CHATEAU-THIERRY  (Aisne)
Arrondissement  et canton de Château-Thierry.
Région des Hauts-de-France
 Population : 14.602 Castrothéodoriciens ou Castelthéodoriciens en 2015.

 

D'une superficie de 1.655 hectares, et d'une altitude de 59 à 222 mètres,

la ville est arrosée par la rivière la Marne, longue de 514 kilomètres,

et située dans le pays de l'Omois, dans un vallon de la vallée de la Marne.

 

Etymologie : l'origine du nom "Castrum Tierricum ou Theodoricum" est incertaine.

 

Dans le centre ville, les ronds-points présentent quelques célèbres fables de Jean de la Fontaine :

"La cigale et la fourmi"

 

Berceau de Jean de La Fontaine, cette petite ville dynamique à la croisée de la Champagne et de l'Île-de-France, est une ancienne place forte campée sur un plateau de 200 m de haut. Elle s'étend aujourd'hui de part et d'autre de la rivière la Marne. Sur le versant raide de la vallée, la vigne s'étire sur le bas des pentes qu'elle colore en automne. Sur la rive gauche, le fond de la vallée forme une plaine occupée de prairies et de champs, sur lesquels empiètent peu à peu les excroissances urbaines.

 

Fables : Le pot de terre et le pot de fer.

La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le boeuf - Le lièvre et la tortue.

 

 

Maison natale de Jean de La Fontaine

 

 

"J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique,

La ville et la campagne, enfin tout ; il n'est rien,

Qui me soit souverain,

Jusqu'au sombre plaisir d'un coeur mélancolique". (Jean de La Fontaine)

 

La maison natale s'élève entre une cour pavée et un jardin limité de remparts rasés au XVIII° siècle.

Devenue aujourd'hui "Musée La Fontaine", elle est riche de mémoire, d'archives, de documents et d'oeuvres d'art.

La restauration de l'Hôtel particulier a été entreprise en 2008

avec le soutien de l'Etat, de la Région et du Département.

 

Au XVII° siècle, la rue La Fontaine (ancienne rue des Cordeliers) était le beau quartier de la ville, celui où les aristocrates et grands bourgeois demeuraient.  Et c'était bien une demeure patricienne que la demeure du maître des Eaux et Forêts, où naquit le 8 juillet 1621 Jean de La Fontaine.

 

La maison bourgeoise de La Fontaine au XVIII° siècle. Ruiné, il l'a vendra en 1676.

Maquette de la maison natale, exécutée par les élèves de CM2, en 1959.

(Ecole de la Madeleine de Château-Thierry, restaurée par M. Parrad, en 2005).

 

Du temps de La Fontaine, la cour ouvrant sur la rue par une vaste porte cochère flanquée de deux pilastres et cantonnée d'un fronton, avait un aspect monumental. Le portail et l'extrémité de l'aile en retour, avec la plus grande partie du cabinet du poète et la tourelle contiguë, ont été supprimés pour élargir la rue et on a remplacé le portail par la grille actuelle, ôtant ainsi à l'ensemble une partie de son caractère.

 

Construite à la Renaissance (1559, date gravée sur l'un des pilastres qui rythme la façade)

elle garde quelques éléments de sa décoration première : un bandeau à fleurs de lys au-dessus de la porte,

trois autres petits chapiteaux sculptés, de belles corniches hautes et plates,

et au-dessus de celle qui souligne le 1° étage, des croissants entrelacés.

 

Le double perron de brique et de pierre possède encore sa rampe ancienne.

Ce qui subsiste de l'aile restaurée en 1930 abrite actuellement la billetterie du musée.

 

Cette demeure élégante de petit noble, passée en diverses mains au XIX° siècle,

saccagée par les Prussiens en 1870, n'a presque rien conservé, à l'intérieur, du décor qu'a connu le fabuliste :

l'escalier, à volées droites parallèles, et voûtées d'arêtes aux paliers.

 

Le jardin du fabuliste.

 

"L'innocence beauté des jardins et du jour

Allait faire à jamais le charme de ma vie..."

