sud avant 1916.

Dans la 1° tour, (c'est la seule des 3 tours qui a conservé sa fonction d'origine,

militaire), on trouve : la salle des vivres, salle des gardes, salle des armes.

 

Salle des vivres.

 

Cette salle est consacrée au stockage de la nourriture. Accès au puits.

La réserve d'eau, une citerne de 8 m de profondeur sur 3 m de diamètre,

est alimentée par des canalisations permettant de récupérer l'eau de pluie.

 

Les soldats prévoient des vivres en suffisance pour soutenir un éventuel siège. Derrière les murs épais d'environ 2,50 m à la base et 80 cm au sommet, les réserves comme les hommes sont bien à l'abri. On conserve des pois, des fèves, des lentilles et autres légumes secs, de la farine. Le seigneur et sa cour apprécie le gibier, la volaille et les grands oiseaux. Les soldats consomment du porc et du mouton. On mange aussi du poisson les jours maigres (vendredis et jours fériés), la viande étant prohibée par la religion.

 

La viande est conservée dans un grand coffre rempli de sel, malgré son prix élevé.

Dans les tonneaux on garde de la cervoise (bière) et du vin,

qui se conserve peu de temps et tourne rapidement en vinaigre.

 

 

Culs de voûtes sculptés qui représentent un bestiaire et quelques visages.

 

La salle des gardes.

 

 

Dans la salle de repos, 2 soldats montent la garde dans les postes de guet accessibles par échelle, tandis que 2 autres se reposent sur les paillasses couvertes de peaux de bêtes.

Au Moyen Age, on est très superstitieux et c'est pour cette raison

que l'on ne dort pas allongé : c'est la position des morts.

 

A cette époque, les soldats ne portent pas d'armure et très peu ont les moyens de s'offrir une cotte de mailles. Ils peuvent à la rigueur se protéger avec un gambeson (épaisse tunique matelassée).  Ceux qui peuvent se le permettre, ajoutent un colletin, pour protéger le cou et des spalières pour les épaules. Par contre, tous portent un casque et un bouclier. L'armure de plaque métallique, apparaît progressivement au cours de la guerre de Cent Ans, et n'est portée que par les chevaliers les plus riches du fait de son coût excessif.

 

Culs et clé de voûte sculptés.

 

La salle des armes.

 

En période de siège et de guerre, chaque combattant

dispose d'armes pour assurer la défense du castel.

 

28 marches permettent d'accéder à cette salle.

 

Le seigneur autorise la population à se réfugier dans l'enceinte de la forteresse à condition qu'ils apportent des vivres et participent à la défense. Pour cela ils utilisent leurs outils : faux, faucilles, etc...

 

 

Les armes d'hast : une lame fixée sur une hampe (long manche en bois).

Elles sont utilisées pour le combat rapproché.

 

L'arbalète est utilisée dès la fin du X° siècle.

Elle est plus précise et puissante que l'arc, mais plus lourde et lente.

 

Dans la 2ème tour : la salle des maquettes.

 

Cette maquette présente la forteresse au XVI° siècle, avec les chapelles.

D'une superficie d'un hectare, elle compte 20 tours.

Elle s'étend des 3 tours nord à la tour Qui Qu'en Grogne au sud, surplombant le village.

 

Le principal moyen d'accès est le pont-levis défendu par le châtelet. On emprunte ensuite le chemin, sous la Grande chapelle, pour arriver à la basse-cour servant de refuge à la population en cas d'attaque.

 

Pour accéder à la haute cour, enceinte où habite le seigneur, il faut traverser le logis neuf, dernier rempart défensif avant la prise de la forteresse. Dans cette cour seigneuriale se trouvaient les deux saintes chapelles.

 

La petite chapelle du XIV° siècle, édifiée par Louis 1er, fils de Robert et Béatrix et premier duc de Bourbon, abrite les Saintes reliques. Dès le XV° siècle, s'élève une grande chapelle de style gothique commanditée par le 6° duc Jean II.

 

Maquette présentant la forteresse au XVI° siècle, et avant 1970.

 

A l'ouest de la forteresse, l'étang d'environ 25 ha alimente les douves qui protègent la forteresse d'éventuels assaillants. Sa force hydraulique assure le fonctionnement du moulin banal du château. Entretenue et mise à disposition par le seigneur, celui-ci en impose l'utilisation payante à sa population. Les 3 tours situées à côté du moulin sont des silos à grain qui datent du XX° siècle et sont construits ainsi pour s'intégrer dans le paysage.

 

 

 

Comme la 1° tour, les culots de voûtes sont sculptés, mais avec des têtes humaines.

 

L'officine de l'alchimiste.

 

L'apothicaire est l'ancêtre à la fois du médecin et du pharmacien.

Il possède une grande connaissance des vertus des plantes et des épices.

 

 

On incorpore les plantes et les épices à notre alimentation pour nous permettre

de nous prémunir contre tous les maux. Le sucre, très rare et cher

est considéré comme une épice et utilisé comme médicament.

L'apothicaire fabrique toutes sortes de décoctions, onguents, tisanes et potions,

mais aussi des parfums à base d'huiles essentielles.

