Roses

Description :

Le mot rose, attesté en français au début du XIIe siècle, remonte au latin rosa, rosae, substantif féminin qui désignait aussi bien la fleur que le rosier lui-même.

Par contre, l'étymologie du mot latin rosa est controversée : Friedrich Max Müller s'est opposé à une supposée origine sémitique du terme rosa, ou encore l'omission par Émile Littré de l'arabe ward(a) « fleur(s) », wardi « rose » au profit du sanskrit vrad, alors que ce dernier mot signifie « adoucir ».

Toujours est-il que les uns rattachent le mot latin au grec ancien rhódon, éolique wrodion, lui-même, dit-on, emprunt à un vieux perse wurdi, comparable à l’avestique varǝδa, sogdien ward, parthe wâr, tous au sens de « rose ». Et toujours selon cette même thèse, du vieux perse est aussi issue la racine sémitique, que l'on retrouve dans l’araméen wurrdā ou l’assyrien wurtinnu par exemple. Ainsi le mot perse, d’où le persan gol, procèderait-il d’une racine indo-européenne continuée en latin par rubus « ronce ».

Néanmoins, il faut souligner que dès 1822 Antoine Laurent Apollinaire Fée a remarqué que le ροζ (« rose ») grec pourrait bien dériver de l'arabe ward. En 1874, l'orientaliste William Wrighten a souligné textuellement que « werd n'est ni persan ni indo-européen mais arabe». Le linguiste français Michel Masson, en 1989, a non seulement démontré que la prétendue racine iranienne *wrd est sémitique, mais que le supposé dérivé grec de celle-ci « est plus probablement un emprunt à une langue sémitique ». Et plus récemment encore, Jean- Claude Rolland a encore démontré à travers une «dissection » morpho-philologique du mot que l'arabe ward ne doit rien au persan ni à l'indo-européen, mais est bien d'origine sémitique.

Il est tentant de rapprocher rose de rosée mais cette similitude apparente, source d’inspiration inépuisable des poètes, est fortuite. Rosée procède, par l’intermédiaire d’un latin populaire rosata, du latin rōs, rōris (substantif masculin), issu d’une racine sans initial.

La rose est l’une des très rares fleurs ayant un nom dédié, différent des noms donnés à la plante elle-même : la rose est la fleur du rosier.

Le succès de cette fleur lui vaut également de participer à l'appellation d'autres espèces sans lien avec la famille des Rosacées comme la rose de Noël (Helleborus niger) ou la rose de carême (Helleborus orientalis), Ranunculaceae), la rose de Chine (Hibiscus, Malvaceae), la rose de porcelaine (Etlingera elatior, Zingiberaceae), etc.

Roses

(Rosa – Famille des Rosacées)

Symbole majeur, on peut dire que la rose est la fleur de l'Occident comme le lotus est celle de l'Orient.
 
« Crêpe de Chine », Roseraie de Bagatelle, Paris (2004).

C'est avant tout la fleur de l'amour, sous toutes ses formes.
Le bouton de rose a l'esprit chevaleresque : j'attendrai.
La rose rouge initie à l'amour, elle déclare : "je vous aime passionnément".

La rose blanche, symbole de l'innocence et de la virginité : mon cœur est pur .

Les autres roses, toutes dérivées de celles-ci, autorisent des nuances : la rose rose comble les sentiments délicats : je vous aime tendrement la rose blanche au cœur rose : mon émotion est indicible la rose pourpre dramatise : je vous aime à la folie !

Dansons ensemble face à la Mort !
Les roses jaunes expriment des moments plus difficiles : la simple jaune, orgueilleuse et froide : je ne pense pas à l'amour; la rose dorée, élégante et cruelle : j'ai cessé de vous aimer... qu'y puis-je ?.
La rose orangée a besoin d'affection : «dites-moi que vous m'aime; « Crêpe de Chine », Roseraie de Bagatelle, Paris (2004).
Quant à la rose trémière, qui n'a de rose que le nom (venant de rose d'outre-mer), c'est en réalité une variété de guimauve et elle cultive le paradoxe : je vous suis fidèle jusque dans mes infidélités !

Histoire :

Les premières roses viennent sans doute de Perse et de Syrie.

On retrouve les roses et les cyprès (l'érotisme et la mort) unis dans les légendes persanes.