 

Au XVIII° siècle, un des propriétaires fit abattre la tour qui se trouvait dans le jardin.

Ce jardin de curé qui présente aujourd'hui un aspect potager est certainement ce qu'il était à l'origine.

 

Le jardin est limité par le rempart et l'arrondi d'une tour, l'un et l'autres rasés au XVIII° siècle.

Le corps principal de la demeure en fond de cour est presque intacte. Les fenêtres ont perdu leur meneaux,

mais la façade a gardé son décor de pilastres et ces curieux croissants entrelacés

qui témoignent d'une construction sous le règne de Henri II.

 

Au rez-de-chaussée, la salle XVII° siècle

Toutes les collections s’articulent autour de La Fontaine et de son œuvre. Une pluralité de lecture des fables

est offerte au public grâce à la présentation de dessins, gravures, peintures ou objets d’art les illustrant.

 

Le couloir des contemporains et la salle XVII° siècle.

 

Dans le couloir menant à la salle du XVII° siècle, des gravures représentent les contemporains de La Fontaine,

tels que son épouse, Marie Héricart, cousine de Jean Racine, Fouquet, son grand ami, Mme de Sévigné,

Furetière l’Académicien, mais aussi la jolie et fantasque Marie-Anne Mancini, nièce de Mazarin,

grande protectrice du poète, et qui fut sa voisine à Château-Thierry.

 

Registre paroissial et acte de baptême, de Jean de La Fontaine, château Thierry.

 

Le laboureur et ses enfants (Fable XCI). Les fables choisies de La Fontaine, l’ouvrage édité en 1668,

et illustré par François Chauveau, connut un succès considérable.

Nouvelles en vers de Jean de La Fontaine, par Nicolas de Larmessin (1684-1755).

 

Les contes de Jean de La Fontaine furent célèbres au XVIII° siècle, grâce à cet ensemble de gravures de Nicolas de Larmessin et les exquises illustrations de Nicolas Vleughels. On découvre, ce qui est moins connu, les contes licencieux. La Fontaine n’a cessé d’inspirer des illustrateurs : ainsi, Jean-Baptiste Oudry, qui fut directeur de la manufacture de Beauvais en 1734, ou le peintre Jean-Baptiste Claudot. Le thème de la fête galante, influence de Watteau, trouve dans les contes une source d'inspiration privilégiée.

 

Buste de Jean de La fontaine, en plâtre patiné, de Louis-Pierre Deseine (Paris, 1749-1822).

Les remaniements intérieurs ont laissé intacts les plafonds à la française.

 

Le portrait peint par Hyacinthe Rigaud est présenté dans cette pièce consacrée au siècle du fabuliste. Sous ce tableau, se dresse un meuble renfermant l’acte de baptême du poète. Dans les vitrines, sont exposés des lettres manuscrites, des actes rédigés avec rigueur, démentant la réputation de "bonhomme distrait" qui était attribuée à Jean de La Fontaine.

 

Le salon du XVIII° siècle.

 

 

Au début du XVII° siècle, La Fontaine n'avait pas une fonction sociale reconnue. Sur la centaine d'écrivains répertoriés, certains avaient une fortune personnelle, beaucoup exerçaient des professions, recevaient des pensions du roi ou vivaient chez leurs puissants protecteurs. Né dans une famille de notables, La Fontaine vivra dans l'aisance au début de sa vie, au moment où le jeune marié et rentier, vivait à Château-Thierry. Lorsque ses revenus diminuèrent, il bénéficia d'une pension, dont celle de Nicolas Fouquet.

 

 

Il y avait environ 24 libraires-éditeurs à Paris. Les droits d'auteur n'existaient pas. Il faudra attendre Beaumarchais et la Révolution en 1791 pour que soit adoptée la première loi sur les droits d'auteurs et la propriété littéraire. Auparavant, l'écrivain recevait une somme du libraire en échange de ses manuscrits.

 

Exposition 2018,  lithographies de Jean Lurçat, 1950 :

"Jean Lurçat  s'invite chez La Fontaine".

 

La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf.

Les frelons et les mouches à miel - L'oiseau blessé d'une flèche.

 

Pour Jean Lurçat, les fables ne constituent pas un univers imaginaire, mais elles débouchent sur l'imaginaire. C'est ce qui les investit de leur caractère "fabuleux".  Elles n'illustrent pas les scènes que La Fontaine nous présente dans la fable, mais Lurçat propose une photographie du rêve et du sentiment éprouvé par le personnage principal. Le paysage mental du personnage se substitue au paysage actuel auquel trois siècles d'illustrations nous ont habitués.

 

Le cerf malade - Le rat et l'huître.

 

Poète inspiré, artiste politique dans le domaine des arts décoratifs, Lurçat est avant tout un créateur engagé de son époque et passionnellement curieux du monde. S'il demeure connu du grand public pour ses tapisseries, il n'en demeure pas moins un grand dessinateur et l'un de ceux qui, avec Chagall et Cocteau, ont relevé le défi d'illustrer Jean de La Fontaine au XX° siècle.

 

 

Sur les murs de l'escalier menant au 1° étage, sont présentées des affiches illustrant une fable.

 

Au fil du temps, l'œuvre du célèbre fabuliste est représentée sur de multiples supports :

faïence, porcelaine, terre cuite, argenterie, toile de Jouy, mobilier, tapisserie...

 

Poêle "Fables de La Fontaine", en terre vernissée, Sarreguemines/Vitry-le-François, de la fin du XIX° siècle.

 

Encrier : la laitière et le pot au lait - Douille d'obus "Le loup et la cigogne", début XX° siècle.

Statue de Jean de La Fontaine, en bronze, d'Etienne-Marin Melingue, (Paris, 1840).

 

Salon du XIX° siècle.

 

 

Tableau de Léon Lhermitte : la Mort et le paysan.

 

Le cabinet de travail de Jean de La Fontaine, situé au 1° étage.

 

 

Jean de La Fontaine exerçait sa charge et en qualité de Maître des Eaux et Forêts,

y recevait ses administrés et ses amis.

Il pouvait aussi y rêver et ébaucher l'écriture des Fables qui allaient le rendre célèbre.

 

De son temps on pouvait y accéder par un escalier en colimaçon dans une tour détruite

après la vente de la maison du poète. Cette aile occupée jusqu'alors

par la Société Historique et Archéologique de Château-Thierry a été ouverte au public au printemps 2006.

 

Les collections.

 

Du fait de la renommée internationale de Jean de La Fontaine,

les collections du musée sont particulièrement riches. Les éditions de ses œuvres, les objets d'art ornés de fables abondent à toutes les époques, du XVII° siècle à nos jours. De François Chauveau - premier illustrateur

qui travailla sous le contrôle de La Fontaine - et Laurent Cars - qui grava des fables d'après Jean-Baptiste Oudry -

à Salvador Dalí, les fables continuent de voyager à travers le temps et les pays.

 

Statue d'une Vierge à l'enfant, du XIV° siècle, en pierre calcaire polychrome,

provenant de l'église de Mézy-Moulins.

 

 

Tableau présentant Jean de La Fontaine, école française du XVIII° siècle.

Bureau Mazarin du XVII° siècle.

 

De La Fontaine à Marc Chagall.

 

Ambroise Vollard, un des plus grands marchands d'art parisien du XX° siècle,

n'appréciait guère Jean de La Fontaine étant enfant. Mais il raconte plus tard

"quant je fus devenu grand, un jour que des vers du poète me revenaient à la mémoire,

tout à coup j'en découvrais le charme".

En 1926, il passe commande à Marc Chagall de 120 gouaches dans le but de faire une belle édition des fables.

 

Marc Chagall, eau forte originale (gravure), 1952, rehaussée à l'aquarelle par l'artiste :

Le héron - Le geai , paré de plumes de paon - L'ours et l'Amateur de jardins.

Salvador Dali : le cerf se mirant dans l'eau (1974), gravure sur cuivre, aquarelle au pochoir.