 

Scriptorium des copistes.

 

Lieu de travail des moines copistes, ces derniers retranscrivent les manuscrits qui leur sont commandés. Ils écrivent avec une plume et de l'encre sur des parchemins. Différentes typographies sont utilisée au Moyen Age : l'Onciale (VI°-VII° siècle), la Caroline (VIII° siècle), la gothique Rotunda (XI° siècle) et la Texture au XV° siècle.

 

 

Le scriptorium se trouve généralement dans les monastères.

Les pupitres individuels sont placés de telle sorte que la lumière naturelle éclaire

le parchemin et la main droite, avec laquelle on écrit : la main gauche étant celle du diable !

 

Au-dessus des têtes se trouve un calendrier où les jours sont matérialisés par les chiffres romains et les mois par les signes astrologiques. Cela permet de savoir la date du jour, le repère des fêtes religieuses et de situer les points cardinaux. Pâques, la plus importante en avril, c'est aussi le 1° jour de l'année, la Saint Jean en juin et la Saint Michel en septembre.

 

 

42 marches permettent d'accéder au sommet de la tour

et de découvrir le panorama du site et le village.

 

 

La 3° tour : la salle de bains.

 

Le bain est synonyme de purification : on baigne le nouveau-né pour le baptême,

les futurs mariés avant la cérémonie et les futurs chevaliers avant l'adoubement.

 

On se lave dans un cuvier en bois dans lequel on tend un drap pour éviter les échardes.

 

Ce drap permet de filtrer l'eau car on se baigne les uns derrière les autres, dans la même eau. On remplit le cuvier avec l'eau du puits, préalablement chauffé dans la cheminée. Tout autour, un dais (structure en bois et tissu) protège des courants d'air et cache des regards indiscrets.

 

 

29 marches, nous conduisent au 2° étage de la tour.

On prend un bain trois à quatre fois par semaine. On se baigne à plusieurs et lorsque

l'on accueille un hôte, c'est un moment très convivial où on mange, boit et discute.

 

La chambre seigneuriale.

 

La couche est composée d'un grand cadre en bois

garni de paille sur laquelle est posée une toile grossière.

A la tête du lit, les blasons respectifs de dame Béatrix et sire Robert.

 

Une fois couché, le seigneur, bien adossé à ses oreillers,

se couvre de peaux de bêtes et de drap de laine.

Le lit est aussi grand, car il permet de coucher toute une famille.

 

La chambre possède une belle fenêtre encadrée de coussièges, permettant d'éclairer

les travaux et divertissements de dame Béatrix.

Dame Béatrix aime entendre quelques ballades chantées par un ménestrel ou confectionner

des broderies. Elle peut aussi jouer aux échecs ou jeu de merelle (ancêtre du morpion).

 

La tour Qui Qu'en Grogne.

 

"Qui Qu'en Grogne " est une expression médiévale par laquelle l'auteur d'un acte

répondait à ceux qui élevaient des protestations contre cet acte :
Que vienne m'affronter celui que cela dérange !
Ainsi, de nombreux ouvrages fortifiés médiévaux portent ce nom en souvenir de la grogne

que leur construction a suscité : en effet, ces ouvrages étaient souvent destinés

à tenir en respect le bourg ou la ville où ils étaient construits.

 

Elevée à l'extrémité sud du château par le duc Louis II de Bourbon, la tour Qui Qu'en Grogne

est, avec les trois tours nord, le seul élément subsistant de la forteresse.

Elle protégeait l'accès du château. C'était une tour circulaire fermée avec accès par un

escalier donnant sur la cour intérieure et escalier à vis pour parvenir aux courtines.

 

La tour est composée de plusieurs pièces desservies par cet étroit escalier à vis, en pierre.

 

Tour de garde remaniée à la fin du XIV° et début du XV° siècle par Louis II,

3° duc de Bourbon en réponse aux troubles de la Guerre de Cent Ans.

Saisie à la Révolution, elle fut épargnée et devint communale

grâce à son horloge qui ne date quant-à elle que du XVIII° siècle.

 

 

La salle du premier étage, qui a été utilisée comme prison,

a conservé les anneaux scellés dans le mur.

 

Au sommet de la tour est placé un canon en position de tir.

 

La partie haute des tours date du XIV° siècle.

 

La maison des chanoines.

 

A partir de la fuite du connétable de Bourbon, le château n'est plus entretenu

et sert de carrière aux chanoines pour la construction de plusieurs maisons

dont la maison des chanoines.

 

Face à la maison des chanoines, vestiges des chapelles où les travaux actuels

sont en train d'en délimiter le tracé au sol, ainsi que celui du logis neuf.

 

Edifiée dans la seconde moitié du XVI° siècle, cette bâtisse s'est implantée dans le fossé sec en réutilisant comme mur de pignon nord tout un pan de mur appartenant à la tour carrée occidentale du logis neuf.

 

Intérieur de la maison des chanoines,

utilisé pour la présentation d'une exposition sur les Saintes chapelles en France,

et servant de salles d'accueil pour les présentations pédagogiques aux scolaires.