En Inde, la rose mystique est signe de beauté parfaite, d'accomplissement de la mère.
On peut la regarder comme un mandala (figuration rituelle de l'univers).
Placée au centre de la croix des éléments (eau, terre, air, feu), la rose indique ainsi l'équilibre entre les contraires, le point d'union entre l'illimité et le fini.

La rose n'a pas la même importance en Extrême-Orient.
Les Chinois y voient le symbole de la jeunesse, et désignent parfois les poils du pubis féminin par l'image de rose noire.
Au Japon, on l'associe fréquemment au pin qui signifie la virilité, la force et la résistance aux intempéries.

Les Égyptiens employaient les roses lors des cérémonies mortuaires et des mariages (à Memphis), les époux portaient une ceinture de myrte, d'olivier ou de roses.
Mais c'est en Occident que la rose suscitera le plus de passions et de légendes.
En Grèce d'abord, où la rose est la fleur d'Aphrodite : surgie de l'écume des flots, la déesse de la beauté aurait donné en même temps naissance au rosier, issu d'une goutte de nectar céleste.
La fleur en était blanche et c'est à Adonis qu'on doit indirectement la rose rouge : pour se venger de son dédain, les Héroïnes l'attachèrent à un tronc de myrte; accourue au secours, Aphrodite marcha sur une rose qui lui ensanglanta le pied et... marqua la fleur. La déesse n'en voudra pas à la rose, puisqu'elle en fera sa favorite.

Parfum des dieux, chérie des Muses, la rose est signe de vie, d'amour et de renaissance.
Les Romains reprendront à leur compte l'héritage grec.
En mai on en ornait les tombes des morts.
En avril les courtisanes romaines étaient autorisées à se parer de roses, à l'instar de Vénus. Les jardins de roses de Tarquin étaient célèbres.
Plus modestement, beaucoup de Romains consacraient une part de leur testament à l'entretien d'un jardinier esclave et d'un jardin de roses destiné à fleurir leur tombe.

On disait aussi que Bacchus, le dieu du vin, poursuivant furieusement une jeune nymphe, fut aidé dans son désir par un buisson épineux qui accrocha la robe de la jeune fille, dont il put ainsi violer les charmes..,
Pour remercier le buisson, il en fit le rosier, dont la rougeur serait celle-là même des joues de la nymphe outragée.
Ovide conseille à l'amant délaissé d'en déposer un bouquet sur le pas de la porte de l'aimée pour la faire fléchir.
Les premiers chrétiens nous ont laissé d'autres légendes sur la rose : en Turquie, une jeune chrétienne allait être brûlée quand son inquisiteur, ironique, lui demanda des fleurs et des fruits de son Dieu.
Dorothée mourut, mais un enfant se présenta au même instant chez le méchant homme et lui remit un panier de roses et de pommes.

Honteux, il se convertit...
Une autre jeune fille, à Bethléem, devait subir le même sort, mais voilà que les fagots se transformèrent en roses; rouges celles qu'allumait le bourreau, blanches les autres.
Plus tard la rose rouge devient l'image du sang versé par le Christ;

Saint Bernard écrit :
La rose d'or des papes est une fleur artificielle dorée, bénie par le pontife le quatrième dimanche du Carême, ou dimanche des roses.
Après l'office, le pape montrait au peuple la rose d'or comme emblème de leur espérance commune : la vie éternelle.
Le rosaire fut institué par Saint Dominique : c'est un chapelet d'autant de graines qu'on met de roses dans une couronne offerte à la Vierge (dont la rose blanche est la fleur).
On connaît la rose héraldique des Tudor : elle a mis fin par un mariage à la Guerre des deux roses qui ensanglanta trente ans l'Angleterre partagée entre les familles rivales d'York (rose blanche) et de Lancaster (rose rouge).

L'une des premières sociétés secrètes est celle des Rose-Croix.
La rose y figure au centre de la croix (comme en Inde) et la mystique qui y est liée doit beaucoup aux alchimistes, pour qui la rose blanche était liée au Petit Quvre et la rouge au Grand Quvre.
Le symbole de l'impossible était pour eux une rose bleue...
Les botanistes d'aujourd'hui ont pratiquement gagné ce pari.
La forme de la rose a inspiré nombre de métiers : la rose des vents du navigateur, la rosace de l'architecte ou la taille à la rose du diamantaire.