 

Si Jean de La fontaine est véritablement ici chez lui, c'est que, maître des Eaux et Forêts à son tour, il avait conservé la maison, où son fils naquit en 1663. Sa femme Marie Héricart, bel esprit, y tenait salon, peut-être dans une de ces pièces du rez-de-chaussée-de-jardin, et tout ce qui se piquait de littérature à Château-Thierry se donnait rendez-vous chez elle. Jean de son côté, siégeait plutôt dans son cabinet aujourd'hui aux trois quarts amputé, et l'on a quelque raison de penser qu'au lieu d'y rimer, il y accomplissait les devoirs de sa charge, y recevant ses agents et interlocuteurs, y rédigeant des actes conservés, démontrant que la rédaction soignée et la solide argumentation juridique démentent la réputation d'insouciance et de maladresse qu'il a lui-même contribué à créer. Ce n'est qu'en 1676 que Jean de La Fontaine se sépara de la maison de son enfance champenoise qui a marqué sa vie et son oeuvre.

 

Jean de La Fontaine : "Ne point errer est chose par-dessus des mes forces"

 

"Bonhomme" campagnard et distrait, admirateur de la nature,

ou parasite mondain délaissant ses charges pour mener à Paris une vie oisive chez ses protecteurs ?

Courtisan servile envers Louis XIV ou critique indépendant de la monarchie absolue ?

Dilettante paresseux ou travailleur infatigable

qui parvient à donner à la perfection du style le plus parfait naturel ?

 

La Fontaine (1621-1695), né à Château-Thierry, a été tout cela a la fois. Fils d'un maître des Forges et Forêts du duc de Bouillon, il fait de bonnes études au collège de la ville, puis, songeant à la prêtrise, passe un an à l'Oratoire de Paris. Il apprend un peu de droit et se découvre une passion pour la poésie.

 

Revenu chez lui en 1644, il se marie, à un fils, hérite de la charge de son père, qu'il exerce avec assez de conscience pendant vint ans et d'où il tire sa connaissance de la nature.

 

Ü Tableau officiel réalisé à l'occasion de la réception du fabuliste à l'Académie Française, le 2 mai 1684, par Hyacinthe Rigaud, vers 1694.

 

 

Dès 1667, il abandonne sa famille et vit la plupart du temps chez de grands seigneurs ou dames qui rassemblent une société distinguée : à Vaux-le-Vicomte chez Fouquet, qu'il défendra auprès du roi après sa disgrâce (Elégie aux nymphes de Vaux, 1661), chez la duchesse d'Orléans (1661-1672), chez Madame de la Sablière (1672-1693).

 

La Fontaine a touché à tous les genres. Outre ses Fables, écrites en trente années, il s'est essayé au théâtre, à la poésie héroïque ou élégiaque, à l'opéra, au conte mythologique, aux relations de voyages. Il a écrit de célèbres contes galants, mais aussi des poésies chrétiennes.

 

Ses Fables, appréciées des petits comme des grands, restent actuelles grâce à la simplicité de leur langue et à leur forme imagée. En effet, même si de nos jours la censure a disparu, la stratégie narrative adoptée par La Fontaine - utiliser des animaux pour représenter les grands traits moraux des êtres humains - reste toujours aussi astucieuse et drôle. Le poète a souvent puisé son inspiration dans des fables plus anciennes, écrites par Esope, Horace ou encore Pilpay, et il a renouvelé ce genre en réinventant totalement la forme : le court récit devient alors un élément essentiel, au même titre que l’est la morale didactique qui le conclut.

 

Sources :

http://carct.fr/
http://www.histoireaisne.fr/

"Guide des maisons d'hommes célèbres" 5° édition, Editions Horay, 1995

"Hauts lieux de la littérature en France" Editions Bordas, 1990

Dépliant 4 pages "Musée Jean de La Fontaine"

Panneaux explicatifs présentés dans les différentes salles

C.P.A. collection privée en prêt

Visite et photos, Chantal Guyon, le 4 septembre 2018

 

 

Chantony - Patrimoine et Histoire  
50660 - Lingreville