 

Le logis neuf.

 

Situé face à la maison des chanoines,

les vestiges du logis neuf ont été mis au jour dans les jardins de cette maison.

 

Edifié probablement dans la seconde moitié du XIV° siècle, sous Louis II, cet édifice séparait la basse et la haute cour du château. Il était composé d'un corps de logis encadré d'une tour carrée à chaque extrémité. Il était précédé d'un fossé sec, contrairement aux douves, côté de la basse cour. Trois espaces distincts ont été édifiés :

▪ une partie de la pièce principale du rez-de-chaussée.

▪ un palier maçonné dans l'angle sud-ouest desservant une latrine.

▪ la circulation entre la pièce principale et le palier s'effectuait par une porte soulignée par la base piédroit décorée.

 

Bourbon-l'Archambault devient un château royal

et n'est habité qu'épisodiquement.

 

A la fin du XVI° siècle, la famille Bourbon s'illustre en donnant ses derniers rois à la France par une branche cadette. La dynastie royale des Bourbons inaugurée par Henri IV essaime des rois et des reines à travers l'Europe, et encore aujourd'hui en Espagne, Luxembourg et Belgique.

 

Le domaine est attribué au futur Henri III,

alors duc d'Anjou, avant son accession au trône.

 

Après plus d'un siècle dans les mains de la Couronne, le duché de Bourbonnais est de nouveau érigé en 1661, au profit de la branche de Condé de la maison de Bourbon, au bénéfice du « Grand Condé », victorieux à Rocroi en 1642, Louis II de Bourbon-Condé, prince de Condé, duc d'Enghien, etc., pair de France, premier prince du sang.

Le château servit alors pour loger les princes et princesses venant prendre les eaux dans cette bourgade, au cours du XVII° siècle dont la vogue était générale en France pour le soin de certaines maladies. Les eaux de Bourbon concurrençaient alors celles de Vichy. Madame de Montespan y mourut le 26 mai 1707.

Un incendie ravagea une partie du château au XVIII° siècle. Le prince de Condé le fit restaurer en état de conservation, sans y ajouter d'embellissement, hormis une horloge sur la tour Qui Qu'en Grogne, visible depuis le bourg de Bourbon-l'Archambault.

 

Pendant la Révolution

 

Les biens des Condé ayant été confisqués, seules les trois tours du nord ne furent pas soumises aux ventes par adjudication. Le directoire de district de Cérilly fit adjuger les restes de la « Sainte Chapelle » et du château le 8 pluviôse an II. Les tours furent utilisées comme supplément de la maison d'arrêt. La tour Qui Qu'en Grogne fut elle-même conservée à cet effet.

 

Après la Révolution.

 

Au retour des Bourbon-Condé, à la faveur de la Restauration, le domaine est récupéré

par cette maison, qui s'éteint toutefois en 1830.

 

La maison d'Orléans.
 

Le Duc d'Aumale est propriétaire du château (1830-1897)

 

Au XIX° siècle, la forteresse échoit, par testament du dernier prince de Condé, au jeune Henri d'Orléans (1822-1897), alors âgé de huit ans, avec le château de Chantilly et plusieurs autres domaines importants de la maison de Condé. Peu de temps après cet héritage, les exécuteurs testamentaires voulurent vendre ces ruines, mais de la forteresse d'origine, presque entièrement rasée, furent heureusement sauvées trois tours grâce à l'action du poète Achille Allier, dont la fameuse tour Qui Qu'en Grogne.

Le château a été classé Monument historique en 1862. Le duc d'Aumale laisse s'y organiser un petit musée dans les ruines pittoresques.

À la mort du duc d'Aumale, dernier propriétaire unique de Bourbon, le château et son domaine entrèrent dans les biens de la maison d'Orléans, en indivision entre tous les héritiers, descendants de Louis-Philippe. Le domaine fut administré au nom du duc d'Orléans, Philippe d'Orléans, «chef de la maison de France» et prétendant orléaniste. Plusieurs mariages entre membres de cette famille donnèrent à Henri, «comte de Paris», l'essentiel des parts des biens de sa famille, dont le château de Bourbon.

 

La fondation Saint-Louis.

 

Cette fondation est aujourd'hui propriétaire des trois tours nord.

La maison des chanoines et la tour Qui Qu'en Grogne appartiennent quant à elles

à la commune de Bourbon-l'Archambault.

 

Pour préserver l'avenir de ce bien dans l'héritage royal, le «comte de Paris» décide de l'inclure dans une fondation familiale, la fondation Saint-Louis, en 1974. Il en devient le président d'honneur, fondation destinée à préserver les monuments les plus importants des Orléans en les soustrayant aux risques de dispersion qu'engendrent parfois les partages d'héritages. Il avait onze enfants, dont un décédé sans postérité. Cette fondation a été présidée par Jean d'Albert de Luynes-Dunois, 12° duc de Luynes, de 1999 à 2008.

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/

Guide du visiteur remis à l'accueil

Panneaux explicatifs présentés dans la Maison des chanoines

C.P.A. collection privée, en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, 15 juin 2017

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville